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Birmanie : les Kachins chrétiens, un génocide ignoré ?

Les Kachins constituent une ethnie reconnue au Myanmar. Elle dispose même d’un État d’environ 1,6 million d’habitants. Les Kachins de cet État sont majoritairement chrétiens, alors qu’au Myanmar les chrétiens ne représentent que 6,2 % de la population, mais le christianisme est la religion qui se développe le plus dans le pays. Si la persécution des Rohingyas musulmans de Birmanie a eu toutes les sollicitudes de la presse internationale, celle des Kachins chrétiens est passée sous silence. Les choses pourraient changer…

Parce que je suis chrétien, ils m’ont attaché à une croix à l’imitation de Jésus comme pour une crucifixion. Nous sommes traités comme des animaux car ils considèrent les Kachins avec mépris ». C’est le témoignage d’une victime de l’Armée au Myanmar, humiliée à cause de sa foi. La situation critique et désespérée des Kachins chrétiens qui subissent une répression brutale de la part des militaires, a été mise en lumière dans un rapport des Nations unies publié cette semaine*, qui comporte quelque 800 témoignages de victimes. Le rapport lance un appel urgent à la constitution d’un tribunal international sur le génocide pour que les responsables militaires rendent des comptes sur le génocide cruel que subissent, depuis plus de quarante ans, les Rohingyas musulmans, et que ce tribunal reconnaisse les tactiques identiques de nettoyage ethnique et de persécution envers le peuple kachin majoritairement chrétien. 10 000 Kachins chrétiens ont dû fuir des bombardements aériens en avril dernier. Sky News a rapporté que toutes les agences d’aide ont été empêchées d’agir sur la région, sauf Barnabas qui assiste concrètement le peuple kachin déplacé, en travaillant avec ses partenaires chrétiens locaux. […]

Barnabas Fund (Royaume-Uni) 23 septembre –
© CH pour la traduction.

* Rapport de la 39ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies (OHCHR), qui s’est tenue du 10 au 28 septembre. Le rapport A/ HRC/39/64 a été publié, en anglais seulement, sous le titre : Report of the Independent International Fact-Finding Mission on Myanmar.

Source Christianophobie Hebdo

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Birmanie : “L’Eglise est vraiment un “hôpital de campagne””

Le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun, a récemment dénoncé les la souffrance des minorités oubliées dans son pays. En particulier celle des Kachin, une ethnie chrétienne du nord-est du pays.

Lire la suite sur le site de l’Aide à L’Eglise en Détresse

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Birmanie : les camps catholiques, un soutien pour les familles déplacées

En juin 2011, la reprise des combats entre l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) et l’armée birmane a entraîné la fuite de nombreuses familles dans les États Kachin et Shan, dans le nord du pays. Depuis, la région compte plus de 100 000 déplacés internes, la moitié d’entre eux étant des enfants. Les familles catholiques déplacées témoignent de l’aide qu’ils reçoivent dans les camps dirigés par l’Église, notamment concernant l’éducation scolaire et religieuse des enfants. Un soutien dont ils se réjouissent, malgré le manque de perspectives lié à la poursuite des tensions dans la région.
Marie Ja Taung, une réfugiée de l’ethnie Kachin, vit depuis 2011 au camp Saint Paul Ja Mai Kaung installé pour les déplacés internes. Elle explique que la vie au camp est un combat de tous les jours, mais que les activités religieuses sont un pilier du camp et l’aident malgré la peur de l’avenir. Le camp Saint-Paul est dirigé par Karuna, une branche locale de Caritas, et situé près de Myitkyina, la capitale de l’État Kachin. Les enfants de Marie Ja Taung reçoivent une éducation durant la semaine et des cours de catéchisme chaque dimanche, entre autres activités d’Église. Des catéchistes de Myitkyina viennent faire des visites régulières au camp pour y proposer des lectures de la Bible, enseigner des chants de gospel et encourager les enfants à s’exprimer à travers l’art, ajoute Marie, veuve et mère de sept enfants.
En octobre, certains des enfants seront emmenés à la capitale de l’État pour y participer à un concours biblique. « Le camp nous a donné une nouvelle chance de pouvoir participer aux activités de l’Église et à la messe, et de permettre à nos enfants de poursuivre leur éducation religieuse », se réjouit Marie. Elle se dit trop occupée à subvenir aux besoins de la famille pour pouvoir porter seule cette charge, alors que du matin jusqu’au soir, elle travaille aux champs, élève des porcs et prépare les repas pour toute sa famille. Elle reçoit chaque mois une aide de 11 000 kyats (6 euros) du Programme alimentaire mondial (PAM) pour couvrir leurs principaux besoins alimentaires, qu’elle complète en élevant des porcs avec l’aide de Caritas. « Je vous laisse imaginer combien il est difficile de nourrir sept enfants dans un endroit pareil », souffle-t-elle.
Marie Ja Taung s’est enfuie du village de Gadayan, près du district de Laiza où se trouve le siège de l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA), quand les conflits avec l’armée se sont aggravés en juin 2011. Six ans plus tard, en juin 2017, la reprise des combats avait déjà entraîné la fuite forcée de plus de 100 000 personnes, qui ont trouvé refuge dans les camps pour les déplacés internes situés au Kachin ainsi que dans l’État Shan voisin. La KIA est la branche armée de l’Organisation pour l’indépendance du Kachin (KIO), une coalition politique de six tribus kachin du nord du pays. La plupart des membres de la KIA sont chrétiens. La situation demeurant tendue, il y a peu de chance que Marie et sa famille puissent retourner chez eux dans un futur proche, alors que l’armée birmane a accusé des civils kachin de fournir des provisions aux indépendantistes de la KIA. L’éducation scolaire et religieuse que ses enfants reçoivent au camp est donc d’autant plus importante pour elle.

