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Taizé : des cas d’abus au sein de la communauté signalés à la justice

Frère Alois, le prieur de la communauté de Taizé a informé la justice française de cas d’abus sexuel commis sur des mineurs par des frères dans les années 50 à 80.

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Abus sexuel – Benoit XVI sort de sa réserve dans un long texte

Traduction non officielle d’un texte de Benoît XVI paru en italien et traduite par Benoît et moi  :

Du 21 au 24 février, à l’invitation du Pape François, les présidents des conférences épiscopales du monde entier se sont réunis au Vatican pour discuter de la crise actuelle de la foi et de l’Église, crise vécue dans le monde entier après des révélations choquantes d’abus commis contre des mineurs.

L’ampleur et la gravité des incidents rapportés ont profondément affligé tant les prêtres que les laïcs, et ont conduit plus d’un à remettre en question la Foi même de l’Église. Il fallait envoyer un message fort, chercher un nouveau départ, pour que l’Église redevienne vraiment crédible comme une lumière parmi les peuples et comme une force au service de la lutte contre les forces de destruction.

Comme j’avais moi-même été pasteur de l’Église au moment de l’éclatement public de la crise et pendant la période qui a précédé, j’ai dû me demander – même si, en tant qu’émérite, je ne suis plus directement responsable – en quoi je pouvais contribuer à un nouveau départ.

Ainsi, après l’annonce de la rencontre des présidents des conférences épiscopales, j’ai compilé quelques notes par lesquelles je pourrais apporter la contribution d’une ou deux remarques pour aider dans cette heure difficile.

Après avoir contacté le secrétaire d’État, le cardinal[Pietro] Parolin et le Saint-Père [le pape François] lui-même, il a semblé opportun de publier ce texte dans le Klerusblatt [un périodique mensuel pour le clergé dans la plupart des diocèses de Bavière].

Mon travail est divisé en trois parties.

Dans la première partie, j’ai l’intention de présenter brièvement le contexte social plus large de la question, sans lequel le problème ne peut être compris. J’essaie de montrer que, dans les années 1960, un événement d’une ampleur sans précédent dans l’histoire s’est produit. On peut dire qu’en 20 ans, de 1960 à 1980, les standards normatifs en matière de sexualité se sont complètement effondrés, et une nouvelle normalité est apparue, qui a fait l’objet de laborieuses tentatives de perturbation.

Dans la deuxième partie, je voudrais souligner les effets de cette situation sur la formation des prêtres et sur la vie des prêtres.

Enfin, dans la troisième partie, je voudrais développer quelques perspectives pour une réponse appropriée de la part de l’Église.

I. L’affaire commence par l’introduction, prescrite et soutenue par l’État, d’enfants et de jeunes dans la nature de la sexualité. En Allemagne, la ministre de la Santé de l’époque, Mme [Käte] Strobel, a fait réaliser un film dans lequel tout ce qui n’avait pas pu être montré en public, y compris les rapports sexuels, était désormais montré à des fins éducatives. Ce qui, au départ, n’était destiné qu’à l’éducation sexuelle des jeunes était donc largement accepté comme une option réalisable.

Des effets similaires ont été obtenus par le “Sexkoffer” publié par le gouvernement autrichien [Une “valise” controversée de matériel d’éducation sexuelle utilisé dans les écoles autrichiennes à la fin des années 1980]. Les films sexuels et pornographiques sont alors devenus monnaie courante, au point qu’ils ont été projetés dans les salles de cinéma d’actualités [Bahnhofskinos]. Je me souviens encore d’avoir vu, alors que je me promenais un jour dans la ville de Ratisbonne, des foules de gens faire la queue devant un grand cinéma, ce que nous n’avions vu auparavant qu’en temps de guerre, quand il fallait espérer une allocation spéciale. Je me souviens aussi d’être arrivé en ville le Vendredi Saint de l’année 1970 et d’avoir vu tous les panneaux d’affichage recouverts d’une grande affiche de deux personnes complètement nues dans une étreinte proche.

Parmi les libertés pour lesquelles la Révolution de 1968 cherchait à se battre figurait cette liberté sexuelle totale, une liberté qui ne reconnaissait plus aucune norme.

L’effondrement mental était également lié à une propension à la violence. C’est pourquoi les films sexuels n’étaient plus autorisés dans les avions parce que la violence éclatait au sein de la petite communauté de passagers. Et comme l’habillement de l’époque provoquait également des agressions, les directeurs d’école ont également tenté d’introduire des uniformes scolaires en vue de faciliter un climat d’apprentissage.

Une partie de la physionomie de la Révolution de 1968 était que la pédophilie était alors également considérée comme autorisée et appropriée.

Pour les jeunes dans l’Église, mais pas seulement pour eux, ce fut à bien des égards une période très difficile. Je me suis toujours demandé comment les jeunes dans cette situation pouvaient s’approcher du sacerdoce et l’accepter, avec toutes ses ramifications. L’effondrement généralisé de la prochaine génération de prêtres dans ces années-là et le nombre très élevé de laïcisations ont été la conséquence de tous ces développements.

En même temps, indépendamment de cette évolution, la théologie morale catholique a subi un effondrement qui a rendu l’Église sans défense contre ces changements dans la société. Je vais essayer d’esquisser brièvement la trajectoire de cette évolution.

Jusqu’au Concile Vatican II, la théologie morale catholique était largement fondée sur la loi naturelle, tandis que les Saintes Écritures n’étaient citées que pour leur contexte ou leur fondement. Dans la lutte du Concile pour une nouvelle compréhension de la Révélation, l’option de la loi naturelle a été largement abandonnée, et une théologie morale entièrement basée sur la Bible était réclamée.

Je me souviens encore comment la faculté jésuite de Francfort a formé un jeune Père très brillant (Bruno Schüller) dans le but de développer une morale basée entièrement sur les Écritures. La belle thèse du père Schüller montre un premier pas vers la construction d’une morale basée sur l’Ecriture. Le père Schüller fut alors envoyé en Amérique pour d’autres études et revint avec la prise de conscience que, d’après la Bible seule, la morale ne pouvait s’exprimer systématiquement. Il tente alors une théologie morale plus pragmatique, sans pouvoir apporter de réponse à la crise de la morale.

En fin de compte, c’est surtout l’hypothèse selon laquelle la moralité devait être déterminée exclusivement par les buts de l’action humaine qui prévalut. Alors que la vieille phrase “la fin justifie les moyens” n’était pas confirmée sous cette forme crue, sa façon de penser était devenue définitive. Par conséquent, il ne pouvait plus y avoir quoi que ce soit qui constituât un bien absolu, pas plus que ce qui était fondamentalement mauvais ;[il ne pouvait y avoir] que des jugements de valeur relative. Il n’y avait plus le bien [absolu], mais seulement le relativement meilleur, en fonction du moment et des circonstances.

La crise de la justification et de la présentation de la morale catholique a atteint des proportions dramatiques à la fin des années 80 et 90. Le 5 janvier 1989, la “Déclaration de Cologne”, signée par 15 professeurs de théologie catholiques, a été publiée. Elle se concentrait sur divers points de crise dans la relation entre le magistère épiscopal et la tâche de la théologie. [Les réactions à] ce texte, qui au début n’ont pas dépassé le niveau habituel des protestations, se sont rapidement transformées en un tollé contre le Magistère de l’Église et ont rassemblé, de manière audible et visible, le potentiel de protestation mondial attandu contre les textes doctrinaux de Jean-Paul II (cf. D. Mieth, Kölner Erklärung, LThK, VI3, p. 196) [LTHK est le Lexikon für Theologie und Kirche, dont Karl Rahner et le cardinal Walter Kasper étaient les éditeurs].

Le Pape Jean-Paul II, qui connaissait très bien la situation de la théologie morale et la suivait de près, a commandé un travail sur une encyclique qui allait remettre ces choses en ordre. Elle a été publiée sous le titre “Veritatis splendor” le 6 août 1993 et a provoqué des réactions véhémentes de la part des théologiens moraux. Auparavant, le “Catéchisme de l’Eglise catholique” avait déjà présenté de manière convaincante, et systématique, la morale telle que proclamée par l’Eglise.

Je n’oublierai jamais comment Franz Böckle, théologien moral allemand de l’époque, qui, de retour dans sa Suisse natale après sa retraite, annonça, au vu des décisions possibles de l’encyclique “Veritatis splendor”, que si l’encyclique devait déterminer que certaines actions étaient toujours et en toutes circonstances à considérer comme mauvaises, il les contesterait avec tous les moyens à sa disposition.

C’est Dieu, le Miséricordieux, qui l’a épargné d’avoir à mettre sa résolution en pratique ; Böckle est mort le 8 juillet 1991. L’encyclique a été publiée le 6 août 1993 et incluait effectivement l’affirmation qu’il y avait des actions qui ne peuvent jamais devenir bonnes.

Le pape était pleinement conscient de l’importance de cette décision à ce moment, pour cette partie de son texte, il avait une fois de plus consulté d’éminents spécialistes qui n’avaient pas participé à l’édition de l’encyclique. Il savait qu’il ne devait laisser aucun doute sur le fait que le calcul moral impliqué dans l’équilibrage du bien doit respecter une limite finale. Il y a des biens qui ne font jamais l’objet de compromis.

Il y a des valeurs qui ne doivent jamais être abandonnées pour une plus grande valeur et même dépasser la préservation de la vie physique. Il y a le martyre. Dieu est plus qu’une simple survie physique. Une vie qui serait achetée par le déni de Dieu, une vie qui est basée sur un mensonge final, est une non-vie.

