Recensement au Pakistan : “vital pour faire valoir nos droits dans notre pays”

Mercredi 15 mars, les opérations de recensement de la population pakistanaise ont débuté. Elles devraient durer un peu plus de deux mois et permettre de mieux connaître les habitants de ce pays dont le nombre est estimé à près de 200 millions. Pour les minorités religieuses, l’enjeu est important : de leur correcte énumération dépend leur juste représentation dans les instances politiques et administratives du Pakistan.

Les Eglises chrétiennes sont mobilisées depuis de nombreux mois afin de sensibiliser leurs membres à l’importance de ce recensement. Le 13 février dernier, Mgr Joseph Coutts, archevêque catholique de Karachi, et Mgr Sadiq Daniel, évêque de l’Eglise (anglicane) du Pakistan, étaient côte à côte à Karachi pour une conférence de presse commune. « Franchissons un pas en avant pour unir la totalité de la communauté chrétienne pakistanaise, sans distinction de confessions ! Faisons en sorte que chaque agent pastoral, y compris les évêques, les prêtres, les pasteurs, les catéchistes et les laïcs, s’implique afin que les chiffres réels soient connus », a déclaré Mgr Coutts. Pour Mgr Daniel, le recensement et le dénombrement le plus précis possible de la communauté chrétienne « ne sont pas seulement vitaux pour notre développement mais aussi pour faire prévaloir nos droits dans notre pays ».

« Une importance capitale pour l’avancement des non-musulmans »

Cecil Shane Chaudhry est directeur de la Commission ‘Justice et Paix’ de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan. Il explique que « des chiffres crédibles et une véritable classification des religions sont d’une importance capitale pour l’avancement des Pakistanais non musulmans ». La législation prévoit en effet que 5 % des emplois dans les administrations fédérales, les institutions éducatives et les programmes gouvernementaux soient réservés aux minorités non musulmanes. De plus, l’Assemblée nationale et les assemblées législatives des différentes provinces du pays comptent un certain nombre de députés qui sont élus selon un système d’« électorats séparés », chacune des trois communautés chrétienne, hindoue et sikhe désignant ainsi ses représentants. A l’Assemblée nationale, le nombre de ces députés est de dix et les responsables des religions minoritaires dénoncent le fait que ce nombre n’a pas changé lorsqu’en 2008, le nombre des députés est passé de 210 à 342.

Le dénombrement des minorités religieuses permettra également de voir si la tendance, visible au fil de ces dernières décennies, à l’érosion de la part non musulmane de la population pakistanaise se poursuit. Avant l’indépendance du Pakistan oriental (le Bangladesh) en 1971, le Pakistan comptait 77 % de musulmans et 23 % de minorités religieuses. Selon le dernier recensement en date, celui de 1998, le Pakistan comptait 97 % de musulmans (dont 11 à 12 % de chiites). Les chiffres de ce recensement 2017 diront quelle est la part exacte des minorités chiite, chrétienne (aujourd’hui estimée à 2,1 %), hindoue (1,3 %) et autres (0,3 %). Ils diront aussi le poids des différentes provinces, avec un Pendjab qui réunit une grosse moitié de la population et le Sind qui en rassemble le quart.

180, 190 ou 200 millions d’habitants ?

Le défi logistique et sécuritaire est considérable. Selon les préconisations de l’ONU et les dispositions inscrites dans la Constitution, le Pakistan a recensé sa population tous les dix ans. Cela a été le cas en 1951, quatre après l’indépendance, en 1961, en 1972 et en 1981. Ensuite, il a fallu attendre 1998 et près de vingt ans encore avant le présent recensement. Ces recensements de plus en plus éloignés dans le temps s’expliquent par l’instabilité politique et sécuritaire que connaît le pays. Cette fois-ci, pour accompagner les 113 000 agents recenseurs qui vont parcourir les rues et les routes du pays, les forces de sécurité (police et armée) déploient 200 000 de leurs hommes. Des questions se posent néanmoins sur l’accessibilité de certaines régions et zones : comment pourront travailler les agents recenseurs dans les zones tribales, à la frontière de l’Afghanistan, rétives à toute intrusion de l’Etat dans leurs affaires et où l’armée mène des opérations contre les talibans ? Les agents recenseurs pourront-ils pénétrer dans les « No-Go Areas » de Karachi, ces zones parfaitement connues et délimitées où l’administration et les forces de l’ordre ne pénètrent pas (au point que les démographes ne savent pas si cette grande métropole portuaire compte 20 ou 30 millions d’habitants) ? Comment les réfugiés afghans qui ont fui la guerre chez eux et qui se compteraient par millions au Pakistan seront-ils pris en compte ? Comment seront prises en compte les minorités issues de l’islam mais non reconnues comme musulmanes par l’islam en place (c’est le cas des Ahmadis) ?

Couvrant un territoire de 770 000 km² (une fois et demie la France), le Pakistan comptait en 1998 134,7 millions d’habitants. Le recensement 2017 donnera un nouveau chiffre, qui placera le pays au cinquième ou au sixième rang des nations les plus peuplées de la planète. En 1998, les chrétiens avaient été comptés comme étant 2,6 millions. A l’époque, les responsables de leur communauté avaient estimé que ce chiffre était sous-estimé : beaucoup de chrétiens portent des noms à consonance étrangère, difficiles à comprendre pour les équipes du recensement, et celles-ci les islamisaient en les transcrivant ; leurs noms se retrouvaient alors classés avec ceux des musulmans.

Source : Eglises d’Asie

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