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Le Gender dans l’enseignement de Benoît XVI

A l’occasion de la polémique déclenchée par le pape François sur l’enseignement du gender, l’abbé Lelièvre publie sur son site Evangelium Vitae une recension de l’enseignement du pape émérite Benoit XVI sur l’idéologie du gnere.

Un enseignement riche, profond et d’une clarté toujours aussi saisissante à retrouver ici.

NLQ #Rome

Message de Benoît XVI pour les obsèques du cardinal Meisner

Beaucoup de commentaires ont accompagné cette lettre du pape émérite pour les obsèquess de son ami le cardinal Meisner. Bien savant qui peut interpréter en lieu et place de Benoît XVI cette lettre d’hommage.

Aussi choisissons-nous de la donner sans aucun commentaire et dans son intégralité.

 

En cette heure, alors que les fidèles de l’Eglise de Cologne, et bien au-delà, font leurs adieux au cardinal Joachim Meisner, mon cœur et mes pensées sont avec vous et je suis heureux d’envoyer, à la demande du cardinal Wölki, quelques mots en souvenir.

Quand, mercredi dernier, j’ai appris par un appel téléphonique la mort du cardinal Meisner, tout d’abord je n’ai pas pu le croire. La veille nous avions parlé au téléphone. Sa voix était pleine de gratitude parce qu’il était désormais en vacances, après que le dimanche précédent il eût participé, à Vilnius, à la béatification de l’évêque Teofilius Matulionis. Il a toujours été caractérisé par l’amour des Églises des pays voisins d’Europe de l’Est, qui ont subi la persécution communiste, et par la gratitude pour le courage avec lequel elles ont enduré ces épreuves à l’époque. Ce n’est donc pas une coïncidence si la dernière visite de sa vie a été consacrée à un témoignage de foi dans ces terres.

Ce qui m’a particulièrement frappé dans les récentes conversations avec le défunt cardinal, c’est la sérénité, la joie intérieure et la confiance qu’il avait acquises. Nous savons que pour lui, voué avec passion au soin des âmes, il était difficile de quitter son office, et justement en un moment où l’Église a besoin de pasteurs qui savent résister à la dictature de l’esprit du temps (“Zeitgeistes”), et vivre et penser avec décision en conformité avec leur foi.

Mais j’ai été encore plus ému par le fait que, dans la dernière période de sa vie, il ait appris à prendre les choses plus sereinement et qu’il vive de plus en plus dans la conviction profonde que le Seigneur n’abandonne jamais son Eglise, même si parfois la barque s’est remplie presque au point de chavirer.

Deux choses l’ont rendu de plus en plus heureux et confiant dans la dernière période de sa vie : d’une part, il m’a répété combien cela le remplissait d’une joie profonde de voir des jeunes, surtout de jeunes hommes, faire l’expérience de la grâce du pardon dans le sacrement de la confession – le don d’avoir trouvé cette vie que seul Dieu peut leur donner.

L’autre chose qui le touchait toujours à nouveau et lui donnait une grande joie, c’est la diffusion silencieuse de l’Adoration Eucharistique. Aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne, sa principale préoccupation était l’Adoration Eucharistique, un moment où seul le Seigneur parle au cœur. Plusieurs experts en travail pastoral et en liturgie pensaient qu’un tel moment de contemplation du Seigneur ne pouvait pas être réalisé avec un si grand nombre de personnes. Certains considéraient même l’adoration eucharistique en tant que telle comme obsolète, parce que le Seigneur veut être reçu dans le Pain Eucharistique et non pas contemplé.

Mais le fait que ce pain ne puisse pas être mangé comme un aliment ordinaire, et que « recevoir » le sacrement de l’Eucharistie implique toutes les dimensions de notre existence – que le recevoir doit être l’adorer – est devenu de plus en plus clair.

Ainsi, le moment de l’adoration eucharistique au cours des Journées mondiales de la jeunesse est devenu une expérience intérieure qui est restée inoubliable, et pas seulement pour le cardinal. Cet évènement est resté pour toujours présent en lui, comme une grande lumière.

Quand, le dernier matin, le cardinal Meisner n’a pas paru pour la messe, il a été retrouvé mort dans sa chambre. Le bréviaire avait glissé de ses mains. Il est mort en priant, les yeux tournés vers le Seigneur, dans le dialogue avec lui. La mort qui lui a été accordée, nous montre une fois encore comment il a vécu : en présence du Seigneur et en conversation avec lui.

Remettons donc avec confiance son âme à la bonté de Dieu. Seigneur, nous Te remercions pour le témoignage de Ton serviteur Joachim. Puisse-t-il intercéder pour l’Eglise à Cologne et dans le monde entier. 
Requiescat in pace.

 

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Doctrine / Formation #Théologie

Benoît XVI explique la question de la “justification”

4Un thème épineux et central dans la controverse avec Luther est celui de la justification. Thème que l’éminent théologien Benoit XVI estime essentiel.

Lors des vêpres œcuméniques du 12 septembre 2006 à la cathédrale de Ratisbonne, le pape s’était longuement attardé à commenter ce point complexe.

Alors que son successeur s’est rendu en Suède pour commémorer le 500ème anniversaire de la Réforme, nous vous proposons ce point de catéchèse du souverain pontife de l’époque.

Chers frères et soeurs dans le Christ !

Nous sommes réunis, chrétiens orthodoxes, catholiques et protestants, – des amis juifs se trouvent également avec nous – nous sommes réunis pour chanter ensemble les Louanges vespérales de Dieu. Les Psaumes sont le coeur de cette liturgie, dans lesquels s’unissent l’Ancienne et la Nouvelle Alliance et  où  notre  prière  s’unit à l’Israël croyant qui vit dans l’espérance. Il s’agit d’une heure de gratitude pour le fait que nous puissions ainsi réciter ensemble les psaumes et que, en nous adressant au Seigneur, nous puissions croître également en même temps dans l’unité entre nous.