Le martyre est une catégorie fondamentale de l’existence chrétienne. Le fait que le martyre n’est plus moralement nécessaire dans la théorie préconisée par Böckle et beaucoup d’autres montre que c’est l’essence même du christianisme qui est en jeu ici.

Dans la théologie morale, cependant, une autre question est devenue entre-temps pressante : L’hypothèse selon laquelle le Magistère de l’Église ne devrait avoir la compétence finale (“infaillibilité”) qu’en matière de foi elle-même a été largement acceptée ; (de ce point de vue) les questions de moralité ne devraient pas entrer dans le champ des décisions infaillibles du Magistère de l’Église. Il y a probablement quelque chose de juste dans cette hypothèse qui justifie une discussion plus approfondie. Mais il existe une morale minimale indissolublement liée au principe fondateur de la foi et qui doit être défendue si l’on veut que la foi ne soit pas réduite à une théorie mais plutôt reconnue dans sa revendication à la vie concrète.

Tout cela montre à quel point fondamentalement l’autorité de l’Église en matière de moralité est remise en question. Ceux qui refusent à l’Église une compétence d’enseignement ultime dans ce domaine l’obligent à se taire précisément là où la frontière entre vérité et mensonge est en jeu.

Indépendamment de cette question, dans de nombreux cercles de théologie morale, l’hypothèse a été exposée que l’Église n’a pas et ne peut pas avoir sa propre moralité. L’argument étant que toutes les hypothèses morales connaîtraient aussi des parallèles dans d’autres religions et qu’une propriété chrétienne de moralité ne pourrait donc pas exister. Mais la question de la nature unique d’une morale biblique ne trouve pas de réponse dans le fait que pour chaque phrase, quelque part, on peut aussi trouver un parallèledans d’autres religions. Il s’agit plutôt de l’ensemble de la morale biblique, qui en tant que telle est nouvelle et différente de ses parties.

La doctrine morale de l’Écriture Sainte trouve son unicité dans la proximité à l’image de Dieu, dans la foi en l’unique Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ et qui a vécu comme un être humain. Le Décalogue est une application à la vie humaine de la foi biblique en Dieu. L’image de Dieu et la morale vont de pair et entraînent donc un changement particulier de l’attitude chrétienne envers le monde et la vie humaine. De plus, le christianisme a été décrit dès le début par le mot hodós [motgrec pour route, dans le Nouveau Testament souvent utilisé dans le sens d’un chemin de progrès].

La foi est un voyage et un mode de vie. Dans l’ancienne Église, le catéchuménat fut créé comme un habitat contre une culture de plus en plus amorae, dans lequel les aspects distinctifs et nouveaux du mode de vie chrétien étaient pratiqués et en même temps protégés du mode de vie commun. Je pense qu’aujourd’hui encore quelque chose comme des communautés catéchuménales sont nécessaires pour que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa manière.

II. Réactions ecclésiales initiales

(1) Le processus de dissolution de la conception chrétienne de la morale, longuement préparé et en cours, a été, comme j’ai essayé de le montrer, marqué par un radicalisme sans précédent dans les années 1960. Cette dissolution de l’autorité morale enseignante de l’Église devait nécessairement avoir un effet sur les divers domaines de l’Église. Dans le contexte de la rencontre des présidents des conférences épiscopales du monde entier avec le Pape François, la question de la vie sacerdotale, ainsi que celle des séminaires, est particulièrement intéressante. En ce qui concerne le problème de la préparation au ministère sacerdotal dans les séminaires, il y a en fait une rupture profonde avec la forme précédente de cette préparation.

Dans plusieurs séminaires, des clans homosexuels se sont constitués, qui ont agi plus ou moins ouvertement et ont changé de manière significative le climat dans les séminaires. Dans un séminaire du sud de l’Allemagne, des candidats au sacerdoce et des candidats au ministère laïc de spécialiste pastoral [Pastoralreferent] vivaient ensemble. Aux repas communs, les séminaristes et les spécialistes de la pastorale mangeaient ensemble, les mariés parmi les laïcs, parfois accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, et parfois de leurs petites amies. Le climat de ce séminaire ne pouvait pas soutenir la préparation à la vocation sacerdotale. Le Saint-Siège était au courant de ces problèmes, sans en être informé avec précision. Dans un premier temps, une visite apostolique a été organisée dans des séminaires aux Etats-Unis.

Les critères de sélection et de nomination des évêques ayant également été modifiés après le Concile Vatican II, les relations des évêques avec leurs séminaires étaient également très différentes. Par-dessus tout, un critère pour la nomination de nouveaux évêques était maintenant leur “conciliarité”, ce qui, bien sûr, pouvait être compris comme signifiant des choses assez différentes.

En effet, dans de nombreuses parties de l’Église, les attitudes conciliaires étaient comprises comme une attitude critique ou négative à l’égard de la tradition existante, qui devait maintenant être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, avec le monde. Un évêque, qui avait été auparavant recteur de séminaire, avait organisé la projection de films pornographiques aux séminaristes, prétendument dans le but de les rendre ainsi résistants à des comportements contraires à la foi.

Il y a eu – pas seulement aux Etats-Unis d’Amérique – des évêques qui ont rejeté la tradition catholique dans son ensemble et qui ont cherché à faire naître une sorte de “catholicité” nouvelle et moderne dans leurs diocèses. Peut-être vaut-il la peine de mentionner que dans plusieurs séminaires, les étudiants surpris en train de lire mes livres étaient considérés comme inaptes au sacerdoce. Mes livres étaient cachés, comme de la mauvaise littérature, et ne lisaient que sous la table.

La Visite [apostolique] qui prit place alors n’apporta pas de nouvelles perspectives, apparemment parce que différents pouvoirs s’étaient unis pour cacher la vraie situation. Une deuxième visite fut ordonnée et apporta beaucoup plus d’informations, mais dans l’ensemble, elle n’a donné aucun résultat. Néanmoins, depuis les années 1970, la situation dans les séminaires s’est généralement améliorée. Et pourtant, seuls des cas isolés d’un nouveau renforcement des vocations sacerdotales sont apparus, la situation générale ayant pris une tournure différente.

(2) La question de la pédophilie, si je me souviens bien, ne s’est posée que dans la seconde moitié des années 1980.

Dans l’intervalle, elle était déjà devenue une question d’intérêt public aux Etats-Unis, si bien que les évêques de Rome demandèrent de l’aide, car le droit canonique, tel qu’il est écrit dans le nouveau Code (1983), ne semblait pas suffisant pour prendre les mesures nécessaires.

Rome et les canonistes romains eurent d’emblée des difficultés avec ces préoccupations ; à leur avis, la suspension temporaire de la charge sacerdotale devait être suffisante pour apporter purification et clarification. Cela ne pouvait pas être accepté par les évêques américains, parce que les prêtres restaient ainsi au service de l’évêque, et pouvaient donc être considérés comme étant [encore] directement associés à lui. Ce n’est que lentement qu’un renouvellement et un approfondissement du droit pénal délibérément peu structuré du nouveau Code ont commencé à prendre forme.

En outre, cependant, il y avait un problème fondamental dans la perception du droit pénal. Seul ce qu’on nomme garantisme[une sorte de protectionnisme procédural] était encore considéré comme “conciliaire”. Cela signifie qu’il fallait avant tout garantir les droits de l’accusé, dans une mesure qui excluait en fait toute condamnation. Comme contrepoids aux options de la défense souvent inadéquates dont disposent les théologiens accusés, leur droit à la défense par voie de garantie a été étendu à un point tel que des condamnations étaient difficilement possibles.

Permettez-moi de faire à ce stade une brève digression. À la lumière de l’ampleur de l’inconduite pédophile, une parole de Jésus a de nouveau attiré l’attention : “Quiconque fait pécher un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui accroche une grande meule autour du cou et qu’on le jette à la mer” (Marc 9:42).

L’expression “les petits” dans le langage de Jésus signifie les simples croyants qui peuvent être désorientés dans leur foi par l’arrogance intellectuelle de ceux qui se croient intelligents. Jésus protège donc ici le dépôt de la foi par une menace catégorique de punition pour ceux qui lui font du mal.

L’utilisation moderne de la phrase n’est pas fausse en soi, mais elle ne doit pas occulter le sens originel. En ce sens, il devient clair, contrairement à toute garantie, que ce n’est pas seulement le droit de l’accusé qui est important et exige une garantie. Les grands biens tels que la Foi sont tout aussi importants.

Un droit canonique équilibré qui correspond à l’ensemble du message de Jésus ne doit donc pas seulement garantir l’accusé, dont le respect est un bien légal. Elle doit aussi protéger la Foi, qui est aussi un atout juridique important. Un droit canonique correctement formé doit donc contenir une double garantie – protection juridique de l’accusé, protection juridique du bien en jeu. Si aujourd’hui on met en avant cette conception intrinsèquement claire, on tombe généralement dans l’oreille d’un sourd lorsqu’il s’agit de la question de la protection de la Foi comme bien juridique. Dans la conscience générale de la loi, la Foi ne semble plus avoir le rang d’un bien à protéger. Ceci est une situation alarmante qui doit être considérée et prise au sérieux par les pasteurs de l’Église.

Je voudrais maintenant ajouter, aux brèves notes sur la situation de la formation sacerdotale au moment de l’éclatement public de la crise, quelques remarques concernant le développement du droit canonique en la matière.

