Retour sur la disparition de Mgr Casimir Wang Milu

Son décès est passé quelque peu inaperçu, notamment dans la presse francophone, mais une figure de l’Église catholique chinoise vient de disparaître, il y a plus d’un mois. Mgr Casimir Wang Milu, ancien évêque de Tianshui, est décédé le 14 février 2017, à l’âge de 74 ans. Si de l’importance doit être attachée à cette disparition, c’est parce que, au-delà même des qualités de l’intéressé, Mgr Milu a été l’un des premiers évêques clandestins ordonnés par l’évêque légitime de Baoding, Mgr Pierre Joseph Fan Xueyan, nommé sous Pie XII, le 12 avril 1951 et ordonné le 24 juin de la même année. Arrêté en 1982, il est certes relâché, mais fréquemment déplacé pour diminuer l’influence qu’il a sur les catholiques de Chine. Mgr Fan Xueyan est décédé en 1992 dans des circonstances controversées, les autorités chinoises invoquant une pneumonie.

En effet, nous sommes le 28 juin 1981, Mgr Fan Xueyan, qui est sorti d’une longue période de détention, ordonne évêque Mgr Milu. Comme dans la partie dite officielle de l’Église chinoise, une série de consécrations épiscopales est lancée côté “clandestin” à partir des années 1980. Mgr Fan Xueyan obtiendra même du pape Jean-Paul II des facultés pour organiser l’Église “clandestine”, non sans certaines prudences romaines. Certes, la clandestinité ne signifie pas nécessairement un secret complet. Les catholiques fidèles à Rome ont aussi pignon sur rue, et la pression du pouvoir s’est relâché à l’égard de toutes les obédiences catholiques (les catholiques dits patriotes ont également été persécutés à partir des années 1960). En 1985, des évêques “officiels” se tournent même vers Rome pour obtenir une régularisation. Et ils l’obtiennent. Un long et lent mouvement se déclenche aboutissant à une situation où 95 % des évêques officiels ont un statut régulier. Cela concerne les évêques ordonnées sans mandat pontifical entre 1958 et 1963, puis ceux qui le seront à partir de 1979.

Qui est Mgr Casimir Wang Milu, évêque émérite de Tianshui (province de Gansu) ? Il est né le 24 janvier 1943, à Daxiangshan (district de Gan’gu), dans une fervente famille catholique. À cet égard, l’évêque ordinaire du diocèse, Mgr Jean Wang Ruowang, est même son frère cadet. Mgr Wang Milu est entré au séminaire en 1956. Mais il ne pourra être ordonné prêtre à cause des persécutions. Ce n’est qu’après les assouplissements consécutifs à la mort de Mao, qu’il reçoit l’ordination sacerdotale, le 16 juillet 1980. Sans les persécutions, il aurait certainement été ordonné au début des années 1960. Mais l’histoire en a décidé autrement… Il est ensuite ordonné évêque, le 28 juin 1981. Cependant, il est arrêté et condamné à 10 ans de réclusion en 1983 à cause de ses activités religieuses. Ce n’est que le 5 avril 1994 qu’il est libéré pour reprendre effectivement la conduite du diocèse de Tianshui. Enfin, il renonce à la charge épiscopale de ce diocèse, le 25 juillet 2003.

Il a laissé une image d’humilité. Comme le dit l’agence Fides, “humble, zélé et charitable, on se souvient de lui pour son zèle généreux. Un grand nombre de fidèles a rendu hommage à sa dépouille mortelle et participé aux obsèques, célébrées le 18 février”. L’histoire de l’Église de Chine reste encore à écrire, tant les figures héroïques et saintes ne manquent pas. Mais encore faut-il que les circonstances le permettent, car, à ce jour, l’Église n’est pas dans une situation stable… À cet égard, les commentateurs restent dubitatifs sur un éventuel rapprochement entre Pékin et le Saint-Siège.

Source : Agence Fides, 28/02/2017.

Comments are closed.