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Aline Lizotte – Non le pape n’est pas hérétique

Une vingtaine d’universitaires et de théologiens ont récemment publié un texte portant accusation d’hérésie contre le pape François. Ils prétendent tirer matière à ces accusations des documents magistériels du Saint-Père et, en complément, de ses décisions vis-à-vis de certains ecclésiastiques dont il aurait favorisé les comportements délictueux. Une accusation d’hérésie est particulièrement grave lorsqu’elle touche l’exercice du pouvoir de juridiction suprême et plénier du Pontife romain. Les réflexions d’Aline Lizotte tentent de montrer la gravité de l’accusation et l’incompétence de ses auteurs.

 

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Sessions Amour Sexualité Vie chrétienne 2019 – du 14 au 20 juillet, du 28 juillet au 3 août & du 17 au 23 novembre 2019 à Solesmes (72)

Qu’est-ce donc que l’amour ?
Vous cheminez vers le mariage ?
Vous êtes mariés depuis 1, 10, 25 ans ou plus ?
Peut-être êtes-vous en difficulté ?
Vous cherchez une formation sur toutes les dimensions de l’amour humain ?
VENEZ !

Sont invités :

  • Ceux qui ont débuté une vie commune et se posent la question du mariage.
  • Les fiancés : pour découvrir la profondeur de leur amour, la beauté et l’exigence de ce qu’ils sont appelés à vivre.
  • Les époux : les jeunes mariés d’un an, ceux qui, mariés depuis plusieurs années, se savent encore jeunes et ceux qui, ayant dépassé 20 ans de mariage et plus, se disent qu’un renouveau serait le bienvenu. Les prêtres et les formateurs : qui partagent une expérience unique au milieu des couples et préparent au mariage.
  • Les célibataires : qui se demandent de quoi leur avenir sera fait.

Pourquoi ? Pour fonder votre futur foyer et le consolider, pour recevoir une formation humaine et chrétienne, pour retrouver la vérité et la certitude du bonheur conjugal.

Programme

Session au choix :

  • Du 14 au 20 juillet 2019 : session animée par Aline Lizotte
  • Du 28 juillet au 3 août 2019 : session animée par Aline Lizotte
  • Du 17 au 23 novembre 2019 : session animée par le Père François Potez

Durant chaque session seront abordés les points suivants :

  • Le corps
  • L’amour
  • L’homme et la femme
  • Les passions amoureuses
  • Le don conjugal
  • La communication dans le couple
  • La vocation du mariage dans l’église

Plus de renseignements en ligne ici.

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Session « La crise de la théologie morale » animée par Aline Lizotte – 14 au 18 janvier 2019 à l’Abbaye de Solesmes (72)

 

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Flyer session « crise de la théologie morale »

 

Programme de la session :


Enseignement historique de la crise

Développement de la problématique
Le début de la crise au XIVe siècle
La fracture de la théologie morale de l’Occident
La période moderne autour d’Humanæ Vitæ
La période contemporaine
Veritatis Splendor

Enseignement théologique

Le volontarisme, obstacle à la maturité humaine et spirituelle
La prédestination
La grâce et la liberté
La prudence humaine et surnaturelle dans l’obéissance à la loi

Enseignement spirituel

Esprit Saint et vie consacrée
Esprit Saint et liberté de la conscience
Esprit Saint comme lumière du gouvernement
Esprit Saint comme force de communion

Inscriptions

Tribunes et entretiens

Peut-on accuser l’Eglise américaine de “légèreté” dans sa gestion de la crise des agressions sexuelles ?

D’Aline Lizotte sur le site “Smart Reading Press” :

DEUX TYPES DE PRÊTRES : HÉTÉROSEXUELS ET HOMOSEXUELS ?

Confrontée aux scandales d’agressions sexuelles sur mineurs, la Conférence épiscopale américaine est engagée dans la mise en place d’un dispositif de gestion de crise, sous le contrôle du Vatican. Une gestion qui ne peut porter des fruits que moyennant une juste détermination des comportements en cause.

Mercredi dernier, le 14 novembre, le journal La Croix publiait un article étonnant pour rendre compte de la lettre du préfet de la Congrégation des évêques, le cardinal Marc Ouellet, demandant à la Conférence épiscopale américaine de ne pas voter sur la proposition d’un « Code de conduite » qui s’adresserait aux évêques et édicterait des règles de comportement quant à la gestion des agressions sexuelles sur mineur possiblement commises par certains prêtres à l’égard desquels s’exerce leur juridiction. Le correspondant romain du journal expliquait l’intervention du Vatican comme une tentative de la part du Siège apostolique de maîtriser une opposition montante de l’épiscopat américain contre le pape François, qui voudrait des sanctions plus dures pour contrer « la légèreté » (sic) avec laquelle certains épiscopats – dont celui des États-Unis – ont traité la question de l’abus sexuel jusqu’ici. La nomination de Mgr Charles Scicluna comme secrétaire adjoint de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (CDF) est un signe de la volonté du pape à ce sujet, ajoute le journaliste. Il serait l’incarnation de la « tolérance zéro ».

Accuser l’Église américaine de « légèreté » dans sa façon de gérer la crise des agressions sexuelles est pour le moins étonnant. C’est oublier qu’au moment de la crise des années 2002-2005, la Conférence épiscopale américaine (United States Conference of Catholic Bishops, USCCB) créa en juin 2002 la Charte pour la protection des enfants et des jeunes (Charter for the protection of children and young people) et, en application, elle érigea deux corps juridiques : l’Office pour la protection de l’enfant et des jeunes (OCYP) et le National Review Board (NRB), un groupe d’éminents laïcs. Ces deux organismes donnèrent à l’Église américaine les moyens d’agir. C’est ainsi que fut mandatée une importante commission d’enquête conduite par des professionnels, le John Jay College, sur la question des abus sexuels commis entre 1950 et 2010, et dont les deux rapports ont été publiés : The Causes and Context of Sexual Abuse of Minors by Catholics Priests in the United States 1950-2010 et The nature and Scope of the problem of Sexual Abuse of Minors by Catholic-Priests in the United States 1950-2010. On ignore aussi que le mot-clé « tolérance zéro » n’a pas été créé par Mgr Scicluna, mais par l’épiscopat américain, et qu’à l’époque il a suscité de la méfiance au Vatican.

Si Mgr Scicluna est renommé comme secrétaire adjoint de la CDF, il revient au poste que lui avait assigné Benoît XVI quand il voulut, de façon claire, retirer les causes des agressions sexuelles commises par le clergé au tribunal romain de La Rote et les intégrer à la CDF. C’est le pape François qui a éloigné Mgr Scicluna de ce poste en le nommant archevêque de Malte. Enfin, c’est encore ignorer que les évêques américains envoient chaque année à l’USCCB un rapport sur les agressions sexuelles dénoncées et sur celles qui font l’objet d’une enquête sérieuse, et que ce rapport global a publiées. Il montre que les mesures prises par l’épiscopat américain ont ramené les véritable cas d’agressions sexuelles à quelques prêtres chaque année, et que l’on est loin des 4 % de prêtres et de religieux recensés par le rapport du John Jay College pour les années 1950-2010.