En principe, la Congrégation du Clergé est responsable du traitement des crimes commis par les prêtres. Mais comme le garantisme dominait largement la situation à l’époque, j’étais d’accord avec le Pape Jean-Paul II qu’il convenait d’attribuer la compétence pour ces infractions à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous le titre “Delicta maiora contra fidem“.

Cet arrangement permettait également d’imposer la peine maximale, c’est-à-dire l’expulsion du clergé, qui n’aurait pu être imposée en vertu d’autres dispositions légales. Ce n’était pas une ruse pour pouvoir imposer la peine maximale, mais une conséquence de l’importance de la Foi pour l’Église. En fait, il est important de voir qu’une telle inconduite de la part des clercs finit par nuire à la Foi.

Ce n’est que là où la foi ne détermine plus les actions de l’homme que de telles offenses sont possibles.

La sévérité de la peine, cependant, présuppose également une preuve claire de l’infraction – cet aspect du garantisme reste en vigueur.

En d’autres termes, pour imposer légitimement la peine maximale, une véritable procédure pénale est nécessaire. Mais les diocèses et le Saint-Siège ont été submergés par une telle exigence. Nous avons donc formulé un niveau minimum de procédure pénale et laissé ouverte la possibilité que le Saint-Siège lui-même prenne en charge le procès lorsque le diocèse ou l’administration métropolitaine n’est pas en mesure de le faire. Dans chaque cas, le procès devra être revu par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi afin de garantir les droits de l’accusé. Enfin, à la Feria IV (c’est-à-dire l’assemblée des membres de la Congrégation), nous avons établi une instance d’appel afin de prévoir la possibilité d’un appel.

Parce que tout cela dépassait les capacités de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et parce qu’il y a eu des retards qu’il fallait éviter en raison de la nature du problème, le Pape François a entrepris de nouvelles réformes.

III.

(1) Que faut-il faire ? Peut-être devrions-nous créer une autre Église pour que les choses s’arrangent ? Eh bien, cette expérience a déjà été entreprise et a déjà échoué. Seule l’obéissance et l’amour pour notre Seigneur Jésus-Christ peuvent nous indiquer le chemin. Essayons donc d’abord de comprendre à nouveau et de l’intérieur [de nous-mêmes] ce que le Seigneur veut et a voulu de nous.

Tout d’abord, je suggère ce qui suit : Si nous voulions vraiment résumer très brièvement le contenu de la Foi tel qu’il est énoncé dans la Bible, nous pourrions le faire en disant que le Seigneur a initié un récit d’amour avec nous et veut y inclure toute la création. Le contrepoids contre le mal, qui nous menace, nous et le monde entier, ne peut finalement consister qu’en notre ‘entrer’ (infinitif utilisé comme substantif) dans cet amour. C’est le véritable contrepoids contre le mal. La puissance du mal naît de notre refus d’aimer Dieu. Celui qui se confie à l’amour de Dieu est racheté. Le fait que nous ne soyons pas rachetés est une conséquence de notre incapacité à aimer Dieu. Apprendre à aimer Dieu est donc le chemin de la rédemption humaine.

Essayons maintenant de déballer un peu plus ce contenu essentiel de la révélation de Dieu. Nous pourrions alors dire que le premier don fondamental que nous offre la Foi est la certitude que Dieu existe.

Un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde sans sens. Car d’où vient alors tout ce qui est ? En tout cas, il n’y a pas de but spirituel. C’est tout simplement là et n’a ni but ni sens. Alors il n’y a pas de normes du bien ou du mal. Alors, seul ce qui est plus fort que l’autre peut s’affirmer. Le pouvoir est alors le seul principe. La vérité ne compte pas, elle n’existe pas. Ce n’est que si les choses ont une raison spirituelle, sont destinées et conçues – seulement s’il existe un Dieu Créateur qui est bon et qui veut le bien – que la vie de l’homme peut aussi avoir un sens.

Qu’il y a Dieu comme créateur et comme mesure de toutes choses est d’abord et avant tout un besoin primordial. Mais un Dieu qui ne s’exprimerait pas du tout, qui ne se ferait pas connaître, resterait une présomption et ne pourrait donc pas déterminer la forme [Gestalt] de notre vie.

Mais un Dieu qui ne s’exprimerait pas du tout, qui ne se ferait pas connaître, resterait une hypothèse et ne pourrait donc pas déterminer la forme de notre vie. Pour que Dieu soit vraiment Dieu dans cette création délibérée, nous devons nous tourner vers Lui pour qu’Il s’exprime d’une certaine manière. Il l’a fait de bien des façons, mais de façon décisive dans l’appel qui est allé à Abraham et qui a donné aux personnes à la recherche de Dieu une orientation qui va au-delà de toute attente : Dieu Lui-même devient créature, parle comme l’homme avec nous, êtres humains.

De cette façon, la phrase “Dieu est” se transforme finalement en un message vraiment joyeux, précisément parce qu’il est plus que de la compréhension, parce qu’il crée – et est – l’amour. Rendre les gens conscients une fois de plus de cela est la première et fondamentale tâche que le Seigneur nous a confiée.

Une société sans Dieu – une société qui ne Le connaît pas et Le traite comme inexistant – est une société qui perd sa mesure. De nos jours, le slogan de la mort de Dieu a été inventé. Quand Dieu meurt dans une société, elle devient libre, nous a-t-on assuré. En réalité, la mort de Dieu dans une société signifie aussi la fin de la liberté, parce que ce qui meurt, c’est le but qui donne une orientation. Et parce que disparaît la boussole qui nous indique la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal. La société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent dans la sphère publique et n’a plus rien à lui offrir. Et c’est pourquoi c’est une société dans laquelle la mesure de l’humanité est de plus en plus perdue. À certains moments, il devient soudain évident que ce qui est mauvais et détruit l’homme est devenu une chose évidente.

C’est le cas avec la pédophilie. Elle a été théorisée il n’y a pas si longtemps comme étant tout à fait légitime, mais elle s’est répandue de plus en plus. Et maintenant, nous réalisons avec stupeur que des choses arrivent à nos enfants et à nos jeunes qui menacent de les détruire. Le fait que cela puisse aussi se répandre dans l’Église et parmi les prêtres devrait nous troubler particulièrement.

Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En fin de compte, la raison est l’absence de Dieu. Nous, chrétiens et prêtres, préférons aussi ne pas parler de Dieu, parce que ce discours ne semble pas être pratique. Après les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, nous, en Allemagne, avions encore expressément placé notre Constitution sous la responsabilité de Dieu comme principe guide. Un demi-siècle plus tard, il n’était plus possible d’inclure la responsabilité envers Dieu comme principe directeur dans la Constitution européenne. Dieu est considéré comme la préoccupation d’un petit groupe et ne peut plus être le principe directeur de la communauté dans son ensemble. Cette décision reflète la situation en Occident, où Dieu est devenu l’affaire privée d’une minorité.

Une tâche primordiale, qui doit résulter des bouleversements moraux de notre temps, est que nous recommencions nous-mêmes à vivre par Dieu et pour Lui. Avant tout, nous devons nous-mêmes réapprendre à reconnaître Dieu comme le fondement de notre vie au lieu de le laisser de côté comme une phrase quelque peu inefficace. Je n’oublierai jamais l’avertissement que le grand théologien Hans Urs von Balthasar m’a écrit sur une de ses cartes. “Ne présupposez pas le Dieu trinitaire, Père, Fils et Saint-Esprit, mais présentez-les !”

En effet, dans la théologie, Dieu est souvent considéré comme allant de soi, mais concrètement, on ne traite pas avec Lui. Le thème de Dieu semble si irréel, si éloigné des choses qui nous concernent. Et pourtant tout devient différent si l’on ne présuppose pas mais qu’on présente Dieu. Ne Le laissant pas en quelque sorte à l’arrière-plan, mais le reconnaissant comme le centre de nos pensées, de nos paroles et de nos actions.

(2) Dieu s’est fait homme pour nous. L’homme en tant que créature est si proche de Son cœur qu’Il s’est uni à lui et est ainsi entré dans l’histoire de l’humanité d’une manière très concrète. Il parle avec nous, Il vit avec nous, Il souffre avec nous et Il a pris sur Lui la mort pour nous. Nous en parlons en détail dans la théologie, avec des paroles et des pensées savantes. Mais c’est précisément de cette manière que nous courons le risque de devenir maîtres de la foi au lieu d’être renouvelés et maîtrisés par la Foi.

Considérons cela en ce qui concerne une question centrale, la célébration de la Sainte Eucharistie. Notre célébration de l’Eucharistie ne peut que susciter l’inquiétude. Le Concile Vatican II s’est concentré à juste titre sur le retour de ce sacrement de la Présence du Corps et du Sang du Christ, de la Présence de sa Personne, de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l’existence même de l’Église. En partie, cela s’est vraiment produit, et nous devrions en être très reconnaissants au Seigneur.

Et pourtant, une attitude assez différente prévaut. Ce qui prédomine n’est pas une nouvelle révérence pour la présence de la mort et de la résurrection du Christ, mais une manière de traiter avec Lui qui détruit la grandeur du Mystère. Le déclin de la participation à la célébration eucharistique dominicale montre combien nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous savons encore peu de choses sur la grandeur du don qui consiste en sa présence réelle. L’Eucharistie est dévalorisée en un simple geste cérémoniel lorsqu’on tient pour acquis que la courtoisie exige qu’il soit offert à tous ceux qui sont invités pour des raisons familiales, lors de célébrations familiales ou à l’occasion de mariages ou d’enterrements, par exemple.

