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Le salon VivaTech, vitrine d’une idéologie moderne – La réponse de Benoît XVI

Du 16 au 18 mai dernier, s’est tenu à Paris le plus grand salon français consacré aux nouvelles technologies. Une vitrine flamboyante qui nous pousse à nous interroger sur le pourquoi de la technique, en prenant gare à ne pas tomber dans la tentation idéologique technicienne.

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LE MENSONGE TECHNICISTE

Quelle est la véritable intention qui se cache derrière ce grand évènement aux ambitions internationales ?
« VivaTech est une célébration des innovations d’aujourd’hui et des possibilités de demain pour tous ceux qui croient dans le pouvoir de la technologie à transformer l’économie et la société » 1 — trouve-t-on sur le site de l’évènement. Étrange déclaration : la technique serait principe organisateur des sociétés ? Si l’on en croit le discours qu’Emmanuel Macron a prononcé l’année dernière, lors de la troisième édition du salon, l’idée est bien de favoriser le développement technologique en vue de résoudre les inégalités sociales. Le raisonnement est simple : relancer l’innovation en investissant dans les « new tech » permet de redynamiser l’économie. Suivront les créations d’emplois, l’augmentation de niveau de vie, et alors, comme par magie, les problèmes sociaux disparaîtront. En réalité Macron, qui avait promis de faire de la France la première « startup nation », impose une vision techniciste de l’économie et de la société, reposant sur une foi aveugle dans le pouvoir économique. Les applaudissements qui suivirent ce discours et le succès de ce salon révèlent bien l’adhésion de notre société à ce rêve prométhéen : le culte de l’efficacité et de la performance technique. En témoigne le succès de la prestation du champion mondial des échecs, Kasparov, jouant simultanément contre huit adversaires le 17 mai à VivaTech. Les nouveaux dieux modernes…

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LA RÉPONSE DE BENOIT XVI

Dans son encyclique Caritas in veritate, le Pape Benoît XVI nous met en garde contre cette mentalité techniciste qui ronge nos sociétés modernes, et qui nous pousse à oublier notre véritable dimension humaine. Car pour le pape « la technique répond à la vocation même du travail humain : par la technique, œuvre de son génie, l’homme reconnaît ce qu’il est et accomplit son humanité » 3. Or des salons comme VivaTech proposent justement une vision de la technique qui semble s’orienter uniquement sur le « comment » et non plus sur le « pourquoi ». En termes philosophiques, il est uniquement question de « faire » et non plus « d’agir ». Dans l’agir est justement comprise la dimension morale des actes humains. Si l’on perd cette dimension, l’homme n’est plus en mesure d’accomplir son humanité, selon le vœu de Benoît XVI, mais s’apparente à une machine, et perd ainsi le sens de ce qu’il produit. Le « savoir-faire » devient alors la seule mesure du réel, ce qui est vrai est ce qui est faisable. La preuve flagrante de cette fuite en avant est la technicisation permanente de la politique et de l’administration : on forme aujourd’hui des spécialistes politiques et administratifs au même titre que l’on forme des ingénieurs. Non, le progrès social n’est pas que technique, il est aussi et surtout humain. Dans cette perspective, il faut renoncer à ce rêve de liberté absolue se réalisant par la technique, qui est devenue aujourd’hui une idéologie. Qu’on le veuille ou non, VivaTech participe à cette illusion. L’avertissement de Benoit XVI est plus que jamais d’actualité : « le développement des peuples se dénature, si l’humanité croit pouvoir se recréer en s’appuyant sur les “prodiges” de la technologie. »

 

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Abus sexuel – Benoit XVI sort de sa réserve dans un long texte

Traduction non officielle d’un texte de Benoît XVI paru en italien et traduite par Benoît et moi  :

Du 21 au 24 février, à l’invitation du Pape François, les présidents des conférences épiscopales du monde entier se sont réunis au Vatican pour discuter de la crise actuelle de la foi et de l’Église, crise vécue dans le monde entier après des révélations choquantes d’abus commis contre des mineurs.

L’ampleur et la gravité des incidents rapportés ont profondément affligé tant les prêtres que les laïcs, et ont conduit plus d’un à remettre en question la Foi même de l’Église. Il fallait envoyer un message fort, chercher un nouveau départ, pour que l’Église redevienne vraiment crédible comme une lumière parmi les peuples et comme une force au service de la lutte contre les forces de destruction.

Comme j’avais moi-même été pasteur de l’Église au moment de l’éclatement public de la crise et pendant la période qui a précédé, j’ai dû me demander – même si, en tant qu’émérite, je ne suis plus directement responsable – en quoi je pouvais contribuer à un nouveau départ.

Ainsi, après l’annonce de la rencontre des présidents des conférences épiscopales, j’ai compilé quelques notes par lesquelles je pourrais apporter la contribution d’une ou deux remarques pour aider dans cette heure difficile.

Après avoir contacté le secrétaire d’État, le cardinal[Pietro] Parolin et le Saint-Père [le pape François] lui-même, il a semblé opportun de publier ce texte dans le Klerusblatt [un périodique mensuel pour le clergé dans la plupart des diocèses de Bavière].

Mon travail est divisé en trois parties.

Dans la première partie, j’ai l’intention de présenter brièvement le contexte social plus large de la question, sans lequel le problème ne peut être compris. J’essaie de montrer que, dans les années 1960, un événement d’une ampleur sans précédent dans l’histoire s’est produit. On peut dire qu’en 20 ans, de 1960 à 1980, les standards normatifs en matière de sexualité se sont complètement effondrés, et une nouvelle normalité est apparue, qui a fait l’objet de laborieuses tentatives de perturbation.

Dans la deuxième partie, je voudrais souligner les effets de cette situation sur la formation des prêtres et sur la vie des prêtres.

Enfin, dans la troisième partie, je voudrais développer quelques perspectives pour une réponse appropriée de la part de l’Église.

I. L’affaire commence par l’introduction, prescrite et soutenue par l’État, d’enfants et de jeunes dans la nature de la sexualité. En Allemagne, la ministre de la Santé de l’époque, Mme [Käte] Strobel, a fait réaliser un film dans lequel tout ce qui n’avait pas pu être montré en public, y compris les rapports sexuels, était désormais montré à des fins éducatives. Ce qui, au départ, n’était destiné qu’à l’éducation sexuelle des jeunes était donc largement accepté comme une option réalisable.

Des effets similaires ont été obtenus par le “Sexkoffer” publié par le gouvernement autrichien [Une “valise” controversée de matériel d’éducation sexuelle utilisé dans les écoles autrichiennes à la fin des années 1980]. Les films sexuels et pornographiques sont alors devenus monnaie courante, au point qu’ils ont été projetés dans les salles de cinéma d’actualités [Bahnhofskinos]. Je me souviens encore d’avoir vu, alors que je me promenais un jour dans la ville de Ratisbonne, des foules de gens faire la queue devant un grand cinéma, ce que nous n’avions vu auparavant qu’en temps de guerre, quand il fallait espérer une allocation spéciale. Je me souviens aussi d’être arrivé en ville le Vendredi Saint de l’année 1970 et d’avoir vu tous les panneaux d’affichage recouverts d’une grande affiche de deux personnes complètement nues dans une étreinte proche.

Parmi les libertés pour lesquelles la Révolution de 1968 cherchait à se battre figurait cette liberté sexuelle totale, une liberté qui ne reconnaissait plus aucune norme.

L’effondrement mental était également lié à une propension à la violence. C’est pourquoi les films sexuels n’étaient plus autorisés dans les avions parce que la violence éclatait au sein de la petite communauté de passagers. Et comme l’habillement de l’époque provoquait également des agressions, les directeurs d’école ont également tenté d’introduire des uniformes scolaires en vue de faciliter un climat d’apprentissage.

Une partie de la physionomie de la Révolution de 1968 était que la pédophilie était alors également considérée comme autorisée et appropriée.

Pour les jeunes dans l’Église, mais pas seulement pour eux, ce fut à bien des égards une période très difficile. Je me suis toujours demandé comment les jeunes dans cette situation pouvaient s’approcher du sacerdoce et l’accepter, avec toutes ses ramifications. L’effondrement généralisé de la prochaine génération de prêtres dans ces années-là et le nombre très élevé de laïcisations ont été la conséquence de tous ces développements.

En même temps, indépendamment de cette évolution, la théologie morale catholique a subi un effondrement qui a rendu l’Église sans défense contre ces changements dans la société. Je vais essayer d’esquisser brièvement la trajectoire de cette évolution.

Jusqu’au Concile Vatican II, la théologie morale catholique était largement fondée sur la loi naturelle, tandis que les Saintes Écritures n’étaient citées que pour leur contexte ou leur fondement. Dans la lutte du Concile pour une nouvelle compréhension de la Révélation, l’option de la loi naturelle a été largement abandonnée, et une théologie morale entièrement basée sur la Bible était réclamée.

Je me souviens encore comment la faculté jésuite de Francfort a formé un jeune Père très brillant (Bruno Schüller) dans le but de développer une morale basée entièrement sur les Écritures. La belle thèse du père Schüller montre un premier pas vers la construction d’une morale basée sur l’Ecriture. Le père Schüller fut alors envoyé en Amérique pour d’autres études et revint avec la prise de conscience que, d’après la Bible seule, la morale ne pouvait s’exprimer systématiquement. Il tente alors une théologie morale plus pragmatique, sans pouvoir apporter de réponse à la crise de la morale.

En fin de compte, c’est surtout l’hypothèse selon laquelle la moralité devait être déterminée exclusivement par les buts de l’action humaine qui prévalut. Alors que la vieille phrase “la fin justifie les moyens” n’était pas confirmée sous cette forme crue, sa façon de penser était devenue définitive. Par conséquent, il ne pouvait plus y avoir quoi que ce soit qui constituât un bien absolu, pas plus que ce qui était fondamentalement mauvais ;[il ne pouvait y avoir] que des jugements de valeur relative. Il n’y avait plus le bien [absolu], mais seulement le relativement meilleur, en fonction du moment et des circonstances.

La crise de la justification et de la présentation de la morale catholique a atteint des proportions dramatiques à la fin des années 80 et 90. Le 5 janvier 1989, la “Déclaration de Cologne”, signée par 15 professeurs de théologie catholiques, a été publiée. Elle se concentrait sur divers points de crise dans la relation entre le magistère épiscopal et la tâche de la théologie. [Les réactions à] ce texte, qui au début n’ont pas dépassé le niveau habituel des protestations, se sont rapidement transformées en un tollé contre le Magistère de l’Église et ont rassemblé, de manière audible et visible, le potentiel de protestation mondial attandu contre les textes doctrinaux de Jean-Paul II (cf. D. Mieth, Kölner Erklärung, LThK, VI3, p. 196) [LTHK est le Lexikon für Theologie und Kirche, dont Karl Rahner et le cardinal Walter Kasper étaient les éditeurs].

