Le père Popieluszko face au communisme, un exemple pour aujourd’hui

Cela fait presque quarante ans, et c’était hier. L’URSS étendait ses tentacules sur les cartes murales de nos salles de classe, jusqu’à nos frontières ou presque. Inexorablement, le communisme gagnait du terrain aux quatre coins de la planète. L’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques aux premières heures de 1980 laissait croire à une offensive décisive, prélude à une attaque contre un Occident où certains défilaient en criant : « plutôt rouges que morts » et l’un de mes amis d’aumônerie, dont un frère aîné était officier d’état-major, nous répétait, l’air grave, ce qu’il entendait chez lui : « en jetant toutes nos forces dans la bataille et en nous faisant tuer sur place, nous les retarderions de vingt minutes … »

C’était aussi l’époque où, à Gdansk, un ouvrier électricien des chantiers navals du nom de Walesa entamait avec le pouvoir communiste un bras de fer qui, vu de l’Ouest, paraissait insensé à ceux qui se souvenaient de Budapest et Prague. D’ailleurs, avant la Noël 1981, lui et ses camarades seraient jetés en prison, et Solidarnosc, dont nous arborions l’insigne en dérisoire soutien, interdit. Le ciel était très noir cet hiver-là. Et les ténèbres s’assombriraient encore, en octobre 1984, tandis que la répression à l’est battait son plein, lorsque seraient annoncés la disparition, puis l’assassinat, de l’abbé Jerzy Popieluszko, aumônier du syndicat bâillonné.

Un visage qui n’avait plus rien d’humain

Je m’en souviens, quelques journaux, qui « pensaient mal », oseraient seuls publier la photographie mortuaire du prêtre.

Les clichés, dans leur brutalité, ôtaient toute illusion romantique aux très jeunes gens que nous étions encore sur la réalité du martyre : le visage tellement bouffi de coups qu’il n’avait plus rien d’humain, les doigts, qui serraient la croix de son chapelet, brisés, tout cela disait assez ce qu’avait subi le malheureux vicaire de la paroisse varsovienne Saint-Stanislas avant d’être précipité, sans doute encore en vie, pieds et poings liés dans la Vistule, déjà gelée en cette nuit du 20 octobre 1984.
L’immense colère contenue des foules catholiques obligerait le pouvoir de Jaruzelski, soudain acculé, à se démener pour faire la lumière sur cet assassinat, en trouver les coupables, des officiers des affaires religieuses au ministère de l’Intérieur, et les livrer, à rechigne cœur, à la justice. Poussés aux aveux, les tueurs seraient obligés de dire où ils s’étaient débarrassés de leur victime.
Sans le comprendre, eux que la haine de Dieu aveuglait, ils avaient fait un martyr de l’abbé Popieluszko, et de sa tombe, vite devenue lieu de pèlerinage, le cœur battant d’une Pologne que la mort d’un seul homme allait, à brève échéance, ressusciter.

Un miracle en France

Je ne sais si le nom de Jerzy Popieluszko dit grand-chose aux jeunes d’aujourd’hui. Peut-être sa probable canonisation, conséquence d’un miracle opéré en France et attribué à son intercession, aidera-t-elle à remettre sa courte vie en lumière. C’est en tout cas ce qu’a voulu faire le Père Bernard Brien, « complice » involontaire de la guérison miraculeuse qui vaudra sans doute au prêtre polonais les honneurs des autels, en lui consacrant une brève biographie Jerzy Popieluszko, la vérité contre le totalitarisme. (Artège. 140 p ; 14 €.) (vous pouvez le commander ici)

Coïncidence qui n’en est évidemment pas une, les deux prêtres, le Français et le Polonais, sont tous deux nés le 14 septembre 1947, et c’est encore un 14 septembre, il y a cinq ans, qu’appelé en urgence au chevet d’un agonisant dans un hôpital de la banlieue parisienne, le Père Brien, très attaché à Jerzy, eut l’idée, alors qu’il donnait les derniers sacrements, de l’appeler au secours. Un quart d’heure après, le mourant sortait du coma ; le lendemain, il était debout, et, à dix jours de là, chez lui, guéri du cancer qui le dévorait …

Toutefois, le plus grand prodige à attribuer à l’abbé Popieluszko n’est pas cette guérison, mais la résurrection de sa Pologne bien-aimée.

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