PMA, GPA : cette pression idéologique qui pousse les Français à se “convertir” sans nécessairement adhérer profondément à la vision de la société qu’on leur propose

PMA, GPA : cette pression idéologique qui pousse les Français à se “convertir” sans nécessairement adhérer profondément à la vision de la société qu’on leur propose

Atlantico : Il ressort de ce sondage que les Français sont désormais favorables à 58 % à la PMA en ce qui concerne les couples de femmes et à 55 % à la GPA en ce qui concerne les couples d’hommes. Que révèle ce sondage ? Comment la société a-t-elle pu changer ainsi ? Les convenances personnelles et les désirs individuels expliquent-ils ce changement de l’opinion ? 

Bertrand Vergely : La société a-t-elle changé ? N’est-ce pas plutôt la façon de lui présenter les questions concernant la PMA et la GPA qui s’est affinée ? Une chose me frappe quand je lis la façon dont ces questions ont été posées dans ce sondage : l’utilisation de la formule « bonnes conditions ». Posez comme questions aux Français « Pensez-vous qu’un enfant peut être élevé dans de bonnes conditions par un couple homosexuel ? ». Il est certain que vous allez obtenir des réponses favorables avec des taux variant entre 55 % et 58 %.

Pour deux raisons. 

 

La première est de l’ordre de l’intimidation. Quand on pose comme question : « Pensez-vous que les couples homosexuels peuvent élever un enfant ? » qui va oser dire « Non. Je ne le pense pas ». Peu de monde. Parce qu’il est intimidant de dire non et ainsi de passer pour intolérant, discriminatoire, homophobe. Il n’est pas sûr que les Français soient pour les nouvelles parentalités. La GPA quand elle prend l’allure d’une tractation commerciale passe mal. Pas de père, pas de père pour un enfant, cela passe mal également. Mais les Français n’aiment pas passer pour intolérants. Surtout dans l’ambiance actuelle où les medias diffusent matin, midi et soir des appels à la tolérance. Dans ce contexte, demandez aux Français si ils ont un apriori cotre les couples homosexuels en matière d’éducation des enfants. Vous aurez comme réponse : « Non. Je ne vois pas pourquoi j’interdirai a priori aux homosexuels la possibilité d’élever un enfant ». Notez la malignité avec laquelle la question est posée. Quand il est question des nouvelles parentalités, on n’interroge pas les Français sur la façon de faire un enfant, ici sans père, là sans mère, mais de l’élever. L’accent mis sur l’éducation occulte la conception. Du coup, l’éducation permet de faire avaler la nouvelle conception des enfants sans père et sans père.

Deuxième raison qui explique les scores du sondage effectué par BVA : la manipulation. Quand Michel Foucault et les sciences humaines veulent critiquer la morale, comment s’y prennent-ils ? Ils ne critiquent pas la morale. Ils critiquent l’ordre moral, la morale étant les principes fondamentaux qui permettent à l’existence humaine de se conserver et de prospérer et l’ordre moral la façon dont les hommes vivent les règles sociales. Ramenons la morale à une affaire de règles sociales et de modes de comportements, d’habitus, comme le dit Pierre Bourdieu. Il n’est pas difficile de faire passer une critique de « la » morale.  Ici, il en va de même. Quand il est question de faire avaler la PMA et la GPA, comment s’y prend-t-on ? On ne parle pas de la conception de l’enfant, mais de son éducation. Qui plus est on interroge les Français sur « les bonnes conditions ». Dans ces conditions, comment être contre les nouvelles parentalités ? Si les nouvelles parentalités portent sur, non pas la conception de l’enfant mais sur les conditions de son éducation, on ne voit pas pourquoi les couples homosexuels ne pourraient pas former de nouvelles familles. S’ils ont décidé d’élever un enfant, ce geste est bien mieux que le fait de l’abandonner. Par ailleurs, si les conditions sont bonnes, on ne voit pas pourquoi on priverait un enfant de bonnes conditions.

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