Pour Pierre-Yves Stucki (Semaines Sociales de France) Macron, malgré tout, vaut mieux que Le Pen

Soucieux de donner la parole à tous les points de vues, voici après celui du collectif Antioche, celui d’un membre des semaines sociales de France)

Les dés sont jetés. Le verdict du premier tour est tombé, désignant les deux candidats entre lesquels les Français devront choisir le futur président de la République : Emmanuel Macron ou Marine Le Pen.

C’est un vrai choix devant lequel se trouvent les Français, selon des lignes de clivage peut-être plus significatives désormais que l’opposition traditionnelle gauche-droite. Les deux personnalités sont aussi diamétralement opposées que leur vision de la France et leurs intentions pour conduire le pays – qu’il s’agisse de l’Europe, de la régulation économique et du rôle de l’État, de la protection sociale, du travail ou bien sûr de la situation des étrangers et de l’immigration.

Il nous faut donc encore choisir. Certains sans doute ont déjà un avis tranché. Mais d’autres sortent troublés et indécis après ce premier tour et l’élimination simultanée des deux grands partis qui se sont partagés le pouvoir depuis des décennies.

C’est à eux que je pense en ce moment. Il est compréhensible que tous ne se retrouvent pas dans cette alternative. Les électeurs qui ont soutenu un autre candidat ressentent une légitime déception, d’autant plus forte lorsqu’ils ont vraiment cru aux chances de leur camp.

Pourtant, l’histoire n’est pas encore finie et notre responsabilité reste engagée. Il reste un second tour : c’est lui qui déterminera le Président. Il faut dépasser cette amertume. Il ne s’agit pas de refaire le match en rêvant de retrouver son candidat préféré, mais de trancher dans un choix donné, même si ce n’est pas celui qu’on voulait. La responsabilité ne s’exerce pas dans l’idéal mais dans le réel.

Oui, il faut choisir. À ceux qui sont tentés par l’abstention ou le vote blanc, je voudrais rappeler que « choisir de ne pas choisir, c’est encore faire un choix ». C’est choisir de s’en remettre, sans réserve aucune, à la décision prise par les autres. C’est surtout considérer comme égales et indifférentes les conséquences de l’élection de l’un ou de l’autre.

Or il me semble impossible de s’appuyer sur la doctrine sociale pour prétendre que nous sommes aujourd’hui devant une alternative équilibrée entre deux choix équivalents. Contrairement à ce que je lis ici ou là, nous ne sommes pas entre la peste et le choléra !

Le projet d’Emmanuel Macron comporte bien des faiblesses et même, avec la libéralisation de la PMA, au moins un point clairement contestable. Mais comment un seul instant prétendre justifier les thèses nationalistes de Marine Le Pen au regard de l’exigence du bien commun ou de la destination universelle des biens ? À la « préférence nationale », le christianisme opposera toujours « l’option préférentielle pour les pauvres ». Comment le rejet de l’Europe pourrait-il s’accorder avec l’exhortation de Jean-Paul II à être « l’âme de la construction européenne » ? Comment la fermeture des frontières pourrait-elle s’accorder avec l’appel du pape François à accueillir les migrants « avec prudence » certes, mais toujours « avec le cœur ouvert », ou encore la doctrine constante, rappelée par Benoît XVI, sur le droit au regroupement familial ? Aux chrétiens qui pensent que ces sujets peuvent être relativisés, rappelons que l’accueil de l’étranger fait partie des rares points dont Jésus prend soin de nous avertir explicitement qu’ils font partie de ceux sur lesquels nous serons jugés au dernier jour.

Quant aux positions ambiguës sur les questions éthiques, le Front national n’a rien à envier à Macron, qu’on songe à la peine de mort ou à l’avortement. À l’inverse, Macron a précisé son opposition à la GPA et n’a jamais prôné l’euthanasie.

Il n’est surtout pas question de tomber dans l’angélisme ou le simplisme, avec un candidat tout blanc et l’autre tout noir. Il reste bien des zones d’ombres chez Macron qui n’en font pas, très loin s’en faut, le candidat parfait – ne serait-ce que son libéralisme économique, contre lequel ne cesse de nous mettre en garde le pape François.

C’est là qu’intervient un autre aspect décisif. Le second tour de la présidentielle n’est pas le fin mot de l’histoire. Il y aura ensuite les législatives qui définiront la majorité gouvernementale, puis, dans toute la durée du mandat, cette exigence d’un « engagement critique » dont parlait notre dernière chronique.

Concrètement, il s’agit d’estimer, entre deux candidats dont on ne partage pas l’intégralité des positions, avec lequel il est le plus envisageable de dialoguer, de débattre pour, en fin de compte, peser sur ses choix. Et là, les choses sont très claires. Je veux croire qu’il est possible de peser sur les orientations d’Emmanuel Macron (on lui reproche même d’être trop flexible !), alors que je ne vois pas l’ombre d’un espoir de faire bouger le FN de son socle idéologique.

C’est un élément essentiel. Il relève encore le niveau d’exigence, nous invitant à répondre à l’appel du pape François aux jeunes à Cracovie : « Voulez-vous changer le monde ? » Cela ne se fera certainement pas juste en glissant un bulletin dans l’urne. Mais cela passera aussi par là et par la suite que nous y donnerons. Ne nous lavons pas les mains de l’avenir de notre pays.

Pierre-Yves Stucki,
Membre du Conseil des Semaines sociales

 

 Pour aller plus loin notre note récapitulative

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