La façon dont les gens reçoivent souvent simplement le Saint Sacrement dans la communion comme une évidence montre bien sûr que beaucoup voient la communion comme un geste purement cérémoniel. Par conséquent, lorsque l’on réfléchit d’abord et avant tout à l’action à entreprendre, il est assez évident que nous n’avons pas besoin d’une autre Église de notre propre conception. Au contraire, ce qu’il faut avant tout, c’est le renouvellement de la Foi en la Réalité de Jésus-Christ qui nous a été donnée dans le Saint Sacrement.

Lors de conversations avec des victimes de pédophilie, on m’a fait prendre conscience de cette exigence primordiale. Une jeune femme qui était une [ancienne] servante d’autel m’a dit que l’aumônier, son supérieur en tant que servant d’autel, introduisait toujours les abus sexuels qu’il commettait contre elle avec ces mots : “Ceci est mon corps qui sera abandonné pour vous.”

Il est évident que cette femme ne peut plus entendre les paroles mêmes de la consécration sans ressentir à nouveau toute l’affreuse détresse de son abus. Oui, nous devons implorer d’urgence le Seigneur pour le pardon, et d’abord et avant tout nous devons jurer par Lui et Lui demander de nous enseigner tous à nouveau à comprendre la grandeur de Sa souffrance, Son sacrifice. Et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger le don de la Sainte Eucharistie des abus.

(3) Et enfin, il y a le Mystère de l’Église. La phrase avec laquelle Romano Guardini, il y a presque 100 ans, exprimait l’espoir joyeux qui lui avait été inculqué, à lui et à bien d’autres, reste toujours d’actualité : “Un événement d’une importance incalculable a commencé ; l’Église s’éveille dans les âmes.”

Il voulait dire que l’Église n’était plus vécue et perçue comme un simple système extérieur entrant dans nos vies, comme une sorte d’autorité, mais qu’elle commençait à être perçue comme étant présente dans le cœur des gens – comme quelque chose non seulement extérieure, mais qui nous touche intérieurement. A peu près un demi-siècle plus tard, en reconsidérant ce processus et en regardant ce qui s’était passé, j’ai été tenté de renverser la phrase : “L’Église meurt dans les âmes.”

En effet, l’Église aujourd’hui est largement considérée comme une sorte d’appareil politique. On en parle presque exclusivement en catégories politiques, et cela vaut même pour les évêques, qui formulent leur conception de l’Église de demain presque exclusivement en termes politiques. La crise, provoquée par les nombreux cas d’abus cléricaux, nous pousse à considérer l’Église comme quelque chose de presque inacceptable, que nous devons maintenant prendre en main et redessiner. Mais une Église qui s’est faite elle-même ne peut constituer une espérance.

Jésus lui-même a comparé l’Église à un filet de pêche dans lequel les bons et les mauvais poissons sont finalement séparés par Dieu Lui-même. Il y a aussi la parabole de l’Église comme champ sur lequel croît le bon grain que Dieu lui-même a semé, mais aussi l’ivraie que “l’ennemi” a semée en secret. En effet, les mauvaises herbes dans le champ de Dieu, l’Église, sont excessivement visibles, et les mauvais poissons dans le filet montrent aussi leur force. Néanmoins, le champ est toujours le champ de Dieu et le filet est le filet de pêche de Dieu. Et à tout moment, il n’y a pas seulement les mauvaises herbes et les poissons mauvais, mais aussi les récoltes de Dieu et les bons poissons. Proclamer les deux avec emphase n’est pas une fausse forme d’apologétique, mais un service nécessaire à la Vérité.

Dans ce contexte, il est nécessaire de se référer à un texte important de l’Apocalypse de saint Jean. Le diable est identifié comme l’accusateur qui accuse nos frères devant Dieu jour et nuit (Apocalypse 12:10). L’Apocalypse de saint Jean reprend donc une pensée du centre du cadre narratif dans le livre de Job (Job 1 et 2, 10 ; 42:7-16). Dans ce livre, le diable cherchait à discréditer devant Dieu la rectitude de Job comme étant simplement extérieure. Et c’est exactement ce que l’Apocalypse a à dire : Le diable veut prouver qu’il n’y a pas de gens justes ; que toute justice des gens ne s’affiche qu’à l’extérieur. Si l’on pouvait se rapprocher d’une personne, alors l’apparence de sa justice s’effacerait rapidement.

Le récit de Job commence par une dispute entre Dieu et le diable, dans laquelle Dieu avait parlé de Job comme d’un homme vraiment juste. Il doit maintenant servir d’exemple pour tester qui a raison. Enlevez-lui ses biens et vous verrez qu’il ne reste rien de sa piété, affirme le diable. Dieu lui permet cette tentative, d’où Job émerge positivement. Maintenant, le diable continue et il dit : “Peau pour peau ! Tout ce qu’un homme a, il le donnera pour sa vie. Mais étends ta main, touche ses os et sa chair, et il te maudira en face.” (Job 2:4f)

Dieu accorde au diable un second tour. Il peut aussi toucher la peau de Job. Seul le meurtre de Job lui est refusé. Pour les chrétiens, il est clair que ce Job-là, qui se tient devant Dieu comme un exemple pour toute l’humanité, est Jésus Christ. Dans l’Apocalypse de Saint-Jean, le drame de l’humanité nous est présenté dans toute son ampleur.

Le Dieu Créateur est confronté au diable qui dit du mal de toute l’humanité et de toute la création. Il dit, non seulement à Dieu, mais surtout aux gens : Regardez ce que ce Dieu a fait. Soi-disant une bonne création, mais en réalité pleine de misère et de dégoût. Ce dénigrement de la création est vraiment un dénigrement de Dieu. Il veut prouver que Dieu Lui-même n’est pas bon, et ainsi nous détourner de Lui.

L’opportunité de ce que l’Apocalypse nous dit ici est évidente. Aujourd’hui, l’accusation contre Dieu, c’est avant tout de qualifier Son Église d’entièrement mauvaise, et donc de nous en dissuader. L’idée d’une Église meilleure, créée par nous-mêmes, est en fait une proposition du diable, avec laquelle il veut nous éloigner du Dieu vivant, par une logique trompeuse par laquelle nous sommes trop facilement dupés. Non, même aujourd’hui, l’Église n’est pas seulement composée de mauvais poissons et de mauvaises herbes. L’Église de Dieu existe aussi aujourd’hui, et c’est aujourd’hui l’instrument même par lequel Dieu nous sauve.

Il est très important d’opposer les mensonges et les demi-vérités du diable avec toute la vérité : Oui, il y a le péché dans l’Église et le mal. Mais même aujourd’hui, il y a la Sainte Église, qui est indestructible. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui croient humblement, souffrent et aiment, en qui le vrai Dieu, le Dieu d’amour, se montre à nous. Aujourd’hui, Dieu a aussi Ses témoins (martyrs) dans le monde. Il suffit d’être vigilant pour les voir et les entendre.

Le mot martyr est tiré du droit procédural. Dans l’épreuve contre le diable, Jésus-Christ est le premier et actuel témoin de Dieu, le premier martyr, qui a depuis été suivi par d’innombrables autres.

L’Église d’aujourd’hui est plus que jamais une “Église des Martyrs” et donc un témoignage du Dieu vivant. Si nous regardons autour de nous et écoutons avec un cœur attentif, nous pouvons trouver des témoins partout aujourd’hui, surtout parmi les gens simples, mais aussi dans les hautes sphères de l’Église, qui se lèvent pour Dieu avec leur vie et leur souffrance. C’est une inertie du cœur qui nous conduit à ne pas vouloir les reconnaître. Une des grandes et essentielles tâches de notre évangélisation est, dans la mesure du possible, d’établir des habitats de foi et, surtout, de les trouver et de les reconnaître.

Je vis dans une maison, dans une petite communauté de personnes qui découvrent de tels témoins du Dieu vivant encore et encore dans la vie quotidienne et qui me le font remarquer avec joie. Voir et trouver l’Église vivante est une tâche merveilleuse qui nous fortifie et nous rend toujours joyeux dans notre foi.

Au terme de mes réflexions, je voudrais remercier le Pape François pour tout ce qu’il fait pour nous montrer, encore et encore, la lumière de Dieu, qui n’a pas disparu, même aujourd’hui. Merci, Saint-Père !

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Le pape défend sa stratégie à l’égard de la pédophilie dans l’Eglise

Pédophilie dans l’Église : Le pape François défend sa stratégie

Le souverain pontife a répondu aux critiques qui lui reprochent l’absence de concret à l’issu du sommet sur la pédophilie.

CAPTURE D’ÉCRAN LA SEXTA
Le pape François est revenu sur les reproches de ceux qui regrettent qu’il n’y ait pas eu plus d’annonces concrètes au terme du sommet sur la pédophilie organisé au Vatican en février.
ÉGLISE CATHOLIQUE – Le pape François a espéré avoir lancé un processus d’“assainissement” de l’Église catholique, tout en reconnaissant s’être abstenu de sanctionner pour l’exemple des prêtres coupables d’abus sexuels, dans une interview diffusée dimanche 31 mars.