Parmi les participants à ces Vêpres, je voudrais tout d’abord saluer cordialement les représentants de l’Eglise orthodoxe. Je considère déjà depuis toujours comme un grand don de la Providence le fait que, comme professeur à Bonn, j’ai eu l’occasion de connaître et d’aimer l’Eglise orthodoxe, pour ainsi dire personnellement, c’est-à-dire en la personne de deux jeunes Archimandrites, ensuite devenus Métropolites, Stylianos Harkianakis et Damaskinos Papandreou. A Ratisbonne, grâce aux initiatives de l’Evêque Graber, des rencontres supplémentaires se sont ajoutées :  à l’occasion des Symposiums sur le “Spindlhof” et grâce aux boursiers qui ont étudié ici. Je suis heureux de pouvoir revoir plusieurs visages qui me sont familiers depuis longtemps et de voir les vieilles amitiés retrouvées. Dans quelques jours, reprendra à Belgrade le dialogue théologique sur le thème fondamental de la koinonia, de la communion – dans les deux dimensions que la Première Lettre de Jean nous indique immédiatement au début, dans le premier chapitre. Notre koinonia est tout d’abord une communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ dans l’Esprit Saint ; elle est la communion avec Dieu Trine lui-même, rendue possible par le Seigneur à travers son incarnation et l’effusion de l’Esprit. Cette communion avec Dieu crée ensuite également la koinonia entre les hommes, comme participation à la foi des Apôtres et, ainsi, comme communion dans la foi – une communion qui, dans l’Eucharistie, devient “corporelle”, édifiant l’unique Eglise qui s’étend au-delà de toutes les frontières (cf. 1 Jn 1, 3). J’espère et je prie pour que ces entretiens portent des fruits et que la communion avec le Dieu vivant qui nous unit, ainsi que la communion  entre  nous  dans la foi transmise par les Apôtres, s’approfondissent et mûrissent jusqu’à cette pleine unité, à partir de laquelle le monde peut reconnaître que Jésus Christ est véritablement l’envoyé de Dieu, le Fils de Dieu, le Sauveur du monde (cf. Jn 17, 21). “Pour que le monde croie”, il est nécessaire que nous soyons un :  le sérieux de cet engagement doit animer notre dialogue.

Je salue de tout coeur également les amis des diverses traditions de la Réforme. Dans ce contexte également, de nombreux souvenirs se réveillent en moi :  les souvenirs des amis du cercle Jäger-Stählin, qui sont désormais décédés ; à ces souvenirs se mêle la gratitude pour les rencontres de ce moment. Bien sûr, je pense en particulier à l’engagement de recherche difficile pour trouver un accord à propos de la justification. Je me rappelle de toutes les phases de ce processus jusqu’à la rencontre mémorable avec le défunt Evêque Hanselmann, ici à Ratisbonne – une rencontre qui put contribuer de manière essentielle à atteindre une conclusion concordante. Je suis heureux que, entre temps, le “Conseil mondial des Eglises méthodistes” ait également adhéré à cette Déclaration. L’accord à propos de la justification reste pour nous un engagement important qui – selon moi – n’est en réalité pas encore complètement accompli :  dans la théologie, la justification est un thème essentiel, mais dans la vie des fidèles – me semble-t-il – il est rarement présent aujourd’hui. Même si en raison des événements dramatiques de notre époque le thème du pardon réciproque se révèle à nouveau dans toute son urgence – nous sommes peu conscients du fait que nous ayons tout d’abord besoin du pardon reçu de Dieu, de la justification à travers Lui. Il n’apparaît plus, en grande partie, à la conscience moderne – et nous tous, d’une certaine façon, sommes “modernes” – le fait que, devant Dieu, nous avons vraiment des dettes et que le péché est une réalité qui ne peut être surmontée que sur l’initiative de Dieu. Derrière cet affaiblissement du thème de la justification et du pardon des péchés se trouve, en définitive, un affaiblissement de notre relation avec Dieu. C’est pourquoi, notre première tâche sera peut-être de redécouvrir de manière nouvelle le Dieu vivant dans notre vie, dans notre temps et dans notre société.

Ecoutons à présent dans cette intention ce que saint Jean souhaitait nous dire, il y a peu, dans la lecture biblique. Je voudrais souligner de manière particulière trois affirmations de ce texte complexe et riche. Le thème central de toute la lecture apparaît dans le verset 15 :  “Celui qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu”. Encore une fois, comme déjà dans les versets 2 et 3 du quatrième chapitre, Jean met en lumière la confession qui, au fond, nous caractérise en tant que chrétiens :  c’est-à-dire la foi dans le fait que Jésus est le Fils de Dieu venu dans la chair. “Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître”, lit-on à la fin du prologue du quatrième Evangile (Jn 1, 18). Nous savons par Jésus Christ qui est Dieu :  par l’unique qui est Dieu. C’est à travers Lui que nous entrons en contact avec Dieu. A l’époque des rencontres multireligieuses, nous sommes facilement  tentés d’atténuer un peu cette confession centrale ou même de la cacher. Mais ainsi nous ne rendons pas service à la rencontre, ni au dialogue. Ainsi, nous rendons seulement Dieu moins accessible, aux autres et à nous-mêmes. Il est important que nous mettions en discussion de manière complète, et pas seulement fragmentaire, notre image de Dieu. Pour en être capable, il faut développer et approfondir notre communion personnelle avec le Christ et notre amour pour Lui. Dans cette confession commune et dans cette tâche commune, il n’existe aucune division entre nous. Nous voulons prier, afin que ce fondement commun se renforce toujours davantage.

Cela nous place déjà face au deuxième thème que je souhaitais aborder. On parle de celui-ci dans le verset 14, où on peut lire :  “Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde”. Le mot central de cette phrase est μαρτυρουˆ μεν – nous témoignons, nous sommes témoins. La confession doit devenir témoignage. La parole sous-jacente μάρτυς, réévoque le fait que le témoin de Jésus Christ doit affirmer son témoignage à travers toute son existence, sa vie et sa mort. L’auteur de la Lettre dit à propos de lui-même :  “Nous avons contemplé”. Etant donné qu’il a contemplé, il peut être un témoin. Cela présuppose cependant que nous aussi – les générations suivantes –  soyons  capables  de  devenir  des voyants, dans le but de pouvoir, en tant que voyants, rendre témoignage. Prions donc le Seigneur de nous rendre voyants ! Aidons-nous mutuellement à développer cette capacité, pour pouvoir rendre voyants également les hommes de notre temps, de manière à ce qu’à leur tour, à travers le monde entier qu’ils ont construit, ils réussissent à redécouvrir Dieu ! Afin que, franchissant toutes les barrières historiques, ils puissent à nouveau apercevoir Jésus, le Fils envoyé  par  Dieu,  dans  lequel  nous voyons le Père. Dans le verset 9, il est dit que Dieu a envoyé son Fils dans le monde, pour que nous ayons la vie. Ne constatons-nous pas aujourd’hui que ce n’est qu’à travers la rencontre avec Jésus Christ que la vie devient véritablement vie ? Etre témoin de Jésus Christ signifie surtout :  être témoin d’une manière de vivre déterminée. Dans un monde plein de confusion, nous devons à nouveau rendre témoignage des orientations qui font de la vie une vie véritable. Nous devons affronter cette importante tâche commune à tous les croyants de manière ferme :  il est de la responsabilité des chrétiens, en cette heure, de rendre visible les orientations pour une vie juste, qui nous sont apparues clairement en Jésus Christ. Sur son chemin de vie, il a résumé toutes les paroles de l’Ecriture :  “Ecoutez-le !” (Mc 9, 7).

