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Un Samedi Saint à Jérusalem et en Galice à la fin du IVème siècle

Semaine sainte à Jérusalem en 384 avec Égérie suite

Samedi saint : la vigile pascale a lieu comme chez nous

 

On peut être surpris que soudain le texte d’Égérie devienne très bref. Elle dit en effet aux destinataires : « C’est comme chez nous », et ne décrit pas les cérémonies qui avaient lieu à Jérusalem. Cette remarque est en elle-même fort intéressante ; elle nous apprend que dans la lointaine Galice, l’office de la vigile pascale était le même qu’à Jérusalem. En l’absence de tout autre document, c’est le témoignage d’une cohésion liturgique bien établie d’un bout à l’autre de l’Empire romain dans les dernières décennies du IVe siècle.  Alors même que la « grande persécution » débutée en 303, officiellement arrêtée en 311 (édit de Galère) n’avait réellement cessé qu’en 313 dans la partie occidentale de l’Empire et pratiquement en 324 seulement dans la partie orientale.

Quant aux vastes basiliques où pouvaient avoir lieu les grands offices, en particulier la vigile pascale comportant les baptêmes, elles sont récentes. Rappelons qu’à Jérusalem la dédicace de l’église majeure, le Martyrium, a eu lieu le 13 septembre 335. De même c’est dans la première moitié du IVe siècle que Rome doit à Constantin la fondation de l’église épiscopale, la Basilica constantiniana (Saint-Jean de Latran), immense basilique dans laquelle l’évêque peut, pour la première fois, réunir tout son peuple.

Pour corroborer et compléter les informations données par Égérie sur la Semaine sainte à Jérusalem, nous pouvons avoir recours, une fois encore, au Lectionnaire arménien, connu par trois manuscrits ; un peu postérieur (entre 417 et 439) au Journal d’Égérie, c’est la traduction arménienne de la liturgie de Jérusalem au début du Ve siècle, dont dépendent les liturgies d’Arménie, Géorgie et Albanie du Caucase (Azerbaïdjan).

 

« Le samedi, on fait à la troisième heure selon l’usage habituel ; de même à la sixième. A la neuvième, on ne fait pas comme le samedi, mais on prépare la vigile pascale dans l’église majeure, le Martyrium. La vigile pascale a lieu comme chez nous.

La seule chose qui se fasse en plus, c’est que les néophytes, lorsque, une fois baptisés et revêtus, ils sortent des fonts baptismaux, sont conduits tout d’abord à l’Anastasis avec l’évêque. L’évêque pénètre à l’intérieur des grilles de l’Anastasis, on dit un hymne, puis l’évêque fait une prière pour eux, ensuite il va avec eux à l’église majeure où, selon l’usage habituel, tout le peuple veille. On fait là ce qu’il est d’usage de faire chez nous aussi et après l’oblation, le renvoi a lieu. » (38, 1- 2)

 

Le Lectionnaire arménien nous donne les renseignements qu’Égérie a omis. Après un bref passage à l’Anastasis, toute la cérémonie a lieu au Martyrium, comme le dit Égérie. Elle commence par le rite du lucernaire (l’évêque allume la lampe), immédiatement suivi par la vigile qui s’ouvre par un psaume et se continue par douze lectures de l’Ancien Testament, chacune suivie d’une prière avec agenouillement. Plusieurs de ces douze lectures se retrouvent dans les anciens lectionnaires et dans la célébration qui a lieu de nos jours. Ce sont notamment : Genèse 1, 1 -3, 24 : les deux récits de la création, le péché d’Adam et Ève qui sont alors chassés du paradis ; Genèse 28, 16-18 : la bénédiction de Jacob  par Isaac et le songe de Jacob ; Exode 12, 1-24 : la Pâque et les prescriptions qui la concernent ; Exode 14, 24 – 15, 21 : le passage de la mer Rouge et chant de victoire entonné par Moïse ; Jonas 1, 11 – 4, 11 Jonas jeté à la mer et sauvé ; la pénitence des habitants de Ninive ; Ézéchiel 37, 1-14 : Les ossements desséchés et la promesse de Dieu : « Je vais vous faire remonter de vos tombeaux » ; Daniel 3 : les juifs qui ont refusé d’adorer la statue d’or érigée par Nabuchodonosor sont jetés dans la fournaise et ne sont pas brûlés ; cantique d’Azarias et cantique de louange des trois jeunes gens dans la fournaise.