Dans un entretien avec la chaîne de télévision espagnole La Sexta, le souverain pontife a dit comprendre que beaucoup aient été déçus du manque de résultats concrets du sommet sur la pédophilie qui s’est tenu en février dernier au Vatican.

“Si j’avais pendu 100 curés sur la place Saint-Pierre (on aurait dit) comme c’est bien, voilà du concret. (…) J’aurais occupé le terrain, mais ce qui m’intéresse, ce n’est pas d’occuper le terrain, c’est de lancer des processus d’assainissement et cela prend du temps”.

Au terme du sommet destiné à responsabiliser les évêques de la planète, le Pape a promis “une lutte à tous les niveaux” contre les abus sexuels sur mineurs qui ne devront plus jamais être dissimulés. Mais de nombreux porte-parole des victimes ont exprimé leur frustration, lui reprochant de ne pas avoir abordé directement le problème.
La lutte contre les abus sur mineurs

Interrogé sur la question des abus sexuels sur mineurs, le Pape a expliqué que partout où les abus sont couverts, ces drames se diffusent, mais qu’une fois qu’entre en jeu « la culture de la transparence », les choses ne se diffusent plus. Il a toutefois précisé que l’objectif de ce sommet était d’ouvrir des processus, et que ceci demande du temps.

Cette interview a aussi abordé la question de la discrimination vis-à-vis des femmes. Le Pape François a déclaré qu’il est nécessaire de promouvoir les femmes dans l’Église et donc de les écouter, au-delà de la seule question des répartitions de postes et de fonctions. Il souligne aussi que la traite des femmes est un phénomène énorme. Certaines filles migrantes sont amenées en Europe avec ce piège. « L’esclavage des filles est un esclavage de terreur », a-t-il dénoncé.

 

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Abus sexuels : nouvelle affaire dans le diocèse de Strasbourg

Le père Robert Bonan, curé de la communauté de paroisses du Haut-Florival, Zone Pastorale Mines-Guebwiller (Buhl, Lautenbach, Schweighouse, Sengern, Linthal, Murbach) a été interpellé et mis en détention provisoire le 20 novembre 2018. Il est soupçonné de faits d’abus sexuels auprès de jeunes mineurs. Une information judiciaire a été ouverte et confiée à un juge d’instruction.

Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg explique la situation :

« Nous venons d’apprendre l’interpellation et la mise en détention provisoire de l’Abbé Robert BONAN, curé de la communauté de paroisses du Haut-Florival, ce 20 novembre 2018. Il est soupçonné de faits d’abus sexuels auprès de jeunes mineurs.

C’est aux personnes qui ont porté leur témoignage, en grande souffrance, et à leurs familles, que nous pensons en tout premier. Nous prions pour toutes les personnes victimes d’abus sexuels, en particulier commis par des prêtres. Mes pensées vont aussi aux communautés de paroisses dans lesquelles le Père Bonan a exercé son ministère.

Je renouvelle la détermination absolue de l’Église pour que justice soit faite pour des crimes terrifiants. Et j’assure les services de la Justice de notre collaboration pleine et entière.

En attendant les résultats de l’enquête, cette situation appelle transparence et prudence. Les mesures canoniques requises seront prises dans la plus grande clarté.

Cette nouvelle affaire confirme la nécessité et l’urgence du travail entrepris dans le diocèse suite à ma Lettre Pastorale « Mieux vaut tard ».

A la suite de la mise en détention du Père Bonan, Mgr Ravel a pris un décret le relevant de ses charges pastorales :

« En raison de faits graves dont vous êtes soupçonnés et du grand trouble actuellement suscité parmi les fidèles, je suis dans l’obligation de vous interdire toute célébration publique des sacrements et des sacramentaux, sauf en cas de danger de mort, dans les limites du diocèse de Strasbourg.

Par ailleurs, je suspens l’exercice de votre mission curial et de toutes les missions pastorales afférentes.

Cette décision s’applique jusqu’à ce que soit prononcé le jugement civil, qui pourra déterminer de nouvelles décisions de ma part. »

 

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Mgr d’Ornellas : Faire heureusement la vérité sur les abus sexuels

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, publie dans Ouest-France du 13 novembre cette tribune : « Faire heureusement la vérité » :

Faire la vérité. Voilà l’impératif qui nous guide, nous, évêques de France. Commencée en 2000, notre réflexion nous a appris, d’année en année, à mieux considérer le drame de la pédophilie et des abus sexuels sur mineurs. Peu à peu, la vérité s’est dévoilée à nous, et nous n’avons pas fini de travailler pour éviter que cela recommence.

Faire la vérité, c’est, grâce aux paroles des victimes, identifier les prêtres ou les religieuxayant commis ces abus. Chacun d’eux doit recevoir la juste sanction méritée tant de la justice civile que du droit de l’Église. Cette justice honore la dignité des victimes. Elle renvoie leurs abuseurs, prêtres ou religieux, à implorer Dieu auquel ils croient afin de changer radicalement leur vie, Lui dont la Bible dit qu’Il « ne veut pas la mort des pécheurs mais qu’ils se convertissent » (Ézéchiel 18,23).

Faire la vérité, c’est, autant que cela nous est possible, recevoir la souffrance des victimesen leur offrant les espaces de parole où elles peuvent s’exprimer avec le temps qui leur est nécessaire. C’est aussi les reconnaître en leur identité de femmes ou d’hommes durablement blessés en raison d’actes pervers subis en leur enfance et jeunesse.

Des évêques, dans leur diocèse, ont pu écouter des victimes et prendre le poids de leur inguérissable douleur humaine et spirituelle. Mais à Lourdes, ce 3 novembre, nous avons ensemble consacré du temps à l’écoute. Collectivement, nous avons pris la mesure de notre responsabilité dans l’accompagnement pour que chaque victime soit reconnue et avance sur un chemin de reconstruction et de libération. Tel est notre devoir de pasteurs guidés par l’Évangile du Christ qui nous invite à prendre soin des plus blessés.

Faire la vérité, c’est travailler ensemble – responsables dans l’Église, personnes victimes et personnes compétentes de la société civile – pour que soient formés celles et ceux – en particulier les futurs prêtres – qui sont ou seront en contact avec les enfants et les jeunes. Il faut que soient reconnus le plus tôt possible les signes annonciateurs d’éventuels abus chez un mineur afin qu’ils ne s’aggravent ni ne se répètent sur d’autres. L’Église, dans toutes ses composantes dont les écoles catholiques, doit être une « maison sûre » !

Pour nous, faire la vérité, c’est demander qu’un regard indépendant, extérieur à l’institution de l’Église, nous dise ce qu’il faut améliorer ou changer dans notre manière de faire. Je suis heureux qu’une commission indépendante s’instaure et nous aide non seulement à faire davantage la vérité mais aussi à comprendre pourquoi et comment ce drame a pu exister. Ainsi, nous continuerons à « lutter contre la pédophilie[1] ».

Pour nous, faire la vérité, c’est entrer dans la conversion personnelle et collective en recevant les révélations d’abus comme un appel à une salutaire purification. Puisque la souffrance d’un membre de l’Église est la souffrance du corps entier, cette conversion passe par la douleur ressentie avec une grande honte, par une demande sincère de pardon, et par un geste symbolique de réparation. La conversion fait revenir à la lumière de l’Évangile que bien des prêtres et des consacrés annoncent avec fidélité : Dieu, Père plein de tendresse, veut le bonheur de ses enfants.

[1] Brochure de la Conférence des Évêques de France, Lutter contre la pédophilie, janvier 2017.

Via Riposte-catholique

Tribunes et entretiens

Peut-on accuser l’Eglise américaine de “légèreté” dans sa gestion de la crise des agressions sexuelles ?

D’Aline Lizotte sur le site “Smart Reading Press” :

DEUX TYPES DE PRÊTRES : HÉTÉROSEXUELS ET HOMOSEXUELS ?

Confrontée aux scandales d’agressions sexuelles sur mineurs, la Conférence épiscopale américaine est engagée dans la mise en place d’un dispositif de gestion de crise, sous le contrôle du Vatican. Une gestion qui ne peut porter des fruits que moyennant une juste détermination des comportements en cause.

Mercredi dernier, le 14 novembre, le journal La Croix publiait un article étonnant pour rendre compte de la lettre du préfet de la Congrégation des évêques, le cardinal Marc Ouellet, demandant à la Conférence épiscopale américaine de ne pas voter sur la proposition d’un « Code de conduite » qui s’adresserait aux évêques et édicterait des règles de comportement quant à la gestion des agressions sexuelles sur mineur possiblement commises par certains prêtres à l’égard desquels s’exerce leur juridiction. Le correspondant romain du journal expliquait l’intervention du Vatican comme une tentative de la part du Siège apostolique de maîtriser une opposition montante de l’épiscopat américain contre le pape François, qui voudrait des sanctions plus dures pour contrer « la légèreté » (sic) avec laquelle certains épiscopats – dont celui des États-Unis – ont traité la question de l’abus sexuel jusqu’ici. La nomination de Mgr Charles Scicluna comme secrétaire adjoint de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (CDF) est un signe de la volonté du pape à ce sujet, ajoute le journaliste. Il serait l’incarnation de la « tolérance zéro ».

