Retour sur la réunion de soutien aux chrétiens d’Orient organisée au Sénat

 
Le jeudi 12 décembre dernier, une réunion sur les chrétiens d’Orient avait eu lieu au Sénat. Organisée par François Fillon et Bruno Retailleau, le président du groupe Les Républicains de la chambre haute, elle marque aussi le lancement de l’association de soutien aux chrétiens d’Orient de la part de l’ancien Premier ministre, particulièrement intéressé par ce sujet. On pouvait noter la présence de plusieurs intervenants, dont certains connaissant bien la question. Si le patriarche chaldéen-catholique Louis Ier Raphaël Sako n’a pu être présent, il a laissé un message. 200 personnes étaient présentes. C’était bien une occasion pour marquer le coup dans l’une des institutions de la République, dont certains membres sont sensibles à la question des chrétiens d’Orient. On lira ainsi le discours de François Fillon. Mais il y avait d’autres séquences mémorables dans la réflexion à mener sur un sujet aussi complexe que sensible.

Une table-ronde a attiré notre attention, tant elle était riche au niveau des échanges. Plusieurs intervenants comme Mgr Pascal Gollnish, le directeur général de l’Oeuvre d’Orient, le philosophe Luc Ferry, l’essayiste Pascal Bruckner ou le journaliste Joseph Macé-Scaron y participaient. On rapportera ainsi les intéressantes interventions auxquelles elle a donné lieu.

Luc Ferry a mis en cause la ritualisation du Coran, qui aboutit à ce que le texte soit peu critiqué, alors qu’il mériterait une étude sereine. Pascal Bruckner a, lui, été plus incisif. Il a appelé à une véritable réciprocité avec les pays du Moyen-Orient sur la question du statut des chrétiens. «  Ce à quoi les musulmans ont droit, les chrétiens devraient y avoir droit ». « Nous ne sommes pays en retour », a-t-il dénoncé. Il a également mis en cause le jeu ambigu de Donald Trump avec Erdogan ou avec Mohammed ben Salman, le roi d’Arabie saoudite. Il faut donc un « donnant-donnant” : « pas d’armes, pas d’argent », si rien n’est fait pour améliorer la situation des chrétiens. Mais il a aussi souligné le fait que l’islam est une religion blessée en son corps. Les musulmans ont subi la colonisation, alors qu’ils se croyaient dépositaires de la parole divine. De même, l’islam prétend dépassait le judaïsme au motif que celui-ci a échoué. Or il existe un État d’Israël qui tient tête au monde arabe… La violence est bien un aveu d’échec. Si l’islam était fort, il régnerait majestueusement. Ce qui n’est pas actuellement le cas.

Mgr Pascal Gollnisch a également pris la parole. Il a voulu récuser l’accusation de naïveté dont l’Oeuvre d’Orient a pu être affublé. Il a souligné le rôle des musulmans dans la défaite de Daesh. « Il y a des actions a mener ». « J’y vois des fils d’action et j’y crois ». Mgr Gollnisch récuse donc le discours angélique. Mais il critique aussi le discours qui rend les musulmans homogènes. « Justement, c’est le discours de Daesh. »

Il a lancé une comparaison entre la difficulté pour l’islam à critiquer ses propres textes et les balbutiement de l’exégèse biblique dans l’Église catholique. On sera plus réservé sur cette comparaison. La crise moderniste ne s’est pas traduite par des attentats ou par une violence physique dans l’Église catholique contre certains exégètes ! Et la critique de l’Écriture sainte ne saurait éluder le fait que cette dernière constitue aussi une source de la Révélation pour la théologie de l’Église. Pourra-t-on passer, par exemple, au scalpel la divinité du Christ au nom de la critique ? Le rapprochement entre les problèmes actuels dans l’islam sur le poids des textes et le développement de l’exégèse  biblique ne semble pas pertinent. Mais on peut comprendre que cela reste un argument pour mieux appeler l’islam à être critique sur lui-même. Mgr Gollnisch sera-t-il entendu ?

Mgr Gollnisch a aussi été critique sur l’inaction à l’égard de Daesh, ou sur le fait que l’occident a laissé certaines bases-arrières, comme Gaziantep, en Turquie, se développer pour accueillir des djihadistes. “Nous avons eu des actions parfois faibles, molles. Soyons fermes sur nos convictions ! » La diplomatie n’empêche pas la fermeté.

Enfin, le directeur de l’Oeuvre d’Orient a aussi souligné le nouveau rôle des chrétiens. À de rares occasions, les chrétiens ne sont plus une force économique ou militaire. Ils ne sont donc plus une force, mais en revanche ils deviennent une «  crédibilité évangélique ». Les chrétiens peuvent parler à tout le monde : c’est ce qui fait justement leur force. Mgr Gollnisch a rappelé que Mgr Sako était le seul à parler aux chiites et aux sunnites quand il était évêque de Kirkouk. « Il avait sa crédibilité de témoin. Ils (les chrétiens) jouent un rôle nonobstant leur petit nombre ». « Ils sont au service de tous. » « Leur départ serait un appauvrissement de leur région. »

Il a a aussi rappelé une certaine sécularisation à l’oeuvre dans l’islam. Beaucoup d’hommes et de femmes refusent le ramadan. Bref, «  plus le christianisme sera fort, plus l’islam sera sage ». Point intéressant : Mgr Gollnisch a souligné la nécessité de faire de la philosophie en Orient. Le religieux prend ainsi une place indue. Curieusement, ce désintérêt pour la philosophie affecte aussi le monde catholique occidental. Il a regretté le désintérêt des séminaristes pour la philosophie qui préfèrent prier ou faire de la théologie. « On a besoin de la philo dans les universités du Proche-Orient. » « On a besoin de philosophes ! » Un appel à ne pas tomber dans le surnaturalisme, ce qui est l’un des grands problèmes dans l’islam.

L’éditorialiste Joseph Macé-Scaron a soulevé le caractère pas seulement religieux des chrétiens d’Orient. S’ils disparaissaient, c’est aussi un peu de la mémoire de l’Humanité qui serait emportée. Pascal Bruckner souhaite que les chrétiens restent sur place. Paradoxalement, ils servent à éviter les déchirements. Autre aspect souligné par l’essayiste français : la question de l’islam de France qui n’est pas bonne non plus. Il regrette que le parquet ne se soit pas saisi pour engager des poursuites à l’égard de personnes qui lancent des menaces au nom de l’islam…

Bref, des échanges dont on peut souhaiter qu’ils soient rapidement publiés. Et aussi diffusés pour davantage éclaircir des opinions qui restent encore dépourvues de moyens d’analyse et de réflexion…

 

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