Un « Code de conduite », même voté à l’unanimité, n’oblige aucun évêque à l’accepter dans son diocèse.


Il semble, selon les bruits de couloir au Vatican – ce qui rend l’information suspecte mais non invraisemblable – que la demande transmise par le cardinal Ouellet porte sur des questions juridiques. Les règles émises par la Conférence de l’USCCB pourraient enfreindre le pouvoir de juridiction dont chaque évêque titulaire jouit selon un droit qui lui est propre. En effet, un « Code de conduite », même voté à l’unanimité – ce qui n’est pas le cas –, n’oblige aucun évêque à l’accepter dans son diocèse. La conférence épiscopale n’est pas, canoniquement et théologiquement, une autorité supérieure à celle de l’évêque. Les canonistes du Vatican veulent donc avoir le temps d’y mettre leur nez pour que ce document soit acceptable, et par conséquent utile.

1. Où se situe le problème ?

On se le demande vraiment ! Les États-Unis, à l’heure actuelle, sont aux prises avec l’enquête de Pennsylvanie qui n’apporte strictement rien de plus, mais en beaucoup moins bien que ce qu’avaient révélé les enquêtes du John Jay Collège. Ces enquêtes avaient pris en compte le contexte social de l’époque, où dans toutes les communautés religieuses, sportives et sociales, on trouvait des agressions sexuelles sur mineur à des pourcentages souvent plus élevés que ceux de l’Église catholique. Cette enquête de l’État de Pennsylvanie, faite à l’instigation du procureur général, avocat du mouvement LGBT, Josh Shapiro, par un Grand Jury qui est loin d’avoir la compétence du John Jay College, dévoile des faits connus et passés : le pic des abus sexuels sur mineur dans les années 1970-1980. C’est la même sorte de révélation que donne l’enquête demandée par la Conférence épiscopale allemande. La seule nouveauté dans ces enquêtes est que l’on ne cible que l’Église catholique, et souvent d’une façon qui manque d’objectivité. En ce sens, la décision de la Conférence épiscopale des évêques de France est bien inspirée de vouloir mener sa propre enquête et de la confier à une expertise qui, n’étant pas directement la sienne, assurera le caractère objectif du travail. Mais trouvera-t-elle autre chose que ce qu’ont révélé les enquêtes allemande et américaine. Elle espère y trouver beaucoup mieux ! « Nous n’avons rien à nous reprocher », disait l’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier, président de la Conférence épiscopale. Les enquêtes révèlent souvent ce que l’on ne voudrait pas voir !…

Cependant, les États-Unis sont également pris dans un autre problème : le cas de l’ex-cardinal Théodore McCarrick, ancien archevêque de Washington. Le problème que soulève son cas, qui surgit à la face de l’épiscopat américain et qui le terrifie parce qu’il risque d’être le premier – et non le seul – à devoir en rendre compte, est que la plaie qu’est l’abus sexuel sur mineur relève de moins en moins de la seule pédophilie. Alors que, par rapport aux années 1970-1980, les délits objectivement dépendants de la pédophilie diminuent, les abus sexuels sur les mineurs et sur les jeunes persistent et même augmentent proportionnellement. Ils persisteraient surtout dans les séminaires, et même dans toute l’Église catholique. C’est là le problème ! C’est celui de l’homosexualité. Même si certains évêques américains se battent à corps perdu pour essayer de dissocier toute forme d’abus sexuel sur mineur de l’homosexualité, même s’ils cherchent à donner de l’abus sexuel une autre définition que celle d’un acte génital sur un enfant pré-pubère, et à le considérer comme un abus de pouvoir d’un détenteur de l’autorité sur une personne faible (cléricalisme), les enquêtes statistiques démentent leurs efforts. Une enquête parmi d’autres vient d’être publiée. Elle émane du Ruth institute. Elle fut conduite par le Docteur Paul Sullins, sociologue, professeur émérite de la Catholic University of America, et présentée en septembre 2018 au Center for Law, Life, Faith de l’Ave Maria School of Law (Naples, Florida). Elle contient des recherches intéressantes.

2. Pédophilie ou homosexualité ?

Quelles sont les grandes lignes de l’enquête ? La première étude statistique montre que, depuis 1950, il y a dans les associations catholiques en général une augmentation des sous-cultures (cliques ou lobbies gay) d’homosexuels actifs. Antérieurement à 1950, la proportion des hommes engagés dans le sacerdoce ayant une orientation homosexuelle ne dépassait pas 16 % (ce qui est huit fois plus élevé que le pourcentage dans la population). Si le niveau de cette population était demeuré stable, l’agression sexuelle sur mineur aurait été 85 % plus basse. Les révélations actuelles, que ce soit celles du Grand Jury de Pennsylvanie, du Los Angeles Times, de l’Australie, du Chili, du Rapport Murphy en Irlande et même du John Jay College, montreraient que si, entre 1970 et 1990, le nombre d’agressions sexuelles a atteint les sommets que donnent toutes les statistiques, cette augmentation exponentielle serait due à une augmentation proportionnelle de la population homosexuelle. Car si cette population était demeurée stable, l’agression sexuelle n’aurait pas connu cette impressionnante augmentation. Qu’est-ce qui permet d’affirmer cela ?


La grande partie des enquêtes explorant les cas d’agressions sexuelles portent sur des plaintes pour des actes qui appartiennent au passé.


La grande partie des enquêtes explorant les cas d’agressions sexuelles portent sur des plaintes pour des actes qui appartiennent au passé. Souvent, entre la « révélation » de l’abus présumé et son « analyse », il y a en moyenne plus de vingt-cinq ans d’écart. Une analyse statistique montre que le pourcentage des plaintes d’actes passés contrairement aux plaintes d’actes vécus dans le réel est différente. Les plaintes pour des actes abusifs passés atteignent un record de 20 % des plaintes pour les années 1970-1980. Elles commencent à décliner après cette période, et ne sont plus aujourd’hui que de 1 %. Ce qui ne signifie pas une baisse aussi forte des cas réels. Car, depuis 2005, les plaintes pour agressions sexuelles sur mineur augmentent, atteignant en 2018 une augmentation de 5 % des plaintes pour agressions sexuelles.

Autrement dit, quelles sont les vraies conclusions que l’on peut tirer des plaintes d’il y a 25 ou 30 ans ? Porter plainte pour un acte que l’on a subi il y a vingt-cinq ou trente ans a-t-il la même valeur qu’une plainte immédiatement déposée, dont la blessure est encore vive ? On ne peut pas dire que les cas d’agressions sexuelles diminuent réellement alors que, proportionnellement, le nombre de plaintes pour des actes réels augmentent. La seule chose que l’on peut dire, c’est que les plaintes pour une agression sexuelle subie 25 ou 30 ans auparavant sont en voie d’extinction. Il est vrai que les abus sexuels, qu’ils soient des souvenirs ou des réalités, ont diminué de près de 74 % par rapport aux années noires des années 1970. Cela ne doit pas masquer le fait que, depuis 2005, il y a une augmentation de ces cas réels de plus de 5 %. Pourquoi cette augmentation réelle ? Elle n’est pas due à une augmentation de l’hétérosexualité, qui est le fondement des rapports proportionnels. Est-elle due à une augmentation de la pédophilie ? Non, pour les raisons suivantes.

