Sri Lanka – Vers une légalisation de l’avortement ?

Nous l’évoquions récemment, le Sri Lanka semble être sur le point de légaliser l’avortement, Régis Anouil, rédacteur en chef d’Eglises d’Asie, fait le point sur la situation pour RCF. Nous avons retranscrit pour vous ses propos.

RCF : Ce pays semble sur le point de légaliser l’avortement. Comment réagissent les évêques ?

Régis Anouilh : Et bien oui, c’est la nouvelle de ces dernière semaines, qui est passée un peu inaperçue en occident, mais qui montre qu’à l’occasion d’une réforme, d’une refonte du Code pénal et du Code de procédure pénal, le gouvernement actuellement au pouvoir se prépare à légaliser de facto l’avortement. L’avortement aujourd’hui n’est pas légal au Sri Lanka, et là, la réforme envisagée par le Ministère de la justice vise à légaliser l’avortement lorsque la grossesse résulte d’un viol, d’un inceste, lorsque la mère est âgée de moins de 16 ans ou bien encore en cas de malformation du foetus. Alors il faut savoir que dans ce pays les catholiques ne sont pas si nombreux, mais ils représentent tout de même une petite minorité, une forte minorité même pourrais-je dire, de 7 % des 22,3 millions d’habitant de ce pays et les évêques appellent les catholiques à s’opposer à cette réforme. Ils appellent également le personnel politique catholique à bloquer le projet de loi. Donc c’est quelque chose qui est assez fort dans l’engagement des évêques. Ils avaient eu vent d’un précédent projet en 2016, ils avaient pris leur plume pour demander au Ministère de la justice si tel était le cas et le Ministère leur avait répondu, pour les rassurer, leur disant que ce n’était pas du tout à l’ordre du jour. D’où la réaction un peu forte, un peu violente des évêques, à cette annonce qui est apparue dans la presse fin janvier, que ce projet gouvernemental était en cours. Donc là, les évêques, effectivement, appellent à s’opposer à ce projet.

RCF : Cette volonté du gouvernement sri-lankais de légaliser l’avortement est-elle nouvelle ?

R.A : Effectivement, on peut se demander pourquoi, en ce moment, le gouvernement s’attelle à une telle réforme. Il faut savoir qu’en 1980, le Sri-Lanka a signé, et le texte a été ratifié en 1981, une convention de l’ONU : une convention sur l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes. Donc un texte tout à fait positif dans sa tournure, dans son objet, dans sa volonté, dans son but. Mais la convention onusienne stipule le droit des femmes à avorter et, je cite, “en cas de viol, de relation incestueuse, ou de malformation du foetus”. On retrouve quasiment mot pour mot la législation qui est en train d’être transformée, refondue actuellement au Sri Lanka. Et les évêques s’étaient opposés à plusieurs reprises au fait que cette convention onusienne soit transplantée, transcrite dans le droit national, dans le droit sri-lankais. Cela avait le cas en 1995, en 2002 puis en 2005. On voit une certaine constance dans ces efforts du pays à transcrire cette convention onusienne. Là, encore aujourd’hui, les évêque s’y opposent. On a fêté le 4 février, l’anniversaire de l’indépendance, 69° anniversaire, et le cardinal Malcolm Ranjith, qui est l’archevêque catholique de Colombo, a publié un message. C’est un message qui est surtout centré sur la reconstruction politique que ce pays doit connaître après des décennies de guerre civile, mais il a également dit qu’il était du devoir des Sri-Lankais, de, je le cite “chercher une vraie indépendance qui protège la culture et la civilisation de ce pays de toute forme d’influence néo-coloniale ou issue de la mondialisation.” Le cardinal ne dit rien de plus mais on peut penser qu’il visait ce texte aujourd’hui à l’étude et qui est directement inspiré d’une convention onusienne.

L’entretien est à écouter ici.

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