Politique, les catholiques n’ont pas le choix !

Politique, les catholiques n’ont pas le choix !

 

Les pontifes et le magistère ont maintes fois souligné que la politique était « la forme la plus haute de la charité » (Pie XI). J’ai envie de dire : alors qu’est-ce qu’on attend ? Il y a chez les catholiques de France un véritable « je t’aime moi non plus » avec la politique, voire un « va je ne te hais point ». La politique c’est sale, c’est corrompu, c’est l’espace pourri impraticable pour les chevaliers blancs du XXIème siècle, pour les Pilate aux mains propres d’un millénaire aseptisé et spiritualisé à outrance. La relation du catholique à la politique est devenue complexe, non du fait de la politique elle-même, mais de la vision de plus en plus désincarnée des fidèles de la religion incarnée par excellence. A se donner des airs d’anges, nous avons contraint le monde à faire la bête. L’homme, et le chrétien en particulier, vit entre terre et ciel. Il est l’un et l’autre, comme se sont échinés à le dire les Pères de l’Eglise. S’il n’est pas du monde, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas de la terre. Ne pas être du monde ne signifie pas se désincarner, mais refuser la logique que le prince des ténèbres veut imposer au monde. Il s’agit bien d’agir pour le monde afin d’y étendre le royaume de Dieu et non de créer des sas de télétransportation vers le ciel. Certes nous sommes exilés et notre patrie est dans le Ciel, mais le Christ s’est incarné pour partager la vie des hommes et l’assumer en toutes choses. Refuser notre part de terre, c’est refuser un pan colossal du don que Dieu nous a fait. Aujourd’hui, en France particulièrement, un excès de spiritualisation a fait des catholiques des antis terre fuyant la réalité qui les entourent, se réfugiant dans des oasis éthérées, devenues des bunkers menacés. Et le monde les pousse vers cette ghettoïsation qui lui permet de « vivre sa propre vie » sans ces empêcheurs de tourner en rond. La désertion des catholiques de la sphère politique est une des causes profondes de l’état du monde actuel et c’est une responsabilité morale lourde devant Dieu et devant les hommes. Ce n’est ni plus ni moins que de la non-assistance à personne en danger.  Lâcheté, égoïsme, défense de son pré carré, indifférence, renversement des priorités, il y a tant de bonnes raisons pour masquer cette réalité bien éloignée de la charité. La politique n’est pas la cuisine politicienne. Elle la dépasse largement. Elle est la responsabilité de chaque citoyen sur le bonheur de ces concitoyens et par ricochet du monde entier. Il est de bon ton chez bien des catholiques de regarder de haut, les mains propres de n’avoir pas servi, ces pourris qui nous gouvernent, sans oser regarder les complicités passives de nos désertions et les complicités moins passives dans notre quotidien professionnel aux mains moins blanches. La politique est un service rendu au monde, au peuple et ne nous y trompons pas à nos familles qui si souvent nous servent de prétexte pour ne pas nous engager. Un service et une responsabilité vis-à-vis du bien commun, lequel, à son ultime, est Dieu Lui-même.

La politique enfin ne se limite pas à l’engagement électoral ou dans un parti, mais celui-ci donne accès au gouvernement, aux décisions. La politique c’est aussi le lobbying, les médias, l’engagement associatif, caritatif… Mais pour être charité, cet engagement doit se faire dans et au service de la vérité. Pour aller de Rome à Paris, il y a plusieurs routes possibles. De même en est-il de la vérité et de la politique. S’il n’y a pas de parti chrétien unique, il n’y pas pas de non choix possible pour le catholique. Ne pas s’engager, sauf empêchement majeur, est une omission grave aux lourdes conséquences sur le monde et, nous le voyons chaque jour davantage, ces conséquences n’épargnent plus désormais nos propres bunkers.

Alors, en vérité, pourquoi si peu s’engagent ? La question mérite d’être posée par chacun. Le « à quoi bon » est un manque d’espérance et de confiance. Le « tous pourris » n’est un argument que pour celui qui se sent capable lui-même de pourriture. Croire ne pas avoir le charisme de la politique c’est oublier la multitude de formes d’engagements possibles et notre responsabilité de citoyen. La peur de la flétrissure, c’est confondre compromis et compromission sans comprendre la notion de mieux possible.

Mais au fond si la politique est la forme la plus haute de la charité, y a-t-il d’autres questions à se poser que celle de savoir comment y participer puisque partant de là, il semble difficile de s’en dispenser. Et peut-être plus encore aujourd’hui dans un monde en rejet du christianisme, il y a là non-assistance à personne en danger.

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