Nous sommes ainsi arrivés au troisième mot que je voulais souligner dans cette lecture :  agapè – amour. Telle est la parole guide de toute la Lettre, et en particulier du passage que nous venons d’écouter. Agapè, l’amour comme nous l’enseigne Jean, n’a rien de sentimental ni d’exalté ; c’est quelque chose de totalement sobre et réaliste. J’ai cherché à en expliquer certains aspects dans mon Encyclique Deus caritas est. L’agapè, l’amour est véritablement la synthèse de la Loi et des Prophètes. Dans celle-ci tout est “contenu” ; un tout qui, dans la vie quotidienne, doit cependant toujours être à nouveau “développé”. Dans le verset 16 de notre texte, on trouve la parole merveilleuse :  “Nous avons cru à l’amour”. Oui, l’homme peut croire à l’amour. Témoignons notre foi, de manière à ce qu’elle puisse apparaître comme la force de l’amour, “pour que le monde croie” (Jn 17, 21) ! Amen !

 

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Benoît XVI nous parle du Sacré-Cœur

Pour conclure ce mois du Sacré-Cœur, nous vous proposons quelques interventions et homélie du pape Benoît XVI sur le Sacré-Cœur.

Paroles du pape Benoît XVI adressées à la communauté Polonaise

Je salue cordialement les pèlerins Polonais ici présents. J’exprime une joie spirituelle  profonde pour le fait qu’en Pologne, en ce mois de juin, vous mainteniez la tradition de la dévotion au Sacré Coeur. Ce Coeur est le symbole de l’amour de Jésus au Père, mais aussi de l’amour pour chacun de nous. Que votre prière soit une offrande au Christ en réparation pour les fautes et les péchés des hommes et obtienne la conversion des coeurs et la paix dans le monde. Jésus Christ soit loué.

Il est vrai que dans bon nombre de pays cette dévotion a été occultée et beaucoup de jeunes n’en soupçonnent même pas l’existence.

Benoît XVI nous parle du Sacré-Coeur

Le Cœur de Jésus est la manifestation de l’amour de Dieu, explique Benoît XVI

Benoît XVI s’inscrit donc dans cette tradition, en pleine harmonie avec sa première encyclique « Dieu est Amour », citée plusieurs fois dans sa lettre : dans le culte à l’amour de Dieu, signifié par le culte au Sacré Cœur, il s’agit en effet d’une réponse des baptisés à l’amour premier de Dieu.

« Jésus Christ, Dieu lui-même recherche la « brebis perdue », l’humanité souffrante et égarée. Quand Jésus, dans ses paraboles, parle du pasteur qui va à la recherche de la brebis perdue, de la femme qui cherche la drachme, du père qui va au devant du fils prodigue et qui l’embrasse, il ne s’agit pas là seulement de paroles, mais de l’explication de son être même et de son agir. Dans sa mort sur la croix s’accomplit le retournement de Dieu contre lui-même, dans lequel il se donne pour relever l’homme et le sauver – tel est l’amour dans sa forme la plus radicale. Le regard tourné vers le côté ouvert du Christ, dont parle Jean (cf. 19, 37), comprend ce qui a été le point de départ de cette Encyclique : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8). C’est là que cette vérité peut être contemplée. (12) »

 Benoît XVI soulignait que la dévotion au Cœur du Christ n’était pas pas « passagère », mais « indispensable », car « l’adoration de l’amour de Dieu, dont le Sacré-Cœur est le symbole (…) demeure indispensable pour une relation à Dieu vivante ».

Benoît XVI a adressé une lettre au Préposé général de la Compagnie de Jésus, le P. Peter Hans Kolvenbach à l’occasion du 50e anniversaire de l’encyclique de Pie XII « Haurietis Aquas in Gaudio » (« Vous puiserez des eaux ») pour promouvoir le culte et la dévotion au Cœur du Christ. Le titre de l’encyclique vient de l’oracle du prophète Isaïe (ch. 12, 2-6) qui dit : « Ivres de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut » (cf. les fondements scripturaires de la dévotion au Sacré Coeur  ). Discours intégral : Benoît XVI

Lettre de Benoît XVI pour le 50e anniversaire de l’encyclique Haurietis Aquas : Benoît XVI  

L’an dernier, Benoît XVI évoquant la solennité du Très Saint Cœur de Jésus, soulignait qu’elle était une dévotion profondément enracinée dans le peuple chrétien. Dans le langage biblique, le “cœur” indique le centre de la personne, le siège de ses sentiments et de ses intentions. Dans le cœur du Rédempteur, nous adorons l’amour de Dieu pour l’humanité, sa volonté de salut universel, son infinie miséricorde . Rendre un culte au Sacré-Cœur du Christ signifie donc adorer ce Cœur qui, après nous avoir aimés jusqu’au bout, fut transpercé par une lance et duquel jaillirent, du haut de la Croix, sang et eau, source intarissable de vie nouvelle.

Grâce à la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, expliquait encore Benoît XVI, les chrétiens comprennent l’amour de Dieu pour l’humanité.

L’an dernier également, lors d’une audience générale, Benoît XVI avait interpellé ses visiteurs sur la fête du Sacré-Cœur qui approchait :

 

“Nous commençons aujourd’hui le mois de juin, dédié au Sacré-Cœur de Jésus. Arrêtons-nous souvent pour contempler ce profond mystère de l’amour divin. Dans le Cœur du Rédempteur nous adorons l’amour de Dieu pour l’humanité, sa volonté de salut universel, son infinie miséricorde . Rendre un culte au Sacré Cœur du Christ signifie par conséquent adorer ce Cœur qui, après nous avoir aimés jusqu’au bout, fut transpercé par une lance et duquel, du haut de la Croix jaillit du sang et de l’eau, source intarissable de vie nouvelle.