Il y a une nette augmentation des victimes de sexe masculin par rapport à celles de sexe féminin. Cette constatation statistique est faite par toutes les enquêtes. Selon le John Jay College Report, par exemple, le nombre de victimes mâles est de 67,8 % pour l’unique victime d’un seul agresseur ; il atteint 93,3 % pour un agresseur qui s’attaque à plus de vingt personnes. Si l’augmentation des agressions sexuelles sur mineur était proportionnelle à l’augmentation de la population pédophile, les pourcentages entre les victimes de sexe masculin et ceux de sexe féminin seraient à peu près équivalents. Car l’une des caractéristiques de la pulsion pédophile est sa neutralité quant au sexe. Le pédophile est attiré par l’enfant, non par son sexe.


Aujourd’hui, on ne considère plus la relation entre un adulte et un jeune garçon pubère comme une agression sexuelle.


Il y a encore, fait nouveau, une complaisance de plus en plus grande pour la sexualité homophile. Aujourd’hui, on ne considère plus, tant du côté de la « victime » que du côté du « prédateur », la relation entre un adulte et un jeune garçon pubère comme une agression sexuelle. Il n’y a ni victime, ni prédateur. Il y a deux formes de sexualité. La sexualité homophile s’assimile à un acte « paternel », une amitié, une tendresse. On accuse McCarrik de pédophilie parce qu’il aurait exercé une domination autoritaire sur les séminaristes, domination sans tendresse et sans réciprocité. Il ne serait pas un homosexuel, il serait un pédophile ! Et pourtant, les séminaristes qu’il entraînait dans sa couche l’appelaient bien gentiment « l’oncle Théo » !

Si, par contre, on constate une diminution des sous-cultures homophiles dans les séminaires depuis 1995 et une diminution importante du nombre de prêtres homosexuels dans l’Église catholique des USA – et dans d’autres pays – on arrive à quelque chose d’inusité : une égalité homosexuelle proportionnelle entre les prêtres nouvellement ordonnés et les prêtres anciennement ordonnés : le  pourcentage des nouveaux prêtres homosexuels serait égal à celui des anciens, alors qu’autrefois, les nouveaux prêtres homosexuels dépassaient très largement le nombre des anciens. La complaisance envers l’homosexualité, la parité entre les clercs de vieille tendance et les nouveaux ordonnés créent un climat de sous-culture qui rompt les limites du séminaire. Il y aurait deux types de prêtres, deux formes de tolérance et une quasi-« légalité » entre le courant homosexuel et le courant hétérosexuel. On peut être un bon prêtre et être homosexuel, comme on peut être un bon prêtre et être hétérosexuel. Ce qui est vrai si ces deux types de prêtres vivent l’un et l’autre dans la chasteté de leur célibat ! Ce qui est faux si l’un et l’autre ne vivent pas dans la chasteté. Cependant, l’expérience enseigne que, pour l’orientation homosexuelle, la chasteté parfaite demeure plus difficile que pour l’orientation hétérosexuelle. Contrairement à ce que l’on enseignait, ce n’est pas égal. Pour l’un, c’est souvent une abstinence mutilante, pour l’autre c’est un renoncement fructifiant . Cette parité entre les deux sous-cultures sacerdotales, l’une hétérosexuelle et l’autre homosexuelle, ne peut qu’augmenter le nombre des agressions sexuelles sur mineur du même sexe, alors que le nombre des agressions hétérosexuelles sur mineur demeure à peu près stable. Pour les années 1990 à 2002, 73 % des victimes sont de sexe masculin, dont 55 % sont âgées de 15 à 17 ans, et 30 % de sexe féminin et du même âge. On constate cependant une augmentation des victimes de sexe féminin. Ce n’est pas un indice du développement de la pédophilie, mais un signe que le célibat sacerdotal est de plus en plus mal vécu faute de l’équilibre humain de celui qui y est appelé !

3. Pour conclure


On met l’accent sur les souffrances des victimes, ce qui est juste ; mais ces victimes ne sont pas que des victimes de pédophiles.


Les analyses statistiques ne sont jamais suffisantes pour tirer des conclusions. Elles nous aident cependant à les penser. Le courant qui consiste aujourd’hui à balayer hors de l’agression sexuelle l’homosexualité ou même l’hétérosexualité, pour ne concentrer son regard que sur la pédophilie, est absurde et ignorant. La pédophilie est une des paraphilies dangereuses ; elle n’est pas la seule. On met l’accent sur les souffrances des victimes, ce qui est juste ; mais ces victimes ne sont pas que des victimes de pédophiles. Elles sont la plupart du temps les victimes d’homosexuels ou d’hétérosexuels. Vouloir faire l’économie des différences est contre-positif. Cela entraîne une profonde erreur scientifique, qui ne profitera à personne. Car l’acte désordonné homosexuel ou hétérosexuel est l’expression de motivations et de pulsions inconscientes ou refoulées qui ne sont pas les mêmes que celles du pédophile, ni d’ailleurs de celles du violeur ou du sadomasochiste. Les mesures à prendre pour s’en prévenir ne sont pas les mêmes, ni les remèdes à apporter dans les soins à donner aux victimes.

L’enquête sur les faits passés apportera un soulagement psychologique et sociologique important. Mais elle pourra être aussi improductive que toutes les autres enquêtes que l’on fait un peu partout et qui ne conduisent qu’à soulever l’horreur, faute de savoir analyser consciencieusement le problème. On ne fait pas une enquête sur la pédophilie ! On fait une enquête sur toutes les formes d’agressions sur mineur, et on fait la différence entre un enfant, un jeune éphèbe, un adolescent et un adulte. On fait aussi la différence entre les agresseurs chez ceux qui avouent ou sont conscients de tendances homophiles et ceux qui se définissent bravement comme hétérosexuels. Moyennant quoi, on pourra peut-être en tirer des leçons bénéfiques !

Aline Lizotte

Via Belgicatho

Tribunes et entretiens

L’abbé David Gréa pris au piège de son style « new look » – Une analyse dépassionnée et décoiffante d’Aline Lizotte

Puisque l’abbé David Gréa fait à nouveau parler de lui en prêtre, père et époux heureux, il n’est peut-être pas inutile de redonner cette tribune qui avait eu l’an dernier un grand succès.

 

Pourquoi la décision du Père Gréa, de vouloir se marier,  a-t-elle suscité un tel emballement médiatique ?

UN PRÊTRE EMBLÉMATIQUE ET QUI SORT DE L’ORDINAIRE

David Gréa est un prêtre qui sort de l’ordinaire. « David Gréa, l’un des curés les plus emblématiques de Lyon, est notamment connu dans toute la France pour avoir mis en place des messes new look avec le groupe de pop louange Glorious » écrit Le Progrès du 19 février. Mais est-ce vraiment nouveau ? Des messes pop, il y en a eu partout en France dans les années 1970, les années qui suivirent le Concile. Chaque paroisse, ou presque, avait son orchestre pop, et l’on y célébrait des « messes pour jeunes » auxquelles assistaient beaucoup d’aînés. Ce nouveau style inspiré des mouvements évangéliques et pentecôtistes venus des USA devint l’instrument rêvé pour permettre aux adolescents de continuer à venir à l’Église, c’est-à-dire à la messe. C’était attractif, mais était-ce vraiment nouveau ?