Le Pape Jean-Paul II, qui connaissait très bien la situation de la théologie morale et la suivait de près, a commandé un travail sur une encyclique qui allait remettre ces choses en ordre. Elle a été publiée sous le titre “Veritatis splendor” le 6 août 1993 et a provoqué des réactions véhémentes de la part des théologiens moraux. Auparavant, le “Catéchisme de l’Eglise catholique” avait déjà présenté de manière convaincante, et systématique, la morale telle que proclamée par l’Eglise.

Je n’oublierai jamais comment Franz Böckle, théologien moral allemand de l’époque, qui, de retour dans sa Suisse natale après sa retraite, annonça, au vu des décisions possibles de l’encyclique “Veritatis splendor”, que si l’encyclique devait déterminer que certaines actions étaient toujours et en toutes circonstances à considérer comme mauvaises, il les contesterait avec tous les moyens à sa disposition.

C’est Dieu, le Miséricordieux, qui l’a épargné d’avoir à mettre sa résolution en pratique ; Böckle est mort le 8 juillet 1991. L’encyclique a été publiée le 6 août 1993 et incluait effectivement l’affirmation qu’il y avait des actions qui ne peuvent jamais devenir bonnes.

Le pape était pleinement conscient de l’importance de cette décision à ce moment, pour cette partie de son texte, il avait une fois de plus consulté d’éminents spécialistes qui n’avaient pas participé à l’édition de l’encyclique. Il savait qu’il ne devait laisser aucun doute sur le fait que le calcul moral impliqué dans l’équilibrage du bien doit respecter une limite finale. Il y a des biens qui ne font jamais l’objet de compromis.

Il y a des valeurs qui ne doivent jamais être abandonnées pour une plus grande valeur et même dépasser la préservation de la vie physique. Il y a le martyre. Dieu est plus qu’une simple survie physique. Une vie qui serait achetée par le déni de Dieu, une vie qui est basée sur un mensonge final, est une non-vie.

Le martyre est une catégorie fondamentale de l’existence chrétienne. Le fait que le martyre n’est plus moralement nécessaire dans la théorie préconisée par Böckle et beaucoup d’autres montre que c’est l’essence même du christianisme qui est en jeu ici.

Dans la théologie morale, cependant, une autre question est devenue entre-temps pressante : L’hypothèse selon laquelle le Magistère de l’Église ne devrait avoir la compétence finale (“infaillibilité”) qu’en matière de foi elle-même a été largement acceptée ; (de ce point de vue) les questions de moralité ne devraient pas entrer dans le champ des décisions infaillibles du Magistère de l’Église. Il y a probablement quelque chose de juste dans cette hypothèse qui justifie une discussion plus approfondie. Mais il existe une morale minimale indissolublement liée au principe fondateur de la foi et qui doit être défendue si l’on veut que la foi ne soit pas réduite à une théorie mais plutôt reconnue dans sa revendication à la vie concrète.

Tout cela montre à quel point fondamentalement l’autorité de l’Église en matière de moralité est remise en question. Ceux qui refusent à l’Église une compétence d’enseignement ultime dans ce domaine l’obligent à se taire précisément là où la frontière entre vérité et mensonge est en jeu.

Indépendamment de cette question, dans de nombreux cercles de théologie morale, l’hypothèse a été exposée que l’Église n’a pas et ne peut pas avoir sa propre moralité. L’argument étant que toutes les hypothèses morales connaîtraient aussi des parallèles dans d’autres religions et qu’une propriété chrétienne de moralité ne pourrait donc pas exister. Mais la question de la nature unique d’une morale biblique ne trouve pas de réponse dans le fait que pour chaque phrase, quelque part, on peut aussi trouver un parallèledans d’autres religions. Il s’agit plutôt de l’ensemble de la morale biblique, qui en tant que telle est nouvelle et différente de ses parties.

La doctrine morale de l’Écriture Sainte trouve son unicité dans la proximité à l’image de Dieu, dans la foi en l’unique Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ et qui a vécu comme un être humain. Le Décalogue est une application à la vie humaine de la foi biblique en Dieu. L’image de Dieu et la morale vont de pair et entraînent donc un changement particulier de l’attitude chrétienne envers le monde et la vie humaine. De plus, le christianisme a été décrit dès le début par le mot hodós [motgrec pour route, dans le Nouveau Testament souvent utilisé dans le sens d’un chemin de progrès].

La foi est un voyage et un mode de vie. Dans l’ancienne Église, le catéchuménat fut créé comme un habitat contre une culture de plus en plus amorae, dans lequel les aspects distinctifs et nouveaux du mode de vie chrétien étaient pratiqués et en même temps protégés du mode de vie commun. Je pense qu’aujourd’hui encore quelque chose comme des communautés catéchuménales sont nécessaires pour que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa manière.

II. Réactions ecclésiales initiales

(1) Le processus de dissolution de la conception chrétienne de la morale, longuement préparé et en cours, a été, comme j’ai essayé de le montrer, marqué par un radicalisme sans précédent dans les années 1960. Cette dissolution de l’autorité morale enseignante de l’Église devait nécessairement avoir un effet sur les divers domaines de l’Église. Dans le contexte de la rencontre des présidents des conférences épiscopales du monde entier avec le Pape François, la question de la vie sacerdotale, ainsi que celle des séminaires, est particulièrement intéressante. En ce qui concerne le problème de la préparation au ministère sacerdotal dans les séminaires, il y a en fait une rupture profonde avec la forme précédente de cette préparation.

Dans plusieurs séminaires, des clans homosexuels se sont constitués, qui ont agi plus ou moins ouvertement et ont changé de manière significative le climat dans les séminaires. Dans un séminaire du sud de l’Allemagne, des candidats au sacerdoce et des candidats au ministère laïc de spécialiste pastoral [Pastoralreferent] vivaient ensemble. Aux repas communs, les séminaristes et les spécialistes de la pastorale mangeaient ensemble, les mariés parmi les laïcs, parfois accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, et parfois de leurs petites amies. Le climat de ce séminaire ne pouvait pas soutenir la préparation à la vocation sacerdotale. Le Saint-Siège était au courant de ces problèmes, sans en être informé avec précision. Dans un premier temps, une visite apostolique a été organisée dans des séminaires aux Etats-Unis.

Les critères de sélection et de nomination des évêques ayant également été modifiés après le Concile Vatican II, les relations des évêques avec leurs séminaires étaient également très différentes. Par-dessus tout, un critère pour la nomination de nouveaux évêques était maintenant leur “conciliarité”, ce qui, bien sûr, pouvait être compris comme signifiant des choses assez différentes.

En effet, dans de nombreuses parties de l’Église, les attitudes conciliaires étaient comprises comme une attitude critique ou négative à l’égard de la tradition existante, qui devait maintenant être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, avec le monde. Un évêque, qui avait été auparavant recteur de séminaire, avait organisé la projection de films pornographiques aux séminaristes, prétendument dans le but de les rendre ainsi résistants à des comportements contraires à la foi.

Il y a eu – pas seulement aux Etats-Unis d’Amérique – des évêques qui ont rejeté la tradition catholique dans son ensemble et qui ont cherché à faire naître une sorte de “catholicité” nouvelle et moderne dans leurs diocèses. Peut-être vaut-il la peine de mentionner que dans plusieurs séminaires, les étudiants surpris en train de lire mes livres étaient considérés comme inaptes au sacerdoce. Mes livres étaient cachés, comme de la mauvaise littérature, et ne lisaient que sous la table.

La Visite [apostolique] qui prit place alors n’apporta pas de nouvelles perspectives, apparemment parce que différents pouvoirs s’étaient unis pour cacher la vraie situation. Une deuxième visite fut ordonnée et apporta beaucoup plus d’informations, mais dans l’ensemble, elle n’a donné aucun résultat. Néanmoins, depuis les années 1970, la situation dans les séminaires s’est généralement améliorée. Et pourtant, seuls des cas isolés d’un nouveau renforcement des vocations sacerdotales sont apparus, la situation générale ayant pris une tournure différente.

(2) La question de la pédophilie, si je me souviens bien, ne s’est posée que dans la seconde moitié des années 1980.

Dans l’intervalle, elle était déjà devenue une question d’intérêt public aux Etats-Unis, si bien que les évêques de Rome demandèrent de l’aide, car le droit canonique, tel qu’il est écrit dans le nouveau Code (1983), ne semblait pas suffisant pour prendre les mesures nécessaires.

Rome et les canonistes romains eurent d’emblée des difficultés avec ces préoccupations ; à leur avis, la suspension temporaire de la charge sacerdotale devait être suffisante pour apporter purification et clarification. Cela ne pouvait pas être accepté par les évêques américains, parce que les prêtres restaient ainsi au service de l’évêque, et pouvaient donc être considérés comme étant [encore] directement associés à lui. Ce n’est que lentement qu’un renouvellement et un approfondissement du droit pénal délibérément peu structuré du nouveau Code ont commencé à prendre forme.

En outre, cependant, il y avait un problème fondamental dans la perception du droit pénal. Seul ce qu’on nomme garantisme[une sorte de protectionnisme procédural] était encore considéré comme “conciliaire”. Cela signifie qu’il fallait avant tout garantir les droits de l’accusé, dans une mesure qui excluait en fait toute condamnation. Comme contrepoids aux options de la défense souvent inadéquates dont disposent les théologiens accusés, leur droit à la défense par voie de garantie a été étendu à un point tel que des condamnations étaient difficilement possibles.

Permettez-moi de faire à ce stade une brève digression. À la lumière de l’ampleur de l’inconduite pédophile, une parole de Jésus a de nouveau attiré l’attention : “Quiconque fait pécher un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui accroche une grande meule autour du cou et qu’on le jette à la mer” (Marc 9:42).

L’expression “les petits” dans le langage de Jésus signifie les simples croyants qui peuvent être désorientés dans leur foi par l’arrogance intellectuelle de ceux qui se croient intelligents. Jésus protège donc ici le dépôt de la foi par une menace catégorique de punition pour ceux qui lui font du mal.