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Benoît XVI, une présence silencieuse qui fait du bien à toute l’Eglise

La présence silencieuse de Benoît XVI « fait beaucoup de bien à l’Eglise et au peuple de Dieu ». C’est ce qu’a affirmé Mgr Georg Gänswein, préfet de la Maison pontificale, à la présentation de l’ouvrage “Joseph Ratzinger-Benoît XVI. Images d’une vie”, le 14 juin 2017, à Rome.

(…)

Son secrétaire particulier a donné des nouvelles du pape émérite : « Chaque soir nous faisons une petite promenade, qui commence et se termine devant la Grotte de Lourdes dans les Jardins du Vatican et nous prions le chapelet ». Avant, a-t-il précisé, « c’était une longue promenade, désormais le périmètre s’est réduit mais la force du cœur a augmenté ».

« La présence du pape émérite, a assuré Mgr Gänswein, est très silencieuse et très appréciée par beaucoup de personnes, et surtout active dans la prière. Sans parler, il parle une parole silencieuse qui je crois fait du bien à de nombreuses personnes, fait beaucoup de bien à l’Eglise et au peuple de Dieu ».

Au cours de la rencontre, le père Federico Lombardi, président de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoît XVI, a estimé que la « priorité » du pontificat du pape allemand avait été de « porter les hommes à Dieu, à une époque où Dieu disparaît de l’horizon de l’humanité ».

 

Source Zenit

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Un nouvel essai du pape émérite sur le silence chrétien

« Qu’est-ce que cela signifie : entendre le silence de Jésus et le connaître à travers son silence ? », demande le pape émérite Benoît XVI, renvoyant ainsi la recherche du silence au Christ lui-même, à une conception « chrétienne » du silence. Il propose à ce sujet un « examen de conscience » aux évêques.

De la Cité du Vatican, le pape émérite Benoît XVI, qui sort pour cela de son silence monacal, écrit la préface de l’édition en anglais du livre du cardinal Robert Sarah « La force du silence », publié en français chez Fayard.

Plus qu’une préface c’est même un « essai » servant de préambule à cet entretien avec Nicolas Diat : « The Power of Silence : Against the Dictatorship of Noise » (« La force du silence : contre la dictature du bruit »), publié en anglais par Ignatius Press.

Le pape émérite répond à sa question en termes christologiques : « Nous savons par les Évangiles que Jésus passait fréquemment des nuits seul « sur la montage » en prière, en conversation avec son Père. Nous savons que son discours, sa parole, vient du silence et n’a pu mûrir que là. Il est donc raisonnable de penser que sa parole ne peut être correctement entendue que si nous aussi, nous entrons dans son silence, si nous apprenons à l’entendre de son silence. »

Il cite les paroles de saint Ignace d’Antioche (35-115), évêque syrien, père et docteur de l’Eglise, martyr : « Dès la première fois que j’ai lu les Lettres de saint Ignace d’Antioche, dans les années 1950, un passage de sa Lettre aux Éphésiens m’a particulièrement frappé : « Mieux vaut se taire et être que parler sans être. Il est bon d’enseigner, si celui qui parle agit. Il n’y a donc qu’un seul maître, celui qui ‘a dit et tout a été fait’ et les choses qu’il a faites dans le silence sont dignes de son Père. Celui qui possède en vérité la parole de Jésus peut entendre même son silence, afin d’être parfait, afin d’agir par sa parole et de se faire connaître par son silence. » (15, 1f.). »

Comme il le fait dans ses livres « Jésus de Nazareth », Benoît XVI redit son option pour une exégèse : «  Certes, pour interpréter les paroles de Jésus, la connaissance historique est nécessaire, elle qui nous enseigne à comprendre le temps et le langage de ce temps. Mais seul, cela ne suffit pas si nous voulons vraiment comprendre le message du Seigneur en profondeur. Aujourd’hui quiconque lit les commentaires de plus en plus épais des Évangiles est déçu à la fin. Il apprend beaucoup de choses utiles sur cette époque et de nombreuses hypothèses qui n’apportent finalement rien du tout à la compréhension du texte. À la fin, vous sentez que dans tout cet excès de paroles, il manque quelque chose d’essentiel : entrer dans le silence de Jésus d’où sa parole est née. Si nous ne pouvons pas entrer dans ce silence, nous n’entendrons toujours la parole qu’en superficie et nous ne la comprendrons donc pas réellement. »

« En lisant le nouveau livre du cardinal Robert Sarah, confie le pape émérite, toutes ces pensées ont traversé à nouveau mon âme. Sarah nous enseigne le silence – être silencieux avec Jésus, véritable calme intérieur, et c’est précisément de cette façon qu’il nous aide à saisir à nouveau la parole du Seigneur. »

Il cite cette question de Nicolas Diat : « Vous est-il arrivé dans votre vie que les mots deviennent trop encombrants, trop lourds, trop bruyants ? » Et la réponse : « Dans ma prière et dans la vie intérieure, j’ai toujours ressenti le besoin d’un silence plus profond, plus complet… Les journées de solitude, de silence et de jeûne total ont été un grand soutien. Elles ont été une grâce sans précédent, une lente purification et une rencontre personnelle avec… Dieu… Des journées de solitude, de silence et de jeûne, nourries seulement par la Parole de Dieu, permettent à l’homme de fonder sa vie sur ce qui est essentiel ». Ces lignes indiquent la source d’où vit le cardinal, qui donne à sa parole une profondeur intérieure. »

Pour Benoît Xvi le manque de silence est un « danger » pour l’Eglise et spécialement pour les évêques : « De ce point de vue privilégié, il peut alors voir les dangers qui menacent continuellement la vie spirituelle, des prêtres et des évêques aussi, et qui mettent donc en danger l’Église elle-même aussi, dans laquelle il n’est pas rare que la Parole soit remplacée par un verbiage qui dilue la grandeur de la Parole. J’aimerais juste citer une phrase qui peut devenir un examen de conscience pour tous les évêques : « Il peut arriver qu’un bon prêtre pieux, une fois élevé à la dignité épiscopale, tombe rapidement dans la médiocrité et une préoccupation pour le succès mondain. Submergé par le poids des devoirs qui lui incombent, inquiet pour son pouvoir, son autorité et les besoins matériels de son bureau, il s’épuise progressivement. ». »

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Benoit XVI et la laïcité

Alors que le nouveau gouvernement, sous les allures modérées de certains de ses membres, semble plutôt décidé à renforcer la laïcité  “à la française”, il nous a semblé opportun de reprendre cette synthèse de la pensée de Benoît XVI.

