Brèves #NLH

Un an d’actu – Cyril Brun, invité de Terre de mission, commente les grands moments catholiques de 2017

https://youtu.be/Udl_27nj0mI?t=713

Doctrine / Formation #Morale #NLH

Amoris Laetitia – Notre dossier pour (tenter) d’y voir plus clair (et mis à jour)

Dans « l’embrogliamini » qui entoure l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, nous vous proposons notre dossier spécial qui reprend les discours du pape et du cardinal Müller sur la question, les dubia et autres corrections filiales et enfin une série de réflexions et de décryptages que nous avons publié depuis plus d’un an.

En guise d’introduction, nous renvoyons à notre édito 50 du 7 novembre 2017 : Amoris Laetitia, Défiance, prudence ou confiance ? Ainsi qu’à cette explication claire de Mgr de Germay – Divorcées remariées ? Le vrai problème c’est la pastorale de l’eucharistie.

 

Discours du pape et de préfet de la Congrégation pour la foi.

 

Message vidéo du Pape sur “Amoris Laetitia”

 

Non le pape ne vient pas d’autoriser la communion à tout va

Le contenu de la foi n’est pas une couverture sous naphtaline – Pape François

Le pape confirme l’indissolubilité du mariage

Message du pape aux curés sur la préparation au Mariage : témoigner et soutenir

Divorcés remariés : le cardinal Müller confirme l’enseignement traditionnel de l’Eglise

Cardinal Müller : pas de “divorce catholique”

Une pastorale familiale qui garde le trésor de la vérité de la révélation

Dubia et correction filiale

 

Amoris laetitia : le Cardinal Burke en appelle au Magistère de Pierre

“Amoris laetitia” : quatre cardinaux publient une lettre au pape François, faute d’avoir obtenu une audience

Amoris Laetitia, quand les cardinaux font du grabuge

Amoris Laetitia : le début d’une solution ?

La lettre des quatre cardinaux au pape sur Amoris Laetitia : “faire la clarté”

Amoris laetita, les dubia sont légitimes selon le cardinal Martino

Cardinal Brandmüller : “une note de bas de page ne peut annuler la Tradition de l’Église”

Une correction fraternelle adressée au pape – Une première depuis 1333

La dernière lettre du cardinal Caffarra (signataire des Dubia) au pape ” Notre conscience nous pousse”

Dubia : les cardinaux ont demandé audience au pape : réaction et analyse du philosophe Thibaud Collin

 

Réflexions et décryptage

Réflexion sur « Amoris Laetitia » par le père Gerald Murray

Amoris laetitia – Une nouvelle pastorale familiale

Père Basil Cole – La morale d’“Amoris laetitia” thomiste ? Mais que veut dire thomiste ?

Un évêque argentin propose l’herméneutique de la continuité pour Amoris Laetitia

Parution dans la Revue thomiste de deux articles sur Amoris Laetitia

Amoris Laetitia – Un Vademecum pour s’y retrouver !

Liberté politique décrypte Amoris Laetitia

Courrier d’un lecteur – D’Assisi utopia à Amoris laetitia.

D’Assisi utopia à Amoris laetitia : compléments ou précisions sur le courrier du 26 juin

Amoris laetitia – Le pape aurait-il eu des doutes sur l’orthodoxie du texte ?

Vers une réinterprétation d’Humanae vitae à la lumière d’Amoris Laetitia ?

Amoris Laetitia – pour les évêques belges, on ne peut donc pas décréter que tous les divorcés remariés peuvent être admis à la communion. On ne peut pas non plus décréter qu’ils en sont tous exclus.

Amoris Laetitia, la confusion demeure selon le philosophe Thibaud Collin

Familiaris consortio et Amoris laetitia, ce qui change ?

Amoris laetitia – Un appel à la prière lancé par trois évêques

Tribune – Touche pas à mon pape

Edito #43 – Oui on peut ne pas être d’accord avec le pape, mais…

Crises et tensions autour du pape – L’appel à la prudence d’un moine

Le cardinal Farrel : Humanae Vitae, “seule route doctrinale et de la sagesse de l’Église sur le mystère de la vie humaine”

Pologne – Pas de communion pour les divorcés remariés

Entretien – Le docteur Christian Spaemann réagit à l’érosion de la discipline des sacrements de l’Église catholique en Allemagne

Sur la note 351

LE RP THOMAS MICHELET (OP) ANALYSE LA NOTE 351 D’AMORIS LAETITIA POUR RIPOSTE CATHOLIQUE

“AMORIS LAETITIA” : LE RP MICHELET RÉPOND À L’ABBÉ BARTHE

 

A la une #NLH #Tribunes et entretiens

Amoris laetitia : le Cardinal Burke en appelle au Magistère de Pierre

Sortir des ambiguïtés en s’appuyant sur le charisme de Pierre. Un an après, jour pour jour, la publication de leurs dubia au Pape, le cardinal Burke s’exprime à nouveau publiquement, en demandant solennellement au Pape de faire ce pour quoi il a été appelé au Siège de Pierre : confirmer ses frères dans la foi « par une manifestation claire de la doctrine concernant la morale chrétienne et le sens de la pratique sacramentelle de l’Église » (entretien avec Edward Pentin, dans National Catholic Register de ce jour).

Il rappelle l’immense confusion consécutive à l’exhortation Amoris lætitia, suscitant, de la part des évêques eux-mêmes, des interprétations opposées, certaines allant notoirement contre la foi catholique. Il explique que la clarté est consubstantielle à l’enseignement de foi donné avec autorité au nom du Christ.

Depuis un an, le Pape n’a jamais répondu, ni à la demande des cardinaux, ni à aucune autre demande similaire, son approbation de l’interprétation des évêques de la province de Buenos-Aires ne pouvant constituer une réponse. L’ambiguïté demeure. La confusion s’étend. Volontairement ?

Cette ambiguïté, dit le cardinal avec la plus grande force, n’engendre rien moins qu’un processus de « subversion des parties essentielles de la Tradition  ». Elle met en péril l’enseignement permanent de l’Église, notamment sur les sacrements. En outre, si la conscience subjective devient la norme ultime, c’est toute la morale et toute la pratique sacramentelle qui se défont, et jusqu’à la notion même de sacrement.

En choisissant cette forme indirecte de correctio fraterna le cardinal présente en quelque sorte au Pape une magnifique occasion de se ressaisir par le haut, de manière pétrinienne. Ce faisant, il touche au cœur du problème magistériel d’aujourd’hui : les ambiguïtés mortifères du « pastoral » qui affligent l’Église. De l’enseignement « pastoral » ambigu, le cardinal Burke en appelle au Magistère de Pierre.

Abbé Claude Barthe

 

Lire l’entretien sur l’Homme Nouveau

 

NLH #Tribunes et entretiens

Les nouveaux casuistes, une gangrène insidieuse et dangereuse pour la foi, les moeurs et la vérité

Voici un long dossier de Mgr Schooyans, à lire… à tête reposée !

« On pourrait penser que la casuistique est morte et enterrée, que les controverses du 17ème siècle devraient être terminées une fois pour toutes.

Il est rare que l’un de nos contemporains lisent encore les Provinciales ( Lettres provinciales ) et les auteurs que Pascal attaque (1623-1662) qui y sont mentionnés. Ces auteurs sont des casuistes, c’est-à-dire des moralistes qui cherchent à résoudre des questions de conscience sans succomber au rigorisme. En relisant les fameuses Lettres provinciales, nous avons été frappés par la similitude qui émerge entre un document controversé écrit au 17ème siècle et les positions défendues aujourd’hui par les pasteurs et les théologiens qui aspirent à des changements radicaux dans l’enseignement pastoral et la Doctrine de l’Église.

Le récent Synode sur la Famille ( octobre 2014—octobre 2015 ) a révélé une pugnacité réformatrice dont les Provinciales nous donner une meilleure compréhension aujourd’hui. Par conséquent, Pascal vient à être connu dans une lumière inattendue.

Le trésor de l’Église 

Le Synode sur la Famille a révélé un malaise profond dans l’Église—une crise de croissance sans doute, mais aussi des débats récurrents sur la question des divorcés/remariés, sur les modèles pour la famille, le rôle des femmes, le contrôle des naissances, la maternité substitut, l’homosexualité et l’euthanasie. Il est futile de nous fermer les yeux : l’Église est mise au défi dans ses fondements mêmes. Ceux-ci se trouvent dans l’ensemble des Saintes Écritures, dans l’enseignement de Jésus, dans l’effusion du Saint-Esprit, dans l’annonce de l’Évangile par les Apôtres, dans une compréhension toujours plus fine de la Révélation, dans l’assentiment à la Foi par la communauté des croyants. Jésus a confié à l’Église la mission de recevoir ces vérités, en mettant en lumière leur cohérence et en les commémorant.

