Pourquoi il est utile de faire des petits sacrifices volontaires ?

Nous entrons en carême. C’est donc le moment propice pour décider des efforts que nous allons faire pendant ces 40 jours. Les lettres de liaison n° 64 et n° 65 ont rappelé que les premiers sacrifices à faire étaient ceux que nous ne choisissions pas. Mais la dernière lettre de liaison a rappelé également que les petits voyants ajoutaient des pénitences volontaires aux sacrifices de la vie quotidienne. Si nous voulons les imiter, nous ne pouvons éviter de faire comme eux. Et le carême est une période appropriée pour le faire.

Mais pourquoi est-il utile que nous fassions des pénitences volontaires ? L’offrande des sacrifices de la vie quotidienne ne suffit-elle pas puisque c’est ce que Notre-Seigneur a demandé ? Il ne faut pas oublier que notre nature a été blessée par le péché originel et que notre volonté en a été affaiblie. Il faut donc l’exercer afin d’être plus fort. Car l’acceptation des sacrifices de la vie quotidienne, ceux que nous ne choisissons pas, demande parfois d’avoir une volonté à toute épreuve. Par exemple, qui n’a jamais éprouvé la difficulté de supporter patiemment une personne ennuyeuse, qu’elle soit un ami, un parent, un supérieur ou un subordonné ? Il faut donc exercer notre volonté à faire face à de telles épreuves. C’est pourquoi, comme un sportif, il faut s’entraîner ; sinon au moment de l’épreuve, nous succomberons.

Ces pénitences volontaires peuvent nous faire peur, car nous imaginons souvent des mortifications sévères. C’est une erreur. Sœur Lucie écrivit à Mgr Ferreira le 28 février 1943 : « Beaucoup donnent au mot “pénitence” le sens de grandes austérités, et comme elles ne se sentent ni force ni générosité pour cela, elles se découragent et se laissent aller à une vie de tiédeur et de péché. » Et en effet, Notre-Dame dit aux petits voyants que Dieu ne voulait pas qu’ils portent la corde la nuit. (Voir précédente lettre de liaison)

Il faut donc rester humble dans le choix de nos pénitences et éviter de choisir un effort au-dessus de nos capacités, sans toutefois se contenter d’un effort minimal. Il y a un juste milieu ! Pour être sûr d’être dans ce juste milieu, il est recommandé de demander son avis à notre confesseur habituel ou notre directeur de conscience. Quoi qu’il en soit, il faut chercher à faire en sorte que notre choix corresponde à ce que Dieu attend de nous.

Quelle pénitence choisir ? Ce n’est pas forcément une privation de nourriture ou une mortification corporelle. De telles pénitences sont tout à fait possibles, surtout en carême, mais il peut être meilleur pour notre sanctification de choisir un sacrifice allant à l’encontre d’un de nos défauts. Par exemple, quelqu’un facilement de mauvaise humeur ou emporté, prendra la résolution au moins une fois dans la journée d’accepter joyeusement une contrariété. Tel autre trop égoïste ou renfermé sur lui-même s’imposera de consacrer un moment à une personne de son entourage, etc. On peut aussi limiter le temps passé devant la télévision ou l’ordinateur pour le consacrer à prier un peu plus. Rien n’interdit non plus de s’imposer plusieurs petits sacrifices plutôt qu’une grande pénitence que nous aurons du mal à tenir.

Restons humbles et ne cherchons pas la performance : c’est l’exemple que nous donne les petits voyants de Fatima. Ils ne nous demandent pas forcément de donner notre déjeuner à un pauvre, de ne pas boire toute une journée ou de nous flageller avec des orties, mais ils nous demandent de les imiter en ajoutant un petit effort en plus de l’offrande des sacrifices inévitablement rencontrés dans l’accomplissement de notre devoir quotidien et dans le respect de la loi divine.

Certains objecteront qu’il ne sert à rien de s’imposer des pénitences si elles ne sont pas faites dans un esprit de charité. C’est parfaitement exact. Mais c’est tout aussi vrai pour les sacrifices que nous ne choisissons pas. Mais, la pénitence volontairement choisie permet de faire participer plus clairement notre volonté et a, de ce fait, une valeur particulière. Prenons un exemple pour illustrer ce point.