 

Quels enjeux la laïcité soulève-t-elle ?

Le pape Benoît XVI a une vive conscience des enjeux culturels, intellectuels et spirituels de la laïcité, qui lui semblent plus importants que ses enjeux institutionnels, législatifs et juridiques.
Il s’interroge sur la place de la foi chrétienne à l’intérieur des sociétés modernes, dans la mesure où ces sociétés sont imprégnées des catégories de pensée inspirées par la « philosophie des Lumières ».

Quelle attitude les fidèles doivent-ils adopter par rapport à la philosophie des Lumières ?

Face à cette « philosophie des Lumières », Benoît XVI en appelle a un discernement intelligent : il s’agit de refuser une conception étroite de la Raison, qui exclurait Dieu de la société, et, en même temps, d’accueillir les enseignements de cette philosophie quand elle affirme les droits fondamentaux de tout être humain et la liberté constitutive de la foi.

« Il s’agit de l’attitude que la communauté des fidèles doit adopter face aux convictions et aux exigences qui s’affirment dans la philosophie des Lumières. D’une part, nous devons nous opposer à la dictature de la raison positiviste qui exclut Dieu de la vie de la communauté et de l’organisation publique, privant ainsi l’homme de ses critères spécifiques de mesure. D’autre part, il est nécessaire d’accueillir les véritables conquêtes de la philosophie des Lumières, les droits de l’homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice, en y reconnaissant des éléments essentiels également pour l’authenticité de la religion ». (Discours à la Curie Romaine, 22 décembre 2006 : Documentation catholique 2373, p.108.)

Il ne faut jamais perdre de vue cette double dimension du discernement souhaité :
– D’une part, la critique d’une conception totalitaire de la raison et de sa fermeture aux réalités religieuses.
– D’autre part, la reconnaissance des effets positifs de la pensée moderne, quand elle oblige les croyants à vivre authentiquement leur foi, en la comprenant eux-mêmes comme une source de liberté.

La foi et la raison sont-elles compatibles ?

Benoît XVI plaide pour un dialogue intelligent entre la raison et la foi, en insistant sur les exigences relativement nouvelles de ce dialogue : que la raison renonce à ses prétentions totalitaires et que la foi chrétienne reconnaisse les capacités de compréhension rationnelle qu’elle porte en elle !

Revenant sur la conférence qu’il avait prononcée, le 12 septembre 2006, à l’Université de Ratisbonne, et dont une phrase, exclue de son contexte, avait provoqué de grandes alarmes dans le monde musulman, Benoît XVI insiste sur l’urgence de ce dialogue entre la raison et la foi. Il se souvient de sa rencontre avec le philosophe Jürgen Habermas et rappelle que celui-ci « avait dit que nous aurions besoin de personnes capables de traduire les convictions codées de la foi chrétienne dans le langage du monde sécularisé pour les rendre à nouveau efficaces ». (Discours du 22 décembre 2006 : Discours à la Curie Romaine, 22 décembre 2006 : Documentation catholique 2373, p.107).

On peut penser que le contexte culturel de la laïcité oblige encore davantage à ce travail de dialogue et de traduction, avec toutes les initiatives et toutes les médiations qu’il implique, car « la raison a besoin du Logos qui est à l’origine de tout et qui est notre lumière ; la foi, pour sa part, a besoin de dialogue avec la raison moderne pour se rendre compte de sa grandeur et être à la hauteur de ses responsabilités ». (Ibid., p.107).

On devrait s’interroger davantage sur les institutions de formation où il est possible, en France, de pratiquer ce travail de dialogue et de « traduction », notamment dans le cadre de l’enseignement catholique, et spécialement des Instituts catholiques. Ce qui appelle ces Instituts à être effectivement reliés au monde de la pensée et de la recherche universitaires.

Ces mêmes exigences de dialogue concernent aussi les enseignants chrétiens présents dans l’Education nationale, avec les initiatives nouvelles que l’Église catholique en France devrait prendre à leur égard.

Laïcité ou laïcisme ?

Les effets négatifs de l’idéologie laïciste sont évidents. Ils tendent à exclure la foi chrétienne de l’espace public et à promouvoir une culture totalement coupée de ses racines profondes.

Benoît XVI a souvent mis en relief ces deux effets intimement liés l’un à l’autre, notamment par rapport au préambule de la Constitution européenne, où l’on a refusé d’inscrire la mention de Dieu et la référence historique aux racines chrétiennes de l’Europe. Ce double refus est très significatif.

– D’une part, « le refus lui-même de référence à Dieu n’est pas l’expression d’une tolérance qui veut protéger les religions non théistes et la dignité des athées et des agnostiques, mais plutôt l’expression d’une conscience qui voudrait voir Dieu effacé définitivement de la vie publique de l’humanité et cantonné au milieu subjectif des cultures résiduelles du passé ». (L’Europe dans la crise des cultures : conférence du cardinal Ratzinger à Subiaco, le 1er Avril 2005 : Documentation catholique Hors-série, 2005, p. 123).

– D’autre part, le refus de reconnaître les racines chrétiennes de l’Europe porte sur la mémoire historique. Elle obéit au même processus d’exclusion : cette culture « se coupe consciemment de ses propres racines historiques, se privant par là des forces fécondes dont elle est elle-même née, elle abandonne ce que l’on peut appeler la mémoire fondamentale de l’humanité, sans laquelle la raison perd son orientation » (Ibid., p.123). Il y a là une véritable mutilation qui atteint l’existence commune.

Ces critiques ont valeur d’avertissement : Où en sommes-nous de notre propre connaissance historique du phénomène chrétien présent à l’intérieur de nos sociétés ? Qu’est-ce qui est exigé de nous si nous voulons nous familiariser davantage avec une lecture chrétienne de notre histoire ?

Qu’entend Benoît XVI par « saine laïcité » ?

Tout en maintenant ses critiques sur les excès du laïcisme, Benoît XVI ne doute pas de la possibilité de mettre en œuvre, dans nos sociétés modernes, une « saine laïcité », qui comporte des obligations mutuelles à la fois pour l’État et pour l’Église.

Il faut que « l’État ne considère pas la religion comme un simple sentiment individuel qui pourrait être limité au seul domaine privé . Au contraire, la religion, étant également organisée en structures visibles, comme cela a lieu pour l’Église, doit être reconnue comme présence communautaire publique ». (Discours au Congrès des Juristes catholiques italiens, 9 décembre 2006).

