Qui célèbre vraiment la liturgie ?

Un texte de James V. Schall traduit par Aurélie Durand pour France-catholique :

Un prêtre va dire : « J’ai célébré ma Messe ce matin » ou « A ma Messe Dominicale, j’ai oublié le Credo. » Généralement quand on leur pose la question, la plupart des prêtres savent que la Messe n’est pas leur propriété privée. Elle ne leur appartient pas, même s’ils sont les seuls à être autorisés à la célébrer par l’Eglise. Ce ne sont pas eux qui ont établi le rite de la Messe en premier lieu.

Ce « don de la messe » leur a été fait lors de leur ordination. Les évêques en communion avec Rome sont responsables de préserver sa vérité, son ordre et sa beauté. Le prêtre n’est rien d‘autre qu’un serviteur obéissant. La Messe n’est pas une arène au milieu de laquelle est mise en avant sa belle personnalité.

La même Messe peut avoir de nombreuses formes. J’ai récemment vu une vidéo d’une messe au Vietnam sur Youtube. Derrière l’autel, on voyait un écran géant sur lequel, lors d’un moment dramatique de la célébration, apparaissait un spectacle son et lumière qui simulait la résurrection. L’assemblée voyait alors une nouvelle représentation de l’événement principal de la messe.

J’ai participé à une messe de deux heures avec des tam-tams en Afrique. Une fois, j’ai concélébré une messe mariachi à San Diego, participé à une messe dans la vieille cathédrale d’Oakland qui a une forme de ballon de rugby, ainsi qu’à une « messe de comité » à San Francisco. Le rite russe de Pâques a duré des heures. La grande messe solennelle du rite tridentin est différente du Novus Ordo. Je n’ai jamais vu de « messe Beyoncé » (organisée le mois dernier à San Francisco) ou de messe à Santa Marta.

Les textes de la messe et l’atmosphère varient selon la langue, le moment de l’année ou la fête du jour. Une messe de mariage ou des funérailles ont chacune leur propre atmosphère. Je suis toujours fan de Belloc qui avait noté une fois, la grande invention spirituelle qu’était la messe de vingt minutes du rite romain.

Dans la Fête de la foi (1986), Joseph Ratzinger écrivait : « La liturgie est une liturgie authentique si elle n’est pas soumise à la volonté de ceux qui la célèbre ». A la messe, un prêtre revêt des vêtements liturgiques pour minimiser l’importance de sa propre personnalité et de sa propre volonté. Il agit in persona Christi. Le prêtre « acteur » ou le prêtre « maître de cérémonies » ne se détourne pas du principal Célébrant lors de chaque messe, en Le nommant : le Christ. Nous n’allons pas la messe pour voir ou écouter la messe du Père Durand. Nous allons à la messe car c’est le « sacrifice de la gloire », le sacrifice non sanglant de la Croix que le Christ nous a imposé pour le garder présent dans ce monde jusqu’à « Sa venue ».

Dans l’histoire du monde, une seule Messe a lieu, celle du dernier Repas qui se prolonge jusqu’à la Crucifixion et la Résurrection du Seigneur. En ce sens, chaque messe n’a qu’un seul célébrant qui est le Christ, le Seigneur. J’ai toujours aimé le passage du troisième Canon qui nous dit que le sacrifice de gloire doit être célébré chaque jour dans ce monde, du lever au coucher du soleil. Bien que je sois favorable au cosmos, je suis plutôt dubitatif quant à la « messe cosmique ».

Quand au contraire, la liturgie est soumise à la volonté de ceux qui la célèbre, comme le soulignait Ratzinger, beaucoup de choses étranges s’en suivent : « La différence entre la liturgie et la fête, entre la liturgie et un événement social, a disparu petit à petit et sans qu’on le perçoive. De ce fait, certains prêtres, pensant être polis, ne recevaient pas la Communion avant l’assemblée. Ils ne disaient pas « je vous bénis » à l’assemblée, « dissolvant ainsi la relation liturgique fondamentale entre eux et les fidèles ».

Le résultat de ces changements serait soit que chaque fidèle soit un ministre ordonné prêtre ou qu’un prêtre ne soit pas nécessaire pour célébrer. La Messe était un repas ordinaire, un « événement social ». Ce n’était pas le Sacrifice de la Pâque de la Nouvelle Loi dans laquelle chaque prêtre célébrant était là, en la « personne » du Christ, et qui seul, célèbre la Messe du lever au coucher du soleil.

Si la messe n’est pas soumise à la « volonté » de ceux qui la célèbrent, à la volonté de qui est-elle soumise ? Le Christ a dit : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme et ne buvez pas Son sang, vous n’aurez pas la vie éternelle en vous. » La plupart des gens pensaient que cela ne pouvait pas être tout à fait correct. (Jean 6 :53) Mais dans l’histoire de la religion, la recherche de la manière appropriée d’adorer Dieu par des sacrifices ou d’autres moyens semblait être une impasse.

Il est devenu clair que la seule source appropriée pour l’enseignement sur la bonne façon d’adorer Dieu était Dieu lui-même. Cette “bonne façon” est ce que représente la Messe, ce qu’elle est pour en comprendre le sens. Le seul homme qui pouvait offrir le sacrifice au Père était le Fils de l’Homme. C’est ce qu’il a fait sur la Croix. Même Lui, même le Christ, a compris que la Croix n’était pas “soumise à Sa volonté”, mais à celle de Son Père. Chaque Messe à laquelle nous participons est l’événement de celui qui la célèbre vraiment : le Christ, le Fils de l’Homme.

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