L’Église n’a pas reçu par le Seigneur soit une mission de modifier ces vérités ou une mission de réécrire le Credo. L’Église est la gardienne de ce trésor. L’Église devrait étudier ces vérités, les clarifier, faire approfondir leur compréhension par l’homme et inviter tous les hommes à y adhérer par la Foi. Il y a même des discussions — sur le mariage, par exemple — qui ont été conclues par le Seigneur lui-même. C’est précisément pour dissimuler ces vérités historiques que les descendants des Pharisiens ont nié l’historicité des Évangiles (Marc 10 :11). [ note : l’auteur fait ici référence à la phrase de Jésus : « Si un homme renvoie sa femme et en épouse une autre, il commet un adultère envers la première » ]

L’enseignement du Seigneur a une dimension morale exigeante. Cet enseignement nous pousse certainement à une adhésion rationnelle à la Règle d’Or, sur laquelle les grands sages de l’humanité ont médité pendant des siècles. Jésus amène cette règle à sa perfection. Mais la Tradition de l’Église a ses propres préceptes de conduite parmi lesquels l’amour de Dieu et du prochain est primordial. « Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous : c’est là ce qu’enseignent les livres de la loi de Moïse et des Prophètes » (Matthieu 7 :12). Ce double Commandement est la référence fondamentale pour les actions du Chrétien. Le Chrétien est appelé à s’ouvrir à l’inspiration de l’Esprit, qui est l’amour, et à répondre à cette inspiration par la Foi, qui agit par l’amour (Galates 5 : 6). Entre l’un, l’amour, et l’autre, la Foi, le lien est indissoluble.

Si, dans l’enseignement de l’Église, ce lien est brisé, la morale Chrétienne s’enfonce dans diverses formes de relativisme ou de scepticisme au point de se contenter d’opinions subjectives et fluctuantes. Il n’y a plus aucune référence à la vérité, ni à l’autorité qui la garantit. La transgression est finalement abolie parce que les points de référence moraux donnés par Dieu à l’homme sont rejetés. L’homme, sera-t-il même suggéré, n’a plus besoin d’aimer Dieu afin d’obtenir le salut ou de croire en son amour. La moralité est fatalement divisée et la porte s’ouvre au légalisme, à l’agnosticisme et à la sécularisation.

Dans son enseignement, saint Paul nous exhorte à éviter les pièges d’une morale dépourvue de racines dans la Révélation. C’est ainsi qu’il exhorte les Chrétiens :

« Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait » (Romains 12 : 2).

« Voici ce que je demande à Dieu dans ma prière : que votre amour grandisse de plus en plus, qu’il soit enrichi de vraie connaissance et de compréhension parfaite, pour que vous soyez capables de discerner ce qui est bien ».(Ph 1, 9 s ., 1 Thess 5 : 19-22)

Le retour de la casuistique 

On perçoit ici le retour de la casuistique, censé permettre aux moralistes d’examiner et de résoudre les questions de conscience. Certains moralistes ont l’intention d’offrir des solutions qui plaisent à ceux qui ont recours à leurs connaissances supérieures. Parmi les casuistes d’hier et d’aujourd’hui, les principes fondamentaux de la morale sont éclipsés par les opinions ( souvent divergentes ) prononcées par ces conseillers spirituels sérieux. Le désintérêt avec lequel la morale fondamentale est maintenant perçue ouvre la voie à l’introduction d’une loi positive qui élimine les normes de conduite de toute référence restante aux règles fondamentales de la moralité.

Le casuiste, ou néo-casuiste, est devenu législateur et juge. Il cultive l’art de dérouter les fidèles. Le souci de la vérité, révélée et accessible à la raison, est maintenant sans intérêt. En fin de compte, le seul intérêt sera dans les positions « probables ». Grâce au <i<probabilisme< i=””>, une proposition est ouverte à des interprétations contradictoires.

Le probabilisme permettra de souffler d’abord chaud, puis froid, pour et contre. L’enseignement de Jésus est oublié : « Si c’est oui, dites « oui », si c’est non, dites « non », tout simplement ; ce que l’on dit en plus vient du Mauvais ». (Matthieu 5 :37, Jacques 5 :12, 2 Col. 1 :20). Cependant, chaque néo-casuiste ira avec sa propre interprétation. La tendance est à la confusion des propositions, à la duplicité, à la double ou à la triple vérité, à une avalanche d’interprétations. Le casuiste a un cœur divisé mais a l’intention d’être un ami du monde (Jacques 4 : 4-8).

Progressivement, les règles de comportement issues de la Volonté du Seigneur et transmises par le Magistère de l’Église languissent en déclin. L’évaluation morale des actes peut donc être modifiée. Non contents d’atténuer cette appréciation, les casuistes souhaitent transformer la loi morale elle-même. Ce sera la tâche des casuistes-confesseurs, des conseillers spirituels et, à l’occasion, des Évêques. Tous doivent avoir un souci de plaire. Ils doivent en conséquence recourir au compromis et accommoder leurs arguments à la satisfaction des passions humaines : personne ne doit être repoussé. L’évaluation morale d’un acte ne dépend plus de sa conformité à la Volonté de Dieu, telle qu’elle nous a été révélée par la Révélation. Cela dépend de l’intention de l’agent moral, et cette intention peut être modulée et modelée par le conseiller spirituel qui « soutient » ses disciples. Pour plaire, le conseiller spirituel devra adoucir la rigueur de la Doctrine transmise par la Tradition. Le pasteur devra adapter ses paroles à la nature de l’homme dont les passions sont naturellement entraînées vers le péché. D’où la relégation progressive des références au péché et à la grâce originels.

L’influence de Pélage ( un moine d’origine britannique ) est évidente : l’homme doit se sauver lui-même et prendre sa destinée en mains. Dire la vérité ne fait pas partie du rôle du casuiste, qui doit captiver, présenter une argumentation engageante, favoriser la faveur, rendre le salut facile et ravir ceux qui aspirent à « s’entourer d’une foule de maîtres qui leur diront ce qu’ils aiment entendre » (2 Tim 4 : 3)

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Bref, l’éclipse de l’apport décisif de la Révélation à la morale ouvre la voie à l’investiture du casuiste et crée un espace favorable à la mise en place d’un gouvernement des consciences. L’espace rétrécit pour la liberté religieuse telle qu’elle est offerte dans les Écritures aux enfants de Dieu et inséparable de l’adhésion à la Foi dans le Seigneur.

Passons à l’analyse d’exemples de domaines dans lesquels les actions des néo-casuistes d’aujourd’hui émergent clairement. 

Le gouvernement des consciences

Avec l’arrivée, dans l’Église, des gouverneurs de conscience, nous percevons la proximité de la notion casuistique de gouvernement de la Cité, avec cette notion que l’on retrouve, par exemple, dans Machiavel, Boétie et Hobbes. Sans s’affirmer ni ne s’en rendre responsables, les néo-casuistes sont certainement les héritiers de ces maîtres dans l’art de gouverner des esclaves. Un Dieu mortel, le Léviathan définit ce qui est juste et ce qui est bon ; il décide ce que les hommes devraient penser et souhaiter. C’est lui, le Léviathan, qui gouverne les consciences, les pensées et les actions de tous ses sujets. Il ne rend compte à personne.

Avec les trois auteurs cités plus haut, nous pouvons voir que les néo-casuistes se sont alignés sur les théoriciens de la tyrannie et du totalitarisme. L’ABC du pouvoir totalitaire ne consiste-t-il pas tout d’abord à la subjugation, à l’aliénation de la conscience ? Par ce moyen, les casuistes offrent une garantie solide à tous ceux qui souhaitent mettre en place une seule religion civile qui est facilement contrôlable et des lois discriminatoires à l’égard des citoyens.

L’adaptation des Sacrements ? 

Pour plaire à tous, il faut « adapter » les Sacrements. Prenons le cas du Sacrement de Pénitence. Le désintérêt avec lequel ce Sacrement est aujourd’hui perçu peut être compris à travers le « rigorisme » démontré par les confesseurs à l’époque des anciens. Du moins, nous en sommes ainsi assurés par les casuistes. Aujourd’hui, le confesseur devrait apprendre à faire de ce Sacrement qu’il plaise aux pénitents. Cependant, en atténuant la sévérité attribuée à ce Sacrement, le casuiste sépare le pénitent de la grâce offerte par Dieu. Le néo-casuiste d’aujourd’hui éloigne le pécheur de la Source Divine de la Miséricorde, mais c’est à cette Source que le pécheur doit revenir.

Les conséquences de cette déviation délibérée sont paradoxales et dramatiques. La nouvelle morale conduit le Chrétien à rendre futile le Sacrement de Pénitence et, par conséquent, la Croix du Christ et Sa Résurrection (1 Col. 1 :17). Si ce Sacrement n’est plus reçu comme une des manifestations majeures de l’Amour Miséricordieux de Dieu pour nous, s’il n’est plus perçu comme nécessaire au salut, il cessera bientôt d’être nécessaire à instruire les Évêques et les prêtres d’offrir l’Absolution aux pécheurs . La rareté et, en fin de compte, la disparition de l’offre Sacramentelle du Pardon par le prêtre conduiront et, en réalité, a déjà conduit, à d’autres aliénations, y compris celle du Sacerdoce ordonné et de l’Eucharistie. Et ainsi de suite pour les Sacrements de l’initiation Chrétienne ( Baptême et Confirmation ) et le Sacrement des malades, sans parler de la liturgie en général.

En tout cas, pour les néo-casuistes, il n’y a plus de Révélation à recevoir ni de Tradition à transmettre. Comme il a déjà été remarqué : « La vérité, c’est ce qui est nouveau ! » Le nouveau est le nouveau sceau de la vérité. Cette nouvelle casuistique amène les Chrétiens à faire une rupture nette avec le passé. Enfin, l’obsession ducompromis pousse les nouveaux casuistes vers un retour à la nature, comme avant le péché originel.