Après ces lectures, pendant que l’on chantait l’hymne des trois jeunes gens, les nouveaux baptisés, après leur halte à l’Anastasis, entraient avec l’évêque dans le Martyrium, où ils assistaient à la première célébration de l’eucharistie de la nuit pascale. Cette célébration était doublée par une autre, plus brève, à l’Anastasis. Égérie en parle, elle aussi :

« Aussitôt après l’office de la vigile dans l’église majeure, on va à l’Anastasis avec des hymnes. Là on lit à nouveau le passage de l’évangile de la résurrection, on fait une prière, puis l’évêque offre à nouveau l’oblation. Mais tout cela rapidement, à cause du peuple, pour ne pas le retarder très longtemps ; ensuite on le renvoie. Le renvoi de la vigile, ce jour-là, a lieu à le même heure que chez nous. » (38, 2)

 

Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme

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La Grande Semaine à Jérusalem en 384 avec Égérie

Les premiers jours de la Grande Semaine

Au long des premiers jours de la Grande Semaine : lundi, mardi, mercredi, les offices se déroulent au fil des heures mais sont plus développés que durant les semaines précédentes du carême ; des temps de prière et de lectures bibliques s’y ajoutent tout au long de la journée et même d’une partie de la nuit. Les fidèles continuent d’observer un jeûne strict. Ils sont jour après jour conduits vers le Jeudi-Saint, revivant sur les lieux mêmes les événements qui ont précédé la Cène puis, au-delà, l’arrestation et la crucifixion de Jésus.

Le lundi

« Le lundi, on fait tout ce qu’il est d’usage de faire à l’Anastasis depuis le chant du premier coq jusqu’au matin ; de même, on fait à la troisième heure et à la sixième ce qu’on fait pendant tout le carême. A la neuvième heure, tous se rassemblent dans l’église majeure, c’est-à-dire le Martyrium, et là jusqu’à la première heure de la nuit, on dit continuellement des hymnes et des antiennes ; on lit des lectures appropriées au jour et au lieu, en intercalant toujours des prières. » (32, 1).

Le Lectionnaire arménien donne la liste de ces lectures à Jérusalem au Ve siècle : des passages de la Bible, en particulier de la Genèse, du Livre des Proverbes, du livre d’Isaïe et de l’évangile de Matthieu (20, 17-28). Tous ces textes, comme ceux qui seront lus les jours suivants, sont des textes-clefs de la Bible, par lesquels on entend annoncer le salut apporté par le Christ, grâce en particulier aux grandes figures de la Genèse : Adam, Noé, Abraham, Isaac.

« Le lucernaire aussi se fait là dès qu’il est l’heure de le faire, de sorte qu’il fait déjà nuit quand on fait le renvoi au Martyrium. Quand on a fait le renvoi, l’évêque est conduit, avec des hymnes, à l’Anastasis. Quand il est entré, on dit un hymne, on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles, et on fait le renvoi. » (32, 2).

 

Le mardi

« Le mardi, on fait tout comme le lundi. La seule chose que l’on ajoute le mardi, c’est à la nuit, le soir, quand on a fait le renvoi au Martyrium, qu’on est allé à l’Anastasis et qu’à nouveau on a fait le renvoi à l’Anastasis, tous, à ce moment-là, vont de nuit à l’église qui est sur la montagne de l’Éléona. Lorsqu’on est arrivé dans cette église, l’évêque entre dans la grotte – la grotte où le Seigneur avait coutume d’instruire ses disciples –, il prend le livre de l’évangile et, debout, il lit lui-même les paroles du Seigneur qui sont inscrites dans l’évangile selon Matthieu, là où il est dit : « Prenez garde que personne ne vous séduise ».  L’évêque lit ce discours en entier. Quand il l’a terminé, on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles, on fait le renvoi et chacun revient dans sa maison ; il est très tard, c’est déjà la nuit. » (33, 1-2)

