Parution du dernier numéro de la revue Communio consacré à la question du magistère

Le dernier numéro de la revue catholique internationale de théologie Communio vient de paraître. Intitulé “Les magistères”, il traite de la question du magistère. Cette question de l’enseignement de l’Église est particulièrement délicate, notamment dans les circonstances actuelles où une certaine inflation de la parole pontificale tend à brouiller la question des degrés d’autorité. La multiplication des interventions pontificales soulève donc la question de la formulation au pluriel, d’où un titre qui parle des “magistères”.

On peut apprécier la publication d’un auteur, Mgr Vincent Gasser, évêque de Brixen (Bressanone, en Italie), qui s’était exprimé en tant que rapporteur de la commission doctrinale à Vatican I sur la question de l’infaillibilité pontificale. Le texte, qui a avait été lu pendant quatre heures devant les pères conciliaires, donne un bon éclaircissement sur ce dogme proclamé en 1870. Outre les conditions que l’on connaît (d’après Pastor Aeternus), c’est le pape qui parle ex cathedra, en vertu de sa suprême autorité apostolique, pour définir une doctrine sur la foi ou les mœurs qui doit être tenue par toute l’Église), l’infaillibilité n’est pas nécessairement celle d’une fonction, mais d’une personne. Encore faut-il préciser, comme le fait Mgr Vincent Gasser, qu’il s’agit de la personne publique du pape, ce qui exclut sa personne privée, tout en rappelant que l’infaillibilité peut être dite “personnelle”.

En revanche, on peut être plus dubitatif sur le texte du Père Bernard Pottier, sj, qui traite des défaillances des procédures actuelles à l’égard de certains théologiens dissidents (“Le magistère de l’Église catholique et les déviances doctrinales – le cas du Père Dupuis”), oubliant que depuis cinquante ans, la théologie catholique a subi un torrent de contestations ravageuses, pas toujours sanctionnées. Était-il pertinent de baisser la garde en laissant passer des énormités ? Au passage, juger un ouvrage n’équivaut pas à juger son auteur (on condamne l’oeuvre, non la personne). De même, on peut être moins convaincu par le plaidoyer du Père Lombardi, sj, sur le “style” magistériel actuel (“Le magistère du pape François entre continuité et innovation”), qui évoque davantage un communiqué à usage du grand public et qui semble tenir pour acquis des “orientations” à l’égard desquelles il devrait y avoir un légitime débat. Dans la même veine du texte du Père Pottier, sj, la crise de l’Église est fâcheusement passée sous silence.

Une fois n’est pas coutume, nous terminerons par l’éditorial du Père Armogathe, coordinateur international des rédactions de Communio, qui a dirigé la partie thématique de ce numéro. Tout en étant assez exhaustif sur la question du magistère, il aborde la complexité de la publication aux Acta Apostolica Sedis de la lettre des évêques argentins sur l’interprétation du chapitre VIII d’Amoris Letitia et de la réponse du pape, tout en constatant certains éléments : la réponse du pape François publiée le même jour que la publication des évêques argentins à l’Osservatore romano le 13 septembre 2016 (lequel avait pourtant qualifié la lettre du pape de lettre “privée”), le fait que le cardinal Parolin parle de magistère authentique pour cette publication tout en évitant le terme “universel” et la circonstance élémentaire selon laquelle l’article 1134  du Code de droit canonique (“Du mariage naît entre les conjoints un lien de par sa nature perpétuel et exclusif”)  n’a pas été modifié.

Bref, un numéro intéressant de Communio qui apporte un éclairage sur la question avec de précieux éléments.

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