Saint Paul VI et Vatican II

de Gérard Leclerc pour France-catholique :

La canonisation de Paul VI, ce dimanche, nous permet de méditer sur la stature spirituelle du Pape qui permit le plein épanouissement du grand œuvre conciliaire de Vatican II. Certes, c’est son prédécesseur, saint Jean XXIII, qui avait eu l’audace d’imaginer pour le XXe siècle une entreprise qui renouait avec la longue tradition qui, depuis Nicée, avait permis à l’Église de définir les grandes lignes de sa doctrine (trinitaire, christologique) et de répondre aux crises qui l’avaient mise en péril (singulièrement avec le concile de Trente). Il s’agissait pour le pape Roncalli de mettre en valeur les extraordinaires richesses de la Révélation pour les faire briller à la face du monde contemporain. C’était un retour à la Tradition la plus profonde au service de la plus actuelle des évangélisations. Le pape Montini était tout à fait accordé à ce projet qu’il mena à bien, en définissant ses contours exacts, pour le traduire en réformes concrètes dans la vie ecclésiale.

Malheureusement, l’enseignement de Vatican II ne fut pas toujours reçu dans sa profondeur, laissant place à des traductions idéologiques qui en trahissaient le contenu. Le cardinal de Lubac, un des théologiens qui avaient le plus réfléchi au mystère de l’Église, central pour le Concile, eut l’occasion de le déplorer par la suite. Et si l’on dut parler de crise post-conciliaire, ce ne fut pas à cause du contenu des grandes constitutions de Vatican II, mais en raison de leur méconnaissance. La canonisation du Pape du Concile devrait être l’occasion d’un retour à des textes fondateurs qui, à distance, continuent à répandre une vive clarté pour mieux comprendre la Révélation et vivre selon l’esprit du Christ dans le monde de ce temps.

Le souvenir de Paul VI oblige aussi à revenir sur les souffrances éprouvées, avec le sentiment d’une démolition de l’Église, suscitée par les déviations doctrinales et pastorales, et aggravée par les dérives de la société des années soixante. De plus, on ne peut mener une réforme nécessaire, si l’on ne dispose pas des agents de terrain pour la mener à bien. À son ami Jean Guitton qui lui suggérait de fonder un séminaire d’une facture nouvelle, apte à répondre aux défis du temps, le Pape répondait qu’il ne disposait pas de l’encadrement qui conviendrait. Et puis il y a la division qui sévit entre chrétiens, définis déjà comme conservateurs ou progressistes, et bientôt conciliaires ou anti-conciliaires. Elle se prolonge encore aujourd’hui, et elle est toujours aussi ruineuse. Elle est contraire à l’unanimité morale qui doit prévaloir dans une assemblée conciliaire comme dans la vie de l’Église, au-delà des diversités légitimes. La leçon est permanente : l’Église est un grand corps qui réunit la plus grande variété de peuples ainsi que des familles spirituelles qui se sont constituées au long de l’histoire. Le ministère pétrinien, celui de saint Paul VI et de François, rassemble cette diversité, puisqu’il est le foyer ecclésial de l’unité de l’épouse du Christ.

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