Le courant Revival, qui inspirera à partir du milieu du XXe siècle les mouvements évangéliques et pentecôtistes, débuta très tôt au XVIIIe siècle. Son premier inspirateur fut John Wesley, le fondateur de la communauté méthodiste. Anglais d’origine, en lutte contre l’Establishment de la High Church anglicane, ne pouvant pas supporter la doctrine de la prédestination calviniste, ni la doctrine de Calvin sur la Cène, Wesley commença à réunir des « disciples » qui écoutaient son enseignement, priaient, chantaient ensemble dans les lieux publics, parce que comme pasteur dissident, les lieux de culte lui étaient interdits. En 1736, il partit pour l’Amérique, qui n’était plus le « paradis originel » que se représentait John Locke. Elle était devenue une terre de mission à laquelle il fallait enseigner la « vraie foi ». Wesley lui apporta ce qui allait devenir le fondement des Évangélistes, le Revival. La mission fut cependant un échec personnel pour John Wesley. Il rentra en Angleterre, où il continua son œuvre de renouveau. Le 24 mai 1778, Wesley fut spirituellement visité par ce que l’on appelle la « conversion ». Elle transforma sa vie et, devenu sûr de sa mission, Wesley se lança dans le ministère du Revival.

LES CARACTÉRISTIQUES DU REVIVAL ET SON EXPANSION

Le Revival est une reviviscence de l’étude – fondamentaliste – de la Parole. Il s’appuie sur une totale confiance en Dieu, sur la recherche des signes et des faits qui doivent manifester cette présence proximale du divin. L’on s’appuie sur ce passage du Deutéronome : « Yahvé nous fit sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par une grande terreur, des signes et des prodiges » (Dt 26, 8). Ces signes et ces prodiges, certains les cherchent dans l’effusion de l’Esprit (glossolalie, guérison, baptême dans l’Esprit chez les pentecôtistes), d’autres dans l’annonce de la Parole à tous les carrefours et à toutes les portes, en vue de la conversion (dans le courant évangélique). La conversion est, pour tous, le but ultime ; c’est le retour à la « vraie foi ». C’est une illumination intérieure souvent subite, qui apporte la certitude que tous les péchés sont pardonnés et que la personne est sauvée. C’est la fin des angoisses, des peurs et des terreurs de Dieu. La « conscience » est établie dans la paix. Wesley – grand admirateur de Hume, dont l’empirisme repose sur la formule « esse est percipi aut percipere » (l’être, c’est ce qui est perçu ou ce qu’on peut percevoir) – enseignait que la foi est « la sensation spirituelle de l’âme née de Dieu » ; elle est « l’œil de l’âme renaissante », l’ouïe ou le toucher. Elle ne repose que sur « l’amour de Dieu qui pardonne ». C’est une émotion spirituelle importante. Elle change la vie !

Vers les années 1970, ce Revival cessa de n’être qu’une doctrine que l’on enseignait, qu’une émotion spirituelle à laquelle on tendait. Les assemblées évangéliques et pentecôtistes s’associèrent avec la musique contemporaine, la pop music. L’association des rock bands avec les courants du Revival est venue avec le courant Jesus Movement et a pris le nom de Jesus Music. Elle émanait de la conversion d’un certain nombre de hippies, qui formèrent, d’abord en Californie, des groupes communautaires en vue de la restauration d’une vie chrétienne à l’image de la vie des premiers chrétiens telle qu’ils l’imaginent à partir des Actes des Apôtres. On y associa la musique rock, et on créa des orchestres : Resurrection Band, Jesus Revolution, Jesus People, Glorious. On voulait rejoindre la sensibilité des plus jeunes, surtout des adolescents. Or la prédication d’une telle foi – Jésus sauve, Jésus guérit –, associée à l’intensité de l’émotion que procure la musique, créait facilement un état paroxystique propre à l’émotion religieuse. Ce fut un délire, mais un délire qui passa vite. Au début du XXIe siècle, le mouvement était presque éteint…

Ce mouvement qui enflamma les USA vers les années 1970-1980 ne pouvait pas ne pas frapper l’Europe, et autant l’Église catholique que les différentes communautés protestantes. Lorsque le cardinal Lustiger organisa une semaine d’évangélisation à Paris à la Toussaint 2004, Henri Tincq – rédacteur des pages religieuses du Monde – écrivit que le mode « d’annonce directe de la foi » mis en œuvre par l’archevêque était « calqué sur les modèles pentecôtistes et évangéliques ». Quelques semaines plus tard, on retrouvera quelque chose de semblable à Lyon où, à l’initiative du cardinal Barbarin, on distribua 500 000 exemplaires du Nouveau Testament avec en couverture Notre-Dame de Fourvière. Le même journal Le Monde décrivait ainsi l’événement : « Les catholiques lyonnais veulent se réapproprier la fête de la lumière1 ». Cela rappelait à l’historien la tradition prosélyte biblique des protestants.

Que fallait-il penser de ce phénomène ? Pour certains, comme la sociologue Danièle Hervieu-Léger qui, avec François Champoux, publia un livre sur l’émotion en religion2, le phénomène s’inscrit dans un double mouvement : d’une part nous assistons à la fin d’une religion d’observance, et d’autre part à la naissance, selon des nouvelles formes de sociabilité, des forces dynamiques d’une religion de « conversion ». À l’institution se substitue l’association, à la pratique qui s’éteint l’intensité d’une nouvelle foi.

C’est à ce monde qu’appartient David Gréa. Mais, à quel monde ? Celui des communautés évangéliques et pentecôtistes qui prospèrent à tour de bras, non seulement en France, mais dans le monde entier ?3 Ou celui de l’Église catholique ? Qu’est-il resté dans notre Église de l’engouement pour ce modèle évangélique et pentecôtiste ? Les messes pop ont diminué. Beaucoup de communautés nouvelles ont disparu. Celles qui demeurent se restructurent  de façon plus classique.  À quel monde appartient donc David Gréa ?

UNE NOUVELLE INTENSITÉ DE LA FOI ?

Ce phénomène a-t-il été, dans l’Église catholique, aussi prometteur d’un renouvellement intensif de la foi tel qu’il semblait devoir surgir par l’emploi maladroit des formules évangéliques et pentecôtistes ? Pour le savoir, il faut voir quels en sont les piliers.