La question du « re-mariage »

L’enseignement des néo-casuistes rappelle l’esprit de compromisdémontré dans une large mesure par les Évêques Anglais vis-à-vis Henri VIII. Cette question a de la pertinence aujourd’hui bien que le mode de compromis soit différent. Qui sont les clercs de tous les Ordres qui cherchent à plaire aux puissants de ce monde ? Est-ce qu’ils font serment ou refusent ? Combien grand est le nombre de pasteurs de tous les rangs qui souhaitent faire allégeance aux puissants de ce monde bien que ce soit facile et sans la nécessité de jurer publiquement fidélité aux nouvelles « valeurs » du monde aujourd’hui ? En poussant pour faciliter le « remariage », les néo-casuistes donnent leur soutien à tous les acteurs politiques qui minent le respect de la vie et de la famille. Avec leur aide, les déclarations de nullité seront faciles à obtenir de même que seront les « mariages » flexibles ou répétés.

Les néo-casuistes montrent un grand intérêt dans les cas de personnes divorcées qui sont « remariées ». Comme dans d’autres cas, les différentes étapes de leur approche fournissent une bonne illustration de la tactique du salami ( une expression inventée par Matyas Rákosi ), selon laquelle ce que l’on ne concéderait jamais dans son ensemble est concédé tranche par tranche.

Alors voyons ensemble ce processus. Première tranche : au point de départ, nous trouvons des références à l’enseignement de l’Écriture sur le Mariage et la Doctrine de l’Église sur cette question. Deuxième tranche : l’accent est mis sur les difficultés à « recevoir » cet enseignement. Troisième tranche, sous la forme d’une question : est-ce que les divorcés/remariés sont dans un état de péché grave ? La quatrième tranche se compose de l’entrée sur la scène du conseiller spirituel qui aidera les personnes divorcées/remariées à « discerner » — c’est-à-dire choisir ce qui leur convient dans leur situation. Le conseiller spirituel doit se montrer compréhensif et indulgent. Il doit faire preuve de compassion, mais quelle compassion ?

Pour le casuiste, en effet, lorsque l’on entreprend une évaluation morale d’un acte, le souci de compassion doit primer sur l’évaluation des actions objectivement mauvaises. Le conseiller doit être indulgent et s’adapter aux circonstances.

Avec la cinquième tranche de salami, chaque individu sera capable de discerner, personnellement et en toute liberté de pensée ce qui lui convient le mieux. En effet, le long du chemin, le mot discernementest devenu équivoque et ambigu. Il ne doit pas être interprété dans le sens Paulinien rappelé dans les références scripturaires citées plus haut. Il ne s’agit pas de rechercher la Volonté de Dieu, mais de discerner le bon choix, le choix qui maximisera le « ce qu’ils aiment entendre ».

Homicide 

L’homicide est une autre question qui mérite notre attention. Nous allons maintenant nous concentrer sur la question de la déviation d’intention. Selon la casuistique classique du 17ème siècle, l’homicide pouvait provenir d’un désir de vengeance, ce qui est un crime. Pour éviter cette définition criminelle, il fallait s’écarter de cette intention criminelle, l’intention de se venger, et assigner à l’homicide une intention différente, moralement permise. Plutôt que d’invoquer la vengeance comme motif, le casuiste invoquait, par exemple, le désir de défendre son honneur, considéré comme moralement admissible.

Nous verrons maintenant comment cette déviation de l’intention est applicable aux questions modernes. L’argument est le suivant : Mme X souhaite avorter le bébé qu’elle attend ; le bébé n’est pas désiré. Pourtant, l’avortement est un crime moralement inadmissible. L’intention est ensuite déviée, avec pour résultat que l’intention initiale est effacée. Pas avec l’intention de se libérer d’un bébé indésirable ! Au lieu de cette intention initiale, on fera valoir que, dans certaines circonstances, l’avortement est moralement admissible parce que, par exemple, son objectif est de sauver la vie de personnes malades, en fournissant aux médecins des parties anatomiques en bon état et à laquelle un prix est attaché. L’intention définit la qualité morale du don. Ainsi, il est possible de plaire à un large éventail de bénéficiaires dont la « générosité » et la « liberté d’esprit » des casuistes ne perdent aucune chance de flatter.

Les enseignements de l’Église sur l’avortement sont bien connus. Dès que la réalité de l’être humain est établie, l’Église enseigne que la vie et la dignité de cet être doivent être respectées. La Doctrine de l’Église sur cette question est constante et attestée dans toute la Tradition.

Cette situation trouble certains néo-casuistes. Ils ont donc inventé une nouvelle expression : l’humanisation de l’embryon. Il n’y a pas — disent-ils — d’humanisation de l’embryon à moins qu’une communauté ne souhaite accueillir cet embryon. C’est la société qui humanise l’embryon. Si la société refuse d’humaniser l’embryon, il ne peut y avoir d’homicide, étant donné que la réalité humaine de cet embryon n’est pas reconnue.

Dans les exemples que nous citons ici, la tactique du salami vient en aide aux néo-casuistes. Au départ, l’avortement est clandestin, puis présenté comme exceptionnel, puis rare, puis facilité, puis légalisé, puis habituel. Ceux qui s’opposent à l’avortement sont dénigrés, menacés, ostracisés, condamnés. C’est ainsi que les institutions politiques et la loi sont démontées.

Notons que grâce aux casuistes, l’avortement est d’abord facilitédans l’Église, et de là dans l’État. La même chose s’applique maintenant au « remariage ». La loi positive prend le relais de la nouvelle morale. Elle trouve son inspiration chez les néo-casuistes. Cela a été observable, en France, lors des débats sur la législation sur l’avortement. C’est un scénario qui pourrait se propager à travers le monde. Sous l’impulsion des néo-casuistes, l’avortement pourrait être déclaré un nouveau « droit humain » à l’échelle universelle.

L’euthanasie 

La question de l’euthanasie mérite également la discussion. Cette pratique devient de plus en plus étendue dans les pays Occidentaux traditionnellement Chrétiens. Les démographes attirent régulièrement l’attention sur le vieillissement de la population dans ces régions du monde. L’espérance de vie à la naissance augmente presque partout. En principe, le vieillissement en soi est une bonne nouvelle. Pendant des siècles, dans le monde entier, les hommes ont lutté contre la mort prématurée. Au début du XIXe siècle, l’espérance de vie à la naissance était souvent de trente ans. Aujourd’hui, l’espérance de vie est d’environ quatre-vingts ans.

Cependant, cette situation va générer des problèmes de toutes sortes. Mentionnons-en un : qui paiera les pensions ? L’euthanasie des personnes âgées pénibles et onéreuses permettrait certainement de réaliser de meilleures économies. Il sera alors dit qu’il est nécessaire d’aider les personnes âgées onéreuses à « mourir dans la dignité ». Parce qu’il est politiquement difficile de reporter l’âge de la retraite, l’espérance de vie sera réduite. Le processus a déjà commencé dans certaines régions d’Europe — d’où une réduction des soins de santé, de produits pharmaceutiques et, surtout, une réduction de la facture des pensions de retraite. Parce que les personnes à la juste pensée politiquement correcte rechignent devant un programme aussi austère, l’intention doit être modifiée pour pouvoir adopter une loi légalisant l’euthanasie.

La façon de procéder ? En développant un argument pitoyable sur lacompassion. Il est nécessaire de plaire à toutes les catégories de personnes touchées par ce programme. Ces personnes doivent être persuadées de souscrire à un plan dont l’objectif est de donner la mort « dans de bonnes conditions » et « dans la dignité ». La mort dans la dignité serait le point culminant de la qualité de vie ! Plutôt que de recommander un traitement palliatif et d’entourer la personne malade d’affection, sa fragilité sera mise à mal ; elle sera induite en erreur quant au traitement fatal à infliger.

Des néo-casuistiques vigilants seront sur place pour vérifier que l’acte homicide « autorisant » le don de la mort est conforme à la loi positive. La coopération d’aumôniers soigneusement préparés sera particulièrement appréciée pour authentifier la compassion manifestée dans la mort donnée en cadeau.

La fête des casuistes 

Les discussions au cours du Synode sur la Famille ont révélé la détermination avec laquelle un groupe de pasteurs et de théologiens n’hésitent pas à saper la cohésion Doctrinale de l’Église. Ce groupe fonctionne à la manière d’un parti puissant, international, bien nanti, organisé et discipliné. Les membres actifs de ce parti ont un accès facile aux médias ; ils apparaissent souvent sans masques. Ils fonctionnent avec le soutien de certaines des plus hautes autorités de l’Église. La cible principale de ces militants est la morale Chrétienne, critiquée pour être d’une sévérité incompatible avec les « valeurs » de notre temps. Nous devons trouver des moyens qui conduisent l’Église à plaire, en réconciliant son enseignement moral avec les passions humaines.

La solution proposée par les néo-casuistes commence par remettre en cause la morale fondamentale, puis à obscurcir la lumière naturelle de la raison. La signification originelle des références à la morale Chrétienne révélées dans l’Écriture et l’enseignement de Jésus est déformée. Les préceptes de la raison sont considérés comme indéfiniment discutables — le probabilisme prévaut. Une primauté devrait être accordée à la volonté de ceux qui sont assez puissants pour imposer leur volonté. Des partenariats disproportionnés avec les incroyants seront formés sans hésitation (voir 2 Col. 6 :14).

Cette morale volontariste aura les mains libres pour se mettre au service du pouvoir politique, de l’État, mais aussi du marché, de la haute finance, de la loi, etc. Concrètement, il faudra bien corrompre les chefs politiques, les champions de la fraude fiscale, les usuriers, les avorteurs, les fabricants de pilules, les avocats prêts à défendre les causes les moins défendables, les agronomes enrichis par des produits transgéniques, etc. La nouvelle morale pénétrera donc insidieusement dans les médias, les familles, les écoles, les universités, les hôpitaux et les tribunaux.

