Selon une enquête, la sécularisation gagne du terrain aux Philippines

Les Philippines sont connues pour être le premier pays catholique d’Asie et les processions, notamment celle du Nazaréen noir vers la basilique mineure de Quiapo, la plus grande paroisse de Manille, rassemblent des foules considérables. Pourtant, une étude récente fait état du constant recul de la pratique hebdomadaire chez les catholiques depuis 1991 tandis que la religion continue d’occuper une place « importante » dans leur vie quotidienne. Aux Philippines, une certaine prise de distance des catholiques par rapport à l’Eglise semble être en train de s’opérer.

Le sondage réalisée par l’institut Social Weather Survey (SWS) auprès de 1 200 adultes du 25 au 28 mars 2017 a pour ambition de mesurer à la fois la pratique religieuse (hebdomadaire, mensuelle, occasionnelle ou inexistante) et l’importance accordée à la religion (importante, pas importante) par les fidèles des différentes religions présentes sur l’archipel. Pour mémoire, les Philippines sont le pays le plus catholique d’Asie : dans ce pays de 100 millions d’habitants, 79 % de la population est de confession catholique. Le reste de la population est chrétienne non-catholique (13 %), musulmane (4 %) ou appartient à l’Iglesia Ni Cristo (3 %), une secte chrétienne restaurationniste fondée en 1914.

Des catholiques de moins en moins pratiquants

Cette enquête indique que les fidèles de la secte Iglesia Ni Cristo sont les plus fervents (90 % d’entre eux se rendent au culte au moins une fois par semaine) ; viennent ensuite les musulmans (81 %), les autres chrétiens (71 %), puis les catholiques (41 %).

On observe en outre un lent déclin de la pratique religieuse chez les catholiques ; ils étaient en effet 64 % à participer à la messe dominicale en 1991. Plus récemment, la pratique religieuse a connu une véritable chute en 2012-2013 (de 48 à 40 %), puis une légère augmentation depuis 2015 (39 % en 2015, 40 % en 2016 et 41 % en 2017). 2012 et 2015 correspondent à deux années particulières aux Philippines.

En 2012, l’adoption par le gouvernement de la loi controversée sur « la santé reproductive » (« RH Bill ») avait suscité une forte opposition de la part de l’Eglise et de vives tensions au sein de la société civile. Une précédente enquête du SWS de février 2013 avait déjà fait le constat du déclin de la pratique religieuse et avait étudié, pour la première fois, le sentiment religieux aux Philippines : un catholique sur onze avait alors indiqué se poser « parfois » la question de quitter l’Eglise. Selon certains observateurs, certaines prises de position de l’Eglise catholique en matière sociétale auraient pu expliquer ce phénomène.

En 2015, le pape François avait effectué un voyage pontifical aux Philippines du 15 au 19 janvier au cours duquel il avait invité l’Eglise des Philippines à être davantage missionnaire. A cette occasion, le record du plus grand rassemblement enregistré à l’occasion d’une visite papale avait été battu : le 18 janvier, à Manille le souveraine pontife avait célébré la messe devant plus de six millions de fidèles. Le précédent record datait de 1995 et était déjà détenu par les Philippines : à Manille, Jean-Paul II avait alors rassemblé plus de cinq millions de fidèles à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse. Selon les enquêtes de SWS, la venue de Jean-Paul II aux Philippines n’avait pas enrayé le déclin de la pratique catholique hebdomadaire dans l’archipel.

Popularité de l’Eglise et pratique religieuse

La présente enquête mesure également l’importance consacrée à la religion dans la vie quotidienne des fidèles depuis décembre 2015. En mars 2017, la religion occupe une place « importante » dans la vie quotidienne de 85 % de la population ; fait notable, 71 % des musulmans se prononcent en ce sens. De manière paradoxale, il existe un décalage entre la pratique religieuse et l’importance accordée à la religion chez les catholiques et les musulmans.

Depuis 2015, 79 % à 94 % des personnes interrogées déclarent accorder de l’importance à la religion dans leur vie quotidienne. Le plus haut score enregistré (94 %), en juin 2016, intervient peu de temps après les élections présidentielles qui ont eu lieu le 9 mai et à l’occasion desquelles les autorités catholiques avaient multiplié les appels à la prière et au discernement.

Une autre étude, réalisée par le Philippine Trust Index, fait de l’Eglise l’institution considérée comme la plus crédible aux Philippines, et ce depuis plusieurs années. Dans ce pays où la séparation de l’Eglise et de l’Etat est inscrite dans la Constitution (article II section 6 de la Constitution de 1987), l’Eglise est très présente sur les terrains politique (contre le possible retour de la peine de mort) et social (en faveur de la justice climatique).

Source : Eglises d’Asie

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