Le Lectionnaire arménien précise l’extension de la péricope évangélique : il s’agit du « discours eschatologique » qu’une tradition ancienne, dont Égérie se fait l’écho, place dans la grotte de l’Éléona, d’où la station dans cette église deux jours avant la commémoration de l’arrestation de Jésus. Le texte commence ainsi en Matthieu, 24, 4 « Prenez garde qu’on ne vous abuse. Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens » et il se termine en Mt 26, 2 : « Et il arriva, quand Jésus eut achevé tous ces discours, qu’il dit à ses disciples : “La Pâque, vous le savez, tombe dans deux jours et le Fils de l’Homme va être livré pour être crucifié” ».

 

Le mercredi

« Le mercredi, on fait tout au long de la journée depuis le chant du coq, comme le lundi et le mardi. Mais après qu’on a fait le renvoi de nuit au Martyrium et qu’on a conduit l’évêque à l’Anastasis avec des hymnes, aussitôt l’évêque entre dans la grotte qui est dans l’Anastasis et il se tient à l’intérieur des grilles. Un prêtre se trouve devant la grille ; il prend l’évangile et lit le passage où Judas Iscariote alla trouver les Juifs et fixa le prix qu’ils donneraient pour livrer le Seigneur. » (34)

Il s’agit de Mt 26, 14-16 :« L’un des Douze qui s’appelait Judas Iscariote, alla trouver les grands prêtres et leur dit : “Que voulez-vous me donner et moi je vous le livrerai ? ”Ceux-ci lui versèrent trente pièces d’argent. Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le livrer ».

« Quand on a lu ce passage, ce sont de tels cris et de tels gémissements de tout le peuple qu’il n’est personne alors qui puisse n’être pas touché jusqu’aux larmes. Ensuite on fait une prière, les catéchumènes sont bénis, puis les fidèles, et on fait le renvoi » (34).

Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme

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Comment vivait-on le Jeudi Saint et le Vendredi saint à Jérusalem dans l’Antiquité ?

La Semaine sainte à Jérusalem en 384 avec Égérie

 

A partir du jeudi matin commence un long cheminement : parcourant les lieux mêmes où Jésus s’était rendu avec ses disciples, lectures des évangiles, hymnes, psaumes et prières rythment, à chaque station liturgique,  la procession qui rassemble tout le peuple chrétien de Jérusalem conduit par son évêque. Véritable « chemin de Croix » in situ (à une époque où la dévotion que nous nommons ainsi n’existait pas) dans la ferveur et l’émotion longuement décrit par Égérie.

 

Le Jeudi saint

« Le jeudi, on fait depuis le chant du premier coq, ce qu’il est d’usage de faire jusqu’au matin à l’Anastasis ; de même à la troisième et à la sixième heure. A la huitième heure, tout le peuple se réunit au Martyrium, plus tôt cependant que les autres jours, car il est nécessaire de faire le renvoi plus vite. Quand tout le peuple est réuni, on fait ce jour-là l’oblation au Martyrium, et le renvoi a lieu là même vers la dixième heure. Avant qu’on fasse le renvoi, l’archidiacre élève la voix et dit : “ A la première heure de la nuit, rendons-nous tous à l’église qui est à l’Éléona, car un très grand effort nous attend aujourd’hui, cette nuit.”