Cela a conduit à la formation d’un corps social qui refuse d’accorder la première place à la recherche de la vérité mais qui est très actif là où il y a des consciences à gouverner, des assassins à rassurer, des malfaiteurs pour des citoyens libres et aisés. Grâce à ce réseau, les néo-casuistes pourront exercer leur influence sur les rouages de l’Église, influencer le choix des candidats aux hautes fonctions et forger des alliances qui mettent en péril l’existence même de l’Église.

Vers une religion de compromis ?

Le texte ici produit n’a pas pour but d’exposer un essai sur le Synode consacré à la Famille. Il vise à attirer l’attention sur le clivage entre le Dogme et la Morale, sur la confusion entre la Vérité et la nouveauté, entre la Morale et le Droit positif, entre la Vérité et l’Action, et sur le discernement troublant d’énoncés équivoques.

Ce qui est le plus troublant à l’égard des casuistes, c’est leur désintérêt pour la vérité. En eux, nous trouvons un relativisme, voire un scepticisme, ce qui signifie qu’en termes de moralité, il convient d’agir selon la norme la plus probable. On devrait choisir la norme qui, dans une circonstance donnée, est considérée comme la plus agréable à une personne donnée, à un adepte spirituel donné, à un public donné. Cela s’applique à la Cité comme aux hommes. Tout le monde doit faire son choix — et non en termes de vérité, mais en termes de circonstances. Les lois de la Cité ont aussi leur origine dans les circonstances. Les meilleures lois sont celles qui plaisent le plus et qui plaisent au plus grand nombre. Nous assistons donc à l’expansion d’une religion de compromis, voire d’utilitarisme individualiste puisque le souci de plaire aux autres n’éteint pas le souci de se faire plaisir.

Pour plaire, les casuistes doivent être à jour avec les développements actuels, attentifs aux nouveautés. Les Pères de l’Église des générations précédentes et les grands théologiens du passé, même du passé récent, sont présentés comme inadaptés à la situation actuelle dans l’Église ; ils sont considérés comme démodés. Pour les casuistes, la Tradition de l’Église doit être filtrée et fondamentalement remise en question. Alors que nous en sommes sérieusement assurés par les néo-casuistes, nous savons ce que l’Église devrait faire aujourd’hui pour plaire à tous (Jean 9). Le désir de plaire s’adresse particulièrement aux gagnants. La nouvelle morale sociale et politique devrait traiter ces personnes avec soin. Ils ont un mode de vie à protéger et même à améliorer ; ils doivent maintenir leur rang. Tant pis pour les pauvres, qui n’ont pas les mêmes contraintes matérielles ! Certes, il faut aussi plaire aux pauvres, mais il faut reconnaître qu’ils sont moins « intéressants » que les personnes influentes. Tout le monde ne peut pas être un gagnant !

La moralité des casuistes ressemble finalement à une gnose distillée dans certains cercles, une connaissance que l’on pourrait appeler ésotérique, ciblée sur une minorité de personnes qui n’ont pas besoin d’être sauvées par la Croix de Jésus. Le Pélagianisme a rarement autant fleuri.

La morale traditionnelle de l’Église a toujours reconnu qu’il y a des actes qui sont objectivement mauvais. Cette même théologie morale reconnaît aussi, et l’a fait depuis longtemps, l’importance des circonstances. Cela signifie que, dans l’évaluation d’un acte, il faut tenir compte des circonstances dans lesquelles l’acte a été commis et des niveaux de responsabilité ; c’est ce que les moralistes appellent en anglais accountability [ français : rendement de compte, responsabilité pour les résultats — un peu différent de la responsabilité comme telle ]. Les casuistes d’aujourd’hui procèdent de la même manière que leurs fondateurs : ils minimisent l’importance de la morale traditionnelle et insistent trop sur le rôle des circonstances. En cours de route, la conscience est conduite à se tromper elle-même parce qu’elle se laisse déformer par le désir de plaire.

Ainsi, on perçoit dans les médias que les casuistes sont fréquemment transpercés par un monde destiné à disparaître. Trop souvent, ils oublient qu’avec Jésus, un nouveau monde a déjà commencé. Nous rappelons ce point central de l’histoire humaine : « Maintenant, Je fais toutes choses nouvelles ». (Apocalypse 21 : 5). Nous retournons à Saint Paul :

Il doit y avoir un renouvellement dans la vie intérieure de votre esprit ; vous devez être revêtus du nouveau moi, créé à l’image de Dieu, justifié et sanctifié par la Vérité. (Éphésiens 4 : 2-3 s.)

Les actions des casuistes aujourd’hui affectent non seulement l’enseignement moral de l’Église, mais aussi l’ensemble de la théologie dogmatique, en particulier la question du Magistère. Ce point est souvent insuffisamment souligné. L’unité de l’Église est en péril où il y a des suggestions biaisées, parfois démagogiques, des propositions de décentralisation, largement inspirées par la réforme Luthérienne. Mieux vaut être responsable devant les princes de ce monde que d’affirmer l’unité autour du Bon Pasteur !

Le caractère sacré de l’Église est en péril quand les casuistes exploitent les faiblesses de l’homme et prêchent une dévotion qui est facile et négligente de la Croix. La Catholicité est en péril là où l’Église s’aventure sur le chemin de Babel et sous-estime l’effusion de l’Esprit Saint, le don des langues. N’est-ce pas Lui, l’Esprit, qui rassemble la diversité de ceux qui partagent la même Foi en Jésus, le Fils de Dieu ? L’apostolicité de l’Église est en péril où, au nom de l’exemption, mal comprise, une communauté, un « parti » est exempté de la juridiction de l’Évêque et considéré comme directement responsable devant le Pape.

Beaucoup de néo-casuistes sont exemptés. Comment peut-on douter que cette exemption affaiblisse le Corps Épiscopal dans son ensemble ?

De Mgr Michel Schooyans sur le site One Peter Five via le site Dieu et moi le Nul sans Lui 

Source Belgicatho

 

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La dernière lettre du cardinal Caffarra (signataire des Dubia) au pape ” Notre conscience nous pousse”

Le cardinal Caffarra (décédé subitement ce 6 septembre 2017) était le moteur du groupe des quatre cardinaux signataires des Dubia. C’est sa signature qui figurait au bas de la lettre de demande d’audience pour lui et les trois autres envoyée au pape François au printemps dernier.  Cette fois encore, comme ce fut déjà le cas pour les dubia, cette demande était restée lettre morte.

Peu avant l’envoi de cette lettre, le cardinal Caffarra avait eu la chance de croiser le pape François lors d’un de ses déplacements, à Carpi, près de Bologne, le 2 avril dernier. Pendant le repas, il était assis à côté de lui mais le pape avait préféré converser avec un vieux prêtre et avec les séminaristes assis à la même table.

Voici le texte intégral de la lettre en question, la dernière que le cardinal Caffarra ait adressée au Pape et qui avait déjà été publiée en exclusivité le 20 juin dernier par Settimo Cielo, avec l’autorisation de l’auteur.

« NOTRE CONSCIENCE NOUS POUSSE… »

Très Saint Père,

C’est avec une certaine appréhension que je m’adresse à Votre Sainteté durant ces jours du temps pascal. Je le fais au nom de leurs éminences les cardinaux Walter Brandmüller, Raymond L. Burke, Joachim Meisner ainsi qu’en mon nom personnel.

Nous souhaitons avant tout réaffirmer notre dévouement et notre amour inconditionnel à la Chaire de Pierre et pour Votre auguste personne, en laquelle nous reconnaissons le Successeur de Pierre et le Vicaire de Jésus : le « doux Christ de la terre » comme aimait à le dire Sainte Catherine de Sienne. Nous ne partageons en rien la position de ceux qui considèrent que le Siège de Pierre est vacant ni celle de ceux qui voudraient également attribuer à d’autres l’indivisible responsabilité du « munus » pétrinien. Nous ne sommes animés que par la conscience de la grave responsabilité issue du « munus » cardinalice : être des conseillers du Successeur de Pierre dans son ministère souverain. Ainsi que par le Sacrement de l’Episcopat qui « nous a établis comme évêques pour être les pasteurs de l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. » (Actes 20, 28).

Le 19 septembre 2016, nous avons remis à Votre Sainteté et à la Congrégation pour la doctrine de la foi cinq « dubia » en Lui demandant de trancher des incertitudes et de faire la clarté sur certains points de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris laetitia ».

N’ayant reçu aucune réponse de Votre Sainteté, nous avons pris la décision de demander respectueusement et humblement audience à Votre Sainteté, ensemble, s’il plaît à Votre Sainteté. Nous joignons, comme c’est l’usage, une feuille d’audience dans laquelle nous exposons les deux points desquels nous souhaiterions nous entretenir avec Votre Sainteté.