Ce phénomène repose sur quatre fondements :

  • La prédication ou l’annonce de la Parole en vue de susciter la foi, c’est-à-dire une confiance en Dieu TOUT-PUISSANT, qui peut tout et qui nous aime. Elle est faite d’un ensemble de paroles tirées de l’Écriture, que le prêcheur répétera tout au long de son prêche. Elle n’est pas un enseignement de la foi. Elle crée une proximité de Jésus, comme celle du témoin de Dieu, de l’ami, presque du copain. Elle est nécessairement publique, étant un élément important, voire nécessaire, pour créer un effet de groupe, une coalescence émotive.
  • La louange est la réponse du groupe à l’action bienfaisante de Dieu. Elle est l’autre élément créateur de l’émotion. Les inspirations de la Jesus music viennent de cette intuition. Quand on a écouté le petit groupe de l’école d’Oslo (Norvège) chanter avec force et fort bien Jesus Revolution, on comprend que des thèmes religieux associés à une musique envoûtante créent un état émotif imprégnant. Que l’on s’appelle Glorious, Jesus People ou encore Ressurection Band, le procédé est le même.
  • Le but recherché est d’arriver à une conversion en vue d’un engagement. C’est ici que le catholique se fait prendre au piège. Car la conversion, pour n’importe quelle forme de protestantisme, n’est pas ce que le catholique en comprend. Pour le chrétien de foi protestante, la conversion est l’illumination de la certitude du salut.
  • L’engagement consiste à devenir, à son tour, prêcheur de la foi. Écoutez attentivement, dans le dernier album de Glorious1000 Échos : « Plus jamais le même ». Vous comprendrez ce qu’est la conversion ! Le catholique, lui, reçoit de son baptême la certitude de la Foi : il est appelé par la grâce qui le guérit, le transforme et l’habite à vivre de l’intimité trinitaire de Dieu. « Mort au péché », il doit grandir en vérité et en charité tout au long de sa vie, non pour « mériter » son salut, mais pour en vivre dans l’espérance et progresser dans l’amour de Dieu et du prochain.

Cette distinction fondamentale entre la foi catholique et la foi protestante, l’a-t-on suffisamment pesée et étudiée quand on a voulu, vers les années 1970, adopter les méthodes évangéliques ou pentecôtistes pour animer les assemblées de jeunes ? Certes, on a reconnu l’importance de l’émotion religieuse, et on a pensé, d’une façon peut-être un peu trop courte, qu’elle pouvait être la clé universelle pour amener à l’Église les jeunes et les moins jeunes. Et l’on s’est retrouvé devant un certain échec. Une à une, les Jesus bands se sont dispersées, les « messes pour jeunes » célébrées avec l’accompagnement des cors, des trompettes, des guitares et des pianos électroniques se sont raréfiées. Les Jesus bands sont sorties des églises pour intégrer les salles de concert, où elles se trouvent à leur place… sauf dans la paroisse de Lyon centre, à Sainte-Blandine.

L’association David Gréa-Glorious a rempli l’église Sainte-Blandine. Deux événements ont favorisé cette association. D’une part, le fait que Glorious est devenu un groupe nettement professionnel, et qu’il demeure un des rares groupes professionnels du genre dans le vaste champ du Jesus-Movement ou du Jesus-Music. D’autre part, le fait que David Gréa s’est vite révélé, comme jeune prêtre, un animateur propre à séduire un public de jeunes adolescents. Il est de la génération pour laquelle les groupes religieux de ce genre sont en pleine effervescence. C’est l’époque des grandes crises de l’après-Concile. L’avenir était alors à l’espérance d’un renouveau sans précédent dans l’Église, et le passé tridentin était quasiment l’ennemi à abattre. Tout était remis en question, y compris la liturgie. On cherchait des formules neuves. Cette formule « neuve » pour le temps, Gréa l’a conservée dans sa mémoire. Il n’en a pas vu l’érosion, ni les limites. À force de miser sur la force de l’émotion religieuse, on la sature. Saturée, elle passe et laisse le goût désagréable d’une illusion crevée. Je me souviens d’un couple en difficulté conjugale longuement accompagné. Presque rien ne parvenait à réanimer une foi morte. Lui n’était sensible qu’à la spiritualité bouddhiste ; elle avait une vague foi encore chrétienne. Le mari me racontait son adolescence. Il allait à la messe chaque dimanche, puisqu’il faisait partie du groupe pop. Il était à la batterie, et n’était qu’à la batterie. Et il me disait que la seule chose qui l’intéressait était la musique pop dont il était l’un des animateurs. Les frissons des émotions ne sont pas la foi. Les clameurs ne sont pas toujours de véritables « Sanctus » !

DE L’ÉMOTION AU VEDETTARIAT

Il y a un autre piège que l’on n’avait pas vu venir. La messe n’est pas un spectacle, et l’homélie n’est pas une performance rhétorique. Quand le spectacle et la rhétorique s’unissent, on sort de la sphère du sacré pour entrer dans celle de la scène. Le « curé », s’il a les dons que l’empathie donne à l’orateur, sent son public ; il sait vite ce qui le fera vibrer, ce qui le fera rire ou pleurer, ce qui l’emportera ou le fera décrocher. Ces dons, à ne regarder que ses conférences, David Gréa les possédait. Mais il les possédait pour quoi ? Il les possédait pour qui ? Le style nouveau dont on le gratifie est devenu le piège dans lequel, sans le vouloir, il a été enfermé. La messe pop a fait sa célébrité. L’émotion religieuse a fait son succès. On en parlait de Lyon à Bordeaux, de Marseille à Brest ! Les fidèles qui fréquentaient l’église Sainte-Blandine sont devenus « son » public. Il en respirait l’odeur ; il en savourait l’émotion. En est-il inconsciemment devenu le « maître », au lieu d’en être le serviteur, le « serviteur inutile » ? Le Père Henri-Dominique Lacordaire (1802-1861), le grand prédicateur du XIXe siècle, disait un jour : « Quand je donne mes conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, il y a tant de monde que les gens montent sur les confessionnaux pour m’entendre. Mais à Ars, il y a un petit curé qui dit peu de choses, mais qui fait entrer les gens dedans4. »

David Gréa est-il le seul responsable ? N’a-t-on pas manqué de vigilance pastorale envers lui ? N’était-on pas trop heureux d’une église pleine, qui ne pouvait plus contenir tous ses priants ? Quel succès !

« UNE FEMME AVEC QUI DIEU M’APPELLE À VIVRE »

Là, plus rien ne va ! Le prêtre a perdu la tête ! Ou plutôt, il a perdu sa théologie ! Dieu n’est pas une girouette ! Saint Jean-Paul II disait que si Dieu donne sa grâce pour répondre à son appel d’un sacerdoce marqué par la chasteté parfaite, ce n’est pas pour s’entendre dire « non » quelques dix ans plus tard.

Ou l’abbé Gréa a eu la grâce divine pour répondre en toute liberté à l’appel de la vocation sacerdotale, avec les exigences qu’elle comporte de maturité affective, de liberté de choix, de combat spirituel, de renoncements et de joies, de célibat sacerdotal, de dévouement pastoral – exigences que Paul VI, dans son encyclique Sacerdotalis Celibatus, décrit clairement –, et c’est alors en toute liberté qu’il a répondu Adsum (me voici) à l’appel de l’évêque. Ou il croit qu’il n’a pas eu cette grâce, et c’est contre sa vraie liberté qu’il a été oint de l’onction sacerdotale et qu’il a reçu l’imposition des mains. Les deux cas sont possibles. Mais le second se traite en vérité avec l’évêque, qui reconnaîtra que l’ordinand n’avait pas « la vocation », et que poussé par des conditions extérieures, il a accepté de recevoir un sacrement qu’il n’a pas choisi et qu’il ne désirait pas librement.