Mais, de son côté, l’Église doit éviter tout ingérence par rapport à l’État : « Ce n’est pas l’Église qui peut indiquer quelle organisation publique ou sociale il faut préférer, mais c’est le peuple qui doit décider librement des façons les meilleures et les plus adaptées d’organiser la vie publique ». (Ibid.)

Benoît XVI, dans le même discours, insiste, en se référant à la Constitution conciliaire Gaudium et spes, sur les exigences que comporte pour les catholiques cette pratique d’une « saine laïcité » :

« Il est alors du devoir de tous les croyants, et en particulier des croyants dans le Christ, de continuer à élaborer un concept de laïcité qui, d’une part, reconnaisse à Dieu et à sa loi morale, au Christ et à son Église, la place qui leur revient dans la vie humaine, individuelle et sociale et, de l’autre, qui affirme et respecte la « légitime autonomie des réalités terrestres », en entendant par cette expression, comme le répète le Concile Vatican II, que « les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres que l’homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser. » (Gaudium et spes, n.36).

En quoi Benoît XVI poursuit-il la réflexion de Jean-Paul II ?

Il est évident que ces affirmations du pape Benoît XVI relatives à une « saine laïcité » sont dans le même sillage que les encouragements adressés par le pape Jean-Paul II aux catholiques de France, en Février 2005, dans le cadre du centenaire de la loi de 1905.

« L’Église souhaite que les valeurs religieuses, morales et spirituelles qui font partie du patrimoine de la France, qui ont façonné son identité et qui ont forgé des générations de personnes depuis les premiers siècles du christianisme ne tombent pas dans l’oubli. J’invite donc les fidèles de votre pays, dans la suite de la Lettre aux catholiques de France que vous leur avez adressée il y a quelques années, à puiser dans leur vie spirituelle et ecclésiale la force pour participer à la res publica et pour donner un élan nouveau à la vie sociale et une espérance renouvelée aux hommes et aux femmes de notre temps ». (Lettre de Jean-Paul II aux évêques de France pour le centenaire de la loi de 1905 : 11 Février 2005, Documentation catholique 2331, p.204).

Cet appel de Jean-Paul II à l’engagement des catholiques et de l’Église dans la société française demeure d’une grande actualité. Les réflexions exigeantes de Benoît XVI nous obligent à actualiser encore davantage cet engagement.

La laïcité, un défi pour les chrétiens ?

Il est indéniable qu’un usage restrictif ou intolérant de la laïcité met la Tradition et la foi chrétiennes à l’épreuve dans nos sociétés pluralistes, où le christianisme est présent à côté d’autres traditions religieuses et aussi de courants de pensée agnostiques ou athées, sans oublier l’indifférence ambiante.

Mais cette épreuve comporte elle-même comme un défi à relever : il s’agit pour nous, chrétiens, d’inscrire notre foi à l’intérieur de notre société oublieuse de ses racines et de comprendre nous-mêmes que la Révélation chrétienne comporte une ouverture à l’universel. Cet universalisme empêche l’Église catholique de se replier sur elle-même. Elle l’oblige en permanence à s’adresser à tous. C’est en insistant sur cet universalisme essentiel à la foi et à l’Église que le cardinal Ratzinger avait conclu son allocution à l’Académie des Sciences morales et politiques, à Paris, en novembre 1992 :

« Il est conforme à la nature de l’Église d’être séparée de l’État et que sa foi ne puisse pas être imposée par l’État, mais repose au contraire sur des convictions acquises librement…L’Église se doit d’être non pas un État ou une partie d’un État, mais une communauté de conviction. Elle se doit aussi de se savoir responsable de l’ensemble et de ne pas pouvoir se limiter à elle-même. Il lui faut à partir de sa propre liberté parler à l’intérieur de la liberté de tous… » (La liberté, le droit et le bien, Principes moraux dans les sociétés démocratiques, dans Valeurs pour un temps de crise, Parole et silence, 2005, p.22).

Il est probable que, lors de son prochain voyage en France, le pape Benoît XVI insistera à nouveau sur cette responsabilité large de l’Église, fondée sur l’universalisme chrétien.

Sans oublier que cette responsabilité de l’Église implique le témoignage des croyants, et des croyants qui osent dire Dieu à travers toute leur existence. Comme l’avait souligné le cardinal Ratzinger en 2005, peu avant son élection comme évêque de Rome :

« Ce dont nous avons le plus besoin en ce moment de l’histoire, ce sont des hommes qui par une foi éclairée et vive, rendent Dieu crédible dans ce monde…Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit éclairée par la lumière de Dieu et dont Dieu ouvre le cœur, de sorte que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres ». (L’Europe dans la crise des cultures, Ibid., p.125).

Il est évident que les questions posées par la laïcité à la conscience chrétienne ne sont pas seulement des questions théoriques, mais des questions profondément existentielles qui concernent notre façon de témoigner du Dieu de Jésus-Christ dans notre société pluraliste et sécularisée.

 

 

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“Aimez vos ennemis” affrontez le mal avec les armes de l’amour et de la vérité – Benoît XVI

“Aimez vos ennemis” (Lc 6, 27), affrontez le mal avec les armes de l’amour et de la vérité

Chers frères et sœurs !

L’Évangile de ce dimanche contient l’une des paroles les plus typiques et fortes de la prédication de Jésus :  “Aimez vos ennemis” (Lc 6, 27). Elle est tirée de l’Évangile de Luc, mais elle se trouve également dans celui de Matthieu (5, 44), dans le contexte du discours-programme qui s’ouvre par les célèbres “Béatitudes”. Jésus le prononça en Galilée au début de sa vie publique, comme un “manifeste” présenté à tous, auquel Il demande l’adhésion de ses disciples, en leur proposant en termes radicaux son modèle de vie. Mais quel est le sens de cette parole ? Pourquoi Jésus demande-t-il d’aimer ses ennemis, un amour qui dépasse les capacités humaines ? En réalité, la proposition du Christ est réaliste, car elle tient compte du fait que dans le monde il règne trop de violencetrop d’injustice, et que par conséquent, on ne peut surmonter cette situation qu’en lui opposant un supplément d’amour, un supplément de bonté. Ce “supplément” vient de Dieu, c’est sa miséricorde qui s’est faite chair en Jésus et qui seule peut “faire basculer” le monde du mal vers le bien, à partir de ce “monde” petit et décisif qu’est le cœur de l’homme.