La moitié des « déplacés internes » sont des enfants

Roi Ja, une autre déplacée qui a fui son village en 2012, confie qu’elle récite le chapelet tous les soirs avec ses trois enfants et que les résidents du camp font ce qu’ils peuvent pour soutenir l’éducation religieuse des enfants. « J’essaie d’apprendre à mes enfants à prier et à rendre grâce à Dieu », ajoute-t-elle, avant de préciser que les choses commençaient à s’améliorer. « Maintenant, nous pouvons nous rendre à la messe et je peux les aider dans leur étude de la Bible, une fois qu’ils ont assimilé les bases »,poursuit Roi Ja, qui explique que les prêtres de la région ne  peuvent leur rendre visite que deux fois par an, et qu’ils passent la plus grande partie de leurs temps dans les champs. « J’ai au moins la chance de pouvoir garder notre foi et nourrir nos enfants », assure Roi Ja, qui participe à la direction du camp. Cela dit, elle reconnaît qu’en restant ici à long terme, elle risquerait de compromettre l’avenir de ses enfants en étouffant leurs perspectives financières et en les marquant à vie. « Les gens risquent de devenir trop dépendants des dons et de souffrir de problèmes psychologiques, s’ils restent plusieurs années dans les camps », affirme-t-elle. Près de 200 enfants, dont 72 nouveau-nés, font partie des 400 « déplacés internes » qui vivent dans le camp de fortune. La moitié des déplacés des États Kachin et Shan sont des enfants.
Peter Nawng Lat et sa famille ont trouvé refuge depuis décembre 2012 dans un autre camp dirigé par l’Église à Kutbai, dans le nord de l’État Shan. Les 130 réfugiés du camp sont presque tous catholiques, à l’exception d’une famille de baptistes. Peter dirige les opérations du camp et sa femme enseigne dans une école publique. Cela leur laisse peu de temps pour se consacrer à l’éducation religieuse de leurs enfants, ils voient donc les activités proposées par l’Église dans le camp comme une bénédiction. Le camp étant situé sur un terrain paroissial, les enfants peuvent suivre tous les matins des cours de catéchisme auprès des prêtres et des religieuses et recevoir une éducation scolaire. « Mes enfants savent prier en birman et en kachin. Ils ont l’habitude de prier avant de manger et de dormir », précise ce père de famille kachin de 40 ans. Sa famille ainsi que d’autres résidents du camp projettent de déménager sur un terrain d’ici l’année prochaine, à mi-chemin entre leur village et la ville de Kutkai. « Il n’y a pas eu beaucoup de combats dans notre village pour l’instant, mais la présence de plusieurs groupes armés – Kachin, Palaung et Shan – est toujours menaçante, la sécurité demeure donc toujours une barrière qui nous empêche de retourner chez nous », regrette-t-il.
Ce nouveau déménagement les forcera à recommencer à zéro dans de nombreux domaines, puisqu’il n’y a ni prêtres, ni religieuses ni église là-bas. « Nous serons le premier groupe de catholique à y vivre, au milieu de baptistes et de bouddhistes », explique-t-il. « Nous avons du mal à subvenir à nos besoins, sans parler de l’éducation de nos enfants, mais nous continuons à espérer une amélioration. » Malgré ses journées chargées, il trouve toujours le temps de montrer à ses enfants des images et des vidéos du pape François. « L’une de mes filles veut être médecin et l’autre veut devenir religieuse, mais mon garçon de deux ans veut devenir pape », ajoute-t-il en riant