L’utilisation moderne de la phrase n’est pas fausse en soi, mais elle ne doit pas occulter le sens originel. En ce sens, il devient clair, contrairement à toute garantie, que ce n’est pas seulement le droit de l’accusé qui est important et exige une garantie. Les grands biens tels que la Foi sont tout aussi importants.

Un droit canonique équilibré qui correspond à l’ensemble du message de Jésus ne doit donc pas seulement garantir l’accusé, dont le respect est un bien légal. Elle doit aussi protéger la Foi, qui est aussi un atout juridique important. Un droit canonique correctement formé doit donc contenir une double garantie – protection juridique de l’accusé, protection juridique du bien en jeu. Si aujourd’hui on met en avant cette conception intrinsèquement claire, on tombe généralement dans l’oreille d’un sourd lorsqu’il s’agit de la question de la protection de la Foi comme bien juridique. Dans la conscience générale de la loi, la Foi ne semble plus avoir le rang d’un bien à protéger. Ceci est une situation alarmante qui doit être considérée et prise au sérieux par les pasteurs de l’Église.

Je voudrais maintenant ajouter, aux brèves notes sur la situation de la formation sacerdotale au moment de l’éclatement public de la crise, quelques remarques concernant le développement du droit canonique en la matière.

En principe, la Congrégation du Clergé est responsable du traitement des crimes commis par les prêtres. Mais comme le garantisme dominait largement la situation à l’époque, j’étais d’accord avec le Pape Jean-Paul II qu’il convenait d’attribuer la compétence pour ces infractions à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous le titre “Delicta maiora contra fidem“.

Cet arrangement permettait également d’imposer la peine maximale, c’est-à-dire l’expulsion du clergé, qui n’aurait pu être imposée en vertu d’autres dispositions légales. Ce n’était pas une ruse pour pouvoir imposer la peine maximale, mais une conséquence de l’importance de la Foi pour l’Église. En fait, il est important de voir qu’une telle inconduite de la part des clercs finit par nuire à la Foi.

Ce n’est que là où la foi ne détermine plus les actions de l’homme que de telles offenses sont possibles.

La sévérité de la peine, cependant, présuppose également une preuve claire de l’infraction – cet aspect du garantisme reste en vigueur.

En d’autres termes, pour imposer légitimement la peine maximale, une véritable procédure pénale est nécessaire. Mais les diocèses et le Saint-Siège ont été submergés par une telle exigence. Nous avons donc formulé un niveau minimum de procédure pénale et laissé ouverte la possibilité que le Saint-Siège lui-même prenne en charge le procès lorsque le diocèse ou l’administration métropolitaine n’est pas en mesure de le faire. Dans chaque cas, le procès devra être revu par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi afin de garantir les droits de l’accusé. Enfin, à la Feria IV (c’est-à-dire l’assemblée des membres de la Congrégation), nous avons établi une instance d’appel afin de prévoir la possibilité d’un appel.

Parce que tout cela dépassait les capacités de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et parce qu’il y a eu des retards qu’il fallait éviter en raison de la nature du problème, le Pape François a entrepris de nouvelles réformes.

III.

(1) Que faut-il faire ? Peut-être devrions-nous créer une autre Église pour que les choses s’arrangent ? Eh bien, cette expérience a déjà été entreprise et a déjà échoué. Seule l’obéissance et l’amour pour notre Seigneur Jésus-Christ peuvent nous indiquer le chemin. Essayons donc d’abord de comprendre à nouveau et de l’intérieur [de nous-mêmes] ce que le Seigneur veut et a voulu de nous.

Tout d’abord, je suggère ce qui suit : Si nous voulions vraiment résumer très brièvement le contenu de la Foi tel qu’il est énoncé dans la Bible, nous pourrions le faire en disant que le Seigneur a initié un récit d’amour avec nous et veut y inclure toute la création. Le contrepoids contre le mal, qui nous menace, nous et le monde entier, ne peut finalement consister qu’en notre ‘entrer’ (infinitif utilisé comme substantif) dans cet amour. C’est le véritable contrepoids contre le mal. La puissance du mal naît de notre refus d’aimer Dieu. Celui qui se confie à l’amour de Dieu est racheté. Le fait que nous ne soyons pas rachetés est une conséquence de notre incapacité à aimer Dieu. Apprendre à aimer Dieu est donc le chemin de la rédemption humaine.

Essayons maintenant de déballer un peu plus ce contenu essentiel de la révélation de Dieu. Nous pourrions alors dire que le premier don fondamental que nous offre la Foi est la certitude que Dieu existe.

Un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde sans sens. Car d’où vient alors tout ce qui est ? En tout cas, il n’y a pas de but spirituel. C’est tout simplement là et n’a ni but ni sens. Alors il n’y a pas de normes du bien ou du mal. Alors, seul ce qui est plus fort que l’autre peut s’affirmer. Le pouvoir est alors le seul principe. La vérité ne compte pas, elle n’existe pas. Ce n’est que si les choses ont une raison spirituelle, sont destinées et conçues – seulement s’il existe un Dieu Créateur qui est bon et qui veut le bien – que la vie de l’homme peut aussi avoir un sens.

Qu’il y a Dieu comme créateur et comme mesure de toutes choses est d’abord et avant tout un besoin primordial. Mais un Dieu qui ne s’exprimerait pas du tout, qui ne se ferait pas connaître, resterait une présomption et ne pourrait donc pas déterminer la forme [Gestalt] de notre vie.

Mais un Dieu qui ne s’exprimerait pas du tout, qui ne se ferait pas connaître, resterait une hypothèse et ne pourrait donc pas déterminer la forme de notre vie. Pour que Dieu soit vraiment Dieu dans cette création délibérée, nous devons nous tourner vers Lui pour qu’Il s’exprime d’une certaine manière. Il l’a fait de bien des façons, mais de façon décisive dans l’appel qui est allé à Abraham et qui a donné aux personnes à la recherche de Dieu une orientation qui va au-delà de toute attente : Dieu Lui-même devient créature, parle comme l’homme avec nous, êtres humains.

De cette façon, la phrase “Dieu est” se transforme finalement en un message vraiment joyeux, précisément parce qu’il est plus que de la compréhension, parce qu’il crée – et est – l’amour. Rendre les gens conscients une fois de plus de cela est la première et fondamentale tâche que le Seigneur nous a confiée.

Une société sans Dieu – une société qui ne Le connaît pas et Le traite comme inexistant – est une société qui perd sa mesure. De nos jours, le slogan de la mort de Dieu a été inventé. Quand Dieu meurt dans une société, elle devient libre, nous a-t-on assuré. En réalité, la mort de Dieu dans une société signifie aussi la fin de la liberté, parce que ce qui meurt, c’est le but qui donne une orientation. Et parce que disparaît la boussole qui nous indique la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal. La société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent dans la sphère publique et n’a plus rien à lui offrir. Et c’est pourquoi c’est une société dans laquelle la mesure de l’humanité est de plus en plus perdue. À certains moments, il devient soudain évident que ce qui est mauvais et détruit l’homme est devenu une chose évidente.

C’est le cas avec la pédophilie. Elle a été théorisée il n’y a pas si longtemps comme étant tout à fait légitime, mais elle s’est répandue de plus en plus. Et maintenant, nous réalisons avec stupeur que des choses arrivent à nos enfants et à nos jeunes qui menacent de les détruire. Le fait que cela puisse aussi se répandre dans l’Église et parmi les prêtres devrait nous troubler particulièrement.

Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En fin de compte, la raison est l’absence de Dieu. Nous, chrétiens et prêtres, préférons aussi ne pas parler de Dieu, parce que ce discours ne semble pas être pratique. Après les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, nous, en Allemagne, avions encore expressément placé notre Constitution sous la responsabilité de Dieu comme principe guide. Un demi-siècle plus tard, il n’était plus possible d’inclure la responsabilité envers Dieu comme principe directeur dans la Constitution européenne. Dieu est considéré comme la préoccupation d’un petit groupe et ne peut plus être le principe directeur de la communauté dans son ensemble. Cette décision reflète la situation en Occident, où Dieu est devenu l’affaire privée d’une minorité.

Une tâche primordiale, qui doit résulter des bouleversements moraux de notre temps, est que nous recommencions nous-mêmes à vivre par Dieu et pour Lui. Avant tout, nous devons nous-mêmes réapprendre à reconnaître Dieu comme le fondement de notre vie au lieu de le laisser de côté comme une phrase quelque peu inefficace. Je n’oublierai jamais l’avertissement que le grand théologien Hans Urs von Balthasar m’a écrit sur une de ses cartes. “Ne présupposez pas le Dieu trinitaire, Père, Fils et Saint-Esprit, mais présentez-les !”

En effet, dans la théologie, Dieu est souvent considéré comme allant de soi, mais concrètement, on ne traite pas avec Lui. Le thème de Dieu semble si irréel, si éloigné des choses qui nous concernent. Et pourtant tout devient différent si l’on ne présuppose pas mais qu’on présente Dieu. Ne Le laissant pas en quelque sorte à l’arrière-plan, mais le reconnaissant comme le centre de nos pensées, de nos paroles et de nos actions.

(2) Dieu s’est fait homme pour nous. L’homme en tant que créature est si proche de Son cœur qu’Il s’est uni à lui et est ainsi entré dans l’histoire de l’humanité d’une manière très concrète. Il parle avec nous, Il vit avec nous, Il souffre avec nous et Il a pris sur Lui la mort pour nous. Nous en parlons en détail dans la théologie, avec des paroles et des pensées savantes. Mais c’est précisément de cette manière que nous courons le risque de devenir maîtres de la foi au lieu d’être renouvelés et maîtrisés par la Foi.

Considérons cela en ce qui concerne une question centrale, la célébration de la Sainte Eucharistie. Notre célébration de l’Eucharistie ne peut que susciter l’inquiétude. Le Concile Vatican II s’est concentré à juste titre sur le retour de ce sacrement de la Présence du Corps et du Sang du Christ, de la Présence de sa Personne, de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l’existence même de l’Église. En partie, cela s’est vraiment produit, et nous devrions en être très reconnaissants au Seigneur.

Et pourtant, une attitude assez différente prévaut. Ce qui prédomine n’est pas une nouvelle révérence pour la présence de la mort et de la résurrection du Christ, mais une manière de traiter avec Lui qui détruit la grandeur du Mystère. Le déclin de la participation à la célébration eucharistique dominicale montre combien nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous savons encore peu de choses sur la grandeur du don qui consiste en sa présence réelle. L’Eucharistie est dévalorisée en un simple geste cérémoniel lorsqu’on tient pour acquis que la courtoisie exige qu’il soit offert à tous ceux qui sont invités pour des raisons familiales, lors de célébrations familiales ou à l’occasion de mariages ou d’enterrements, par exemple.