La première chose que les parents attendent de leurs enfants est qu’ils obéissent aux consignes qu’ils leur donnent pour leur bien. Si un enfant, en plus de se montrer docile et obéissant, offre de temps en temps un petit cadeau à ses parents, ceux-ci en seront profondément touchés. Mais il n’en sera pas de même si ce cadeau vient d’un enfant toujours désobéissant et rebelle. Il en va un peu de même pour les sacrifices. Dieu demande d’abord que nous respections sa loi et accomplissions notre devoir quotidien, mais sera touché si, en plus de ce qu’Il demande, nous ajoutons, de notre plein gré, quelques petits efforts supplémentaires. C’est pour cela que Notre-Dame dit aux petits voyants, en parlant de la corde qu’ils portaient autour de leur taille : « Dieu est content de vos sacrifices.  »

Et dans tout cela, la charité doit bien sûr rester le premier moteur de nos pénitences. Si sœur Lucie reçut de nombreuses révélations sur l’importance des sacrifices, notamment qu’il fallait les offrir pour la conversion des pécheurs, c’est à une autre sainte religieuse, contemporaine de sœur Lucie, qu’il a plu au Ciel de révéler l’esprit dans lequel faire nos sacrifices. Le 30 novembre 1922 (Lucie était alors pensionnaire à l’Asilo de Vilar depuis un an), au couvent des Feuillants à Poitiers, Notre-Seigneur confia à sœur Josepha Ménendez :

L’âme qui fait de sa vie une constante union avec la mienne, Me glorifie et travaille grandement au profit des âmes. Ainsi, fait-elle un travail qui, en soi, n’a que peu de valeur ? … si elle le baigne de mon Sang ou l’unit à celui que je fis Moi-même durant ma vie mortelle, de quel fruit ne sera-t-il pas pour les âmes ! … plus grand peut-être que si elle avait prêché au monde entier !… Et cela, soit qu’elle étudie, parle ou écrive… soit qu’elle couse, balaye ou se repose… pourvu, premièrement, que cette action soit réglée par l’obéissance ou le devoir, et non par le caprice ; secondement, qu’elle soit faite en intime union avec Moi, recouverte de mon Sang et dans une grande pureté d’intention.

Je désire tant que les âmes comprennent cela ! Ce n’est pas l’action qui, en soi, a quelque valeur, c’est l’intention dans laquelle elle est faite. Quand Je balayais et travaillais dans l’atelier de Nazareth, Je donnais autant de gloire à mon Père que lorsque Je prêchais au cours de ma vie publique.

Il y a beaucoup d’âmes qui, aux yeux du monde, ont une charge importante et procurent à mon Cœur une grande gloire, c’est vrai ; mais J’ai beaucoup d’âmes cachées qui, dans leurs humbles travaux, sont des ouvrières bien utiles à ma Vigne, car c’est l’Amour qui les meut et elles savent, en baignant leurs plus petites actions dans mon Sang, les recouvrir d’or surnaturel.

Mon Amour va si loin que, du rien, mes Âmes peuvent retirer de grands trésors. Quand, dès le matin, s’unissant à Moi, elles offrent toute leur journée avec l’ardent désir que mon Cœur s’en serve pour le profit des âmes… quand avec amour, elles font tout leur devoir, heure par heure et moment par moment, quels trésors n’amassent-elles pas en un jour !

Et deux jours plus tard, le 2 décembre 1922, Il ajoutait :

Je veux qu’elles [les âmes] sachent (…) que cette perfection consiste à faire leurs actions communes et ordinaires en intime union avec Moi. Si elles comprennent cela, elles peuvent diviniser leur vie et toute leur activité par cette étroite union à mon Cœur.

Il est très extraordinaire de voir combien les deux enseignements confiés à sœur Lucie et à sœur Josepha se complètent. Ceci montre l’importance que le Ciel attache à nos sacrifices, sous réserve que nous les fassions avec amour.

Alors, mettons à profit le carême qui commence pour mieux comprendre le sens des sacrifices demandés, faire les efforts que Dieu attend de nous, les faire pour la conversion des pécheurs et réparer les outrages envers le Cœur Immaculé de Marie, et surtout les faire bien unis à notre Sauveur qui nous le demande avec tant d’insistance.

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie.
Yves de Lassus

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