Très Saint Père,

Une année s’est déjà écoulée depuis la publication d’ « Amoris laetitia ». Pendant cette période, plusieurs interprétations de certains passages objectivement ambigus de l’exhortation post-synodale ont été données publiquement, non pas divergentes mais contraires au Magistère de l’Eglise. Malgré que le Préfet de la Doctrine de la foi ait à plusieurs reprises déclaré que la doctrine de l’Eglise n’a pas changé, plusieurs déclarations d’évêques individuels, de cardinaux et même de conférences épiscopales ont eu lieu et elles approuvent ce que le magistère de l’Eglise n’a jamais approuvé. Non seulement l’accès à la Sainte Eucharistie de ceux qui vivent objectivement et publiquement dans une situation de péché grave et entendent y demeurer mais également une conception de la conscience morale contraire à la Tradition de l’Eglise. Et c’est ainsi – oh comme il est douloureux de le constater ! – que ce qui est péché en Pologne est bon en Allemagne, ce qui est interdit dans l’Archidiocèse de Philadelphie est licite à Malte. Et ainsi de suite. L’amère constat de Blaise Pascal nous vient à l’esprit : « Justice au-deçà des Pyrénées, injustice au-delà ; justice sur la rive gauche du fleuve, injustice sur la rive droite ».

De nombreux laïcs compétents, aimant profondément l’Eglise et fermement loyaux envers le Siège Apostolique se sont adressés à leurs Pasteurs et à Votre Sainteté afin d’être confirmés dans la Sainte Doctrine concernant les trois sacrements du Mariage, de la Réconciliation et de l’Eucharistie. Et justement ces derniers jours à Rome, six laïcs provenant de chaque continent ont organisé un Colloque d’études qui a été très fréquenté, intitulé significativement : « Faire la clarté ».

Face à cette situation grave dans laquelle de nombreuses communautés chrétiennes sont en train de se diviser, nous sentons le poids de notre responsabilité et notre conscience nous pousse à demander humblement et respectueusement audience.

Que Votre Sainteté daigne se souvenir de nous dans Ses prières, comme nous l’assurons que nous le ferons dans les nôtres. Et nous demandons à Votre Sainteté le don de sa bénédiction apostolique.

Carlo Card. Caffarra

Rome, le 25 avril 2017Fête de Saint Marc évangéliste

 

Source Diakonos.be

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Un évêque argentin propose l’herméneutique de la continuité pour Amoris Laetitia

Dans la crise qui a trait à l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, notamment sur son chapitre VIII, différentes interprétations épicopales ont été proposées. Certaines sont clairement en rupture avec l’impossibilité d’accorder la communion à des couples vivant more uxorio (les positions des épiscopats agentins ou allemands), d’autres réaffirment au contraire cette impossibilité (les évêques de l’Ontario ou les évêques polonais).

Dans sa lettre pastorale du 29 juin 2017 adressées à tous les prêtres de son diocèse, Mgr Pedro Daniel Martínez Perea, évêque de San Luis, diocèse d’Argentine, a d’abord qualifié Amoris Laetitia de “grande catéchèse sur l’amour dans la famille, qui est la cellule de la société”. Ce texte est “un grand message d’espoir durant notre séjour dans ce monde sécularisé et terrestre”.

L’évêque constate que certains passages peuvent susciter inquiétude, perplexité et même une confusion parmi les fidèles, notamment concernant la possibilité pour des personnes unies dans une union précédente toujours valide, vivant more uxorio avec une personne vis-à-vis de laquelle elles ne sont pas mariées sacramentellement, d’accéder aux sacrements. L’auteur s’appuie sur la Révélation et sur le Magistère “comme fondations irremplaçables pour la réflexion théologique dans l’Église catholique”. Il se réfère ainsi à des textes de Saint Vincent de Lérins, de Saint Thomas d’Aquin, du concile Vatican I, de la Curie romaine du début du 20ème siècle, mais aussi à des textes allant de Léon XIII à Jean XXIII. Il retient un critère pour la lecture théologique et ecclésiale de ce document : “le Saint-Père n’a pas l’intention de manifester une nouvelle doctrine morale sur le mariage chrétien”.

Ainsi, il rappelle que le lien d’un mariage sacramentel ratifié et consommé “ne peut être dissous par aucun pouvoir humain, civil ou ecclésiastique, ni par l’écoulement d’un certain temps après séparation (…), ni parce que l’amour n’existe plus entre les époux, ni  par une conviction personnelle en conscience, même de bonne foi.”

Avant de détailler les modes d’acccompagnement, Mgr Martínez Perea note que dans chaque situation les fidèles qui se sont séparés doivent d’abord être aidés “à faire tout ce qui est possible devant Dieu pour essayer de se réconcilier dans une attitude de pardon, demeurant ainsi capables de rétablir une vie maritale interrompue”. Si la réconciliation n’est pas possible, la première solution canonique est de chercher une déclaration de l’Église en vertu de laquelle le mariage présumé était, en fait, invalide. Dans ce cas, ceux qui sont dans une nouvelle union peuvent contracter un mariage et alors recevoir la communion.

Mgr Martínez Perea donne trois voies pour l’accompagnement dans le cas où un tribunal n’accorderait pas encore de déclaration de nullité :

– Jusqu’à ce qu’une déclaration de nullité soit rendue, ceux qui cohabitent sont invités à se séparer. L’évêque rappelle que ceux qui continueraient à vivre ensemble “seraient dans un état objectif de péché”. Ainsi, la communion est impossible parce qu’un tel état de vie contredit l’union du Christ avec l’Église que l’Eucharistie signifie et rend présent ;

– Si les divorcés remariés ne peuvent se séparer, mais sont prêts à pratiquer la continence, en s’abstenant ainsi de relations sexuelles, l’accompagnement pastoral les aidera à accéder au sacrement de réconciliation, lequel leur ouvrira l’accès à la communion eucharistique ;

– Enfin, si la réponse à l’appel à la continence n’est pas possible, “bien qu’ils ne peuvent recevoir la sainte communion, nous devons les accompagner et exhorter à cultiver une style de vie chrétienne depuis qu’ils continuent à apprtenir à l’Église”. Ces personnes ne sont pas abandonnées, mais elles doivent faire l’objet de prières et être encouragés. Il réitère ainsi l’invitation de Jean-Paul II à écouter la Parole de Dieu, à prier et à assister à la messe. Pour ceux qui sont incapables de vivre selon l’appel de l’Église, Mgr Martinez encourage la pratique de l’Adoration du Saint-Sacrement. L’évêque rappelle que le diocèse de San Luis comprend 12 chapelles où l’Adoration est pratiquée.

Dans chacune de ces voies, Mgr Martínez Perea rappelle que le pape François “nous encourage à un dévouement paternel et pastoral”. Pour certains commentateurs, cette lettre rassure, même si la crise reste bien présente. Elle démontre que la perspective d’une lecture d’Amoris Laetitia en continuité avec le Magistère de l’Église et les récents textes précédents est possible à défaut d’être totalement convaincante. Elle a au moins le mérite d’exister.

La lettre n’a pas encore été traduite en français, mais InfoCatho reviendra éventuellement sur ce texte.

SOURCE – Catholic News Agency

NLH #Tribunes et entretiens

Divorcés remariés, pour Mgr Léonard il faut unir vérité et charité

Hors de toute polémique sur l’exhortation apostolique Amoris laetita, Mgr Lénord s’exprimait un an avant sa parution lors d’une conférence à Ulg au sujet de la pastorale des divorcés remariés.

Belgicatho nous en livre le contenu.

« Je suis partisan d’une pastorale très chaleureuse et proactive à l’égard des personnes qui se sont remariées civilement après un divorce civil ou qui vivent en concubinage. L’Eglise doit chercher le contact avec ces personnes, comprendre ce qui s’est passé dans leur vie et les aider à assumer leur situation, en conjoignant, comme le fait un psaume, amour et vérité.

Autrement dit, je décourage les pastorales qui font comme si cette nouvelle union civile ou ce concubinage étaient ou pouvaient être un mariage sacramentel : non. Et il ne faut pas faire des choses qui y ressemblent car c’est autre chose. Oui, il y a, bien sûr, des éléments positifs qui se vivent mais ce ne sont pas des situations qu’il faut demander au Seigneur de bénir sacramentellement.

Il n’y a que deux manières de répondre à ce que le Seigneur attend. Lorsqu’on se trouve dans une situation qui ne correspond pas à ce qu’il demande, quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvions, pécheurs que nous sommes, il y a toujours un chemin de salut. Mais il n’y a que deux manières tout à fait acceptables, comme chrétiens, de vivre cette situation :

D’abord, c’est de se dire : au fond, l’homme ou la femme avec qui je vis n’est pas mon conjoint dans le Seigneur puisque mon conjoint, avec lequel je suis marié sacramentellement, est toujours là. Je ne peux pas en avoir deux. Cette seconde union ne peut pas être un signe sacramentel de l’alliance nouvelle et éternelle.

Alors, première solution possible : j’en tire les conséquences. Je suis un chrétien à part entière, je participe à l’Eucharistie mais au moment d’exprimer sacramentellement, publiquement, objectivement, l’alliance nouvelle et éternelle, librement je m’abstiens de poser le geste sacramentel, parce que celui-ci est un geste objectif que contredit publiquement ma situation objective d’alliance rompue. Et je connais des gens qui font cela en sachant pourquoi, qui le font par amour et qui, dans cette abstention même, communient à la personne du Seigneur avec une intensité qui souvent m’émeut. En voyant cela, je me dis qu’ils communient au Seigneur peut-être plus profondément que moi quand il m’arrive (le plus rarement possible) d’être distrait en communiant et de me rendre compte que j’ai communié au Corps du Seigneur en pensant à ce qui allait suivre dans l’heure prochaine. Et bien, cela, c’est une conclusion qu’on peut tirer : si elle est tirée avec amour, en ayant compris la profondeur de ce geste d’abstention, elle porte du fruit. J’en ai fait l’expérience chez toutes les personnes qui vivent cela.