La façon dont les gens reçoivent souvent simplement le Saint Sacrement dans la communion comme une évidence montre bien sûr que beaucoup voient la communion comme un geste purement cérémoniel. Par conséquent, lorsque l’on réfléchit d’abord et avant tout à l’action à entreprendre, il est assez évident que nous n’avons pas besoin d’une autre Église de notre propre conception. Au contraire, ce qu’il faut avant tout, c’est le renouvellement de la Foi en la Réalité de Jésus-Christ qui nous a été donnée dans le Saint Sacrement.

Lors de conversations avec des victimes de pédophilie, on m’a fait prendre conscience de cette exigence primordiale. Une jeune femme qui était une [ancienne] servante d’autel m’a dit que l’aumônier, son supérieur en tant que servant d’autel, introduisait toujours les abus sexuels qu’il commettait contre elle avec ces mots : “Ceci est mon corps qui sera abandonné pour vous.”

Il est évident que cette femme ne peut plus entendre les paroles mêmes de la consécration sans ressentir à nouveau toute l’affreuse détresse de son abus. Oui, nous devons implorer d’urgence le Seigneur pour le pardon, et d’abord et avant tout nous devons jurer par Lui et Lui demander de nous enseigner tous à nouveau à comprendre la grandeur de Sa souffrance, Son sacrifice. Et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger le don de la Sainte Eucharistie des abus.

(3) Et enfin, il y a le Mystère de l’Église. La phrase avec laquelle Romano Guardini, il y a presque 100 ans, exprimait l’espoir joyeux qui lui avait été inculqué, à lui et à bien d’autres, reste toujours d’actualité : “Un événement d’une importance incalculable a commencé ; l’Église s’éveille dans les âmes.”

Il voulait dire que l’Église n’était plus vécue et perçue comme un simple système extérieur entrant dans nos vies, comme une sorte d’autorité, mais qu’elle commençait à être perçue comme étant présente dans le cœur des gens – comme quelque chose non seulement extérieure, mais qui nous touche intérieurement. A peu près un demi-siècle plus tard, en reconsidérant ce processus et en regardant ce qui s’était passé, j’ai été tenté de renverser la phrase : “L’Église meurt dans les âmes.”

En effet, l’Église aujourd’hui est largement considérée comme une sorte d’appareil politique. On en parle presque exclusivement en catégories politiques, et cela vaut même pour les évêques, qui formulent leur conception de l’Église de demain presque exclusivement en termes politiques. La crise, provoquée par les nombreux cas d’abus cléricaux, nous pousse à considérer l’Église comme quelque chose de presque inacceptable, que nous devons maintenant prendre en main et redessiner. Mais une Église qui s’est faite elle-même ne peut constituer une espérance.

Jésus lui-même a comparé l’Église à un filet de pêche dans lequel les bons et les mauvais poissons sont finalement séparés par Dieu Lui-même. Il y a aussi la parabole de l’Église comme champ sur lequel croît le bon grain que Dieu lui-même a semé, mais aussi l’ivraie que “l’ennemi” a semée en secret. En effet, les mauvaises herbes dans le champ de Dieu, l’Église, sont excessivement visibles, et les mauvais poissons dans le filet montrent aussi leur force. Néanmoins, le champ est toujours le champ de Dieu et le filet est le filet de pêche de Dieu. Et à tout moment, il n’y a pas seulement les mauvaises herbes et les poissons mauvais, mais aussi les récoltes de Dieu et les bons poissons. Proclamer les deux avec emphase n’est pas une fausse forme d’apologétique, mais un service nécessaire à la Vérité.

Dans ce contexte, il est nécessaire de se référer à un texte important de l’Apocalypse de saint Jean. Le diable est identifié comme l’accusateur qui accuse nos frères devant Dieu jour et nuit (Apocalypse 12:10). L’Apocalypse de saint Jean reprend donc une pensée du centre du cadre narratif dans le livre de Job (Job 1 et 2, 10 ; 42:7-16). Dans ce livre, le diable cherchait à discréditer devant Dieu la rectitude de Job comme étant simplement extérieure. Et c’est exactement ce que l’Apocalypse a à dire : Le diable veut prouver qu’il n’y a pas de gens justes ; que toute justice des gens ne s’affiche qu’à l’extérieur. Si l’on pouvait se rapprocher d’une personne, alors l’apparence de sa justice s’effacerait rapidement.

Le récit de Job commence par une dispute entre Dieu et le diable, dans laquelle Dieu avait parlé de Job comme d’un homme vraiment juste. Il doit maintenant servir d’exemple pour tester qui a raison. Enlevez-lui ses biens et vous verrez qu’il ne reste rien de sa piété, affirme le diable. Dieu lui permet cette tentative, d’où Job émerge positivement. Maintenant, le diable continue et il dit : “Peau pour peau ! Tout ce qu’un homme a, il le donnera pour sa vie. Mais étends ta main, touche ses os et sa chair, et il te maudira en face.” (Job 2:4f)

Dieu accorde au diable un second tour. Il peut aussi toucher la peau de Job. Seul le meurtre de Job lui est refusé. Pour les chrétiens, il est clair que ce Job-là, qui se tient devant Dieu comme un exemple pour toute l’humanité, est Jésus Christ. Dans l’Apocalypse de Saint-Jean, le drame de l’humanité nous est présenté dans toute son ampleur.

Le Dieu Créateur est confronté au diable qui dit du mal de toute l’humanité et de toute la création. Il dit, non seulement à Dieu, mais surtout aux gens : Regardez ce que ce Dieu a fait. Soi-disant une bonne création, mais en réalité pleine de misère et de dégoût. Ce dénigrement de la création est vraiment un dénigrement de Dieu. Il veut prouver que Dieu Lui-même n’est pas bon, et ainsi nous détourner de Lui.

L’opportunité de ce que l’Apocalypse nous dit ici est évidente. Aujourd’hui, l’accusation contre Dieu, c’est avant tout de qualifier Son Église d’entièrement mauvaise, et donc de nous en dissuader. L’idée d’une Église meilleure, créée par nous-mêmes, est en fait une proposition du diable, avec laquelle il veut nous éloigner du Dieu vivant, par une logique trompeuse par laquelle nous sommes trop facilement dupés. Non, même aujourd’hui, l’Église n’est pas seulement composée de mauvais poissons et de mauvaises herbes. L’Église de Dieu existe aussi aujourd’hui, et c’est aujourd’hui l’instrument même par lequel Dieu nous sauve.

Il est très important d’opposer les mensonges et les demi-vérités du diable avec toute la vérité : Oui, il y a le péché dans l’Église et le mal. Mais même aujourd’hui, il y a la Sainte Église, qui est indestructible. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui croient humblement, souffrent et aiment, en qui le vrai Dieu, le Dieu d’amour, se montre à nous. Aujourd’hui, Dieu a aussi Ses témoins (martyrs) dans le monde. Il suffit d’être vigilant pour les voir et les entendre.

Le mot martyr est tiré du droit procédural. Dans l’épreuve contre le diable, Jésus-Christ est le premier et actuel témoin de Dieu, le premier martyr, qui a depuis été suivi par d’innombrables autres.

L’Église d’aujourd’hui est plus que jamais une “Église des Martyrs” et donc un témoignage du Dieu vivant. Si nous regardons autour de nous et écoutons avec un cœur attentif, nous pouvons trouver des témoins partout aujourd’hui, surtout parmi les gens simples, mais aussi dans les hautes sphères de l’Église, qui se lèvent pour Dieu avec leur vie et leur souffrance. C’est une inertie du cœur qui nous conduit à ne pas vouloir les reconnaître. Une des grandes et essentielles tâches de notre évangélisation est, dans la mesure du possible, d’établir des habitats de foi et, surtout, de les trouver et de les reconnaître.

Je vis dans une maison, dans une petite communauté de personnes qui découvrent de tels témoins du Dieu vivant encore et encore dans la vie quotidienne et qui me le font remarquer avec joie. Voir et trouver l’Église vivante est une tâche merveilleuse qui nous fortifie et nous rend toujours joyeux dans notre foi.

Au terme de mes réflexions, je voudrais remercier le Pape François pour tout ce qu’il fait pour nous montrer, encore et encore, la lumière de Dieu, qui n’a pas disparu, même aujourd’hui. Merci, Saint-Père !

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Une photo récente de Benoit XVI pour terminer la semaine

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Epiphanie : des hommes au coeur inquiet par Benoit XVI

MESSE EN LA SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Vaticane
Dimanche 6 janvier 2013

(Vidéo)
Galerie photographique

 

Chers frères et sœurs !

Pour l’Église croyante et priante, les Mages d’Orient qui, sous la conduite de l’étoile, ont trouvé la route vers la crèche de Bethléem sont seulement le début d’une grande procession qui s’avance dans l’histoire. À cause de cela, la liturgie lit l’évangile qui parle du cheminement des Mages avec les splendides visions prophétiques d’Isaïe 60 et du Psaume 72, qui illustrent par des images audacieuses le pèlerinage des peuples vers Jérusalem. Comme les bergers qui, en tant que premiers hôtes auprès de l’Enfant nouveau-né couché dans la mangeoire, personnifient les pauvres d’Israël et, en général, les âmes humbles qui vivent intérieurement en étant très proches de Jésus, ainsi les hommes provenant de l’Orient personnifient le monde des peuples, l’Église des Gentils – les hommes qui à travers tous les siècles se mettent en marche vers l’Enfant de Bethléem, honorent en Lui le Fils de Dieu et se prosternent devant Lui. L’Église appelle cette fête « Épiphanie » – la manifestation du Divin. Si nous regardons le fait que, dès le début, les hommes de toute provenance, de tous les continents, de toutes les diverses cultures et de tous les divers modes de pensée et de vie ont été et sont en marche vers le Christ, nous pouvons vraiment dire que ce pèlerinage et cette rencontre avec Dieu dans la figure de l’Enfant est une Épiphanie de la bonté de Dieu et de son amour pour les hommes (cf. Tt 3, 4).