Quand on a fait le renvoi au Martyrium, on vient derrière la Croix ; on dit là un hymne seulement, on fait une prière, l’évêque y offre l’oblation et tous communient. A l’exception de ce seul jour, jamais de toute l’année on n’offre le sacrifice derrière la Croix ; il n’y a que ce jour-là. Lorsqu’on a fait là aussi le renvoi, on va à l’Anastasis, on fait une prière, sont bénis, selon l’usage habituel les catéchumènes, puis les fidèles, et l’on fait le renvoi. Ensuite chacun se hâte de renter dans sa maison pour manger. » (35, 1-2)

On ne s’étonnera pas de voir que les célébrations eucharistiques ont lieu au Martyrium et derrière la Croix, et non à Sion. Au IVe siècle, la tradition qui place à Sion la salle du Cénacle, et donc la dernière Cène, n’est pas encore apparue.  La réunion de la nuit a lieu à l’Éléona parce que c’est là qu’on eut lieu les entretiens d’après la Cène : « Après le chant des psaumes (il s’agissait des psaumes du Hallel, ps 113-118, dont la récitation clôturait le repas pascal), ils partirent pour le mont des Oliviers » (Mt 26, 30).

 

La nuit : au mont des Oliviers où le Seigneur entretint ses disciples

« Aussitôt qu’ils ont mangé, tous vont à l’Éléona, à l’église où se trouve la grotte dans laquelle ce même jour se tint le Seigneur avec ses disciples. Là jusqu’à la cinquième heure de la nuit environ, on dit continuellement des hymnes et des antiennes, ainsi que des lectures ; on intercale des prières ; on lit aussi, tirés de l’évangile, ces passages où le Seigneur, ce même jour, entretint ses disciples, assis dans la grotte même qui est dans cette église. » (35,2-3)

D’après le Lectionnaire arménien, il s’agissait des chapitres de l’évangile selon Jean, 13, 16 – 18, 1.

« Vers la sixième heure de la nuit, on monte avec des hymnes à l’Imbomon, l’endroit d’où le Seigneur est monté aux cieux. Là, de la même façon, on dit à nouveau des lectures, des hymnes et des antiennes appropriées au jour » (35, 4).

On montait ainsi au sommet du mont des Oliviers où on lisait le chapitre de Luc 22, 1-65.

 

L’église de l’agonie

« Après cela, quand les coqs commencent à chanter, on descend de l’Imbomon avec des hymnes et on se rend à l’endroit même où pria le Seigneur, comme il est écrit dans l’évangile : “Et il s’avança à la distance d’un jet de pierre et pria”, et la suite. A cet endroit, il y a une gracieuse église. L’évêque y entre et tout le peuple, on dit là une prière appropriée, on dit aussi un hymne et on lit le passage de l’évangile où il dit à ses disciples : “Veillez pour ne pas entrer en tentation” (Mt 26, 41). On lit là tout ce passage et on fait une prière. Puis de là, avec des hymnes, tous, jusqu’au plus petit enfant, descendent à pied à Gethsémani avec l’évêque. Eu égard à une foule aussi nombreuse, fatiguée par les veilles et affaiblie par le jeûne quotidien, qui doit descendre d’une aussi haute montagne, on va lentement, lentement à Gethsémani avec des hymnes. Des flambeaux d’église, plus de deux cents, ont été préparés pour éclairer tout le peuple. » (36, 1-2)

L’emplacement de l’église de l’agonie, la « gracieuse église » que signale Égérie, n’est pas assuré ; elle correspondrait à des vestiges trouvés au bas du mont des Oliviers, mais plus haut que Gethsémani. La mention de la si haute montagne à descendre s’applique à tout le trajet depuis le haut du mont des Oliviers

 

A Gethsémani : l’arrestation

« Une fois arrivés à Gethsémani, on fait d’abord une prière appropriée, puis on dit un hymne ; on lit ensuite ce passage de l’évangile où le Seigneur est arrêté (Mt 26, 31 – 55). A la lecture de ce passage, ce sont de tels cris, de tels gémissements de tout le peuple en larmes que l’on entend les lamentations jusqu’à la ville ou presque. A partir de ce moment on gagne la ville à pied avec des hymnes, et on arrive à la porte à l’heure où on commence à se reconnaître l’un l’autre. Ensuite, quand on avance à travers la ville, tous jusqu’au dernier, des plus âgés aux plus jeunes, riches et pauvres, tous sont présents là ; ce jour-là en particulier personne ne quitte la vigile avant le matin. » (36, 3)

