Quand saint Athanase, enfant, jouait à… l’évêque

Faire l’évêque : un jeu d’enfants !

 

Oui mais un jeu à valeur de présage, comme il est courant d’en mentionner dans les biographies des personnages appelés à un destin hors du commun ; et c’est bien ainsi qu’apparaît Athanase dans l’Histoire ecclésiastique de Rufin d’Aquilée, écrite en latin en 402-403. Rufin qui a séjourné plusieurs années en Égypte peu après la mort d’Athanase (373) a recueilli une tradition, attestée aussi dans les Vies grecques du futur évêque d’Alexandrie ; il la fait connaître à ses lecteurs occidentaux.

Il rapporte qu’un jour, après la cérémonie en l’honneur de l’évêque martyr Pierre, son successeur, Alexandre « voit de loin le jeu d’enfants qui, sur la plage, étaient en train d’imiter l’évêque et ce que l’on a coutume de faire à l’église. Mais alors qu’il observait les enfants avec plus d’attention, il les voit accomplir certains rites plus secrets et en rapport avec les mystères ». Alarmé, il ordonne à ses clercs de lui ramener tous les enfants qu’ils pourront attraper. Il les interroge : ceux-ci commencent par nier puis « ils avouent que certains d’entre eux qui étaient catéchumènes, avaient été baptisés par Athanase qui avait joué le rôle de l’évêque dans ce jeu d’enfants. Alors l’évêque s’informe avec soin auprès de ceux qui disaient avoir été baptisés : que leur avait-on demandé ? qu’avaient-ils répondu ? » Puis il interroge Athanase. « Quand il constate que tout est conforme au rite de notre religion, après s’être entretenu avec son conseil de clercs, il décida, dit-on, que pour ceux qui avaient reçu l’eau après que questions et réponses avaient été échangées correctement, il ne fallait pas renouveler le baptême mais compléter les rites qui sont habituellement accomplis par les prêtres. Quant à Athanase et à ceux qui dans ce jeu avaient tenu le rôle de prêtres et de ministres, après avoir convoqué leurs parents, prenant Dieu à témoin, il les remet afin qu’ils les élèvent pour l’Église. » Une fois instruit « Athanase est rendu à l’évêque par ses parents, comme un dépôt du Seigneur fidèlement conservé, et comme un Samuel il fut élevé dans le temple du Seigneur. » (HE, I, 15)

Les lecteurs-auditeurs de cette anecdote édifiante ne pouvaient manquer d’en saisir la portée. L’observation des jeux d’enfants et l’écoute de leurs paroles pour en tirer des présages étaient une pratique typiquement égyptienne dont nous avons ici la transposition chrétienne. Ainsi pour l’oracle d’Apis au Sarapeion de Memphis. Cyrille, évêque d’Alexandrie au début du Ve siècle, indique la présence de jeunes médiums dans de nombreux temples égyptiens et critique : « Il y avait des vierges assises dans les enclos des idoles et de jeunes garçons ou même des enfants en bas-âge, au moyen desquels les plus experts en magie croyaient recevoir les communications des démons » (In Amos, 78).

Mais la préfiguration du destin d’un personnage hors du commun par des événements de son enfance est aussi un motif des plus fréquents dans les biographies, de l’enfance de Cyrus et de cell d’Alexandre à celle des empereurs romains. Ainsi le futur Septime Sévère qui a priori n’était pas destiné à devenir empereur « entouré d’un ordo d’enfants, alors qu’on portait devant lui les haches et les faisceaux, siégeait et rendait la justice » (Histoire Auguste, Septime Sévère, I, 4).

La micro-société enfantine réfléchit l’image de la société, de ses institutions et de ses pratiques. Le jeu préfigurant l’avenir d’un enfant est un motif banal jusqu’ à nos jours et certains parents l’encouragent ; la réalisation n’en est pas assurée. Dans le cas d’Athanase, la tradition indiquait après coup que le présage s’était réalisé. L’évêque Alexandre avait su discerner la vocation du jeune garçon qui jouait si bien à l’évêque et avait reconnu la validité du baptême conféré à ses camarades catéchumènes. Après Pierre et Alexandre, Athanase était destiné à entrer dans la lignée des évêques d’Alexandrie.

 

Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme, université de Rouen

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