Selon une tradition commencée par le Bienheureux Pape Jean-Paul II, nous célébrons aussi la fête de l’Épiphanie comme le jour de l’ordination épiscopale pour quatre prêtres qui, en des fonctions diverses, collaboreront désormais au Ministère du Pape pour l’unité de l’unique Église de Jésus Christ dans la pluralité des Églises particulières. Le lien entre cette ordination épiscopale et le thème du pèlerinage des peuples vers Jésus Christ est évident. En ce pèlerinage, l’évêque a la mission non seulement de marcher avec les autres, mais de précéder et d’indiquer la route. Dans cette liturgie, je voudrais toutefois réfléchir encore avec vous sur une question plus concrète. À partir de l’histoire racontée par Matthieu, nous pouvons certainement nous faire une certaine idée du type d’hommes qu’ont dû être ceux qui, en suivant le signe de l’étoile, se sont mis en route pour aller trouver ce Roi qui aurait fondé un nouveau type de royauté, non seulement pour Israël, mais aussi pour l’humanité entière. Quel genre d’hommes ceux-ci étaient-ils donc ? Et, à partir d’eux, demandons-nous aussi si, malgré la différence d’époque et de missions, on peut percevoir quelque chose de ce qu’est l’évêque et sur la façon dont il doit accomplir sa mission.

Les hommes qui partirent alors vers l’inconnu étaient, en tout cas, des hommes au cœur inquiet. Des hommes poussés par la recherche inquiète de Dieu et du salut du monde. Des hommes en attente qui ne se contentaient pas de leur revenu assuré et de leur position sociale peut-être reconnue. Ils étaient à la recherche de la réalité la plus grande. Ils étaient peut-être des hommes instruits qui avaient une grande connaissance des astres et qui probablement disposaient aussi d’une formation philosophique. Mais, ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses. Ils voulaient savoir surtout l’essentiel. Ils voulaient savoir comment on peut réussir à être une personne humaine. Et c’est pourquoi, ils voulaient savoir si Dieu existe, où et comment il est. S’il prenait soin de nous et comment nous pouvons le rencontrer. Ils voulaient non seulement savoir. Ils voulaient reconnaître la vérité sur nous, sur Dieu et sur le monde. Leur pèlerinage extérieur était une expression de leur cheminement intérieur, du pèlerinage intérieur de leur cœur. Ils étaient des hommes qui cherchaient Dieu et, en définitive, ils étaient en marche vers lui. Ils étaient des chercheurs de Dieu.

Mais avec cela, nous arrivons à la question : comment doit être un homme à qui on impose les mains pour l’ordination épiscopale dans l’Église de Jésus Christ ? Nous pouvons dire : il doit être avant tout un homme dont l’intérêt est tourné vers Dieu, car c’est seulement alors qu’il s’intéresse vraiment aussi aux hommes. Nous pourrions aussi le dire en sens inverse : un évêque doit être un homme à qui les hommes tiennent à cœur, un homme qui est touché par les situations des hommes. Il doit être un homme pour les autres. Toutefois, il peut l’être vraiment seulement s’il est un homme conquis par Dieu. Si pour lui, l’inquiétude pour Dieu est devenu une inquiétude pour sa créature, l’homme. Comme les Mages d’Orient, un évêque ne doit pas aussi être quelqu’un qui exerce seulement son métier et ne veut rien d’autre. Non, il doit être pris par l’inquiétude de Dieu pour les hommes. Il doit, pour ainsi dire, penser et sentir avec Dieu. Il n’est pas seulement l’homme qui porte en lui l’inquiétude innée pour Dieu, mais cette inquiétude est une participation à l’inquiétude de Dieu pour nous. Puisque Dieu est inquiet de nous, il nous suit jusque dans la mangeoire, jusqu’à la Croix. « En me cherchant, tu as peiné ; tu m’as sauvé par ta passion : qu’un tel effort ne soit pas vain », prie l’Église dans le Dies irae. L’inquiétude de l’homme pour Dieu et, à partir d’elle, l’inquiétude de Dieu pour l’homme ne doivent pas donner de repos à l’évêque. C’est cela que nous comprenons quand nous disons que l’évêque doit être d’abord un homme de foi. Car la foi n’est pas autre chose que le fait d’être intérieurement touché par Dieu, une condition qui nous conduit sur le chemin de la vie. La foi nous introduit dans un état où nous sommes pris par l’inquiétude de Dieu et fait de nous des pèlerins qui sont intérieurement en marche vers le vrai Roi du monde et vers sa promesse de justice, de vérité et d’amour. Dans ce pèlerinage, l’évêque doit précéder, il doit être celui qui indique aux hommes le chemin vers la foi, l’espérance et l’amour.

Le pèlerinage intérieur de la foi vers Dieu s’effectue surtout dans la prière. Saint Augustin a dit un jour que la prière, en dernière analyse, ne serait autre chose que l’actualisation et la radicalisation de notre désir de Dieu. À la place de la parole “désir”, nous pourrions mettre aussi la parole “inquiétude” et dire que la prière veut nous arracher à notre fausse commodité, à notre enfermement dans les réalités matérielles, visibles et nous transmettre l’inquiétude pour Dieu, nous rendant ainsi ouverts et inquiets aussi les uns des autres. Comme pèlerin de Dieu, l’évêque doit être d’abord un homme qui prie. Il doit être en contact intérieur permanent avec Dieu ; son âme doit être largement ouverte vers Dieu. Il doit porter à Dieu ses difficultés et celles des autres, comme aussi ses joies et celles des autres, et établir ainsi, à sa manière, le contact entre Dieu et le monde dans la communion avec le Christ, afin que la lumière du Christ resplendisse dans le monde.

Revenons aux Mages d’Orient. Ceux-ci étaient aussi et surtout des hommes qui avaient du courage, le courage et l’humilité de la foi. Il fallait du courage pour accueillir le signe de l’étoile comme un ordre de partir, pour sortir – vers l’inconnu, l’incertain, sur des chemins où il y avait de multiples dangers en embuscade. Nous pouvons imaginer que la décision de ces hommes a suscité la dérision : la plaisanterie des réalistes qui pouvaient seulement se moquer des rêveries de ces hommes. Celui qui partait sur des promesses aussi incertaines, risquant tout, ne pouvait apparaître que ridicule. Mais pour ces hommes touchés intérieurement par Dieu, le chemin selon les indications divines était plus important que l’opinion des gens. La recherche de la vérité était pour eux plus importante que la dérision du monde, apparemment intelligent.

Comment ne pas penser, dans une telle situation, à la mission d’un évêque à notre époque ? L’humilité de la foi, du fait de croire ensemble avec la foi de l’Église de tous les temps, se trouvera à maintes reprises en conflit avec l’intelligence dominante de ceux qui s’en tiennent à ce qui apparemment est sûr. Celui qui vit et annonce la foi de l’Église, sur de nombreux points n’est pas conforme aux opinions dominantes justement aussi à notre époque. L’agnosticisme aujourd’hui largement dominant a ses dogmes et est extrêmement intolérant à l’égard de tout ce qui le met en question et met en question ses critères. Par conséquent, le courage de contredire les orientations dominantes est aujourd’hui particulièrement urgent pour un évêque. Il doit être valeureux. Et cette vaillance ou ce courage ne consiste pas à frapper avec violence, à être agressif, mais à se laisser frapper et à tenir tête aux critères des opinions dominantes. Le courage de demeurer fermement dans la vérité est inévitablement demandé à ceux que le Seigneur envoie comme des agneaux au milieu des loups. « Celui qui craint le Seigneur n’a peur de rien » dit le Siracide (34, 16). La crainte de Dieu libère de la crainte des hommes. Elle rend libres !

Dans ce contexte, un épisode des débuts du christianisme que saint Luc rapporte dans les Actes des Apôtres me vient à l’esprit. Après le discours de Gamaliel, qui déconseillait la violence envers la communauté naissante des croyants en Jésus, le sanhédrin convoqua les Apôtres et les fit flageller. Ensuite il leur interdit de parler au nom de Jésus et il les remit en liberté. Saint Luc continue : « Mais eux, en sortant du sanhédrin, repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus. Et chaque jour … ils ne cessaient d’enseigner et d’annoncer la Bonne Nouvelle du Christ Jésus » (Ac 5, 40ss.). Les successeurs des Apôtres doivent aussi s’attendre à être à maintes reprises frappés, de manière moderne, s’ils ne cessent pas d’annoncer de façon audible et compréhensible l’Évangile de Jésus Christ. Et alors ils peuvent être heureux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour lui. Naturellement, nous voulons, comme les apôtres, convaincre les gens et, en ce sens, obtenir leur approbation. Naturellement, nous ne provoquons pas, mais bien au contraire nous invitons chacun à entrer dans la joie de la vérité qui indique la route. L’approbation des opinions dominantes, toutefois, n’est pas le critère auquel nous nous soumettons. Le critère c’est Lui seul : le Seigneur. Si nous défendons sa cause, grâce à Dieu, nous gagnerons toujours de nouveau des personnes pour le chemin de l’Évangile. Mais inévitablement nous serons aussi frappés par ceux qui, par leur vie, sont en opposition avec l’Évangile, et alors nous pouvons être reconnaissants d’être jugés dignes de participer à la Passion du Christ.

Les Mages ont suivi l’étoile, et ainsi ils sont parvenus jusqu’à Jésus, jusqu’à la grande Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (cf. Jn 1, 9). Comme pèlerins de la foi, les Mages sont devenus eux-mêmes des étoiles qui brillent dans le ciel de l’histoire et nous indiquent la route. Les saints sont les vraies constellations de Dieu, qui éclairent les nuits de ce monde et nous guident. Saint Paul, dans la Lettre aux Philippiens, a dit à ses fidèles qu’ils doivent resplendir comme des astres dans le monde (cf. 2, 15).

Chers amis, ceci nous concerne aussi. Ceci vous concerne surtout vous qui, maintenant, allez être ordonnés évêques de l’Église de Jésus Christ. Si vous vivez avec le Christ, liés à nouveau à lui dans le sacrement, alors vous aussi vous deviendrez des sages. Alors vous deviendrez des astres qui précèdent les hommes et leur indiquent le juste chemin de la vie. En ce moment nous tous ici nous prions pour vous, afin que le Seigneur vous remplisse de la lumière de la foi et de l’amour. Afin que cette inquiétude de Dieu pour l’homme vous touche, pour que tous fassent l’expérience de sa proximité et reçoivent le don de sa joie. Nous prions pour vous, afin que le Seigneur vous donne toujours le courage et l’humilité de la foi. Nous prions Marie qui a montré aux Mages le nouveau Roi du monde (Mt 2, 11), afin qu’en Mère affectueuse, elle vous montre aussi Jésus Christ et vous aide à être des hommes qui indiquent la route qui conduit à lui. Amen.