Manifestement, ce n’est pas le cas de David Gréa. Dans sa lettre aux paroissiens de Sainte-Blandine, il reconnaît qu’il a été heureux dans ce ministère sacerdotal. Il était donc libre de l’accepter, et s’il l’a accepté, il en a reçu et l’appel et la grâce. Qu’une femme vienne troubler ses émotions, que son contact lui procure une joie insoupçonnée, c’est fort possible. Ce n’est pas la première fois que cela arrive à un prêtre… Mais le prêtre accepte le combat spirituel ou le refuse. Ce jugement de conscience qu’il doit poser au for interne, il en est, devant Dieu, le seul responsable. Dieu seul peut juger les cœurs et les reins.

David Gréa ne fait pas cela. Il ne dit pas cela. Il ne prend pas ses responsabilités. Il veut nous faire croire que Dieu est responsable. C’est Lui, Lui d’abord, Lui seulement qui l’appellerait à quitter le sacerdoce pour rejoindre une femme. Ce faisant, Dieu serait l’Infidèle. Après avoir appelé, il répudierait ! Il consentirait à s’entendre dire « non », à devenir l’Époux trompé, bafoué. Dieu appellerait-il David Gréa à un ministère supplémentaire, qui viendrait enrichir son sacerdoce ? L’Église ne sera jamais prête à marier ses prêtres, même si elle pourrait concéder l’ordination à des hommes mariés. Ce qui, malgré les pressions sociologiques, est loin d’être fait.

Ainsi, au for interne comme au fort externe, c’est-à-dire à l’intime de sa conscience et au regard des hommes, David Gréa se justifie de quitter le sacerdoce pour embrasser un autre état de vie auquel il avait renoncé, et cela pour obéir à Dieu. Le seul motif qu’il évoque pour rendre compte de ce changement inouï, c’est qu’il éprouve une joie insoupçonnée dans la construction de cette nouvelle relation. Voilà l’émotion paroxystique dans toute sa splendeur ! L’émotion devient le signe de la volonté divine. Elle est la justification de la conscience. Elle donne la « paix » de Dieu. Elle couvre le scandale de la foi qui atteint tous ces jeunes qui ont vu en David Gréa leur prêtre et leur pasteur. N’ont-ils été pour lui qu’une occasion d’être heureux ? La femme rencontrée devient une occasion plus gratifiante d’être heureux ! Dieu ne veut-il pas que nous soyons heureux ?

À force de dire que l’émotion religieuse déloge une religion de l’observance pour la remplacer par une religion du cœur, à force de penser que cette religion du cœur se passe du don de la vérité divine, du service de Dieu dans la vocation à laquelle Il appelle, à force de transformer la prière liturgique en une « occasion d’être heureux ensemble », on tend un piège à la foi. Ce piège est celui dans lequel David Gréa s’est enfermé lui-même. Et, avec lui, nombre de chrétiens qui avaient 15 ans en 1970 et qui, aujourd’hui, ont perdu la boussole !

Aline Lizotte


1 – Suzanne Landrin et Xavier Ternisien, Le Monde, 10 décembre 2004. Cité par Sébastien Fath, Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France, Labor et Fides, 2005, pp. 321-322.

2 – De l’émotion en religion. Renouveaux et traditions, sous la direction de Françoise Champion et Danièle Hervieu-Léger, Bayard, 1990.

3 – Une récente étude sur l’extension du Pentecôtisme nous dit qu’il y a actuellement près de 600 millions de chrétiens pentecôtistes dans le monde et prédit qu’ils seront 800 millions dans vingt ans (cf. Allan Heation Anderson, To the Ends of the Earth, Oxford University Press, 2013.

4 – Cité dans Bernard Peyrous, Marie-Ange Pompignoli, Dieu est humour, t. 2, Éditions de l’Emmanuel, 2011, p. 91.

 

 Source

A la une #Tribunes et entretiens

Aline Lizotte – « Réécrire Humanae Vitae, un processus en cours »

En quoi consiste le projet de réécriture d’Humanæ Vitæ mis en œuvre, dont il est de plus en plus question cinquante ans après sa parution ? Simple adaptation du style du texte aux fidèles d’aujourd’hui ou mise en conformité de l’encyclique avec une moralité fondée sur la primauté de la conscience ? La récente conférence du P. Chiodi à la Grégorienne nous donne des éléments de réponse.

Le 14 décembre 2017, dans l’auditorium de l’Université pontificale de la Grégorienne, Don Maurizio Chiodi, un théologien moraliste de l’Université de Milan et nouveau membre de l’Académie pontificale pour la Vie, prononçait une conférence dans le cadre d’une suite d’interventions sur Humanæ Vitæ (28 juillet 1968), dont on souligne le 50e anniversaire de la parution. La conférence du Père Chiodi avait comme titre : « Réécrire Humanæ Vitæ à partir d’Amoris lætitia ». L’opinion développée par Don Chiodi est qu’en certaines circonstances, la contraception est nécessaire et doit même être obligatoirement pratiquée. Il conteste l’enseignement de Paul VI qui, dans Humanæ Vitæ, écrit : « En vérité, s’il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d’éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand, il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien, c’est-à-dire de prendre comme objet d’un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et, par conséquent, une chose indigne de la personne humaine, même avec l’intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux. C’est donc une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde1 ».

Pour appuyer sa thèse, le Père Chiodi a développé deux idées dans sa conférence. La première, tirée d’Amoris lætitia, dit ceci : l’objet moral n’est pas une norme rationnelle, il doit exprimer le sens que le sujet, dans les circonstances historiques du développement moral, doit donner au bien et au mal moral2. La deuxième, c’est la tâche de la théologie morale de proposer une théorie de la conscience morale qui soit celle du sujet moral fidèle à l’histoire du Salut et au développement de la grâce. Ce sujet moral doit pouvoir affronter des situations difficiles et assumer ses choix à la lumière de sa seule conscience, dans des circonstances que ne peut prévoir la norme morale3. Ainsi, lorsque la vie de la mère ou d’autres circonstances graves empêchent d’appliquer la norme morale, le sujet qui agit doit assumer le fait d’agir selon sa conscience, déterminant pour lui-même et par lui-même ce qu’il doit faire, même si cela est contre la norme. Selon cette théorie morale, l’avortement thérapeutique serait justifiable et, en ce qui concerne la contraception, des circonstances graves comme l’incapacité d’une nouvelle grossesse ou le danger d’une séparation conjugale des époux, pourrait justifier et même rendre obligatoire l’usage de contraceptifs. Car les techniques modernes font partie du développement historique de l’homme. En elles-mêmes neutres, elle sont des moyens qui peuvent être utiles à l’agir moral, dont le sens premier est le développement de la personne selon l’histoire du Salut. Ce qui entraîne à rejeter totalement qu’il y ait, selon l’enseignement de Veritatis splendor, dans le domaine de l’agir, des actes intrinsèquement mauvais qu’aucune circonstance ne justifie4.

