Sri Lanka – Opposition des évêques catholiques à un projet de légalisation de l’avortement

Alors que le gouvernement sri-lankais prépare une refonte du Code pénal et du Code de procédure pénale, et que celle-ci aboutirait à une légalisation de facto de l’avortement, les évêques appellent les catholiques du pays à manifester leur opposition à une telle réforme. Au Sri Lanka, l’avortement n’est légal qu’à partir du moment où la grossesse met en danger la vie de la mère. La réforme envisagée par le ministère de la Justice vise à légaliser l’avortement lorsque la grossesse résulte d’un viol, d’un inceste, lorsque la mère est âgée de moins de 16 ans ou bien encore en cas de malformation du fœtus.

Surprise des évêques face à la volonté du gouvernement

Selon Mgr Valence Mendis, évêque de Chilaw et secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques du Sri Lanka, l’épiscopat estime avoir été trompé par le gouvernement. En effet, après qu’à l’été 2016, des rumeurs avaient circulé quant à une possible légalisation de l’avortement, les évêques avaient tous signé une lettre en date du 18 août 2016 pour dire leur opposition à cette perspective. Quatre jours plus tard, le 22 août, le ministre de la Justice les avait rassurés par courrier en leur affirmant qu’une telle mesure «  n’était pas à l’ordre du jour » et que ce n’était pas là « une urgence » sur laquelle le gouvernement souhaitait agir.

La surprise des évêques a donc été grande lorsque, fin janvier 2017 et le 1er de ce mois, des journaux sri-lankais ont fait état d’un projet gouvernemental de refonte du Code pénal et du Code de procédure pénale visant à légaliser l’avortement dans les cas cités plus haut.

Dans le texte du communiqué publié mi-février par la Conférence épiscopale, on peut lire que les évêques appellent les fidèles à « prier en expiation pour ce plan qui permettra la suppression de la vie innocente d’un être qui est incapable de se défendre par lui-même dans le sein maternel ». Dieu est l’unique auteur de la vie et lui seul peut décider quand la reprendre, écrivent encore les évêques.

Mise en conformité de la législation nationale avec les textes de l’ONU ?

L’Eglise catholique au Sri Lanka, qui représente la plus grande part des chrétiens du pays (sur 7,8 % de chrétiens, les protestants sont environ 1 %), mobilise également les organisations catholiques. La Guilde des médecins catholiques a ainsi écrit le 19 février à l’Association médicale du Sri Lanka pour réaffirmer « le caractère sacré de la vie » et la nécessité de « réaliser que l’avortement consiste à supprimer une vie ».

Ce n’est pas la première fois que l’Eglise se dresse contre un projet de légalisation de l’avortement. En 1980, le Sri Lanka a signé la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes, texte ratifié par le Parlement le 5 octobre 1981. Au sujet de l’avortement, cette Convention stipule notamment le droit des femmes à avorter « en cas de viol, de relations incestueuses ou de malformation du fœtus ». Depuis cette ratification, diverses tentatives ont eu lieu afin de transcrire dans la législation nationale les dispositions de la Convention. A chaque fois, les évêques catholiques s’y sont opposés, car, selon eux, les formulations retenues par la convention de l’ONU sont suffisamment imprécises pour aboutir à une quasi-légalisation de l’avortement. Cela a été le cas en 1995, en 2002, en 2005.

Ce 4 février, à l’occasion du 69ème anniversaire de l’indépendance du Sri Lanka, le cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo, a publié un message. Centré sur la nécessité pour le pays de construire son unité, maintenant que la paix est revenue après des décennies de guerre fratricide entre Tamouls et Cinghalais, le cardinal a aussi souligné qu’il était du devoir des Sri Lankais « de chercher une vraie indépendance qui protège la culture et la civilisation de ce pays de toutes formes d’influence néocoloniale ou issue de la mondialisation ».

Si l’avortement n’est pas légal au Sri Lanka et est puni d’une peine de trois ans d’emprisonnement, tant pour la femme qui met ainsi fin à sa grossesse que pour la ou les personnes qui l’aident à le faire, c’est pourtant une réalité quasi visible. De nombreuses « maisons de soins » privées proposent en effet les services de médecins pour pratiquer des avortements semi-clandestins, lesquels sont pratiqués à n’importe quel stade de la grossesse. Opportunément ou non, un rapport du ministère de la Santé a été publié l’an dernier ; il indique que, pour 370 000 naissances annuelles, 658 avortements sont pratiqués chaque jour au Sri Lanka, soit un chiffre annuel de quelque 240 000 avortements. Neuf sur dix de ces avortements sont pratiqués par des femmes mariés, affirme encore le rapport.

Dans un pays majoritairement bouddhiste (70,2 % de la population) et hindou (12,6 % de la population), le clergé bouddhiste s’est lui aussi positionné contre l’avortement. La légalisation de ce dernier, font-ils valoir, aurait pour conséquence une déresponsabilisation des comportements sexuels et l’affaiblissement de la structure familiale.

Par ailleurs, en Inde, pays voisin du Sri Lanka, ce 28 février, la Cour suprême « a refusé d’autoriser une femme enceinte de 26 semaines à avorter au motif que son fœtus était atteint de trisomie 21 », indique The Times of India. «  Nous avons une vie entre nos mains », ont déclaré les juges et, selon le rapport de la commission médicale, la vie de la mère, âgée de 37 ans, n’est pas en danger.

En Inde, l’avortement est autorisé jusqu’à 20 semaines de grossesse, délai qui pourrait bientôt passer à 24 semaines. Le concept d’« interruption médicale de grossesse », possible jusqu’à la naissance en France, n’existe pas dans ce pays. Toutefois, la même Cour a autorisé début février une femme de 22 ans à mettre fin à sa grossesse, car sa vie était menacée ; une autre autorisation a été donnée pour un enfant non viable.

Source : Eglises d’Asie

Comments are closed.