Accuser l’Église américaine de « légèreté » dans sa façon de gérer la crise des agressions sexuelles est pour le moins étonnant. C’est oublier qu’au moment de la crise des années 2002-2005, la Conférence épiscopale américaine (United States Conference of Catholic Bishops, USCCB) créa en juin 2002 la Charte pour la protection des enfants et des jeunes (Charter for the protection of children and young people) et, en application, elle érigea deux corps juridiques : l’Office pour la protection de l’enfant et des jeunes (OCYP) et le National Review Board (NRB), un groupe d’éminents laïcs. Ces deux organismes donnèrent à l’Église américaine les moyens d’agir. C’est ainsi que fut mandatée une importante commission d’enquête conduite par des professionnels, le John Jay College, sur la question des abus sexuels commis entre 1950 et 2010, et dont les deux rapports ont été publiés : The Causes and Context of Sexual Abuse of Minors by Catholics Priests in the United States 1950-2010 et The nature and Scope of the problem of Sexual Abuse of Minors by Catholic-Priests in the United States 1950-2010. On ignore aussi que le mot-clé « tolérance zéro » n’a pas été créé par Mgr Scicluna, mais par l’épiscopat américain, et qu’à l’époque il a suscité de la méfiance au Vatican.

Si Mgr Scicluna est renommé comme secrétaire adjoint de la CDF, il revient au poste que lui avait assigné Benoît XVI quand il voulut, de façon claire, retirer les causes des agressions sexuelles commises par le clergé au tribunal romain de La Rote et les intégrer à la CDF. C’est le pape François qui a éloigné Mgr Scicluna de ce poste en le nommant archevêque de Malte. Enfin, c’est encore ignorer que les évêques américains envoient chaque année à l’USCCB un rapport sur les agressions sexuelles dénoncées et sur celles qui font l’objet d’une enquête sérieuse, et que ce rapport global a publiées. Il montre que les mesures prises par l’épiscopat américain ont ramené les véritable cas d’agressions sexuelles à quelques prêtres chaque année, et que l’on est loin des 4 % de prêtres et de religieux recensés par le rapport du John Jay College pour les années 1950-2010.


Un « Code de conduite », même voté à l’unanimité, n’oblige aucun évêque à l’accepter dans son diocèse.


Il semble, selon les bruits de couloir au Vatican – ce qui rend l’information suspecte mais non invraisemblable – que la demande transmise par le cardinal Ouellet porte sur des questions juridiques. Les règles émises par la Conférence de l’USCCB pourraient enfreindre le pouvoir de juridiction dont chaque évêque titulaire jouit selon un droit qui lui est propre. En effet, un « Code de conduite », même voté à l’unanimité – ce qui n’est pas le cas –, n’oblige aucun évêque à l’accepter dans son diocèse. La conférence épiscopale n’est pas, canoniquement et théologiquement, une autorité supérieure à celle de l’évêque. Les canonistes du Vatican veulent donc avoir le temps d’y mettre leur nez pour que ce document soit acceptable, et par conséquent utile.

1. Où se situe le problème ?

On se le demande vraiment ! Les États-Unis, à l’heure actuelle, sont aux prises avec l’enquête de Pennsylvanie qui n’apporte strictement rien de plus, mais en beaucoup moins bien que ce qu’avaient révélé les enquêtes du John Jay Collège. Ces enquêtes avaient pris en compte le contexte social de l’époque, où dans toutes les communautés religieuses, sportives et sociales, on trouvait des agressions sexuelles sur mineur à des pourcentages souvent plus élevés que ceux de l’Église catholique. Cette enquête de l’État de Pennsylvanie, faite à l’instigation du procureur général, avocat du mouvement LGBT, Josh Shapiro, par un Grand Jury qui est loin d’avoir la compétence du John Jay College, dévoile des faits connus et passés : le pic des abus sexuels sur mineur dans les années 1970-1980. C’est la même sorte de révélation que donne l’enquête demandée par la Conférence épiscopale allemande. La seule nouveauté dans ces enquêtes est que l’on ne cible que l’Église catholique, et souvent d’une façon qui manque d’objectivité. En ce sens, la décision de la Conférence épiscopale des évêques de France est bien inspirée de vouloir mener sa propre enquête et de la confier à une expertise qui, n’étant pas directement la sienne, assurera le caractère objectif du travail. Mais trouvera-t-elle autre chose que ce qu’ont révélé les enquêtes allemande et américaine. Elle espère y trouver beaucoup mieux ! « Nous n’avons rien à nous reprocher », disait l’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier, président de la Conférence épiscopale. Les enquêtes révèlent souvent ce que l’on ne voudrait pas voir !…

Cependant, les États-Unis sont également pris dans un autre problème : le cas de l’ex-cardinal Théodore McCarrick, ancien archevêque de Washington. Le problème que soulève son cas, qui surgit à la face de l’épiscopat américain et qui le terrifie parce qu’il risque d’être le premier – et non le seul – à devoir en rendre compte, est que la plaie qu’est l’abus sexuel sur mineur relève de moins en moins de la seule pédophilie. Alors que, par rapport aux années 1970-1980, les délits objectivement dépendants de la pédophilie diminuent, les abus sexuels sur les mineurs et sur les jeunes persistent et même augmentent proportionnellement. Ils persisteraient surtout dans les séminaires, et même dans toute l’Église catholique. C’est là le problème ! C’est celui de l’homosexualité. Même si certains évêques américains se battent à corps perdu pour essayer de dissocier toute forme d’abus sexuel sur mineur de l’homosexualité, même s’ils cherchent à donner de l’abus sexuel une autre définition que celle d’un acte génital sur un enfant pré-pubère, et à le considérer comme un abus de pouvoir d’un détenteur de l’autorité sur une personne faible (cléricalisme), les enquêtes statistiques démentent leurs efforts. Une enquête parmi d’autres vient d’être publiée. Elle émane du Ruth institute. Elle fut conduite par le Docteur Paul Sullins, sociologue, professeur émérite de la Catholic University of America, et présentée en septembre 2018 au Center for Law, Life, Faith de l’Ave Maria School of Law (Naples, Florida). Elle contient des recherches intéressantes.

2. Pédophilie ou homosexualité ?

Quelles sont les grandes lignes de l’enquête ? La première étude statistique montre que, depuis 1950, il y a dans les associations catholiques en général une augmentation des sous-cultures (cliques ou lobbies gay) d’homosexuels actifs. Antérieurement à 1950, la proportion des hommes engagés dans le sacerdoce ayant une orientation homosexuelle ne dépassait pas 16 % (ce qui est huit fois plus élevé que le pourcentage dans la population). Si le niveau de cette population était demeuré stable, l’agression sexuelle sur mineur aurait été 85 % plus basse. Les révélations actuelles, que ce soit celles du Grand Jury de Pennsylvanie, du Los Angeles Times, de l’Australie, du Chili, du Rapport Murphy en Irlande et même du John Jay College, montreraient que si, entre 1970 et 1990, le nombre d’agressions sexuelles a atteint les sommets que donnent toutes les statistiques, cette augmentation exponentielle serait due à une augmentation proportionnelle de la population homosexuelle. Car si cette population était demeurée stable, l’agression sexuelle n’aurait pas connu cette impressionnante augmentation. Qu’est-ce qui permet d’affirmer cela ?


La grande partie des enquêtes explorant les cas d’agressions sexuelles portent sur des plaintes pour des actes qui appartiennent au passé.


La grande partie des enquêtes explorant les cas d’agressions sexuelles portent sur des plaintes pour des actes qui appartiennent au passé. Souvent, entre la « révélation » de l’abus présumé et son « analyse », il y a en moyenne plus de vingt-cinq ans d’écart. Une analyse statistique montre que le pourcentage des plaintes d’actes passés contrairement aux plaintes d’actes vécus dans le réel est différente. Les plaintes pour des actes abusifs passés atteignent un record de 20 % des plaintes pour les années 1970-1980. Elles commencent à décliner après cette période, et ne sont plus aujourd’hui que de 1 %. Ce qui ne signifie pas une baisse aussi forte des cas réels. Car, depuis 2005, les plaintes pour agressions sexuelles sur mineur augmentent, atteignant en 2018 une augmentation de 5 % des plaintes pour agressions sexuelles.

Autrement dit, quelles sont les vraies conclusions que l’on peut tirer des plaintes d’il y a 25 ou 30 ans ? Porter plainte pour un acte que l’on a subi il y a vingt-cinq ou trente ans a-t-il la même valeur qu’une plainte immédiatement déposée, dont la blessure est encore vive ? On ne peut pas dire que les cas d’agressions sexuelles diminuent réellement alors que, proportionnellement, le nombre de plaintes pour des actes réels augmentent. La seule chose que l’on peut dire, c’est que les plaintes pour une agression sexuelle subie 25 ou 30 ans auparavant sont en voie d’extinction. Il est vrai que les abus sexuels, qu’ils soient des souvenirs ou des réalités, ont diminué de près de 74 % par rapport aux années noires des années 1970. Cela ne doit pas masquer le fait que, depuis 2005, il y a une augmentation de ces cas réels de plus de 5 %. Pourquoi cette augmentation réelle ? Elle n’est pas due à une augmentation de l’hétérosexualité, qui est le fondement des rapports proportionnels. Est-elle due à une augmentation de la pédophilie ? Non, pour les raisons suivantes.

Il y a une nette augmentation des victimes de sexe masculin par rapport à celles de sexe féminin. Cette constatation statistique est faite par toutes les enquêtes. Selon le John Jay College Report, par exemple, le nombre de victimes mâles est de 67,8 % pour l’unique victime d’un seul agresseur ; il atteint 93,3 % pour un agresseur qui s’attaque à plus de vingt personnes. Si l’augmentation des agressions sexuelles sur mineur était proportionnelle à l’augmentation de la population pédophile, les pourcentages entre les victimes de sexe masculin et ceux de sexe féminin seraient à peu près équivalents. Car l’une des caractéristiques de la pulsion pédophile est sa neutralité quant au sexe. Le pédophile est attiré par l’enfant, non par son sexe.