OBJET MORAL ET NORME MORALE

Il faut remercier le Père Chiodi d’avoir bien mis en évidence – contra voluntatem suam – où se situe le corps du débat d’Amoris lætitia. Il se situe dans un combat d’arrière-garde, pourrait-on dire, sur l’objet moral et, plus exactement, sur l’objet moral intrinsèquement mauvais. Pour être plus exact, on devrait dire sur l’objet moral lui-même, sur sa définition et son obligation. Car une fois admis que l’objet moral d’un agir ne dépend que de la conscience singulière seule capable de donner un sens à son acte propre, c’est-à-dire au jugement où à la décision éthique, la notion d’intrinsecum malum tombe d’elle-même.

Pour différencier l’agir humain selon le bien et le mal, saint Thomas ne parle pas de norme morale mais d’objet moral

Même si les textes classiques de l’enseignement de l’Église comportent la notion de normes morales, ces mots ne réfèrent qu’approximativement ou analogiquement à ce que saint Thomas enseigne lorsqu’il écrit que ce que spécifie l’agir humain et le différencie selon le bien et le mal, c’est l’objet moral5. Saint Thomas ne parle pas de normes morales, mais d’objet moral. Le mot « norme », en effet, relève d’abord du « faire » et non de l’agir. La norme est ce qui guide l’artisan dans la fabrication de son œuvre. C’est un principe de mesure fondé, d’une façon plus ou moins proximale, sur la quantité. La norme détermine la proportion, l’harmonie, le savoir-faire de l’œuvre, que ce soit, un meuble, un bâtiment, une route, une robe, etc. Ce sont des règles générales que l’artisan connaît, dont il est habilité à faire usage, et à partir desquelles il sait comment « faire » ce qu’il veut « faire ».

Souvent, on emploie le mot « normes » pour désigner les principes de la loi naturelle. Là où nous parlons de « normes », saint Thomas parle de « lumière », c’est-à-dire qu’il désigne la puissance de la raison pratique de découvrir et de posséder, comme le fait l’intelligence dans une recherche spéculative du savoir, les premières connaissances – les premiers principes – qui la guideront dans la possession de la vérité pratique. Les premiers principes de la délibération morale sont les principes de la loi naturelle, lesquels ne sont pas des « normes » qui souffriraient d’exception selon des circonstances difficiles ou obscures. Ce sont les premières vérités très communes, auxiliaires de la raison, qui cherchent comment diriger un agir humain. En faire des « normes », c’est leur conférer un statut de règles extérieures (a priori) à la délibération de l’intelligence, alors que ces vérités sont les points de départ, immuables et certains, de toute enquête sur le « comment agir ». Les ignorer ou leur trouver des exceptions revient à leur enlever toute lumière ; c’est comme si l’on disait qu’il est possible de récuser le principe de contradiction (une énonciation pourrait à la fois, affirmer et nier quelque chose en même temps et au même point de vue). Si le principe de contradiction ne s’applique pas toujours, l’intelligence n’a plus aucune lumière pour penser quoi que ce soit ! Ainsi, si elle perd la valeur des premiers principes de l’agir (par exemple, si être homicide pouvait quelquefois être un bien), alors l’intelligence ne peut plus être une lumière pour guider l’agir humain comme bien ou comme mal.

La raison doit d’abord posséder la connaissance des éléments de l’agir juste, chaste et véridique qui, s’ils sont absents, rendront l’acte irrémédiablement mauvais

Dans une vision thomiste, l’objet moral ne tient donc pas le rôle d’une norme morale rationnelle. L’objet moral est la connaissance que le jugement pratique – la conscience – atteint quand, au cours de sa délibération, ce jugement cherche comment l’acte doit être ordonné vis-à-vis des grandes finalités humaines : le bonheur, qui ne peut être atteint sans les vertus. L’objet moral est donc formé par la raison, qui cherche à savoir, par exemple, comment agir concrètement pour être juste ou pour être chaste dans la vie conjugale, ou pour respecter la vérité, etc. Dans cette délibération, la raison doit d’abord posséder la connaissance des éléments de l’agir juste, chaste, véridique, etc., qui, s’ils sont absents ou à peine présents, rendront l’acte irrémédiablement mauvais. Ces éléments sont objectifs, dans le sens où ils appartiennent, de leur nature, à la vertu qui rend l’acte bon. Mais ils ne sont pas suffisants pour guider l’acte singulier, car la raison ne déduit pas l’acte de règles générales.

La raison cherche à voir le plus clairement possible si, dans les circonstances qui entourent l’acte, certaines d’entre elles ne se présentent pas comme des incitations à un agir qui serait formellement mauvais ou formellement bon, obligatoire ou nécessaire. C’est ici que la délibération devient délicate, car certaines circonstances semblent se présenter comme des impératifs d’agir dans un sens ou dans un autre, bon ou mauvais, sans créer pour autant l’obligation d’agir dans un sens plutôt que dans l’autre. Mais ces circonstances impressionnent fortement l’émotivité, ou même sollicitent la volonté, et elles contribuent souvent à brouiller le jugement de la conscience. Ainsi, pour sauver sa propre vie ou se protéger de la torture, signer un faux papier qui entraînerait la condamnation injuste d’un ennemi du gouvernement demeure un mensonge. Dans un état de peur ou de forte émotivité, l’imputation du mal peut-être fortement diminuée, mais pour autant un mensonge ne devient pas un acte qui dit le vrai. Objectivement, il demeure un acte mauvais (il ne faut jamais confondre l’imputabilité d’un acte, c’est-à-dire le degré de responsabilité morale d’un acte et l’objectivité de l’acte !).

LA CONTRACEPTION : UN MAL NÉCESSAIRE ?

Lorsque les époux veulent directement la séparation entre la fonction procréatrice et la fonction unitive de l’amour sponsal, ils posent objectivement un acte non chaste qui est un acte grave

Humanæ Vitæ enseigne que toute forme de contraception artificielle, parce qu’elle sépare la double signification de l’acte conjugal (sa fonction procréatrice et sa fonction unitive de l’amour sponsal) est objectivement et intrinsèquement un mal moral. Lorsque les époux veulent directement cette séparation, ils posent objectivement un acte non chaste qui est un acte grave, qui va contre la volonté de Dieu (cf. Gn 1, 28 ; 2,24). Lorsque cette séparation de la double fonction de l’acte conjugal est indirectement voulue parce qu’elle est la conséquence d’un acte légitime, par exemple, d’un médicament nécessaire à la santé de la femme, elle n’est pas objectivement mauvaise, car elle se rapporte indirectement à l’acte principal (le soin de la santé). La raison l’accepte comme une conséquence inévitable d’un acte auquel la volonté peut consentir : prendre un médicament nécessaire à la santé.

