La sensibilisation des consciences réalisée par l’Eglise, un problème pour les hommes politiques

En République démocratique du Congo, les institutions politiques luttent ouvertement contre l’action de sensibilisation des consciences menée par l’Eglise. C’est ce que raconte à l’Agence Fides le Père Rigobert Minani Bihuzo, jésuite congolais et politologue, responsable jusqu’à une date très récente de l’Apostolat social de la Compagnie de Jésus en Afrique et souvent médiateur entre les Evêques et le gouvernement. « L’action de l’Eglise en faveur de la restauration des valeurs constitutionnelles dérange les dirigeants politiques du pays » explique le Père Minani Bihuzo.
Au cours de ces derniers jours, l’affrontement institutionnel entre le Président sortant, Joseph Kabila, et l’Eglise s’est fait plus âpre. Ces jours derniers en effet, quelques centaines de jeunes militants du parti de J. Kabila, sont parvenus dans la zone de la Cathédrale Notre-Dame, à Kinshasa, et en ont occupé le parvis. Le tout a lieu alors que le Comité laïc de coordination (CLC) a organisé de nouvelles marches non violentes.

La Conférence nationale des Evêques du Congo (CENCO) a joué un rôle délicat ces deux dernières années. En 2016, le mandat présidentiel de Joseph Kabila est arrivé à échéance mais ce dernier ne semblait pas avoir l’intention de se retirer. Pour éviter que la situation ne se résolve en un affrontement violent entre le gouvernement et l’opposition, les Evêques ont pris en charge une médiation qui a porté à l’accord du 31 décembre 2016.

« L’accord en question – relève le Père Minani Bihuzo – prévoyait des élections en 2017, la nomination d’un Premier Ministre choisi dans les rangs de l’opposition, des espaces pour l’opposition dans les moyens de communication de masse, la libération des prisonniers politique, le retour en RDC de Moise Katumbi, responsable de l’un des partis minoritaires. Les Evêques étaient, en quelque manière, les garants. J. Kabila et son groupe de pouvoir non seulement n’ont pas appliqués les accords mais les ont bouleversés ».

Les Evêques se sont sentis trahis et avec eux une grande partie du pays. En est née une révolte morale des catholiques s’exprimant au travers de marches de protestation, réprimées par les forces de l’ordre. « Attention – observe le Père Minani Bihuzo. Les initiatives en question n’ont pas été organisées par les hiérarchies mais par les laïcs. Ce qui m’a frappé en particulier a été l’initiative de certaines organisations de la société civile au sein desquelles a été réaffirmé le fait que la transition avec J. Kabila ne fonctionnera pas, demandant par suite sa démission immédiate ».

La CENCO a demandé à plusieurs reprises à J. Kabila de quitter le pouvoir et de ne pas lancer d’initiatives unilatérales – révision de la Constitution, référendum etc.. « En privé – révèle le Père Minani Bihuzo – J. Kabila a déclaré aux Evêques qu’il ne se portera pas de nouveau candidat mais il ne l’a jamais confirmé publiquement. L’impression est qu’il ne veut pas partir. Pour ce motif, outre sa démission, J. Kabila doit immédiatement établir un calendrier électoral portant le peuple aux urnes d’ici la fin de cette année. Si cependant rien de devait changer, l’ensemble des 48 Diocèses congolais organisera des initiatives coordonnées ».

Le Père Minani Bihuzo rappelle enfin qu’au Kasaï, pendant longtemps, églises, couvents et communautés ont été victimes d’assaut, d’incendies et de destruction. Après la dure réaction du Pape François et de la communauté internationale, les actions en question ont vu leur nombre diminuer mais elles n’ont pas cessé. De nombreux oratoires et Paroisses sont encore mis à sac. Des prêtres, des religieuses mais aussi des laïcs engagés subissent des vexations, affirme le Jésuite.

Source Agence Fides

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