Gethsémani, site de la trahison de Judas et de l’arrestation de Jésus, où se fait la station liturgique dans la nuit du Jeudi au Vendredi-Saint, indiquée par Égérie, se trouve au bas de la montagne des Oliviers. Un autre pèlerin y signale un rocher qu’Égérie ne mentionne pas. Ce n’est qu’au VIe siècle qu’une grotte aménagée en lieu sacré est indiquée dans les textes.

 

Jésus devant Pilate

« On escorte ainsi l’évêque de Gethsémani jusqu’à la porte, et, de là, à travers toute la ville, jusqu’à la Croix. Une fois qu’on est arrivé devant la Croix, il commence à faire presque clair. Là on lit encore le passage de l’évangile où le Seigneur est conduit à Pilate ; et tout ce que, selon l’Écriture, Pilate a dit au Seigneur et aux Juifs (Mt 27, 1-26), on le lit en entier (Jn 18, 28 – 19, 16).  Après quoi l’évêque s’adresse au peuple, les encourageant parce qu’ils ont peiné toute la nuit et qu’ils ont encore à peiner ce jour-là, à ne pas se lasser, mais à mettre leur espoir en Dieu, qui les paiera de leur peine par une récompense plus grande. En les encourageant ainsi autant qu’il le peut, il leur adresse ces mots : “Allez maintenant un moment chacun dans vos demeures, reposez-vous un peu, et vers la deuxième heure du jour, soyez tous ici présents pour que, de cette heure jusqu’à la sixième, vous puissiez voir le saint bois de la croix qui, chacun de nous le croit, sera utile à notre salut. Car à partir de la sixième heure, nous devons à nouveau nous réunir ici, devant la Croix, pour nous adonner aux prières et aux lectures jusqu’à la nuit” » (36, 3-5).

 

FRrnçoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme

 

 

 

 

 

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Nouveau cycle de 5 conférences sur l’Irak – du 26 mars au 19 septembre 2019 à Paris

La semaine prochaine, démarre à Paris avec une intervention de Charles Personnaz un nouveau cycle de conférences lancé par Fraternité en Irak : Irak, origines et perspectives d’une nation plurielle“. D’ici à l’automne 2019, elles nous feront découvrir l’Irak dans sa diversité.

Programme

 1) Protection des chrétiens et du patrimoine au Moyen-Orient

> Mardi 26 mars, 20h30, 20h30 – Eglise St Léon : 1 place du Cardinal Amette, 75015 Paris

Présentée par Charles Personnaz, cette première conférence rappellera le rôle de la France quant à la protection des communautés chrétiennes et du patrimoine au Moyen-Orient.

2) Le Moyen-Orient, au carrefour des religions

> Lundi 15 avril, Maison Magis : 12 rue d’Assas, 75006 Paris. Vous pouvez vous inscrire gratuitement ici

Deux spécialistes des religions (Mmes Masetti-Rouault et Briquel-Chatonnet), présenteront la diversité et la richesse confessionnelle au Moyen-Orient.

3) Irak antique, de la civilisation mésopotamienne aux chrétiens d’Orient : un patrimoine en danger

> Mercredi 22 mai.

Charles Personnaz, Cécile Michel (CNRS) et Aurélie Clémente-Ruiz (Institut du Monde Arabe) aborderont  l’enjeu de la sauvegarde du patrimoine architectural et archéologique irakien menacé par l’Etat islamique.

4) L’organisation Etat Islamique est-elle vaincue ? De la lutte armée à la bataille des idées

> Lundi 24 juin.

Myriam Benraad rappellera comment s’est développé l’Etat Islamique et comment un vivre-ensemble peut aujourd’hui se reconstruire.

5) Quel avenir pour une société irakienne pluriconfessionnelle et pluriethnique ? 