Au contraire, lorsque la personne se trouve devant dans des situations difficiles, par exemple devant un ou plusieurs problèmes qui peuvent assaillir le couple (santé de l’un des conjoints, famille trop nombreuse, menaces de rupture du couple, danger d’une grossesse), la conscience ne peut, objectivement, juger qu’un acte contraceptif, serait une solution acceptable pour consentir à des actes conjugaux rendus ainsi artificiellement inféconds. Objectivement, ces actes n’ont de leur nature aucun lien avec la solution des problèmes, les circonstances que l’on considère ne sont pas les circonstances qui sont liées à l’acte d’union sexuelle, elles appartiennent à d’autres actes. La santé de la mère, par exemple, ne dépend pas d’un acte sexuel, elle dépend d’une maladie qui l’affecte. Il peut être certain qu’une nouvelle grossesse mettrait la santé de la mère en danger, mais ce mal physique dépend du corps de la femme et non de l’acte sexuel fécond en lui-même. Si quelqu’un ne peut manger tel aliment sans risque d’intoxication, cela ne signifie pas que l’aliment en lui-même est mauvais, mais que l’organisme de cette personne ne peut le supporter. On ne doit pas essayer de changer l’aliment ; on doit guérir l’organisme si l’on peut. Si l’on ne peut pas, la personne doit consentir à ne pas manger cet aliment. Ainsi, les époux peuvent légitiment consentir à des actes d’union conjugale accomplis en période inféconde du cycle de la femme ; ils ne peuvent pas, de leur propre volonté, changer un acte fécond en un acte infécond. Les circonstances douloureuses qu’ils évoquent existent, mais elles n’ont pas un lien direct avec l’intégrité de l’acte conjugal, ni quant à sa fonction procréatrice, ni quant à leur amour.

 

La réalité a apporté un démenti aux théologiens voulant démontrer que les contraceptifs chimiques apporteraient un amour de don plus grand

Ce dernier point a fait l’objet de longues discussions dans les années 1960, au moment de la sortie de la pilule Pincus. Les nouvelles techniques chimiques permettaient, pensait-on, d’utiliser un moyen quasi infaillible de provoquer l’infécondité de l’union conjugale sans empêcher, et même en exhaussant la signification de l’amour conjugal jusqu’à favoriser le don de soi qu’il comporte. Malgré toutes les prouesses d’un grand nombre de théologiens pour essayer de démontrer que la « fin première du mariage » ne pouvait être, selon la formule classique, la procréation et l’éducation de l’enfant, mais l’amour de don entre les époux, et que, loin de le diminuer, les contraceptifs chimiques permettaient un plus grand épanouissement, un dialogue plus intense, un amour de don plus grand, la réalité est venue peu à peu contredire leurs théories. Elle a apporté un démenti à ces prouesses : la libéralisation sexuelle comme la voulait Margaret Sanger6, qui la liait aux recherches de Gregory Pincus, a-t-elle apporté plus de mariages heureux et stables ? Les divorces se sont multipliés et atteignent un taux alarmant, les avortements ont augmenté jusqu’à créer un péril démographique, les harcèlements sexuels sont devenus le quotidien, sans compter les maux plus cachés que l’on ne veut pas voir : les viols, les meurtres, la pédophilie, etc.

Seul un amour chaste peut permettre un véritable amour de don entre les conjoints. La chasteté, en effet, n’est pas une abstinence forcée, ni une privation de plaisir, ni quelques pratiques maladroites et pudibondes. Comme vertu, elle est une disposition à modérer les désirs du plaisir charnel. Modérer ne veut pas dire attiédir, mais gérer, ordonner, rendre disponible à un amour plus plénier, qui atteint toute la personne et non seulement sa satisfaction libidinale. Pour que cette plénitude soit atteinte, il faut que les finalités humaines de l’acte conjugal ne soient pas mutilées. Le plaisir ne peut être une finalité, déclare Aristote7, il accompagne l’acte et lui procure sa beauté et devient un signe non négligeable de sa perfection. Mais il n’est qu’un signe. Ce qui atteint sa perfection est l’accomplissement réel de ce dont il est porteur. Et selon sa nature, il est porteur du don de la vie et du don de l’intensité de l’amour des époux qui font d’eux une seule chair. S’unir conjugalement dans l’intention et l’acceptation consentie d’une mutilation qui touche directement l’acte d’union le rend difficilement accessible à sa perfection. Car il manque profondément du respect intégral de l’autre.

Si l’on ne prend que les contraceptifs chimiques qui ne s’adressent qu’aux femmes, on peut dire que la pilule Pincus fait de la femme une personne chimiquement soumise à l’homme. Elle lui enlève sa propre sexualité8 en faisant disparaître la variété de l’accueil de son corps féminin, et par conséquent la variété des sensations. Elle est directement responsable de la baisse du désir chez la femme. Elle détruit son équilibre hormonal. Si l’on pense à l’homme, l’acceptation de la contraception et sa pratique par le préservatif a une plus grande conséquence morale ; elle signifie pour lui l’aveu de son incapacité à accepter une discipline de ses passions, et pour l’Église, un constat d’impuissance à rendre l’homme masculin vertueusement chaste. Rien que cela désigne une telle séparation morale de la sexualité des actes de l’agir, pour en faire une simple fonction libidinale, qu’elle traduit déjà une résignation à être moins humain !

Il s’agirait de penser la moralité des actes humains non plus selon la primauté de l’objet moral, mais selon la primauté absolue de la conscience qui perd ainsi les guides de son jugement objectif

Si le projet, qui devient de plus en plus connu, de réécrire Humanæ Vitæ, est un essai d’écriture pour rendre son style plus accessible aux fidèles, pourquoi pas ? Si le projet consiste à faire disparaître subtilement la réalité de l’objet moral pour rendre l’encyclique plus conforme à une moralité fondée sur la primauté de la conscience comme seul sujet moral de l’acte sexuel, nous courons encore une fois, ou une fois de plus, vers une grande perplexité des fidèles. Subtilement, on nous dira, comme le fait le Père Chiodi, que cela ne concerne que quelques cas singuliers. Il ne s’agit pas de rendre la contraception moralement justifiable, comme il ne semblait pas que tous les divorcés remariés puissent communier. Soit ! Mais les raisons pour lesquelles on accepte ces cas singuliers relèvent, elles, de l’universel ! Il s’agit de penser la moralité des actes humains d’une autre manière, non plus selon la primauté de l’objet moral, mais selon la primauté absolue de la conscience qui perd ainsi les guides de son jugement objectif au profit d’une évaluation de l’ensemble des circonstances qui affectent le sujet personnel.

Le problème de l’accès à la communion des divorcés remariés touche une minorité de fidèles. Celui de la contraception touche la plus grande partie des fidèles. Il touche tous ceux qui, dans la fidélité au Magistère ont accepté de plein cœur cet enseignement, qui ont conformé leur vie conjugale à ces exigences – même héroïquement vécues –, qui y ont trouvé un véritable équilibre de vie, une vraie sainteté dans le mariage, qui souvent se sont engagés à l’enseigner à d’autres couples. Pour tous ces fidèles, cette réécriture risque d’apparaître comme un revirement de l’Église, comme une forme de trahison. Ils ne sont pas du tout prêts à faire de la méthode des rythmes naturels une simple soumission à l’écologie pour sauver la planète. Ils ont voulu autre chose. Ils ont cru à l’accession de la sexualité comme force de sainteté. Ils ont suivi l’enseignement de Paul VI, de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI. Pourquoi le « sens de l’histoire du Salut » tournerait-il selon un autre vent ?

Aline Lizott

 

Source et notes