Source : Vatican 

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Un essai du pape Benoit XVI sur le silence chrétien

Préface de l’édition en anglais du livre du card. Sarah :

De la Cité du Vatican, le pape émérite Benoît XVI, qui sort pour cela de son silence monacal, écrit la préface de l’édition en anglais du livre du cardinal Robert Sarah « La force du silence », publié en français chez Fayard.

Plus qu’une préface c’est même un « essai » servant de préambule à cet entretien avec Nicolas Diat : « The Power of Silence : Against the Dictatorship of Noise » (« La force du silence : contre la dictature du bruit »), publié en anglais par Ignatius Press.

Le pape émérite répond à sa question en termes christologiques : « Nous savons par les Évangiles que Jésus passait fréquemment des nuits seul « sur la montage » en prière, en conversation avec son Père. Nous savons que son discours, sa parole, vient du silence et n’a pu mûrir que là. Il est donc raisonnable de penser que sa parole ne peut être correctement entendue que si nous aussi, nous entrons dans son silence, si nous apprenons à l’entendre de son silence. »

Il cite les paroles de saint Ignace d’Antioche (35-115), évêque syrien, père et docteur de l’Eglise, martyr : « Dès la première fois que j’ai lu les Lettres de saint Ignace d’Antioche, dans les années 1950, un passage de sa Lettre aux Éphésiens m’a particulièrement frappé : « Mieux vaut se taire et être que parler sans être. Il est bon d’enseigner, si celui qui parle agit. Il n’y a donc qu’un seul maître, celui qui ‘a dit et tout a été fait’ et les choses qu’il a faites dans le silence sont dignes de son Père. Celui qui possède en vérité la parole de Jésus peut entendre même son silence, afin d’être parfait, afin d’agir par sa parole et de se faire connaître par son silence. » (15, 1f.). »

Comme il le fait dans ses livres « Jésus de Nazareth », Benoît XVI redit son option pour une exégèse : «  Certes, pour interpréter les paroles de Jésus, la connaissance historique est nécessaire, elle qui nous enseigne à comprendre le temps et le langage de ce temps. Mais seul, cela ne suffit pas si nous voulons vraiment comprendre le message du Seigneur en profondeur. Aujourd’hui quiconque lit les commentaires de plus en plus épais des Évangiles est déçu à la fin. Il apprend beaucoup de choses utiles sur cette époque et de nombreuses hypothèses qui n’apportent finalement rien du tout à la compréhension du texte. À la fin, vous sentez que dans tout cet excès de paroles, il manque quelque chose d’essentiel : entrer dans le silence de Jésus d’où sa parole est née. Si nous ne pouvons pas entrer dans ce silence, nous n’entendrons toujours la parole qu’en superficie et nous ne la comprendrons donc pas réellement. »

« En lisant le nouveau livre du cardinal Robert Sarah, confie le pape émérite, toutes ces pensées ont traversé à nouveau mon âme. Sarah nous enseigne le silence – être silencieux avec Jésus, véritable calme intérieur, et c’est précisément de cette façon qu’il nous aide à saisir à nouveau la parole du Seigneur. »

Il cite cette question de Nicolas Diat : « Vous est-il arrivé dans votre vie que les mots deviennent trop encombrants, trop lourds, trop bruyants ? » Et la réponse : « Dans ma prière et dans la vie intérieure, j’ai toujours ressenti le besoin d’un silence plus profond, plus complet… Les journées de solitude, de silence et de jeûne total ont été un grand soutien. Elles ont été une grâce sans précédent, une lente purification et une rencontre personnelle avec… Dieu… Des journées de solitude, de silence et de jeûne, nourries seulement par la Parole de Dieu, permettent à l’homme de fonder sa vie sur ce qui est essentiel ». Ces lignes indiquent la source d’où vit le cardinal, qui donne à sa parole une profondeur intérieure. »

Pour Benoît Xvi le manque de silence est un « danger » pour l’Eglise et spécialement pour les évêques : « De ce point de vue privilégié, il peut alors voir les dangers qui menacent continuellement la vie spirituelle, des prêtres et des évêques aussi, et qui mettent donc en danger l’Église elle-même aussi, dans laquelle il n’est pas rare que la Parole soit remplacée par un verbiage qui dilue la grandeur de la Parole. J’aimerais juste citer une phrase qui peut devenir un examen de conscience pour tous les évêques : « Il peut arriver qu’un bon prêtre pieux, une fois élevé à la dignité épiscopale, tombe rapidement dans la médiocrité et une préoccupation pour le succès mondain. Submergé par le poids des devoirs qui lui incombent, inquiet pour son pouvoir, son autorité et les besoins matériels de son bureau, il s’épuise progressivement. ». »

Avec une traduction de Zenit, Constance Roques

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Le sens de l’avent expliqué par Benoît XVI

Benoît XVI nous rappelle le sens de l’Avent lors des premières vêpres

Synthèse de l’homélie du Saint-Père

Le 01 décembre – Eucharistie Sacrement de la Miséricorde –  A 17 h samedi, en la basilique vaticane, Benoît XVI a présidé les vêpres du premier dimanche de l’Avent. “L’Avent – a dit le Pape dans son homélie – est, par excellence, une halte spirituelle d’espérance au cours de laquelle l’Église entière est appelée à devenir espérance pour elle et pour le monde. Tout le peuple de Dieu se met en marche attiré par ce mystère ; notre Dieu est le Dieu qui vient et nous appelle à venir à sa rencontre surtout dans cette forme universelle d’espérance et d’attente qu’est la prière”. Puis il a rappelé que l’expression la plus haute de la prière était constituée par les psaumes. Après avoir cité le psaume 141:Seigneur, je crie vers toi, viens à mon aide, le Saint-Père a ajouté : “C’est le cri d’une personne qui se sent en grand danger, mais c’est aussi le cri de l’Église au milieu des nombreux pièges qui l’entourent et qui menacent sa sainteté, cette intégrité irréprochable dont parle l’apôtre Paul et qui doit, au contraire, être conservée pour la venue du Seigneur. Dans cette invocation, résonne aussi le cri de tous les justes, de tous ceux qui veulent résister au mal, aux séductions d’un bien inique et de plaisirs qui offensent la dignité humaine et la condition des pauvres. Au début de l’Avent, la liturgie de l’Avent pousse à nouveau ce cri et l’élève vers Dieu comme l’encens symbole de la prière et des cœurs tournés vers Dieu”.

“Dans le cri du Corps mystique – a poursuivi Benoît XVI – nous reconnaissons la voix du chef, du Fils de Dieu qui a pris sur lui nos souffrances et nos tentations pour nous donner la grâce de sa victoire. L’Église revit chaque fois la grâce de cette compassion, de cette venue du Fils de Dieu, dans l’angoisse humaine jusqu’à en toucher le fond. Le cri d’espérance de l’Avent exprime alors, depuis le début et de façon plus forte, toute la gravité de notre état, notre extrême besoin de salut. Nous attendons le Seigneur non comme une belle décoration pour le monde qui est déjà sauvé, mais comme voie unique de libération d’un danger mortel”. Après avoir fait de nouveau référence aux psaumes 141 et 142 de la liturgie du jour, il a souligné qu’ils “nous protègent en quelque sorte de toute tentation d’évasion et de fuite de le réalité. Ils nous préservent d’une fausse espérance qui voudrait peut-être entrer dans l’Avent et aller vers Noël en oubliant l’aspect dramatique de notre existence personnelle et collective. En effet, une espérance confiante et non trompeuse – a-t-il conclu – ne peut être qu’une espérance pascale, comme nous le rappelle le Cantique de l’Épître aux Philippiens qui loue le Christ fait chair, crucifié, ressuscité et Seigneur universel”.

Texte intégral de l’homélie du Saint Père ► Français – Italien

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AVANT ou AVENT ?

Nous avons tous connu, enfants, la difficulté d’écrire le son « en » avec un e ou avec un a et peut-être encore maintenant sommes-nous saisis d’un léger doute : en ou an ? Avent ou Avant ? Libérons-nous un instant des contraintes orthographiques et voyons quels bénéfices retirer d’un temps liturgique que l’on nommerait « l’Avant ». L’Avant, c’est bien sûr ce qui nous assure de l’après. Si l’on peut dire « avant », c’est toujours après coup, après l’événement. Soit parce que celui-ci s’est déjà produit et se répète, soit parce qu’on s’est assis au bord du chemin et que l’on regarde en arrière. Ainsi l’« Avant » attire vers le passé. Avant que les enfants ne soient partis, avant que je te connaisse, avant que Jésus ne soit sur la croix… « Avant » nous entraîne dans un lieu où tout est encore possible, indéterminé, là où nous aimerions pouvoir changer les choses, recommencer, faire d’autres choix. Peut-être est-ce la raison pour laquelle « l’avant » de la fête est mis en valeur. Les injonctions commerciales y sont pour beaucoup. Il faut préparer longtemps avant et parfois coûteusement sous peine de ne pas réussir la fête. Un avant-Noël est rempli de l’histoire biblique des peuples qui ont longtemps marché, des prophètes qui contre vents et marées ont appelé à la conversion du cœur.

Pourtant, nous n’en sommes plus là. Il n’y a plus, pour les chrétiens, de retour en arrière possible : « depuis le jour du sang versé nous savons bien que tout est grâce » (D. Rimaud). L’avant n’existe que sous forme de mémoire. Noël comme mémoire de la venue du Seigneur nous oblige à passer de l’avant à Y Avent, à choisir de renoncer au « an ». L’avant prend le deuil et si nous voulons vivre avec le Seigneur de la crèche et le Fils de Dieu au Jourdain, il faut entendre « advenir » dans l’Avent. L’Avent signifie la venue, l’avènement du Seigneur. Il vient vers les hommes. Lui, le Dieu invisible s’adresse aux hommes comme à des amis et les invite à partager sa vie divine. Ce mystère s’accomplit dans le Christ (Dei Verbum, Constitution conciliaire sur la Révélation divine, n° 2). Dès lors, la question n’est plus de préparer sa venue mais d’en vivre. Car il y a là une question de vie. L’Avent désigne l’invitation que Dieu fait aux hommes de partager sa vie. Il y a véritablement partage, échange, puisque le Christ qui prend corps de la Vierge Marie s’est fait homme (Credo) pour que nous soyons rendus participants à sa nature divine. L’Avent rend compte du désir de Dieu de se communiquer, de nous faire partager sa vie. L’Avent est la promesse que nos vies d’hommes et de femmes, quels que soient leurs « avants », sont dignes de partager la vie de Dieu.

