Quelques rappels sur les abus sexuels d’enfants – S. Joulain

Depuis près de vingt ans que je travaille sur la douloureuse question des abus sexuels d’enfants, je ne crois pas avoir…

Publiée par Stéphane Joulain sur Vendredi 31 août 2018

Depuis près de vingt ans que je travaille sur la douloureuse question des abus sexuels d’enfants, je ne crois pas avoir vu une crise comme celle que nous traversons actuellement. Cela est en grande partie dû à l’essor des réseaux sociaux et l’accélération du temps médiatique. Si les réseaux sociaux sont de formidables moyens d’échange entre les personnes et les peuples, ce sont aussi les pires des endroits pour la calomnie, et l’expression des plus vils sentiments et pensées. La communication devient minimaliste et radicale, elle prend le pas sur l’analyse et le discernement. Ce fut une des raisons de mon départ de Twitter par exemple. Ce que de nombreuses personnes ne réalisent pas c’est que certains des propos écrits à l’arrache sur le Net propagent une haine destructrice envers l’ensemble des prêtres catholiques au nom d’une colère légitime envers certains d’entre-eux.

Il me semble bon de se rappeler les points suivants (quitte à passer pour un réac qui cherche à protéger un système archaïque et oppressif) :

1. Tous les prêtres ne sont pas des abuseurs d’enfants (ou bien des pédophiles comme on les appelle encore en France). La vaste majorité ne le sont pas, mais certains le sont (entre 1 et 4 % +/-, mais pas sûr, cela dépend des pays et des époques).
2. Tous les évêques ne sont pas des complices des crimes de certains de leurs prêtres ou bien de leurs frères évêques. Mais certains le sont.
3. Tous les clercs ne sont pas : homosexuels, malheureux, déprimés, ou bien immatures ou encore frustrés sexuellement, ou bien de grands adolescents ou des monstres ou encore des dictateurs, etc. Mais certains le sont (enfin pas tout cela à la fois).
4. Tous les clercs ne sont pas infidèles à leur engagement dans un célibat chaste et abstinent. Mais certains le sont.
5. Tous les clercs n’ont pas de maitresses, d’amants cachés. Mais certains en ont (soit dit en passant selon l’IFOP en 2016, 50 % des Français sont infidèles à leur compagne et 32 % des Françaises aussi).
6. Tous les clercs n’ont pas d’enfants cachés. Mais certains en ont (soit dit en passant 30 % des pères élèvent des enfants dont ils ne sont pas le père et ne le savent pas, « Ô mama, quel malheur, si papa savait ça »).
7. Tous les clercs ne sont pas les promoteurs du cléricalisme. Mais certains en sont les farouches agents.

Par contre :

1. De très nombreux prêtres portent en silence une honte qui n’est pas la leur.
2. De très nombreux prêtres essaient au quotidien d’être fidèle à la parole qu’ils ont donnée de vivre chastement pour l’amour du Royaume de Dieu (et ce n’est pas facile tous les jours).
3. De très nombreux prêtres ne reculent devant aucun sacrifice pour être présents auprès de leurs frères et sœurs en détresse.
4. De nombreux prêtres donnent encore leur vie aujourd’hui et meurent en martyrs pour la foi (une vingtaine chaque année à travers le monde).
5. De très nombreux prêtres alors qu’ils devraient pouvoir vivre tranquillement leur retraite, servent encore ce Peuple de Dieu qu’ils aiment, et cela bien après leurs 75 ans.
6. De très nombreux prêtres ont fait le pari depuis des années de travailler en partenariat avec des laïcs, hommes et femmes.
7. De très nombreux prêtres sont heureux de servir le peuple de Dieu et s’épanouissent dans ce ministère, même si cela n’est pas facile tous les jours, mais c’est la vie, n’est-ce pas ? Il y a des jours avec et des jours sans !

Il y a-t-il des choses à changer ? Pour sûr, le chantier est immense et les ouvriers peu nombreux ! Vie et souffrances des êtres humains, place des laïcs, place des femmes, modèle d’Église, annonce de la Parole, formation, etc. Le Pape appelle l’ensemble du Peuple de Dieu à l’aide pour sortir de cette crise, cela inclus aussi les prêtres, nos frères… Car, s’il ne s’agit pas de les mettre sur un piédestal, la boue n’est pas non plus leur place. Chaque être humain à le droit au respect et à la dignité, parfois je crois que l’on oublie ce principe dans nos sociétés.

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