Cette page de l’Évangile est considérée, à juste titre, comme la magna charta de la non-violence chrétienne, qui ne consiste pas à se résigner au mal – selon une fausse interprétation du “tendre l’autre joue” (cf. Lc 6, 29) -, mais à répondre au mal par le bien (cf. Rm 12, 17-21), en brisant ainsi la chaîne de l’injustice. On comprend alors que pour les chrétiens, la non-violence n’est pas un simple comportement tactique, mais bien une manière d’être de la personne, l’attitude de celui qui est tellement convaincu de l’amour de Dieu et de sa puissance, qu’il n’a pas peur d’affronter le mal avec les seules armes de l’amour et de la vérité. L’amour  pour  l’ennemi constitue le noyau de la “révolution chrétienne”, une révolution qui n’est pas fondée sur des stratégies de pouvoir économique, politique ou médiatique. La révolution de l’amour, un amour qui ne s’appuie pas, en définitive, sur les ressources humaines, mais qui est un don de Dieu que l’on obtient uniquement en faisant confiance sans réserves à sa bonté miséricordieuse. Voilà la nouveauté de l’Évangile, qui change le monde sans faire de bruit. Voilà l’héroïsme des “petits”, qui croient dans l’amour de Dieu et le diffusent même au prix de leur vie.

Chers frères et sœurs, le Carême, qui commencera mercredi prochain avec le rite des Cendres, est le temps propice au cours duquel tous les chrétiens sont invités à se convertir toujours plus profondément à l’amour du Christ. Demandons à la Vierge Marie, disciple docile du Rédempteur, de nous aider à nous laisser conquérir sans réserve par cet amour, à apprendre à aimer comme Il nous a aimés, pour être miséricordieux comme notre Père qui est dans les cieux est miséricordieux (cf. Lc 6, 36).

Benoit XVI, dimanche 18 févreier 2007

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« Avec le cardinal Sarah, maître du silence et de la vie intérieure, la liturgie est entre de bonnes mains » – Benoît XVI

Le pape émérite Benoît XVI a accordé une très belle postface à l’édition en langue anglaise de l’ouvrage du cardinal Robert Sarah La force du silence. Contre la dictature du bruit. Cette postface prendra sa place dans la deuxième édition de l’ouvrage qui a été publié en avril dernier aux États-Unis chez Ignatius Press. Elle est datée du Vatican le 17 mai 2017 et a été publiée intégralement sur First Things hier. Voici comment se termine cette préface :

« Avec le cardinal Sarah, maître du silence et de la vie intérieure, la liturgie est entre de bonnes mains ».

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Mai, mois de Marie – Benoit XVI – La Vierge Marie : Icône de la foi obéissante

Catéchèse de Benoit XVI, du 19 décembre 2012

 

Chers frères et sœurs,

Sur le chemin de l’Avent, la Vierge Marie occupe une place particulière comme celle qui, de façon unique, a attendu la réalisation des promesses de Dieu, en accueillant dans la foi et dans la chair Jésus, le Fils de Dieu, en pleine obéissance à la volonté divine. Aujourd’hui, je voudrais réfléchir brièvement avec vous sur la foi de Marie à partir du grand mystère de l’Annonciation.

« Chaîre kecharitomene, ho Kyrios meta sou », « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Telles sont les paroles — rapportées par l’évangéliste Luc — par lesquelles l’archange Gabriel s’adresse à Marie. À première vue, le terme chaîre, « réjouis-toi », semble une salutation normale, habituelle dans le contexte grec, mais s’il est lu dans le cadre de la tradition biblique, ce mot acquiert une signification beaucoup plus profonde. Ce même terme est présent quatre fois dans la version grecque de l’Ancien Testament et toujours comme une annonce de joie pour la venue du Messie (cf. So 3, 14 ; Jl 2, 21 ; Za 9, 9 ; Lm 4, 21). Le salut de l’ange à Marie est donc une invitation à la joie, à une joie profonde, il annonce la fin de la tristesse qu’il y a dans le monde face à la limite de la vie, à la souffrance, à la mort, à la méchanceté, aux ténèbres du mal qui semblent obscurcir la lumière de la bonté divine. C’est un salut qui marque le début de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle.

Mais pourquoi Marie est-elle invitée à se réjouir de cette façon ? La réponse se trouve dans la deuxième partie du salut :  « Le Seigneur est avec toi ». Ici aussi, pour bien comprendre le sens de l’expression, nous devons nous tourner vers l’Ancien Testament. Dans le Livre de Sophonie, nous trouvons cette expression : « Pousse des cris de joie, fille de Sion… Le Seigneur est roi d’Israël au milieu de toi… Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur » (3, 14-17). Dans ces paroles, il y a une double promesse faite à Israël, à la fille de Sion : Dieu viendra comme sauveur et habitera précisément au milieu de son peuple, dans le sein de la fille de Sion. Dans le dialogue entre l’ange et Marie se réalise exactement cette promesse : Marie est identifiée avec le peuple épousé par Dieu, elle est véritablement la Fille de Sion en personne ; en elle s’accomplit l’attente de la venue définitive de Dieu, en elle habite le Dieu vivant.

Dans le salut de l’ange, Marie est appelée « pleine de grâce » ; en grec, le terme « grâce », charis, a la même racine linguistique que le terme « joie ». Dans cette expression également est éclaircie ultérieurement la source de la joie de Marie : la joie provient de la grâce, c’est-à-dire qu’elle provient de la communion avec Dieu, du fait d’avoir une relation si vitale avec Lui, du fait d’être demeure de l’Esprit Saint, entièrement formée par l’action de Dieu. Marie est la créature qui de façon unique a ouvert toute grande la porte à son Créateur, elle s’est placée entre ses mains, sans limite. Elle vit entièrement de la et dans la relation avec le Seigneur ; elle est dans une attitude d’écoute, attentive à saisir les signes de Dieu sur le chemin de son peuple ; elle est insérée dans une histoire de foi et d’espérance dans les promesses de Dieu, qui constitue le tissu de son existence. Et elle se soumet librement à la parole reçue, à la volonté divine dans l’obéissance de la foi.

L’évangéliste Luc raconte l’histoire de Marie à travers un subtil parallélisme avec l’histoire d’Abraham. Comme le grand Patriarche est le père des croyants, qui a répondu à l’appel de Dieu à quitter la terre où il vivait, ses certitudes, pour entamer le chemin vers une terre inconnue et possédée uniquement dans la promesse divine, de même Marie s’en remet avec une totale confiance à la parole que lui a annoncée le messager de Dieu et devient modèle et mère de tous les croyants.