Aujourd’hui, on ne considère plus la relation entre un adulte et un jeune garçon pubère comme une agression sexuelle.


Il y a encore, fait nouveau, une complaisance de plus en plus grande pour la sexualité homophile. Aujourd’hui, on ne considère plus, tant du côté de la « victime » que du côté du « prédateur », la relation entre un adulte et un jeune garçon pubère comme une agression sexuelle. Il n’y a ni victime, ni prédateur. Il y a deux formes de sexualité. La sexualité homophile s’assimile à un acte « paternel », une amitié, une tendresse. On accuse McCarrik de pédophilie parce qu’il aurait exercé une domination autoritaire sur les séminaristes, domination sans tendresse et sans réciprocité. Il ne serait pas un homosexuel, il serait un pédophile ! Et pourtant, les séminaristes qu’il entraînait dans sa couche l’appelaient bien gentiment « l’oncle Théo » !

Si, par contre, on constate une diminution des sous-cultures homophiles dans les séminaires depuis 1995 et une diminution importante du nombre de prêtres homosexuels dans l’Église catholique des USA – et dans d’autres pays – on arrive à quelque chose d’inusité : une égalité homosexuelle proportionnelle entre les prêtres nouvellement ordonnés et les prêtres anciennement ordonnés : le  pourcentage des nouveaux prêtres homosexuels serait égal à celui des anciens, alors qu’autrefois, les nouveaux prêtres homosexuels dépassaient très largement le nombre des anciens. La complaisance envers l’homosexualité, la parité entre les clercs de vieille tendance et les nouveaux ordonnés créent un climat de sous-culture qui rompt les limites du séminaire. Il y aurait deux types de prêtres, deux formes de tolérance et une quasi-« légalité » entre le courant homosexuel et le courant hétérosexuel. On peut être un bon prêtre et être homosexuel, comme on peut être un bon prêtre et être hétérosexuel. Ce qui est vrai si ces deux types de prêtres vivent l’un et l’autre dans la chasteté de leur célibat ! Ce qui est faux si l’un et l’autre ne vivent pas dans la chasteté. Cependant, l’expérience enseigne que, pour l’orientation homosexuelle, la chasteté parfaite demeure plus difficile que pour l’orientation hétérosexuelle. Contrairement à ce que l’on enseignait, ce n’est pas égal. Pour l’un, c’est souvent une abstinence mutilante, pour l’autre c’est un renoncement fructifiant . Cette parité entre les deux sous-cultures sacerdotales, l’une hétérosexuelle et l’autre homosexuelle, ne peut qu’augmenter le nombre des agressions sexuelles sur mineur du même sexe, alors que le nombre des agressions hétérosexuelles sur mineur demeure à peu près stable. Pour les années 1990 à 2002, 73 % des victimes sont de sexe masculin, dont 55 % sont âgées de 15 à 17 ans, et 30 % de sexe féminin et du même âge. On constate cependant une augmentation des victimes de sexe féminin. Ce n’est pas un indice du développement de la pédophilie, mais un signe que le célibat sacerdotal est de plus en plus mal vécu faute de l’équilibre humain de celui qui y est appelé !

3. Pour conclure


On met l’accent sur les souffrances des victimes, ce qui est juste ; mais ces victimes ne sont pas que des victimes de pédophiles.


Les analyses statistiques ne sont jamais suffisantes pour tirer des conclusions. Elles nous aident cependant à les penser. Le courant qui consiste aujourd’hui à balayer hors de l’agression sexuelle l’homosexualité ou même l’hétérosexualité, pour ne concentrer son regard que sur la pédophilie, est absurde et ignorant. La pédophilie est une des paraphilies dangereuses ; elle n’est pas la seule. On met l’accent sur les souffrances des victimes, ce qui est juste ; mais ces victimes ne sont pas que des victimes de pédophiles. Elles sont la plupart du temps les victimes d’homosexuels ou d’hétérosexuels. Vouloir faire l’économie des différences est contre-positif. Cela entraîne une profonde erreur scientifique, qui ne profitera à personne. Car l’acte désordonné homosexuel ou hétérosexuel est l’expression de motivations et de pulsions inconscientes ou refoulées qui ne sont pas les mêmes que celles du pédophile, ni d’ailleurs de celles du violeur ou du sadomasochiste. Les mesures à prendre pour s’en prévenir ne sont pas les mêmes, ni les remèdes à apporter dans les soins à donner aux victimes.

L’enquête sur les faits passés apportera un soulagement psychologique et sociologique important. Mais elle pourra être aussi improductive que toutes les autres enquêtes que l’on fait un peu partout et qui ne conduisent qu’à soulever l’horreur, faute de savoir analyser consciencieusement le problème. On ne fait pas une enquête sur la pédophilie ! On fait une enquête sur toutes les formes d’agressions sur mineur, et on fait la différence entre un enfant, un jeune éphèbe, un adolescent et un adulte. On fait aussi la différence entre les agresseurs chez ceux qui avouent ou sont conscients de tendances homophiles et ceux qui se définissent bravement comme hétérosexuels. Moyennant quoi, on pourra peut-être en tirer des leçons bénéfiques !

Aline Lizotte

Via Belgicatho

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France : l’Eglise crée une commission indépendance sur la pédophilie

Réunis en Assemblée plénière à Lourdes, les évêques de France ont annoncé la création d’une commission indépendante, dont la composition précise sera présentée prochainement.

Cette décision était très attendue, la CEF l’a officialisée ce mercredi, quatre jours après l’accueil par les évêques réunis à Lourdes de plusieurs personnes victimes d’actes de pédophilie de la part de membres du clergé.

Une commission indépendante sera donc bientôt mise en place pour faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Eglise catholique depuis 1950, pour comprendre les raisons qui ont favorisé la manière dont ont été traitées ces affaires, et pour faire des préconisations, précise l’épiscopat dans un communiqué. Cette commission devra aussi évaluer les mesures prises par la Conférence des évêques de France depuis les années 2000. Elle rendra public un rapport d’ici 18 mois à 2 ans.

Dans les jours qui viennent, des précisions seront apportées sur cette commission indépendante et notamment sera annoncé le nom de la personnalité qui aura la charge de la mettre en place, d’en nommer les membres et d’en préciser le périmètre, précise la Conférence des évêques de France.

Par ailleurs, les évêques vont travailler sur quatre axes : la mémoire, avec un travail de recueil des récits des victimes, la prévention, avec des actions de sensibilisation qui seront menées notamment dans les paroisses en étroite collaboration avec des personnes victimes, la réparation des crimes subis, qui pourront donner lieu à un « geste financier », et enfin l’accompagnement des prêtres impliqués, vis-à-vis desquels des mesures spécifiques seront prises.

Source : Vatican News

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Abus sexuels : tout évêque convoqué se rendra devant les parlementaires

Plutôt qu’une « commission d’enquête », le Sénat se dirige donc vers une « mission d’information parlementaire » sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église et d’autres organisations. La Conférence des évêques de France on annonce, par la voix de Vincent Neymon, directeur de la communication :

« On est dans une coopération totale avec la justice, nous serons en coopération totale avec la mission d’information. Bien évidemment que tout évêque convoqué se rendra devant les parlementaires » .

« Nous avions alerté avec d’autres sur le sujet de cette commission : nous pensions et nous pensons toujours qu’on peut attendre du Parlement qu’il soit juste et s’occupe de l’ensemble de la société ». « Maintenant notre questionnement reste le même : est-ce que ce mode choisi suffira à remplir la mission qu’on lui donne ? »

Lors de leur prochaine assemblée plénière à Lourdes, le 3 novembre, les évêques échangeront notamment sur la création d’une commission d’enquête indépendante.

« La question pour nous n’est pas seulement de faire la vérité sur les faits mais que ce soit aussi une vérité utile, qui serve à lutter pour le présent et le futur contre la pédophilie en analysant les raisons qui ont amené que ces faits soient commis mais aussi qu’ils aient été couverts ».

Mgr Jacques Blaquart, évêque d’Orléans, déclare :

« Dans son ensemble, la société française revient de loin. Dans les années 70, certains pouvaient même faire l’apologie de la pédophilie. »

Mgr Blaquart a exhumé les dossiers mettant en cause des prêtres pédophiles, une dizaine dans son diocèse depuis cinquante ans.

Source : Riposte-catholique

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Abus sexuels et spirituels : comment l’Eglise fait face ?

Un dossier à découvrir dans le numéro de “Paris Notre-Dame”, le magazine du diocèse de Paris, daté du 18 octobre 2018 :

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26). Ainsi s’ouvre la Lettre au Peuple de Dieu publiée en août dernier par le pape François, en réponse aux scandales des abus sexuels commis au sein de l’Église. Ce crime, rappelle le pape, « génère de profondes blessures faites de douleur et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté ». Alors que l’Église tente d’apporter des réponses pour prévenir ces crimes et accompagner les personnes victimes, nous consacrons ce dossier aux outils et aux procédures mis en place par le diocèse de Paris pour lutter contre les abus de toutes sortes commis au sein de l’Église.