Il existe une autre voie possible, plus exceptionnelle et qui n’est pas recommandable sans une grande préparation, mais je la cite parce que cela existe et je connais des couples qui ont en effet tiré cette conclusion : après une conversion, ils se sont dit voilà, je vis avec une personne qui n’est pas mon conjoint dans le Seigneur. Je vais continuer de vivre avec cette personne, car on ne peut pas se séparer, il y a les enfants etc., mais je vais vivre avec mon conjoint une amitié qui s’exprime autrement que si c’était ma femme ou mon mari, qui trouve une autre forme d’expression, une tendresse qui n’est pas typiquement conjugale. Mais pour cela, il faut être bien préparé, bien motivé.

Être dans d’autres situations qui ne sont pas telles que le Seigneur et l’Eglise le demandent cela ne veut pas dire que l’on est abandonné. Quand je reçois des personnes que ne peuvent vivre aucune des deux choses que j’ai évoquées, je vis avec ces personnes avec respect, car je suis aussi un pécheur et je vis avec elles un chemin de conversion, d’espérance et de supplication adressée à la miséricorde de Dieu dans ma vie. Cela peut aussi se vivre positivement »

 « Toujours, il faut l’amour et la vérité. L’amour sans la vérité flatte les gens mais cela ne les construit pas et la vérité sans l’amour les détruit, les écrase et ce n’est pas bon non plus. Tout l’art dans ces formations, c’est de conjuguer les deux : le coeur et la vérité, avec cela je pense qu’on peut aller loin ».

 

NLQ #Tribunes et entretiens

Dubia : les cardinaux ont demandé audience au pape : réaction et analyse du philosophe Thibaud Collin

Les cardinaux, qui avaient émis des dubia au pape à propos de l’interprétation de l’exhortation post-synodale Amoris laetitia,dubia qui n’ont pas reçu de réponse, viennent de rendre public la lettre de leur demande d’audience auprès du Saint-Père pour évoquer cette question primordiale pour l’Église. Cette lettre, datée du 25 avril dernier et signée du cardinal Caffarra, n’a toujours pas reçu de réponse. Pourquoi un tel silence ? Dans quel contexte s’inscrit-il ? C’est ce que L’Homme nouveau a demandé au philosophe moraliste Thibaud Collin qui a participé récemment, à Rome, à un colloque pour le premier anniversaire d’Amoris Laetitia.

Thibaud Collin, vous faites partie des six laïcs, venus du monde entier qui, pour appuyer les démarches des quatre cardinaux concernant Amoris lætitia, ont participé à un séminaire d’études, à Rome, le 22 avril dernier. Le cardinal Caffarra l’évoque justement dans sa lettre. Quel était votre propos ?

La plupart des commentateurs du chapitre 8 de l’exhortation affirment qu’il est dans la continuité du magistère antérieur. Mais cette unanimité de façade se fissure dès que l’on rentre dans le détail des lectures proposées. Pour certains, Amoris laetitia ne change rien à la discipline sacramentelle concernant les divorcés et remariés civilement. C’est par exemple l’interprétation de l’Institut Jean-Paul II. Pour d’autres, il y a changement entre Amoris laetitia et Familiaris consortio (dans certains cas, les personnes en état d’adultère pourraient communier) mais ce changement serait un développement homogène de la doctrine. Le plus délicat est que de nombreux théologiens et évêques qui tiennent cette ligne utilisent des arguments qui avaient été produits par les théologiens contestataires de l’encyclique Humane vitae sur la régulation des naissances (1968). Rappelons qu’une bonne partie du travail doctrinal et pastoral de saint Jean-Paul II a consisté à réfuter de tels arguments et à donner une assise anthropologique, morale et spirituelle à l’encyclique du Bienheureux Paul VI. Il me semble donc que ceux qui comprennent le changement de la discipline sacramentelle comme étant un développement homogène par rapport à Familiaris consortio se trompent. Un développement homogène ne peut pas entrer en contradiction avec le magistère antérieur (1). S’il y a un développement homogène dans Amoris laetitia, il ne peut s’opposer à la discipline sacramentelle dont les fondements dans le magistère antérieur sont clairs. Il me semble qu’il porterait davantage sur les modalités de l’accueil et de l’accompagnement des fidèles dans des situations objectives de péché grave. Il y a sûrement une inventivité pastorale à mettre en œuvre. Mais la pastorale ne consiste pas à proportionner « un évangile crédible » aux capacités humaines. Dieu donne toujours la grâce de ce qu’Il commande par amour pour nous. Le pasteur a à aider le fidèle à se disposer à recevoir pleinement cette grâce.

Les cardinaux ont présenté leur dubia le 19 septembre 2016, sans avoir de réponse. Ils ont demandé une audience le 25 avril dernier, sans avoir davantage de réponse. Par cette publication de leur demande d’audience non accordée, les cardinaux préparent-ils d’autres démarches ?

Il faudrait leur demander directement ! Ce qui est sûr, c’est que le silence du pape que certains trouvent normal apparaît à d’autres de plus en plus étrange. Comment un pasteur qui par définition a charge d’âmes peut-il laisser dans l’incertitude ses brebis sur des points si importants ? Je parle de l’incertitude concernant le sens de certains passages puisque ces mêmes passages ont reçu des interprétations contradictoires. La responsabilité d’un auteur n’est-elle pas de s’assurer que sa pensée a bien été comprise ? Un texte pastoral offrant des lectures contradictoires contribue objectivement à la relativisation de la vérité pratique. Il en va ici du salut des âmes.

Les cardinaux sont les électeurs du pape, qui semblent lui rappeler qu’ils l’ont élu pour « confirmer ses frères ». Ne vont-ils pas un peu loin ?

Il me revient en tête ces mots très forts du bienheureux Paul VI dans son homélie prononcée en la fête de saint Pierre et saint Paul (29 juin 1972) :

«  Nous voudrions, aujourd’hui plus que jamais, être capables d’exercer la fonction, confiée par Dieu à Pierre, de confirmer nos frères dans la foi. Nous voudrions vous communiquer ce charisme de la certitude que le Seigneur donne à celui qui le représente sur cette terre, quelle que soit son indignité. »

Espérons que notre Saint-Père fasse mémoire des paroles de son prédécesseur, prononcées dans une période elle aussi de grande confusion !

Beaucoup de bruit se fait actuellement également autour d’une réintéprétation possible, à la lumière d’Amoris laetita, d’Humanae vitae, la célèbre encyclique de Paul VI, préparée en partie par le cardinal Wojtyla, futur Jean-Paul II. Ne serions-nous pas ici dans une logique inverse de l’herméneutique catholique qui implique que le texte plus récent soit conforme ou rendu conforme à la Tradition et non l’inverse ?

Effectivement une commission aurait été nommée dont le coordinateur serait Mgr Gilfredo Marengo. Certes, Mgr Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, vient de le démentir, mais ce démenti est lui-même très inquiétant :

« Il n’y a aucune commission pontificale appelée à relire ou à réinterpréter Humanæ vitæ. Cependant, nous devrions examiner positivement sur l’ensemble de ces initiatives, comme celle du professeur Marengo de l’Institut Jean-Paul II, qui ont pour but d’étudier et d’approfondir ce document en vue du 50e anniversaire de sa publication ».

Le fait est que Gilfredo Marengo, a lui-même établi un parallèle entre Amoris laetitia et Humane vitae ; il se demande si

« le jeu polémique “pilule oui/pilule non”, tout comme celui actuel “communion pour les divorcés oui/communion pour les divorcés non”, n’est pas la simple manifestation d’un malaise et d’une difficulté bien plus décisifs dans le tissu de la vie de l’Eglise. » (2)

On peut s’inquiéter en lisant de tels propos quant à la volonté de cette commission de mettre en lumière la vérité libératrice de l’encyclique de Paul VI. La crise de la théologie morale contemporaine a trouvé son acmé dans la critique d’Humanée vitae. Comme je le disais plus haut les catéchèses sur la théologie du corps, Familiaris consortio et Veritatis splendor sont les jalons essentiels pour servir à la juste réception doctrinale et pastorale de l’encyclique de Paul VI. Il est évident que nous assistons aujourd’hui à un retour du proportionnalisme qui tend à émousser la radicalité de « l’Evangile du mariage », et ce aux plus hauts niveaux de l’Eglise. La pression du monde est si forte pour que l’Eglise obtempère aux nouvelles normes de la morale sexuelle de l’individualisme libéral ! Au nom d’un souci soi-disant pastoral, certains cherchent donc à noyer la radicalité de l’appel à la sainteté (et donc au bonheur) que Dieu adresse à tous, notamment aux époux. La réponse à cet appel ne peut passer que par une vie conjugale fondée sur le vrai bien des époux. « Tout est lié » nous rappelle le pape François. Malgré le travail colossal de saint Jean-Paul II, la confusion morale qui traverse des pans entiers du peuple chrétien depuis plusieurs décennies perdure. Va-t-on assister à une nouvelle étape de cette crise systémique ?

Sur le même sujet L’Homme nouveau vous propose :

Mgr Athanasius Schneider prend la défense des quatre cardinaux qui ont exprimé leurs “dubia” au pape François

Ces cardinaux qui questionnent le pape : « Que votre oui soit oui ; que votre non soit non », une analyse de l’abbé Claude Barthe.

La Lumière est venue dans le monde… Rappel du contexte par Philippe Maxence.

