Recension – Jacqueline de Romilly – Ce que je crois

Sur le site du journal Contrepoint, Jacques Rivalland se livre à une belle recension du livre de Jacqueline de Romilly, Ce que je crois, paru en 1974. L’occasion de redécouvrir une personnalité marquante dont la pensée reste d’une étonnante actualité.

Un livre très positif, au-delà de tous les malheurs et toutes les difficultés ou obstacles qui jalonnent la vie et bienvenu en période de crise pour aider à prendre de la distance et trouver ce qu’il y a de beau à contempler, au lieu de se lamenter sur tout ce qui peut ne pas aller. Un véritable hymne à la vie.

Dans son article l’auteur revient sur deux points riches d’enseignement pour aujourd’hui.

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Extraits

 

Oui, il y a à apprendre du passé et, oui au-delà des mutations et instabilités du présent il est possible de trouver des éléments de stabilité grâce à l’expérience grecque, sans perdre pour autant de vue ou nier les difficultés du présent. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes que de s’en retourner vers la Grèce pour y trouver la source d’inspiration !

La primauté croissante du politique sur l’individu

Or, cet essai, édité seulement en 2012, fait part d’une inquiétude de l’auteur. Inquiétude face à « l’annihilation de l’individu », aux effets néfastes de mai 1968, qui a « maltraité » notamment le « jardin » de Jacqueline de Romilly qu’était l’Université (est-ce pour cette référence dangereuse que l’ouvrage n’aurait pas été publié à l’époque ?). Tout devint alors politique, jusque dans la « parodie ». De telle sorte que, jusque dans nos vies, le politique fasse, « par un désastreux paradoxe » disparaître les « solidarités actives  », au point d’entacher nos libertés, menant chacun au repli sur soi.

Face à ce constat, l’auteur exprime ce en quoi elle croit. Deux moyens ultimes, enseignés par les Grecs anciens, se trouvent au sommet de cette conviction et sont les plus à mêmes de promouvoir le civisme et la vie en commun, face à la violence et au laisser-aller de la société. Un peu oubliés ou dévoyés au regard des conceptions anciennes, dont a pourtant tant à apprendre, ils ont pourtant contribué avec force à forger nos sociétés libérales.

La loi et l’éducation

Le premier est la loi, ou légalité, seul à même d’éviter la violence de l’arbitraire et de garantir à la fois la liberté et la démocratie.

Et le second, que Jacqueline de Romilly place au-dessus de tout, et considère comme la « clef de voûte » de l’édifice de ce en quoi elle croit, car la loi ne vaut sans la fondation sur une solide conscience vivante, est l’éducation. Elle explique en quoi elle est à même de rendre la violence superflue et inefficace.

Or, selon elle, les gouvernements successifs de notre pays l’auraient « négligée de façon systématique » depuis quelques années, là où les Grecs croyaient résolument en l’enseignement, l’éducation et la formation des hommes, bien qu’ils n’avaient pas d’école pour tous ni d’enseignement organisé par l’État. Ainsi, nous aurions fait fausse route, l’enseignement devant se confondre avec l’éducation.

« On ne naît pas homme  », nous dit Jacqueline de Romilly, « on le devient ». Et ce sont les leçons de toutes les belles disciplines que l’on enseigne qui aident à le devenir. Malheureusement, tous nos points fixes, nos valeurs, ont cédé, l’enseignement devenant anarchique. Ce qui ne signifie pas, selon l’auteur, qu’il faille sombrer dans le désespoir. Rien n’est perdu et on se doit de réagir.

Le trésor des savoirs oubliés, finalement, est seul à même de nous enseigner le sens de la justice et l’injustice et nous éviter de faire sombrer avec nous des valeurs qui risquent bien, sans réaction rapide, de disparaître à tout jamais, ces valeurs transcendantes du « nous » qui nous rassemblent.

 

 Jacques Rivalland poursuit alors sur l’amour de la littérature. A lire ici.

 

 

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