Politique et religion aux Etats-Unis – G. Leclerc

de Gérard Leclerc dans sa chronique transcrite sur France-catholique :

La crise qui affecte l’Église américaine, pour être comprise, exige une bonne connaissance des réalités d’outre-Atlantique. Je n’ai pas cette connaissance, du moins celle de terrain. Cela n’empêche pas de se saisir des documents qui peuvent instruire et éclairer, ne serait-ce que par comparaison avec notre situation à nous. La France et l’Europe apparaissent, en effet, moins marquées par les relations étroites du politique et du religieux. Par exemple, les dirigeants américains n’hésitent pas à faire part de leurs convictions religieuses, notamment au cours des campagnes électorales. On se souvient que François Fillon avait presque créé le scandale en affirmant les siennes lors de la campagne présidentielle.

Aux États-Unis, cela va beaucoup plus loin, avec des affirmations militantes qui établissent de véritables clivages entre démocrates et républicains. Le phénomène s’est renforcé dans les années 80 et 90, et l’élection présidentielle de 2000 a marqué une évolution considérable avec l’arrivée du président George W. Bush à la Maison Blanche. De ce point de vue, il y a eu un renversement : les protestants évangéliques sont passés massivement dans le camp républicain, ainsi que les catholiques non hispaniques qui votaient autrefois démocrate. Parallèlement, le personnel républicain s’est distingué du personnel démocrate par sa pratique religieuse. Samuel P. Huntington n’hésite pas à parler d’une véritable fracture religieuse au sein de la politique américaine : « Le taux de fréquentation des Églises est devenu un indicateur plus fiable du comportement électoral que le niveau du revenu et la classe sociale. » [1]

Tout cela nous explique comment, dans la crise actuelle de l’Église des États-Unis, une certaine opposition au Pape est justifiée aussi par des facteurs politiques. Je ne sais s’il faut s’en féliciter, surtout lorsque cela se traduit polémiquement. Cela pourrait s’avérer désastreux, si les passions idéologiques l’emportent sur l’esprit de l’Évangile et la doctrine sociale chrétienne. Puisse une véritable conversion des cœurs mettre en symphonie l’engagement politique et la foi profonde des chrétiens.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 septembre 2018.

[1] Samuel P. Huntington, Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures, Odile Jacob poches (réédition 2018).

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