 

En Europe #NLQ

Amoris Laetitia – pour les évêques belges, on ne peut donc pas décréter que tous les divorcés remariés peuvent être admis à la communion. On ne peut pas non plus décréter qu’ils en sont tous exclus.

Dans une Lettre pastorale (à lire intégralement ici )  adressée, hier 24 mai, «  aux prêtres, diacres et animateurs pastoraux » , les évêques de Belgique commentent à leur tour l’exhortation apostolique « Amoris Laetitia » publiée  par le pape François le 19 mars 2016.

Du commentaire des évêques, nous extrayons ce passage consacré au point le plus « sensible » de l’exhortation pontificale :

« […] Nous voulons ici répondre plus longuement à une question particulière, plus précisément à la question et au désir de personnes divorcées remariées de pouvoir recevoir la communion durant l’eucharistie. Dès les temps apostoliques, recevoir l’eucharistie a été perçu comme quelque chose de très sérieux. C’est ainsi que Paul fait remarquer dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe : « Celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, se rendra coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun s’éprouve soi-même, avant de manger ce pain et de boire à cette coupe. » (1 Cor 11,27-28) Qu’est-ce que cela signifie pour des personnes divorcées remariées ? Au chapitre huit d’Amoris Laetitia, le pape François traite explicitement de cette question. L’indissolubilité du mariage appartient au trésor fondamental et irrévocable de la foi de l’Eglise. Dans Amoris Laetita, le pape François ne laisse planer aucun doute sur ce sujet. Mais pas plus sur le fait que toutes les situations devraient être abordées de la même manière. « Il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition. » (AL 296) Les divorcés remariés continuent à faire partie de l’Eglise : « Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Evangile ! » (AL 297) Dieu ne leur retire pas son amour. Ils restent appelés à aimer Dieu de tout leur cœur et à aimer leur prochain comme eux-mêmes. Ils restent envoyés pour témoigner de l’évangile et prendre à cœur leur rôle dans la communauté d’Eglise. « Non seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Eglise, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de l’Evangile. » (AL 299) Le ‘discernement’ est le concept central dans l’approche de cette problématique par le pape François. « L’Eglise a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘irrégulière’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. » (AL 301) Amoris Laetitia ne formule aucune directive générale, mais demande le discernement nécessaire. Il arrive que quelqu’un qui n’a commis aucune faute soit abandonné par son conjoint. Mais il arrive aussi lors d’un divorce qu’une lourde faute ait été commise. Il reste également vrai que, quelles que soient les circonstances qui ont conduit au divorce, le nouveau mariage civil est en opposition à la promesse du premier mariage chrétien. Pourtant, le pape écrit : « Si l’on tient compte de l’innombrable diversité des situations concrètes, on peut comprendre qu’on ne devait pas attendre du synode ou de cette exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas. Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral des cas particuliers . » (AL 300) On ne peut donc pas décréter que tous les divorcés remariés peuvent être admis à la communion. On ne peut pas non plus décréter qu’ils en sont tous exclus. Le cheminement de chaque personne demande le discernement nécessaire en vue d’une décision pastorale prise en conscience. Toute notre pastorale doit être orientée vers l’accompagnement, le discernement et l’intégration. Ce sont les trois concepts de base qui sont comme un refrain dont le pape François nous imprègne le cœur. La ligne directrice est celle d’un discernement (‘discretio’) personnel et de la communauté. Le pape appelle les divorcés remariés à « un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. » (AL 300) Dans cette démarche de discernement, ils doivent pouvoir compter sur une aide et un accompagnement pastoral, plus précisément sur un dialogue avec un prêtre, un diacre ou un autre agent pastoral. Nous aussi, comme évêques, nous voulons être prêts à aider. Amoris Laetitia ouvre bien clairement une porte aux divorcés remariés pour qu’ils puissent recevoir « l’aide des sacrements » (cf. 5 AL 305, note 351). Mais cette décision, ils ne peuvent – pas plus que les autres croyants – la prendre à la légère. Le pape avance quelques critères : « Les divorcés remariés devraient se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du partenaire abandonné ; quelle conséquence a la nouvelle relation sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu, qui n’est refusée à personne. » (AL 300) Dans une telle démarche de discernement, juger en conscience est important de la part des personnes impliquées, tout comme des responsables pastoraux. Il est frappant de voir quel poids le pape François reconnait à la décision prise en pleine conscience par les croyants. A ce propos, il indique qu’(e comme évêques) « Il nous coûte de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Evangile avec leurs limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles. » (AL 37) Une démarche de discernement ne conduit pas à un oui ou un non automatique à pouvoir communier. Il peut arriver que quelqu’un décide de ne pas recevoir l’Eucharistie. Nous avons le plus grand respect pour une telle décision. Il se peut aussi que quelqu’un décide en conscience de bien recevoir l’Eucharistie. Cette décision mérite aussi le respect. Entre le laxisme et le rigorisme, le pape François choisit la voie du discernement personnel et d’une décision prise soigneusement et en conscience. Comme évêques de notre pays, nous voulons exprimer notre grande appréciation et notre reconnaissance pour Amoris Laetitia et pour le chemin que nous indique le pape François. Dans Evangelii Gaudium, il nous pressait déjà : « sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour. » (EG 44) En se référant à ce texte, il écrit maintenant : « Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion. Mais je crois sincèrement que Jésus Christ veut une Eglise attentive au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité : une Mère qui, en même temps qu’elle exprime clairement son enseignement objectif, ‘ne renonce pas au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route’. » (AL 308) Chers amis, C’est sur ces mots du pape François que nous voulons conclure notre lettre […] ».

Tenir les deux bouts de la chaîne n’est pas facile.

Nous connaissons tous de nombreuses personnes en situation matrimoniale objectivement irrégulière qui communient au Corps du Seigneur en toute bonne conscience anesthésiée par une pastorale qui court aujourd’hui les rues : celle  d’une miséricorde de Dieu éludant la question de sa justice.  Molina n’est pas la réponse adéquate à Jansénius et le primat du jugement de la conscience personnelle n’est pas le fondement légitime de celui-ci. Dans les « Pastoralia » de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles Mgr Léonard écrivait en juin 2012 :

« Dire que j’agis bien quand j’agis conformément à ma perception du bien ou, en d’autres termes, reconnaître que la raison pratique ne m’oblige qu’à travers le prisme de ma conscience personnelle pourrait sembler conduire au subjectivisme et nous conduire aux impasses d’une pure morale de la sincérité. Il n’en est rien. Ma conscience est, certes, la norme subjective ultime de ma vie morale, mais à la condition expresse que je cherche honnêtement à rejoindre les exigences objectives de la loi naturelle. Agir autrement reviendrait à considérer que le sujet est l’auteur même de la valeur morale. Or ma conscience est bien le juge qui apprécie en dernière instance la valeur, mais elle n’est pas pour autant son fondement ! Un peu comme en droit un juge apprécie, en dernière analyse, le comportement d’un prévenu, mais sans être la source du code qui inspire son jugement.

Pour être dans la vérité (et pas seulement dans la sincérité) et faire effectivement le bien, je dois donc éclairer ma conscience et l’éduquer afin que mon jugement personnel se rapproche autant que possible du jugement idéal de la raison droite, se soumette ainsi à la loi morale et, de la sorte, se conforme à la volonté de Dieu. Comme chrétiens, nous aurons donc à nous laisser éclairer non seulement par notre réflexion, mais encore par l’enseignement de Jésus, du Nouveau Testament et de l’Église. À cette condition seulement, je puis dire que j’agis bien si je me décide à l’action selon ma conscience. »

Appliquant les préceptes de ce commentaire à la banalisation contemporaine du remariage et du concubinage dans notre pays, Mgr Léonard déclarait conséquemment, dans une conférence donnée le 28 janvier 2015 à l’Université de Liège (extrait) :  

« […] J’ai déjà parlé un instant du soutien à apporter aux couples et aux personnes qui se retrouvent seules dans la vie. Je voudrais dire un mot  -cela reviendra peut-être dans les questions tout à l’heure- sur le fait que je suis partisan d’une pastorale très chaleureuse et proactive à l’égard des personnes qui se sont remariées civilement après un divorce civil ou qui vivent en concubinage. L’Eglise doit chercher le contact avec ces personnes, comprendre ce qui s’est passé dans leur vie et les aider à assumer leur situation, en conjoignant, comme le fait un psaume, amour et vérité.

Autrement dit, je décourage les pastorales qui font comme si cette nouvelle union civile ou ce concubinage étaient ou pouvaient être un mariage sacramentel : non. Et il ne faut pas faire des choses qui y ressemblent car c’est autre chose. Oui, il y a, bien sûr, des éléments positifs qui se vivent mais ce ne sont pas des situations qu’il faut demander au Seigneur de bénir sacramentellement.

Il n’y a que deux manières de répondre à ce que le Seigneur attend lorsqu’on se trouve dans une situation qui ne correspond pas à ce qu’il demande. Quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvions, pécheurs que nous sommes, il y a toujours un chemin de salut, mais il n’y a que deux manières tout à fait acceptables, comme chrétiens, de vivre cette situation :

D’abord, c’est de se dire : au fond, l’homme ou la femme avec qui je vis n’est pas mon conjoint dans le Seigneur puisque mon conjoint, avec lequel je suis marié sacramentellement, est toujours là. Je ne peux pas en avoir deux. Cette seconde union ne peut pas être un signe sacramentel de l’alliance nouvelle et éternelle.