Je voudrais souligner un autre aspect important : l’ouverture de l’âme à Dieu et à son action dans la foi inclut aussi l’élément de l’obscurité. La relation de l’être humain avec Dieu n’efface pas la distance entre le Créateur et la créature, n’élimine pas ce qu’affirme l’apôtre Paul face aux profondeurs de la sagesse de Dieu : « Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! » (Rm 11, 33). Mais justement celui qui — comme Marie — est ouvert de façon totale à Dieu, parvient à accepter le vouloir divin, même s’il est mystérieux, même si souvent il ne correspond pas à notre propre volonté et qu’il est une épée qui transperce l’âme, comme le dira prophétiquement le vieux Syméon à Marie, au moment où Jésus est présenté au Temple (cf. Lc 2, 35). Le chemin de foi d’Abraham comprend le moment de joie pour le don de son fils Isaac, mais aussi le moment de l’obscurité, lorsqu’il doit monter sur le mont Moriah pour accomplir un geste paradoxal : Dieu lui demande de sacrifier le fils qu’il vient de lui donner. Sur le mont, l’ange lui ordonne : « N’étends pas la main contre l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique » (Gn 22, 12) ; la pleine confiance d’Abraham dans le Dieu fidèle aux promesses ne manque pas non plus lorsque sa parole est mystérieuse et difficile, presque impossible à accueillir. Ainsi en est-il pour Marie, sa foi vit la joie de l’Annonciation mais passe aussi à travers l’obscurité de la crucifixion de son Fils, pour pouvoir atteindre la lumière de la Résurrection.

Il en est de même aussi pour le chemin de foi de chacun de nous : nous rencontrons des moments de lumière, mais nous rencontrons aussi des passages où Dieu semble absent, son silence pèse dans notre cœur et sa volonté ne correspond pas à la nôtre, à ce que nous voudrions. Mais plus nous nous ouvrons à Dieu, plus nous accueillons le don de la foi, plus nous plaçons totalement en Lui notre confiance — comme Abraham et comme Marie — alors plus Il nous rend capables, par sa présence, de vivre toute situation de la vie dans la paix et dans la certitude de sa fidélité et de son amour. Mais cela signifie sortir de soi et de nos projets, afin que la Parole de Dieu soit la lampe qui guide nos pensées et nos actions.

Je voudrais m’arrêter encore sur un aspect qui émerge des récits sur l’Enfance de Jésus raconté par saint Luc. Marie et Joseph portent leur fils à Jérusalem, au Temple, pour le présenter et le consacrer au Seigneur comme le prescrit la loi de Moïse : « Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur » (cf. Lc 2, 22-24). Ce geste de la Sainte Famille acquiert un sens encore plus profond si nous le lisons à la lumière de la science évangélique de Jésus à douze ans qui, après trois jours de recherche, est retrouvé au Temple en train de discuter parmi les docteurs. Aux paroles pleines d’inquiétude de Marie et Joseph : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés », correspond la mystérieuse réponse de Jésus : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » (Lc 2, 48-49). C’est-à-dire dans la propriété du Père, dans la maison du Père, comme l’est un fils. Marie doit renouveler la foi profonde avec laquelle elle a dit « oui » lors de l’Annonciation ; elle doit accepter que la priorité soit donnée au Père véritable et propre de Jésus ; elle doit savoir laisser libre ce Fils qu’elle a engendré pour qu’il suive sa mission. Et le « oui » de Marie à la volonté de Dieu, dans l’obéissance de la foi, se répète tout au long de sa vie, jusqu’au moment le plus difficile, celui de la Croix.

Face à tout cela, nous pouvons nous demander : comment Marie a-t-elle pu vivre ce chemin aux côtés de son Fils avec une foi aussi solide, même dans l’obscurité, sans perdre la pleine confiance dans l’action de Dieu ? Il existe une attitude de fond que Marie prend face à ce qui se passe dans sa vie. Lors de l’Annonciation, elle est troublée en écoutant les paroles de l’Ange — c’est la crainte que l’homme éprouve lorsqu’il est touché par la proximité de Dieu —, mais ce n’est pas l’attitude de celui qui a peur devant ce que Dieu peut demander. Marie réfléchit, elle s’interroge sur la signification de ce salut (cf. Lc 1, 29). Le terme grec utilisé dans l’Évangile pour définir cette « réflexion », « dielogizeto », rappelle la racine de la parole « dialogue ». Cela signifie que Marie entre dans un dialogue intime avec la Parole de Dieu qui lui a été annoncée, elle ne la considère pas superficiellement, mais elle s’arrête, elle la laisse pénétrer dans son esprit et dans son cœur pour comprendre ce que le Seigneur veut d’elle, le sens de l’annonce. Nous trouvons une autre mention de l’attitude intérieure de Marie face à l’action de Dieu, toujours dans l’Évangile de saint Luc, au moment de la naissance de Jésus, après l’adoration des bergers. Il y est affirmé que Marie « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19) ; en grec le terme est symballon, nous pourrions dire qu’Elle « retenait ensemble », qu’elle « mettait ensemble » dans son cœur tous les événements qui lui arrivaient ; elle plaçait chaque événement particulier, chaque parole, chaque fait à l’intérieur du tout et elle le confrontait, elle le conservait, reconnaissant que tout provient de la volonté de Dieu. Marie ne s’arrête pas à une première compréhension superficielle de ce qui se passe dans sa vie, mais elle sait regarder en profondeur, elle se laisse interpeller par les événements, elle les élabore, elle les discerne et acquiert cette compréhension que seule la foi peut garantir. C’est l’humilité profonde de la foi obéissante de Marie, qui accueille en elle également ce qu’elle ne comprend pas dans l’action de Dieu, en laissant Dieu ouvrir son esprit et son cœur. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 44), s’exclame sa parente Élisabeth. C’est précisément en raison de sa foi que toutes les générations l’appelleront bienheureuse.

Chers amis, la solennité du Noël du Seigneur que nous célébrerons d’ici peu, nous invite à vivre cette même humilité et obéissance de foi. La gloire de Dieu ne se manifeste pas dans le triomphe et dans le pouvoir d’un roi, elle ne resplendit pas dans une ville célèbre, dans un palais somptueux, mais elle prend sa demeure dans le sein d’une vierge, elle se révèle dans la pauvreté d’un enfant. La toute-puissance de Dieu, même dans notre vie, agit avec la force, souvent silencieuse, de la vérité et de l’amour. La foi nous dit alors que la puissance sans défense de cet Enfant vainc le bruit des puissances du monde.