Source E.S.M.
Ce document est destiné à l’information ; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde – (E.S.M.) 01.12.2008 – T/Benoît XVI –

T/Avent

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Veillée pour la vie le 1er décembre 2018 à Lyon (69)

Partout en France seront organisées dans les paroisses des veillées pour la vie, à l’occasion de l’entrée en Avent. Cette initiative de Benoit XVI permet, chaque année, depuis 2010, au moment d’entrer en Avent, de porter notre regard sur la Vierge Marie attendant de mettre au monde Jésus.

Dans le diocèse de Lyon, elle aura lieu à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, samedi 1er décembre à 20h30. Au programme un temps d’écoute de la Parole, un enseignement du cardinal Philippe Barbarin, suivi d’un temps de prière, de chants et d’adoration.

Informations pratiques

Cathédrale Saint-Jean-Baptiste.
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La Première Guerre mondiale dans le magistère de Benoît XVI

Voici l’exposé, intitulé « La Première Guerre mondiale dans le magistère de Benoît XVI », fait par Massimo Introvigne lors de la conférence « Le Bienheureux Charles de Habsbourg et l’Europe », organisé pour le 65e anniversaire de la rencontre entre le Président du Conseil italien Alcide de Gasperi et le ministre français des Affaires étrangères Georges Bidault. 

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Benoît XVI a mis au centre de son Magistère une interprétation théologique de l’histoire. Comme il l’a expliqué dans l’homélie du 16 Octobre 2011 dans le cadre de la messe pour la nouvelle évangélisation, « la théologie de l’histoire est un aspect important, essentiel de la nouvelle évangélisation, parce que les hommes de notre temps, après la saison néfaste des empires totalitaires du XXe siècle, ont besoin de trouver un regard d’ensemble sur le monde et sur le temps, un regard vraiment libre ».

La théologie de l’histoire permet également d’identifier les causes de la dramatique crise de l’Europe, un autre thème cher au pape Ratzinger.

Ces causes sont multiples, mais Benoît XVI est souvent revenu sur un événement fondamental, la Première Guerre mondiale. Certes, avant aussi, il y avait des guerres terribles, mais la Grande Guerre de 1914-1918 représente une sinistre nouveauté non seulement pour la première utilisation massive d’armes de destruction de masse – tels sont considérés, encore aujourd’hui, les gaz asphyxiants – mais aussi parce que l’on y théorise et pratique la séparation entre la guerre et la morale.

Cette séparation est également évidente dans l’attaque – qui n’avait jusque-là que quelques précédents – des monuments historiques, y compris les églises, notamment la cathédrale de Reims, un événement sans précédent qui a causé une énorme émotion dans le monde entier.

Dans le premier de ses messages pour la Journée mondiale de la Paix, celui pour la XXXIXe Journée célébrée le 1er Janvier 2006, Joseph Ratzinger lie au drame de la Première Guerre mondiale, le choix même du nom de Benoît XVI.

« Le nom de Benoît, que j’ai a choisi le jour de l’élection à la Chaire de Pierre, est un signe de mon engagement convaincu en faveur de la paix. Je voulais évoquer fois à la fois le Saint Patron de l’Europe, inspirateur d’une civilisation de la paix sur l’ensemble du continent, et le pape Benoît XV [1854-1922], qui condamna la Première Guerre mondiale comme un “massacre inutile” et œuvra pour une reconnaissance par tous des exigences élevées de la paix ».
Une plaque, sur le mur d’une église. L’administration autrichienne réquisitionnait les cloches de bronze pour les fondre, afin d’en faire des canons… La plaque dit : “En souvenir de Charles d’Autriche qui, le 24 novembre 1917, épargna le superbe concert de ces cloches, dans le premier anniversaire de sa béatification, en présence de son fils, Otto de habsbourg, la population d’Ampezzo reconnaissante. 3 octobre 2005

La référence à Benoît XV est importante pour le jugement sur la Première Guerre mondiale. L’Europe a changé, et quand ses deux plus grandes autorités traditionnelles, le pape de Rome et l’empereur de ce qui subsistait du Saint Empire romain, le bienheureux Charles Ier de Habsbourg (1887-1922), tentent d’arrêter le conflit, observant que tout ce que les nations cherchent à obtenir par la guerre, elles peuvent l’obtenir par la paix, à peine sont-ils traités avec courtoisie et en tout cas, ils ne sont pas pris au sérieux. Bien sûr, le Pape, dont le père a combattu dans la Première Guerre mondiale, n’a pas l’intention de manquer de respect à ce qu’il appelle « le sacrifice de ces hommes tombés sur le champ de bataille pour l’amour de leur patrie » : à tous ceux qui dans cette guerre, de part et d’autre, ont foi dans la justesse de leur cause et se battent courageusement.

Le problème n’est pas les combattants, mais la guerre elle-même, où vient à échéance un “billet à ordre” (en italien : cambiale = lettre de change ?) laïc émis à l’époque de la Révolution française, quand commencent à se répandre en Europe des nationalismes sans nation, idéologies dans lesquelles chacun veut plus de pouvoir pour sa nation précisément parce que c’est la sienne et non pas parce qu’elle est porteuse de valeurs considérées comme moralement appréciables. Parce que, s’il s’agissait de valeurs, en descendant en profondeur – et dans le cours de la descente, on croiserait sans doute la fracture de la Réforme protestante – tous les pays européens les trouveraient dans ses racines, et ces racines sont communes, elles sont chrétiennes.

Au contraire, la Première Guerre mondiale est la conséquence de la séparation de l’idée de patrie et de nation de ses racines religieuses : le Kulturkampf en Allemagne, avec la ‘laïcité’ (en français dans le texte) en France, avec les campagnes laïcistes et anticléricales du XIXe siècle en Italie, avec l’affirmation presque partout d’idéologies qui marginalisent le christianisme.

Benoît XVI, qui a été un pape très attaché aux commémorations, a proposé son analyse de la Première Guerre mondiale surtout dans deux textes relatifs au 90ème anniversaire respectivement de la bataille de Verdun, et de la Note du 1er août 1917 du pape Benoît XV.

La bataille de Verdun, qui provoqua en 1916 250.000 morts et 500.000 blessés, représente une horreur à bien des égards sans précédent dans l’histoire de l’Europe. « Verdun – écrit Benoît XVI dans une lettre à Mgr. François Maupu, évêque de la ville française théâtre de la bataille, à la date anniversaire – moment obscur de l’histoire du continent, doit rester dans la mémoire des gens comme un événement à ne jamais oublier et à ne jamais revivre ».

 

À Verdun se sont manifestées les « forces obscures de l’histoire », en relation auxquelles le pape Ratzinger rappelle une fois de plus que « dans une note datée du 1er Août 1917, envoyées aux chefs des peuples belligérants, mon prédécesseur le Pape Benoît XV a proposé une paix durable et, en même temps, a lancé un appel urgent pour arrêter ce qu’il a appelé un “massacre inutile” ». Dans le même temps, Verdun a été le théâtre de gestes de réconciliation, comme la construction d’un ossuaire commun pour les morts de toutes les parties.

« Les restes de tous les morts, sans distinction de nationalité, reposent désormais dans l’ossuaire de Douaumont, grâce à votre [Mgr. Maupu] prédécesseur, Mgr [Charles] Ginisty [1864-1946], qui a pris l’initiative, faisant inscrire sur le fronton du bâtiment le mot qui résume tout, Paix ».

Le rappel est significatif : Mgr. Ginisty, après avoir été le patriotique « évêque du front » lors de la Première Guerre mondiale, est devenu l’évêque de la réconciliation, allant jusqu’aux États-Unis pour recueillir des fonds pour son ossuaire.

Verdun est donc aujourd’hui, affirme Benoît XVI, « également l’un des symboles réconciliation entre les deux grandes nations européennes autrefois ennemies, invitant tous les pays en guerre à une telle démarche qui apporte la joie aux gens, parce que seule la réconciliation permet de construire l’avenir et d’espérer ».

Ces gestes – auxquels on peut associer la cérémonie du 8 Juillet 1962, quand le chancelier allemand Konrad Adenauer (1876-1967) et le président français Charles de Gaulle (1890-1970) se sont rencontrés dans la cathédrale de Reims difficilement reconstruite – affirme Benoît XVI, répètent que « l’amour est plus fort que la haine et que, comme le dit saint Paul, le Christ, par sa Croix, a renversé le mur de la haine pour réconcilier les hommes entre eux (cf. Ep 2, 14-17) ».

La réconciliation est un don de Dieu, mais c’est aussi une notion politique. « Seule la réconciliation et le pardon réciproque peuvent conduire à une paix véritable. Provenant d’un esprit chrétien, ils appartiennent à leur tour aux critères de l’action politique. Telle est aujourd’hui la responsabilité des dirigeants, des peuples d’Europe et de toutes les nations ».

La réconciliation ne sera pas une utopie, mais un principe d’action réaliste, si l’on n’oublie pas la théologie de l’histoire. La réconciliation, conclut la lettre dédiée à Verdun par Benoît XVI, ne peut être fondée que « sur les racines et les valeurs chrétiennes qui ont largement contribué à la formation des nations européennes et des peuples européens ».

Ce fut en effet l’oubli des racines chrétiennes qui causa Verdun. Le 22 Juillet 2007 à Lorenzago di Cadore, dans le cadre des vacances d’été de cette année, Benoît XVI, en récitant l’Angélus, a commémoré le quatre-vingt dixième anniversaire de la tentative de Benoît XV d’intervenir sur le « drame de la liberté humaine dans le monde » mis en scène par la Première Guerre mondiale

« Je ne peux pas, en ce moment, ne pas aller par la pensée – a dit le Pape Ratzinger – à une date importante : le 1er Août 1917 – il y a exactement 90 ans – mon vénéré Prédécesseur, le Pape Benoît XV, adressa sa célèbre note aux puissances belligérantes, demandant qu’ils mettent fin à la Première Guerre mondiale. Alors faisait rage ce conflit inhumain, le Pape eut le courage d’affirmer qu’il s’agissait d’un “massacre inutile”. Son expression a été gravée dans l’histoire. Elle se justifiait dans la situation concrète de cet été de 1917, en particulier sur ce front vénitien. Mais ces mots, “massacre inutile”, contiennent également une valeur plus grande, prophétique ».

Les « émouvants chants [des chasseurs] alpins » eux-mêmes invitent à « faire trésor (tirer une leçon) des expériences négatives que malheureusement nos pères ont souffert, pour ne pas les répéter.”