Aller jusqu’au bout du travail
Dans son Message aux fidèles du diocèse de Paris à propos de la lettre du pape François au peuple de Dieu, publié le 9 septembre, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, rappelait l’engagement du diocèse « pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables ». Comment la garantir ? Quelles sont les pistes d’amélioration pour lutter contre les abus sexuels et spirituels au sein de l’Église ? Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque nommé de Reims (Marne), ancien évêque auxiliaire de Paris chargé de la commission diocésaine de consultation, et Marie-Rose Boodts, psychologue clinicienne, psychanalyste et professeur de psychologie au Séminaire de Paris, invitent à se saisir de cette crise ecclésiale sans précédent pour purifier son rapport à la foi et à l’autre.

Une juste place
Quelles sont les répercussions de ces scandales sur la vie pastorale d’une paroisse ? Le témoignage du P. Augustin Deneck, curé de St-Ambroise (11e).

« La formation des responsables est essentielle »
Marie-Judith de Laboulaye est coordinatrice au vicariat Enfance Adolescence. Ce service diocésain a établi une série de procédures pour accompagner les éducateurs à réagir quand des soupçons d’abus leur sont signalés.

Formation : Viser la qualité de la relation humaine
Comment sensibiliser les séminaristes et les jeunes prêtres à la prévention des abus de conscience ou de pouvoir ? Plusieurs acteurs du diocèse nous donnent ici quelques pistes, dans une même perspective : « dire non » à toute forme d’abus et favoriser la croissance humaine de chacun.

Une messe pour les victimes d’abus
C’était une messe de semaine, célébrée le 14 septembre à St-Jean-Baptiste de Belleville (19e), en réponse à l’appel du pape, le 20 août dernier, à faire pénitence… « afin que grandisse parmi nous le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation. »

Des pistes pour agir : Prévenir et accompagner
Pour prévenir les abus et accompagner les personnes victimes, le diocèse de Paris et la Conférence des évêques de France ont mis en place plusieurs outils. La formation des responsables est également essentielle. Plusieurs possibilités sont proposées à ceux qui le souhaitent.

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La chasteté et le célibat ne conduisent pas à la délinquance sexuelle ou à la pédophilie

De Catherine Mallaval sur le site de Libération :

Roland Coutanceau : « La chasteté et le célibat ne conduisent pas à la délinquance sexuelle »

Le psychiatre Roland Coutanceau rappelle que l’attirance pour les mineurs revêt des formes très variées et qu’il est possible, dans certains cas, d’éviter le passage à l’acte.

Psychiatre expert en criminologie auprès des tribunaux, président de la Ligue française pour la santé mentale, Roland Coutanceau est à l’origine de la création, en région parisienne, d’un pôle de victimologie et de thérapie familiale qui fait référence. Auteur des Blessures de l’intimité (éd. Odile Jacob), il décortique le profil des pédophiles.

L’Eglise est confrontée de par le monde à des scandales de pédophilie. Cela est-il surprenant ?

En général, vous vous en doutez, les institutions qui ont affaire à ce genre de scandale sont surtout celles dans lesquelles des adultes sont directement en relation avec des enfants. L’éducation nationale, le milieu des associations qui gèrent l’après-scolaire… L’Eglise, c’est un peu différent. Il y a manifestement un certain nombre de personnes qui présentent un attrait pédophilique en son sein. Même si à ce jour aucune étude statistique de référence ne permet de quantifier le problème.

Comment peut-on essayer d’expliquer la présence de ces pédophiles ?

Un certain nombre d’êtres humains, à la fin de l’adolescence ou lorsqu’ils sont jeunes adultes, ne sont pas au clair avec leur sexualité, leur orientation, leurs fantasmes. On peut supposer que certains de ceux-là, outre la sincérité de leur foi, sont enclins à se réfugier dans un idéal, une forme de sublimation que sont le célibat et la chasteté. Pour être plus direct : mon hypothèse est qu’il y a parmi les prêtres des pédophiles qui se sont tournés vers l’Eglise pour de mauvaises raisons, sans qu’ils en soient forcément conscients. Le psychanalyste et prêtre catholique Marc Oraison, disparu en 1979, avait conseillé à ses pairs de créer une sorte de filtre lorsque des hommes s’engagent dans la voie du séminaire, permettant d’analyser précisément les motivations qui poussent vers la prêtrise. L’Eglise aurait pu le faire.

L’absence de sexe, le vœu d’abstinence ne sont-ils pas des pousse-au-crime ?

Non. C’est ce que beaucoup pensent intuitivement, mais la chasteté, le célibat ne conduisent pas à la délinquance sexuelle. Ce ne sont pas des facteurs aggravants ou facilitants. La pédophilie, cette sexualité maudite, ne naît pas de ça.

De quoi alors ?

D’abord, il faut savoir que la pédophilie est un monde. Varié. De la même façon qu’il y a des Don Juan, des inhibés, des hommes qui ne couchent qu’avec des prostituées… Concrètement, l’attrait pédophilique que certains ressentent est, à un niveau fantasmatique, une excitation sexuelle pour un corps prépubère, garçon ou fille. Cet attrait peut être exclusif (les sujets ne sont attirés que par des enfants) ou pas. Il peut aussi être ressenti par une personne qui a une orientation hétérosexuelle (et préférera les petites filles), homosexuelle (avec une attirance pour les petits garçons) ou bi. Des tas de gens, des médecins, des juges, des journalistes peuvent avoir ce fantasme qu’on ne choisit pas (de même que son orientation) sans pour autant passer à l’acte. Il n’y a pas de mécanicité.

Mais des hommes franchissent le pas. Qu’ont-ils en commun ?

On observe souvent une forme d’immaturité. Le pédophile peut avoir un QI brillant, mais se sentir comme un enfant au niveau affectif. Autre trait : un égocentrisme au carré, qui se traduit par une moindre capacité à réfléchir à ce qui se passe dans la tête des autres et un intérêt quasi exclusif pour leur propre sexualité et leurs fantasmes. Ces sujets présentent ce que nous, les psys, avons appelé « troubles de la personnalité ». Ils ne sont pas en capacité de se demander quelle est la réalité sexuelle de l’autre. Et sont atteints d’une distorsion, une déformation cognitive qui les empêche de voir clairement ce qui est. Ainsi, ils vont mal interpréter le comportement d’un enfant. Qu’une petite fille sourie, et ils ont l’impression qu’elle leur fait du gringue. Ils mésinterprètent les discours et le comportement de l’enfant. Et projettent leur propre sexualité sur celle de l’enfant. En outre, ils érotisent tous les faits et gestes de ces enfants : un sourire donc, s’asseoir sur les genoux, prendre la main… Et interprètent une demande d’intérêt ou d’affection de l’enfant comme une demande sexuelle. C’est ce type de distorsion qui est le trait des délinquants sexuels. Mais je précise qu’en dépit de cette distorsion, ils connaissent l’interdit que représente la pédophilie. Ils en ont conscience. Et sont responsables de leurs actes.

Parmi ceux qui passent à l’acte, y a-t-il des différences ?

Il y a ceux qui culpabilisent, des fatalistes, des très égocentriques, uniquement centrés sur leur désir. Mais aussi des cyniques qui sont dans une mégalomanie de leur désir.

Peut-on les repérer ?

On ne peut pas scanner la vie fantasmatique des gens. Mais on peut avoir l’intuition des comportements qui dérapent. Des comportements de promiscuité. Ceux qui souvent s’isolent avec un enfant ou ont un chouchou… Il ne s’agit pas d’être parano, mais vigilant.

Peut-on les soigner ?

La sexualité humaine s’apprivoise quand on en parle à un autre être humain. Dans ma consultation, je reçois des sujets qui n’en sont qu’au stade du fantasme, d’autres qui sont passés à l’acte. La première chose à faire avec ces derniers est de clarifier la distorsion cognitive dont ils sont atteints. Dire : “Vous avez une attitude pédophile mais un enfant ne désire pas ça”. Il s’agit de faire monter le niveau de lucidité. On peut leur apprendre une vie auto-érotique (masturbation), les aider à être plus structurés, plus au clair avec leur sexualité. Et à replacer leur attrait pédophile au niveau du fantasme. Nous pouvons aussi essayer de faire avancer l’âge de l’objet sexuel qu’ils désirent. La plupart d’entre nous, sans nous en rendre compte, à mesure que nous avançons en âge, désirons des partenaires plus âgés que lorsque nous avions 20 ans.

Est-ce vraiment possible ?

La sexualité est plus souple qu’on ne le croit. Il y a une certaine plasticité qui permet d’en faire passer certains qui n’étaient attirés que par des enfants à la peau soyeuse, sans poil, vers un désir pour de jeunes adultes. Cela ne marche pas toujours. Certains ne veulent pas changer. Et vous disent et redisent « les enfants ont une peau plus belle ». C’est une idéalisation à laquelle ils tiennent, une forme de fétichisme.

Comment l’Eglise peut-elle se dépêtrer de tout ça ?

Comme toutes les institutions confrontées à ce genre d’affaires, elle a voulu laver son linge sale en famille. Mais, comme les autres, elle ne peut pas couvrir et doit répondre à la justice des hommes. Et se préoccuper de cette question. Ce que l’on pourrait conseiller à l’Eglise, c’est de parler vrai avec certains prêtres : beaucoup de gens parlent quand ils se sentent devinés. Quand on soupçonne quelqu’un de pédophilie, il faut donc lui en parler. Quitte à s’être trompé.

Via Belgicatho