Parution du document œcuménique sur la synodalité et la primauté

L’unité de l’Église en Orient et en Occident au cours du premier millénaire, même si elle fut « parfois compliquée », « représente un point de référence nécessaire et une puissante source d’inspiration pour les catholiques comme pour les orthodoxes » : c’est la conclusion du document final adopté et signé au terme de la 14ème rencontre des membres de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre catholiques et orthodoxes qui a eu lieu du 16 au 21 septembre 2016 à Francavilla al Mare (Chieti).

Intitulé  «  Synodalité et primauté au premier millénaire. Vers une compréhension au service de l’unité de l’Église », le document examine le rapport entre la synodalité et la primauté dans la vie de l’Église : la question qui a joué un rôle important dans la division entre orthodoxes et catholiques.

L’ « héritage commun de principes théologiques, de dispositions canoniques et de pratiques liturgiques du premier millénaire » est fondamental pour les deux Églises qui « cherchent à panser les plaies de leur division, en ce début de troisième millénaire », souligne le document.

C’est « sur la base de cet héritage commun » que les catholiques et les orthodoxes « doivent voir comment la primauté, la synodalité et l’interrelation qui existent entre eux peuvent être prises en compte et exercées aujourd’hui et à l’avenir ».

Lire le document

C’est un pas supplémentaire dans le dialogue entre catholiques et orthodoxes : un nouveau document a été approuvé lors de la XIVe session plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe. Mais Moscou rappelle la persistance de « l’obstacle uniate ».

Intitulé « Synodalité et primauté pendant le Premier millénaire : vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Eglise », il s’agit du premier texte depuis le document signé à Ravenne en 2007 qui porte sur la primauté et la synodalité.

Le nouveau document a été signé par tous les participants, seule la délégation de l’Eglise orthodoxe géorgienne s’est abstenue, exprimant son désaccord avec certains paragraphes du texte.

L’Eglise orthodoxe russe parle de « l’obstacle uniate »

Pendant les séances, les participants ont discuté du thème de la poursuite du dialogue. Le chef de la délégation de l’Eglise orthodoxe russe, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou (DREE), a proposé de consacrer le prochain stade du dialogue au thème de la synodalité et du primat dans les Eglises d’Orient et d’Occident durant le second millénaire.

Dans ce cadre, estime le patriarcat de Moscou, « il serait nécessaire de poursuivre la discussion sur l’’uniatisme’ en tant que phénomène apparu après le schisme de 1054 et demeurant jusqu’à aujourd’hui une pierre d’achoppement dans les relations orthodoxes-catholiques ».

L’ »uniatisme », terme considéré comme péjoratif par les gréco-catholiques, a longtemps servi à désigner les Eglises orientales rattachées à Rome. Il désigne les fractions de ces Eglises qui ont rompu avec leur Eglise « mère » orthodoxe et sont entrées en communion avec l’Eglise catholique.

Le métropolite Hilarion a rappelé qu’en 2000, pendant la session de Baltimore, aux Etats-Unis, la Commission mixte aurait dû discuter le thème des conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’uniatisme.

Les divergences demeurent

Cette discussion, rappelle Moscou, devait s’inscrire dans la poursuite du travail commencé dans les années 1990 avec l’adoption, en 1993, du document de Balamand, au Liban, condamnant l’uniatisme. Un autre projet de document sur le même thème avait été élaboré à Ariccia, en Italie, en 1998. Cependant, souligne le chef du DREE, « la session de Baltimore n’avait pu terminer ses travaux à cause de divergences d’opinion entre les participants catholiques et orthodoxes, de même qu’à l’intérieur des deux parties ».

Selon le métropolite Hilarion, « lorsque les travaux de la Commission mixte ont repris après une interruption de six ans, il a été proposé de reprendre la discussion de la question du primat et de la synodalité dans l’Eglise ». L’Eglise orthodoxe russe a approuvé cette proposition, à condition que les conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’union seraient aussi abordées avec les thèmes de la primauté et de la conciliarité.

Cependant, en 10 ans, de 2006 à 2016, la Commission n’est pas revenue une seule fois sur ce thème. « La logique de notre dialogue exige qu’afin d’achever le travail sur le document consacré à la primauté et à la synodalité dans l’Eglise pendant le premier millénaire, nous passions à l’examen de la question de la synodalité et de la primauté dans les Eglises d’Orient et d’Occident au second millénaire ».

Pour l’Eglise orthodoxe russe, il faut se pencher sur le schisme de 1054, ainsi que sur le problème de l’’uniatisme’, qui est à ses yeux central pour le second millénaire. « Je suppose que les problèmes qui nous séparent seront discutés, constate le métropolite Hilarion, et que nous n’arriverons pas à un accord sur chacun de ces points. Cependant, l’objectif de notre dialogue n’est pas de parvenir à un accord sur les questions sur lesquelles nous nous entendons déjà, mais de discuter des problèmes qui nous séparent. Le thème de l’’uniatisme’ est l’un de ces problèmes, et d’une brûlante actualité ».

Offenses et « attaques injustes »

Et le métropolite Hilarion d’attirer l’attention des membres de la Commission mixte sur des actions « inadmissibles d’un point de vue chrétien » qu’il affirme menées par la direction de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne : « Il ne s’agit pas seulement de critiques, mais d’offenses et d’attaques injustes. Nous devons nous rendre compte qu’à l’intérieur de nos Eglises, il y a des gens qui mettent des obstacles sur notre route. Nous devons garder cela à l’esprit lorsque nous pensons à l’avenir de notre dialogue ! »

L’archimandrite Irénée Steenberg, membre de la délégation de l’Eglise orthodoxe russe, souligne pour sa part qu’il sera difficile à l’Eglise orthodoxe russe de poursuivre le dialogue orthodoxe-catholique « si la question des conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’uniatisme restait sans solution ». Il a néanmoins été décidé de laisser le choix du thème des prochaines séances à l’examen du Comité de coordination de la Commission mixte, qui se réunira en 2017.

Source Cathobel

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