> Automne 2019.

Gérard-François Dumont, géographe, envisagera la préservation de la société irakienne.

Programme complet et inscriptions

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La vénération du bois de la Croix à Jérusalem en 384 – Comment nos ancêtres fêtaient-ils Pâques ?

La vénération du bois de la Croix à Jérusalem, l’après-midi du Vendredi saint, nous est connue par la description qu’en donne la pèlerine Égérie dans son Journal de voyage, ch. 36-37 (Sources chrétiennes 296).

 Égérie, une très pieuse personne originaire de Galice, semble-t-il, avide de voir lieux saints et saints moines, entreprit un long voyage en Orient (381-384) qu’elle décrit dans une lettre adressée à des correspondantes qu’elle appelle ses sœurs, en qui on voit les membres d’une communauté dont elle fait partie. Communauté monastique ou cercle de dames pieuses comme il en existait à l’époque ? Sa manière de vivre et de voyager ne donne pas l’impression qu’elle mène la vie ascétique. La durée de son pèlerinage, sa liberté pour décider de ses déplacements durant trois ans, le brillant appareil qui lui vaut d’être reçue tant par les évêques que par les moines les plus austères dont elle admire le mode de vie ascétique, sans toutefois le partager, laisse à penser qu’il s’agit plutôt d’une de ses pieuses laïques d’assez haut rang qui viennent en pèlerinage aux lieux saints d’Orient.

Son séjour de trois ans à Jérusalem est entrecoupé de voyages en Égypte, au Sinaï, en Mésopotamie, à Antioche, Constantinople ; elle parcourt la Palestine. Elle est infatigable, avide de voir et de savoir. Son Itinerarium, bien que parvenu incomplet, fournit une mine de renseignements. C’est le cas pour la liturgie de la Semaine sainte à Jérusalem où on la retrouve aux environs du samedi 9 mars 384, deux semaines avant Pâques.

Elle se déroule dans les Lieux saints par excellence, ceux de la Passion et de la résurrection du Christ, où s’élève, à l’époque d’Égérie, l’Anastasis, rotonde à l’intérieur de laquelle se dresse le bloc rocheux du tombeau, enchâssé dans un édicule qui le protégeait ; elle s’ouvrait à l’est sur un très beau et vaste atrium entouré de portiques. Dans l’angle sud-est se dressait le monticule du Golgotha, qu’Égérie appelle « la Croix », d’où son expression « devant la Croix » pour désigner l’atrium ; une croix y était dressée ; un ciborium doré protégeait le lieu des intempéries. Au sud ou à l’est du Golgotha, une petite chapelle dite « derrière la Croix » était utilisée pour l’adoration de la vraie Croix et d’autres reliques dont le titulus. Le Martyrium est l’église majeure édifiée sur ordre de Constantin, grande basilique à cinq nefs dont l’abside dominait l’atrium de l’Anastasis, précédée à l’est d’un vaste atrium dont les portes ouvraient sur la rue principale de Jérusalem. C’est dans ce cadre vaste et somptueux que se déroulaient les cérémonies liturgiques, en particulier celles de la semaine sainte : la « Grande semaine ».

« Le dimanche, où l’on entre dans la semaine pascale, qu’on appelle ici la grande semaine, lorsqu’on a célébré depuis le chant des coqs, ce qu’il est d’usage de faire à l’Anastasis ou à la Croix jusqu’au matin, le dimanche matin donc, on se réunit, selon l’usage habituel, dans l’église majeure qu’on appelle Martyrium. On l’appelle Martyrium parce qu’elle se trouve au Golgotha, derrière la Croix, là où le Seigneur a souffert : d’où ce nom de Martyrium ». Ce dimanche ne s’appelle pas encore le « jour des palmes » ; néanmoins la commémoration de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem a lieu dans la soirée à partir du Mont des Oliviers, à travers la ville jusqu’à l’Anastasis. Les jours suivants des cérémonies quasi continuelles se déroulent dans les différents lieux, de nuit comme de jour, comportant antiennes, psaumes et lectures. Égérie insiste sur l’affluence ; autour de l’évêque et du clergé se pressent le peuple et les catéchumènes. Elle insiste aussi sur l’émotion, les cris, larmes et gémissements à la lecture des textes de la Passion.