Source : Eglises d’Asie

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Birmanie : les Tamouls de l’Etat Karen posent les fondations d’une nouvelle église

Les catholiques tamouls représentent, en Birmanie, une petite minorité. Dans l’État Karen, dans le sud-est du pays, ils sont près de 20 000 pour une population d’1,5 millions d’habitants. Le village de Hton-Bo-Quay, dont la paroisse catholique est composée d’une importante communauté tamoule, est ainsi entouré de villages bouddhistes et musulmans. En 2016, la communauté a lancé la construction d’une nouvelle église pour le village. Le projet, qui s’élève à 170 millions de kyats, soit un peu moins de cent mille euros, a été financé en partie grâce aux dons des villageois ainsi que ceux d’une centaine de jeunes du village travaillant à l’étranger.

Les visiteurs de ce village catholique tamoul sont accueillis par une croix posée à l’entrée du village, et peuvent croiser l’église Saint-Anthony avant même d’arriver au centre du village. Yaw Han, 24 ans, est fier d’être catholique à Hton-Bo-Quay, dans l’État Karen, où un effort communautaire a permis de financer la construction d’une nouvelle église en 2016-2017. Sa famille a donné 2 millions de kyats (1 121 euros) au projet, grâce à l’aide de ses deux frères aînés qui ont économisé de l’argent sur leurs salaires touchés en Malaisie. « Nous sommes heureux d’avoir fait ce don. Nous n’avons pas senti cela comme une charge, même si la plupart des villageois peinent à survivre de leur travail agricole », explique Yaw Han. Quand ce dernier n’est pas en train d’aider sa famille à cultiver le riz, il participe aux activités de la paroisse en tant que responsable des jeunes. Son groupe a contribué au projet de la paroisse à hauteur de 300 000 kyats (168 euros). D’autres organisations, dont un groupe de mères, le comité pastoral et le groupe des femmes de la paroisse, ont donné un total de 16 millions de kyats (8 969 euros).

Près d’une centaine de jeunes du village, qui travaillent en Malaisie, à Singapour et aux États-Unis, ont envoyé environ 38 millions de kyats (21 300 euros) pour participer au financement du projet, dont le coût total s’élève à 170 millions de kyats (95 293 euros). Le père Edward Aye Min Htun, curé de la paroisse Saint-Anthony, est reconnaissant pour ces dons, en particulier pour ceux des jeunes qui travaillent à l’étranger. L’ancienne église en briques couvrait seulement 93 mètres carrés, ce qui n’était plus suffisant pour le nombre croissant de catholiques dans la région. « Je ne suis pas inquiet pour le financement de la nouvelle église, parce que je crois que Dieu nous aidera et que c’est l’œuvre de Dieu », confie le père Htun.

Le prêtre, qui a été transféré dans la paroisse en 2015, ajoute que les contributions locales sont arrivées régulièrement à mesure que la nouvelle église en béton était construite. Le prêtre assure qu’un nouveau bâtiment était nécessaire, car les villageois ont une foi solide et participent aux célébrations. Le diocèse de Hpa-an a contribué à hauteur de 2 millions de kyats. D’autres dons ont été envoyés par prêtres natifs du village, par des villageois et des donateurs privés. Une église en bois a été construite à Hton-Bo-Quay en 1900, avant d’être reconstruite en briques en 1932. La construction de la nouvelle église a commencée en janvier 2016, et l’évêque de Hpa-an, Mgr Justin Saw Min Thide, a consacré l’édifice le 29 décembre 2017.