Alors, première solution possible : j’en tire les conséquences. Je suis un chrétien à part entière, je participe à l’Eucharistie mais au moment d’exprimer sacramentellement, publiquement, objectivement, l’alliance nouvelle et éternelle, librement je m’abstiens de poser le geste sacramentel, parce que celui-ci est un geste objectif que contredit publiquement ma situation objective d’alliance rompue. Et je connais des gens qui font cela en sachant pourquoi, qui le font par amour et qui, dans cette abstention même, communient à la personne du Seigneur avec une intensité qui souvent m’émeut. En voyant cela, je me dis qu’ils communient au Seigneur peut-être plus profondément que moi quand il m’arrive (le plus rarement possible) d’être distrait en communiant et de me rendre compte que j’ai communié au Corps du Seigneur en pensant à ce qui allait suivre dans l’heure prochaine. Eh bien, cela, c’est une conclusion qu’on peut tirer : si elle est tirée avec amour, en ayant compris la profondeur de ce geste d’abstention, elle porte du fruit. J’en ai fait l’expérience chez toutes les personnes qui vivent cela.

Il existe une autre voie possible, plus exceptionnelle et qui n’est pas recommandable sans une grande préparation, mais je la cite parce que cela existe et je connais des couples qui ont en effet tiré cette conclusion : après une conversion, ils se sont dit voilà, je vis avec une personne qui n’est pas mon conjoint dans le Seigneur. Je vais continuer de vivre avec cette personne, car on ne peut pas se séparer, il y a les enfants etc., mais je vais vivre avec mon conjoint une amitié qui s’exprime autrement que si c’était ma femme ou mon mari, qui trouve une autre forme d’expression, une tendresse qui n’est pas typiquement conjugale. Mais pour cela, il faut être bien préparé, bien motivé.

Être dans d’autres situations qui ne sont pas telles que le Seigneur et l’Eglise le demandent cela ne veut pas dire que l’on est abandonné. Quand je reçois des personnes que ne peuvent vivre aucune des deux choses  que j’ai évoquées, je vis avec ces personnes avec respect, car je suis aussi un pécheur et je vis avec elles un chemin de conversion, d’espérance et de supplication adressée à la miséricorde de Dieu dans ma vie. Cela peut aussi se vivre positivement ».

 

 

Paraphrasons l’archevêque émérite pour conclure : toujours, il faut l’amour et la vérité. L’amour sans la vérité flatte les gens mais cela ne les construit pas et la vérité sans l’amour les détruit, les écrase et ce n’est pas bon non plus. Tout l’art dans la formation des consciences, c’est de conjuguer les deux : le cœur et la vérité, avec cela je pense qu’on peut aller loin.

 

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Amoris Laetitia, quand les cardinaux font du grabuge

Il était facile de prédire qu’ Amoris Laetitia (surtout la note en pied de page 351) provoquerait des assauts discordants dans l’unité doctrinale de l’Eglise – même de la part de certains des propres pasteurs de l’Eglise. Le Cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, vient de rejoindre les rangs des prélats qui disent que le pape François a autorisé de donner la sainte communion à ceux qui vivent un second « mariage » adultère.

Coccopalmerio, dans sa brochure récemment publiée, Le huitième chapitre de l’exhortation apostolique post synodale Amoris laetitia, (que certains considèrent comme faisant autorité puisqu’elle émane de la maison d’édition même du Vatican, la Libreria Editrice Vaticana), étend aussi cette permission à d’autres qui vivent une relation sexuelle hors mariage .

Coccopalmerio écrit :

Les divorcés remariés, les couples de fait, ceux qui cohabitent, ne sont certainement pas des modèles d’unions en harmonie avec la doctrine catholique, mais l’Eglise ne peut pas se boucher les yeux. Aussi les sacrements de Réconciliation et de Communion doivent également être donnés aux familles dites blessées, et à ceux, même nombreux, qui, bien que vivant des situations qui ne sont pas dans la ligne des canons matrimoniaux traditionnels , expriment le désir sincère d’approcher les sacrements, après une période de discernement appropriée….c’est un geste d’ouverture et de profonde miséricorde de la part de notre mère l’Eglise, qui ne laisse en arrière aucun de ses enfants, consciente que la perfection absolue est un cadeau précieux, mais qui ne peut pas être atteinte par tout le monde.

Que trouvons-nous ici ? Des slogans et des euphémismes. Un slogan a pour but de faire cesser la discussion. Un euphémisme écarte intentionnellement le lecteur d’une description précise et exacte de la réalité. Un de mes professeurs de séminaire notait que la mécanique verbale précède toujours la mécanique sociale. Ici il s’agit de mécanique doctrinale.

Des slogans tels que « se boucher les yeux » et « ne laisse en arrière aucun de ses enfants » , et des euphémismes tels que « des familles dites blessées » et « des situations qui ne sont pas dans la ligne des canons matrimoniaux traditionnels » montrent une décision de ne pas présenter une défense soigneusement motivée et précise de ce qu’on appuie. Coccopalmerio essaie plutôt d’entrainer le lecteur dans de mauvaises directions avec des appels à l’émotion.

« Ne pas se boucher les yeux » signifie que l’Eglise devrait ignorer purement et simplement l’état de péché de certains comportements. Dans le cas des unions comportant adultère et fornication, la question n’est pas de guérir « des familles dites blessées », mais de prévenir les pécheurs que leur conduite offense Dieu gravement.

Quand il dit que l’Eglise ne « devrait laisser en arrière aucun de ses enfants », il veut dire que le refus de donner la communion à ceux qui vivent publiquement une vie de péché grave serait un abandon injuste. Les unions adultères ne sont plus maintenant que des « situations qui ne sont pas dans la ligne des canons matrimoniaux traditionnels ». La loi de Dieu sur l’indissolubilité du mariage et sur l’immoralité de l’adultère n’est plus qu’ « une tradition » incorporée dans un canon. Violer cette loi n’est qu’une « situation qui n’est pas dans la ligne » de ce canon, lequel a été écrit quelque part, un certain jour, par quelqu’un. Quelle est l’importance d’un canon en comparaison des personnes vivantes qui « expriment le désir sincère d’approcher les sacrements après une période appropriée de discernement » ?

Coccopalmerio décrit l’observation du sixième sacrement comme « la perfection absolue (qui) est un bien précieux, mais qui ne peut pas être atteint par tout le monde ». Mais l’Eglise n’a jamais enseigné que d’observer le sixième commandement était un état de « perfection absolue », dépassant les capacités d’aucun de ses fils et de ses filles. C’est une erreur de considérer que la fidélité conjugale est un idéal inatteignable pour beaucoup de chrétiens. La grâce du sacrement de mariage est donnée par Dieu pour conforter les personnes mariées dans l’accomplissement de leur obligation conjugale de fidélité. L’infidélité est un choix contraire à nos obligations envers Dieu et notre conjoint. Ce n’est pas une alternative autorisée pour ceux qui ne « peuvent pas » atteindre « la perfection absolue ».

Coccopalmerio déclare plus loin : « L’Eglise pourrait admettre à la Pénitence et à l’Eucharistie les fidèles qui se trouvent dans une union illégitime et qui veulent changer cette situation mais ne peuvent pas agir selon leur désir ».

Dieu ne permet pas pour ne pas dire qu’il interdit, à quiconque de commettre un péché mortel. Et Il n’autorise personne à entrer publiquement dans une union qui soit contraire à sa loi sur le mariage. Une personne qui s’est mise en situation d’union adultère doit, pour le bien de son âme, sortir de cette situation. L’Eglise a le devoir de faire respecter la sainteté de la Sainte Eucharistie. Ceux qui rejettent publiquement le sixième commandement, d’une manière ou d’une autre, ne peuvent pas être admis à recevoir la sainte communion jusqu’à ce qu’ils aient mis un terme à leur état de péché.

Contrairement à tout cela, le cardinal Robert Sarah a publié une deuxième interview longue comme un livre, avec le journaliste français Nicolas Diat. Celle-ci va bientôt paraître en anglais : Le pouvoir du silence, contre la dictature du bruit. Dans ce dialogue profond sur le besoin qu’ont les croyants de retrouver l’amour du silence dans notre monde agité, le cardinal Sarah s’attaque aux questions brûlantes soulevées par le chapitre six d’Amoris Laetitia.

Le Christ est certainement affligé de voir et d’entendre des prêtres et des évêques qui devraient protéger l’intégrité de l’enseignement de l’Evangile et de la doctrine, multiplier les paroles et les écrits qui diluent la rigueur de l’Evangile par leurs affirmations volontairement ambigües et confuses. A ces prêtres et à ces prélats qui donnent l’impression de prendre le contrepied exact de l’enseignement traditionnel de l’Eglise en matière de doctrine et de morale, il n’est pas déplacé de rappeler les paroles sévères du Christ : « C’est pourquoi je vous le dis, chaque péché et blasphème sera pardonné à l’homme, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. Et quiconque dit une parole contre le Fils de l’Homme sera pardonné ; mais quiconque parle contre le Saint Esprit ne sera pas pardonné, ni dans cet âge, ni dans l’autre ».

« Il est coupable d’un péché éternel » ajoute Marc. (Ma traduction) La rigueur de l’Evangile est ce qui sauvera les âmes. La dilution de cette rigueur par quiconque au nom d’une fausse compassion fait beaucoup de mal en transformant l’Evangile en quelque chose qu’il n’est pas.

Source France Catholique