Le vendredi c’est en suivant l’itinéraire de Gethsémani au Golgotha que se déroule la liturgie qui commence avant le jour. Après les lectures appropriées, l’évêque encourage les fidèles et les envoie se reposer un moment parce qu’ils ont peiné toute la nuit : « Reposez-vous un peu, et vers la deuxième heure du jour, soyez tous ici présents pour que, de cette heure jusqu’à la sixième, vous puissiez voir le saint bois de la croix qui, chacun de nous le croit, sera utile à notre salut. ».

Après ce temps de repos « les voici tous présents. On place alors un siège pour l’évêque au Golgotha, derrière la croix […] on dispose devant lui une table couverte d’une nappe. Autour de la table, les diacres se tiennent debout. On apporte le coffret d’argent doré qui contient le saint bois de la croix, on l’ouvre, on l’expose, on place sur la table et le bois de la croix et l’écriteau. Quand on les a placés sur la table, l’évêque, assis, appuie ses mains sur les extrémités du bois sacré, et les diacres, debout autour, surveillent. Voici pourquoi cette surveillance. Il est d’usage que tout le peuple, tant fidèles que catéchumènes, s’approche un à un, se penche sur la table, baise le bois sacré et passe. Or on raconte que quelqu’un, je ne sais quand, y a mordu et a volé un fragment du bois sacré. C’est pourquoi maintenant les diacres debout à l’entour, surveillent ainsi, pour qu’aucun de ceux qui approche n’ose refaire de même. Tout le peuple défile donc un par un. Chacun s’incline, touche du front, puis des yeux, la croix et l’écriteau, baise la croix et passe, mais personne n’étend la main pour toucher. […] Tout le peuple défile, entrant par une porte, sortant par une autre […] Quand vient la sixième heure, on va devant la Croix, qu’il pleuve ou qu’il fasse très chaud ; cet endroit est en plein air : c’est une sorte d’atrium très grand et très beau, entre la Croix et l’Anastasis. »

La liturgie continue par des lectures et des psaumes : « Tous les passages où ils ont parlé de la passion du Seigneur », tous les passages des Évangiles « où il subit sa passion » et « dans les Prophètes les passages où ils ont dit que le Seigneur souffrirait la passion ». Et Égérie commente : « Ainsi, pendant ces trois heures, tout le peuple apprend que rien ne s’est passé qui n’ait été prédit et que rien n’a été dit qui ne se soit parfaitement réalisé. On intercale continuellement des prières. » « Il n’est personne, du plus âgé au plus jeune, qui, ce jour-là, ne se lamente à un point incroyable de ce que le Seigneur ait souffert cela pour nous.  A la neuvième heure, on lit ce passage de l’évangile de Jean où il rendit l’esprit. Après cette lecture on fait une prière et le renvoi ». Mais, de la Croix, tous se rendent au Martyrium puis plus tard à l’Anastasis où on continue la vigile ; ceux qui le peuvent passent toute la nuit.

 

La vénération du bois de la Croix s’inscrit donc dans les cérémonies qui se déroulent le vendredi saint à Jérusalem. C’est une dévotion émouvante qui s’inscrit dans le cadre de la liturgie proprement dite mais qui, ne comporte pas les lectures, prières, hymnes et psaumes de l’ensemble de l’office. Elle permet un contact concret, mais bref, encadré et en silence, que l’évêque déclare « utile à notre salut » mais elle ne semble pas susciter cette adhésion de tout l’être que permet la liturgie par laquelle le peuple chrétien revit, dans la ferveur et une vive émotion, la passion de son Seigneur sur les lieux même où elle s’est déroulée.

 

 Françoise Thelamon, professeur d’histoire du christianisme, université de Rouen