Peine de mort – Le pape veut modifier le Catéchisme de l’Eglise Catholique pour la rendre impossible

« La condamnation à la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle ». Le Pape François s’est exprimé ce 11 octobre 2017 à l’occasion du 25ème anniversaire du Catéchisme de l’Église Catholique promulgué par Saint Jean-Paul II le 11 octobre 1992. Devant les participants à cette rencontre organisée par le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation dans la salle du Synode au Vatican, le Saint-Père a réaffirmé l’évolution de la position de l’Église sur la peine capitale : « la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité de la personne ».

« Le Catéchisme de l’Église Catholique est un instrument important », a d’abord rappelé le Pape François, puisque c’est lui qui expose « l’enseignement de toujours pour que grandisse la compréhension de la foi », mais aussi parce qu’il entend « s’adresser à nos contemporains, avec leurs questions à la fois diverses et nouvelles ». C’est le rôle même du Catéchisme de l’Église Catholique, poursuit François avec les mots de Saint Jean-Paul II : « qu’il aide à éclairer de la lumière de la foi les situations nouvelles et les problèmes qui ne s’étaient pas encore posés dans le passé », autrement dit, « enseigner la nouveauté, sans abandonner l’ancien ».

La promulgation du Catéchisme de l’Église Catholique, trente ans après l’ouverture du Concile Vatican II, se devait en effet de respecter le désir de Saint Jean XXIII qui ouvrit ce Concile : « se tourner vers les temps présents » et « se mettre au travail qu’exige notre époque », tout en s’appuyant sur le passé et « poursuivant la route sur laquelle l’Église marche depuis près de vingt siècles ». « Garder » cet héritage et « poursuivre » le chemin, voilà l’objectif de l’Église résume le Pape François, « un but et une mission dont nous sommes responsables, pour annoncer de façon renouvelée et davantage exhaustive l’Évangile de toujours à nos contemporains ».

Finalement, ce n’est pas une question de renouvellement du langage « pour exprimer la foi de toujours », mais bien une question de « nouveauté de l’Évangile du Christ, pas encore mise en lumière » que l’Église doit exposer de façon urgente et nécessaire face aux nouveaux défis et perspectives de l’humanité, estime le Pape. Ce n’est pas non plus une question de raison car « connaître Dieu, ce n’est pas d’abord un exercice théorique », mais c’est une question d’amour, de « désir inépuisable présent au cœur de chacun. C’est la connaissance qui vient de l’amour ». Voilà pourquoi le Catéchisme est à voir « à la lumière de l’amour, comme une expérience de connaissance, de confiance, et d’abandon au mystère ».

La peine de mort est inadmissible

L’amour comme fondation du Catéchisme de l’Église Catholique. C’est à partir de cette explication, que le Pape François a souhaité aborder le sujet de la peine de mort. « Un thème qui devrait trouver dans la Catéchisme de l’Église Catholique, un espace plus approprié et plus en adéquation avec cette finalité ». Car jusqu’à aujourd’hui, cette sentence n’était pas formellement exclue par l’Eglise. En effet, dans le Catéchisme de l’Église Catholique de 1992, il est stipulé : « L’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie des êtres humains » (Catéchisme de l’Église Catholique, IIIè partie. La vie dans le Christ – deuxième section. Les dix commandements – chapitre 2 “Tu aimeras ton prochain comme toi-même ” – article 5. Le cinquième commandement – I. Le respect de la vie humaine – alinéa 2267).

Le Pape François, dans ce discours, réaffirme ainsi l’évolution de la position de l’Église sur la peine capitale. Après Saint Jean-Paul II et Benoît XVI, François veut redire « avec force que la condamnation à la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle, quel que soit son mode opératoire ». Décider « de supprimer une vie humaine » est « inadmissible », « quelque puisse être la gravité de la faute commise » a répété avec fermeté le Saint-Père, car c’est une décision par elle-même contraire à l’Évangile. Seul Dieu peut se faire « le véritable juge et le garant » de cette vie sacrée, d’autant que pas même le meurtrier ne doit perdre sa dignité personnelle, « car Dieu est un Père qui attend toujours le retour du fils qui, conscient de ses erreurs, demande pardon et commence une nouvelle vie ».

La peine capitale est « un remède extrême et inhumain » dicté « par une mentalité plus légaliste que chrétienne » qui faisait ainsi « disparaître le primat de la miséricorde sur la justice » a déploré le Saint-Père qui assume la responsabilité de ce passé. Mais aujourd’hui, « le développement harmonieux de la doctrine demande cependant d’abandonner des prises de position liées à des arguments qui apparaissent désormais réellement contraires à une nouvelle compréhension de la vérité chrétienne ». Car la Tradition de l’Église est une réalité dynamique, toujours vivante, qui progresse. « La Parole de Dieu ne peut être conservée dans la naphtaline comme s’il s’agissait d’une vieille couverture dont il faudrait éloigner les parasites ! » a lancé le Pape, qui appelle, non pas à changer la doctrine, mais à changer de lecture sur la doctrine, en adoptant une « religieuse écoute » de l’Église d’aujourd’hui pour la faire avancer.

Source et discours intégral Radio Vatican

 

Voir notre article La Peine de mort selon saint Thomas d’Aquin

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