Saint Basile ancêtre d’Ozanam

Puisque l’Eglise nous invite aujourd’hui à fêter saint Basile, nous vous proposons un regard inédit sur ce saint de Cappadoce que nous offre le professeur Benoit Gain, spécialiste de saint Basile.

Parmi les grandes figures des premiers siècles, en Cappadoce (la partie centrale de la Turquie actuelle) se détache saint Basile le Grand, archevêque de Césarée, (aujourd’hui Kayseri), métropole d’une province peu peuplée. Césarée est alors  une métropole renommée pour l’enseignement qu’y dispensaient les rhéteurs et pour ses manufactures d’armes. Basile appartient à une famille aristocratique, chrétienne depuis trois générations et qui a connu les persécutions. La fortune de ses parents, surtout foncière, est considérable (il faut sans doute l’évaluer en milliers d’hectares). Le jeune Basile a complété sa formation de Cappadocien en allant étudier à Constantinople et à Athènes, durant six ans environ. A son retour à Césarée, ce brillant étudiant est promis à une belle carrière de rhéteur, mais il se convertit à la vie philosophique ou ascétique…

Dans l’Antiquité classique, le souci des pauvres était pratiquement absent des missions de l’Etat. Les Juifs se distinguaient par leur solidarité et leur entraide, suscitant par là l’intérêt ou la curiosité des païens, alors que par ailleurs ils étaient généralement fort critiques à l’égard des disciples de Moïse. Cependant l’activité sociale des Juifs ne s’étendait pas aux Gentils, parce qu’ils ne devaient pas se mêler aux païens, même dans les rapports commerciaux. Par ailleurs, la correspondance de l’empereur Julien (Lettre 84), nous apprend que dans sa tentative (avortée) de restauration de la religion païenne traditionnelle (361-363), il suscita la création sur fonds publics, par les prêtres du culte traditionnel, d’hôtelleries capables de rivaliser avec les réalisations épiscopales.

Au début de son épiscopat, Basile fonda un vaste établissement d’assistance qui, dès le IVe siècle, reçut le nom de Basiliade. Elle était située à deux ou trois km du centre de Césarée. Cette véritable ville nouvelle était un « cellier de la piété », selon l’expression de Grégoire de Nazianze. C’est vraisemblablement en 372 que fut  construite la Basiliade, sur de vastes terrains cédés par l’empereur Valens. Etant donné le conflit qui opposa l’empereur et l’évêque, on est fondé à penser que le protecteur de l’hérésie arienne avait mesuré toute l’importance de cette réalisation ecclésiale pour le bien-être des Cappadociens et la concorde entre ses habitants.

 

Je n’ai pas ici à retracer le destin ecclésial de Basile. Je voudrais insister toutefois sur le fait que celui qui allait devenir un organisateur efficace de la charité est aussi un grand penseur. Les intellectuels ne sont généralement pas connus pour s’occuper des pauvres, mais c’est sans doute à tort, et les Français connaissent, au moins, la personnalité de Frédéric Ozanam (1813-1853), béatifié par Jean-Paul II à Paris en 1997. Il était docteur en droit et es lettres (1839), agrégé des lettres (1840), professeur en Sorbonne. Le bienheureux Ozanam, âgé de vingt ans seulement, fonde la Société de Saint-Vincent de Paul, qui très vite essaima à Nîmes et à Lyon.

L’évêque de Césarée a marqué son siècle à la fois par ses réflexions (J. Gribomont osb est allé jusqu’à l’appeler un « aristocrate révolutionnaire ») et par ses initiatives, fournissant par la même la matière de la grande thèse de Stanislas Giet, Les idées et l’action sociales de saint Basile (Paris, 1941).

Pour aller plus loin lire la suite sur Cyrano.net, « Les basiliades, un exemple actuel de l’aide aux pauvres ».

 

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