La note de Benoît XV, rappelle le pape Ratzinger, « ne se limitait pas à condamner la guerre ; elle indiquait, sur un plan juridique, les moyens de construire une paix juste et durable : la force morale du droit, le désarmement équilibré et contrôlé, l’arbitrage dans les litiges, la liberté des mers, la condamnation réciproque des dépenses d’armement, la restitution des territoires occupés, et des négociations équitables pour résoudre les problèmes. La proposition du Saint-Siège était orientée vers l’avenir de l’Europe et du monde, selon un projet d’inspiration chrétienne, mais partageable par tous parce que basée sur le droit des gens ».

À un niveau plus profond, et théologique, Benoît XVI relie les horreurs de la Première Guerre mondiale au refus de beauté – un autre grand thème de son Magistère – de la part des hommes : un refus si absurde que l’on ne peut que supposer que derrière ces horreurs, il y a l’œuvre du diable, selon un schéma que le Pontife régnant François a évoqué à plusieurs reprises.

« La beauté de la nature – expliquait Benoît XVI en 2007 (à Lorenzago, encore) – nous rappelle que nous avons été placés par Dieu pour « cultiver et garder ce jardin qui est la terre (cf. Gn 2, 8-17) et je vois comment vous cultivez et préservez vraiment ce beau jardin de Dieu, un vrai paradis. Eh bien, si les hommes vivent en paix avec Dieu et les uns avec les autres, la terre ressemble vraiment un “paradis”. Malheureusement, le péché détruit toujours de nouveau le plan divin, provoquant la division et faisant entrer la mort dans le monde. Il advient ainsi que les hommes cèdent aux tentations du Malin et se font la guerre les uns contre les autres. La conséquence en est que, dans ce magnifique “jardin” qui est le monde, s’ouvrent également des espaces d'”l’enfer” ».

L’évocation de la Première Guerre mondiale, chez Benoît XVI, n’a pas seulement une valeur historique. Les problèmes de cette guerre font sentir leurs effets encore aujourd’hui. A Lorenzago di Cadore, le Pape a rappelé que la formulation de la note de Benoît XV est la même que « les Papes Paul VI [1897-1978] et John Paul II [1920-2005] ont suivie dans leurs discours mémorables à l’Assemblée des Nations Unies, répétant, au nom de l’Eglise : “Plus jamais la guerre”. De ce lieu de paix, où l’on ressent comme encore plus inacceptables les horreurs des “massacres inutiles”, je renouvelle mon appel à poursuivre avec ténacité la voie du droit, à refuser avec détermination la course aux armements, à repousser de façon plus générale la tentation de faire face à de nouvelles situations avec de vieux systèmes ».

Le « massacre inutile » n’est pas un incident isolé. La théologie de l’histoire, comme Benoît XVI l’a montré dans ce pivot de son Magistère qu’est l’encyclique “Spe Salvi” en 2007, réclame un regard plus ample.

La Première Guerre mondiale ouvre une fenêtre sur l’ensemble de l’histoire récente, et crée à son tour des “billets à ordre” que l’Europe n’a pas encore fini de payer. Ce sont les billets à ordre impayés de la Grande Guerre – le traitement des vaincus, la question allemande, la destruction de l’Empire austro-hongrois – qui sont devenus le terreau du national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale. C’est parce que dans le climat de la Première Guerre mondiale, on a permis aux communistes de prendre le pouvoir en Russie, que continua jusqu’en 1989 – mais dans quelques parties du monde jusqu’à aujourd’hui – ce que les historiens américains appellent la Troisième Guerre mondiale, la Guerre Froide entre l’Occident et le communisme.

Et c’est certainement aussi en raison de ce que beaucoup considèrent encore comme une erreur fatale – la destruction de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale sans trop savoir quoi mettre à sa place – que du ressentiment musulman est né entre la Première et la Seconde Guerre mondiale le fondamentalisme islamique, qui depuis le 11 Septembre 2001 se manifeste comme protagoniste d’une quatrième guerre mondiale.

A la différence des trois premières, ce n’est pas une guerre civile européenne également exporté en dehors énergétiques des pays du Moyen-Orient producteurs de pétrole, fait sentir ses effets partout dans le monde.

Mais, d’un certain point de vue, tout commence à Verdun et dans les tranchées du Cadore et du Karst. Tout commence avec la Première Guerre mondiale, dont le début marque, selon les mots du secrétaire au Foreign Office Sir Edward Grey (1862-1933), le jour où « les lampes s’éteignent dans toute l’Europe, et dans notre vie, nous ne les verrons plus allumées ».

 

Source

En France #NLH #NLQ

Lancement de l’organisation des Veillées pour la vie !

Merci d’avance de vous engager à organiser une veillée pour la Vie dans votre paroisse.

Ces veillées contribuent au renouveau de la culture de Vie dans notre société depuis 2010…

Chers amis !

Que pouvons-nous faire pour notre société avec plus de 220 000 avortements par an, une volonté constante de faire passer l’euthanasie et le suicide pour tous comme un progrès, sans compter la PMA et la GPA qui, outre la destruction d’embryons surnuméraires, engendre des orphelins légales et l’esclavage des mères porteuses… ? Que faire ?

Réagissons !

L’organisation des Veillées pour la Vie, c’est maintenant !

Le mouvement des veillées pour la Vie oeuvre depuis 2010 à favoriser la renaissance de la culture de Vie  dans notre société par la prière, la formation en bioéthique et par des actions concrète visant à soutenir des maisons d’accueil pour futures mères en détresse… Tout cela ne serait rien sans vous…

Cette année, l’entrée en avent aura lieu le samedi 1er décembre, et c’est maintenant qu’il faut en parler à votre évêque, à votre curé pour qu’il prévoit cette veillée dans son emploi du temps. Cette veillée ne s’organisera pas sans votre aide… Vous pourrez suivre toute l’actualité des veillées sur notre site http://veilleespourlavie.org Vous y trouverez un kit d’organisation prêt à l’emploi à télécharger, ainsi qu’un formulaire de déclaration de votre veillée.

Cette belle initiative, désirée par Saint Jean-Paul II, lancée par Benoît XVI a été bénie et encouragée par le Saint Siège, se développe pour donner un témoignage ecclésial commun pour une culture de la vie et de l’amour dans notre société au travers de presque 300 veillées chaque année… Combien aurons-nous de veillées en 2018 ?

Osons dépasser le cap des 400 veillées en 2018 !

1) Pour cela, téléchargez notre kit d’organisation prêt à l’emploi : Nous vous proposons un kit avec des trames de veillées toutes faites, des chants, des méditations, des affiches, des lettres, etc. Bref, tout ce dont vous avez besoin pour faciliter l’organisation de votre veillée pour la Vie !

2) Concours d’affiche primé : Nous vous proposons de participer à notre concours d’affiches et de gagner une médaille de baptême, des livres et des CD dédicacés en nous envoyant votre affiche. Les plus belles seront récompensées…

3) Soutien à des maisons d’accueil pour futures mères en détresse : trois chèques serons remis dans les jours qui viennent pour soutenir des actions concrètes de protection de la vie… Suivez l’actu du mouvement des Veillées pour la Vie sur notre blog

4) Formez-vous avec notre parcours Spi & Bioéthique « 9 jours pour 9 mois » : Nous vous proposons aussi de suivre notre neuvaine de formation Spi & Bioéthique qui aura lieu durant les 9 jours qui précéderont l’entrée en Avent 2018 : c’est l’idéal pour vous former à mieux accueillir et protéger la Vie ! Tous les détails sont sur notre site… Début de la neuvaine le 22 novembre 2018 !

En union de prières ; à la veille de l’Avent, prions, formons-nous et agissons pour favoriser la renaissance de la culture de Vie dans notre société !

“On doit commencer par renouveler la culture de la vie à l’intérieur des communautés chrétiennes elles-mêmes.” EV n°95

“Une grande prière pour la vie, qui parcourt le monde entier, est une urgence.” EV n°100

Saint Jean-Paul II, in Evangelium Vitae n°95 & n°100

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Soyez des apôtres de l’évangile de la Vie ! 

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Devenez des missionnaires de l’évangile de la Vie ! Diffusez cette neuvaine de formation et invitez largement tous vos amis à participer à votre veillée de prière pour la Vie. Vous trouverez une brochure présentant notre mouvement en pièce-jointe et nous restons à votre disposition sur : contact@veilleespourlavie.org pour répondre à vos questions concernant la création d’une veillée.

En union de prières !

A la veille de l’Avent, prions, formons-nous et agissons pour favoriser la renaissance de la culture de Vie dans notre société !

  veilleespourlavie.org

contact@veilleespourlavie.org

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Nous soutenir : https://www.veilleespourlavie.org/don/

NLQ #Sorties/Animations

Exposition sur Sainte Hildegarde de Bingen jusqu’au 30 septembre 2018 au Château de Fontaine-Henry (14) – Inauguration le 10 septembre

EXPOSITION EN IMAGES
« LES 920 ANS DE SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN »

En 2012, Ste HILDEGARDE de BINGEN est canonisée par le Pape Benoît XVI, puis proclamée Docteur de l’Eglise et Prophète pour le 3è millénaire. Pourquoi ?
Cette religieuse bénédictine du XIIè siècle fut à la fois théologienne, auteur de livres et d’une  abondante correspondance encore conservée, musicienne et compositrice d’œuvres encore jouées. Elle est à l’origine d’une médecine surprenante dont la science commence à établir le bienfondé.
Ste HILDEGARDE a pour nous, au XXIè siècle, un aspect avant-gardiste, notamment en raison des réponses dont elle ouvre les pistes, à des questions concernant les grands problèmes de notre temps. Sa conception « holistique » de l’être humain, la relation homme-environnement, la terre et le cosmos en font une femme véritablement post-moderne.
HILDEGARDE a aussi eu des visions, dès l’âge de 3 ans ! Adulte, elle les a dictées à des miniaturistes qui en ont donc fait des peintures. Ces images sont surprenantes et méritent d’être regardées attentivement, car chaque détail y est chargé de sens.

Tarifs pour l’accès à l’exposition, chapelle, salles basses, parc, jeux anciens et labyrinthe : 5.5€ / adulte et 4€/enfant (7-15 ans).
Avec visite guidée du château : 8.50€/adulte et 5.5€/enfant (7-15 ans).

Le château de Fontaine Henry (Calvados) accueillera MONSEIGNEUR BOULANGER, évêque du diocèse de Bayeux-Lisieux, lundi 10 septembre à 14h30 pour inaugurer l’exposition « 920ème anniversaire Ste Hildegarde de Bingen.

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