20 000 catholiques tamouls sur 1,5 million d’habitants

Le diocèse de Hpa-an, situé dans le sud-est du pays, compte 24 prêtres, 37 religieux et religieuses et 73 catéchistes pour environ 20 000 catholiques (l’État Karen compte 1,5 million d’habitants). Le village de Hton-Bo-Quay, situé à 25 kilomètres de Hpa-an, compte environ 700 catholiques tamouls. Les Tamouls vivent là depuis 1823, selon les archives de la paroisse. Ils cultivent le riz et le haricot et élèvent quelques bêtes. Le village est entouré de villages bouddhistes et musulmans, avec qui les villageois entretiennent de bonnes relations, selon le père Htun. Hton-Bo-Quay a été frappé par les inondations récentes, dues aux pluies torrentielles qui ont traversé l’État Karen. Les maisons, les cultures et même l’église ont été affectées. La Mission sociale de Karuna (Karuna mission social solidarity) a fourni des sacs de riz aux villageois touchés par les intempéries.

En 1954, les catholiques tamouls de Hton-Bo-Quay sont partis à Yathaepyan, un village bouddhiste voisin, à cause des conflits qui ont frappé le village et causé un incendie. Ils sont retournés chez eux en 1956 quand la situation s’est calmée. L’État Karen a souffert de la guerre civile durant plus de 60 ans. Les rebelles de l’Union nationale Karen (KNU) s’opposent à l’armée birmane depuis l’indépendance du pays en 1948. Les Tamouls sont originaires de l’État indien du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, et du Sri Lanka. Les Tamouls, qui sont arrivés en Birmanie durant l’époque coloniale britannique, représentent environ 2 % des 51 millions d’habitants du pays. Les catholiques tamouls sont environ 50 000. Beaucoup de Tamouls ont dû fuir le pays en 1962 lors du coup d’État du général Ne Win.

Source : eglises d’Asie

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Asie : l’indice mondial de la paix recule en 2018

L’Indice mondial de la paix ou Global Peace Index (GPI), publié chaque année par l’Institute for Economics and Peace (IEP), analyse et classe 162 pays selon leur niveau de paix et de sécurité. Le classement des pays asiatiques par l’édition 2018 a fortement chuté, en particulier pour la Birmanie, le Cambodge et le Bangladesh.

Selon l’Indice mondial de la paix 2018, publié par l’Institute for Economics and Peace (IEP), la paix a reculé en Asie cette année, en particulier dans le cadre de la dégradation de la situation en Birmanie, au Bangladesh et au Cambodge. L’IEP, basé en Australie, classe chaque année 163 pays selon leur niveau de paix et de sécurité. L’indice prend en compte, notamment, le degré de militarisation des pays ainsi que l’impact des conflits en cours. L’indice de la Birmanie a chuté de quinze places et se retrouve 122e du classement 2018, en particulier suite aux violences contre la minorité rohingya. Le Cambodge se voit perdre dix-huit places pour se classer 96e de l’indice 2018, suite à la suppression, par le premier ministre Hun Sen, du principal parti d’opposition. La crise humanitaire birmane a eu également un fort impact sur le Bangladesh voisin, qui est classé 93e et perd dix places, ce qui constitue la chute la plus importante en Asie du Sud. Malgré des améliorations de la stabilité politique et de la lutte contre le terrorisme au Bangladesh, les relations du pays avec ses voisins se sont détériorées, en partie à cause de la vague des 700 000 réfugiés rohingyas. « Le niveau de paix des régions et sous-régions asiatiques a tendance à s’améliorer ou à chuter d’un seul bloc, ce qui incite à trouver des solutions aux conflits sur le plan régional plutôt que sur le plan national », note le rapport de l’Indice mondial de la paix 2018.

La région Asie-Pacifique a vu sa « note » grimper de 5 % concernant le « terrorisme politique », suite à la montée des tensions dans la région et à la progression de régimes devenus plus autoritaires. Les Philippines ont perdu une place et se retrouvent 137e, notamment à cause des meurtres liés à la drogue et aux conflits de Mindanao contre les militants islamistes. Au Cambodge, le porte-parole du ministère de la défense, Chhum Socheat, a déclaré que la chute de l’indice du pays était injuste en l’absence de conflit violent. Le leader de l’opposition cambodgienne, Kem Sokha, a été arrêté en septembre suite à des accusations controversées de trahison et son parti, le Parti du sauvetage national du Cambodge (Cambodia National Rescue Party) a été dissous de force.

Un impact économique de 1988 dollars par personne

Quant à la Birmanie, elle aurait dû selon Maung Zarni, un conseiller du Centre européen d’étude de l’extrémisme (EuroCSE), être classée bien plus bas. « La Birmanie aurait dû être classée tout en bas de la liste, aux côtés de la Syrie et du Yémen », affirme le conseiller. Maung Zarni confie avoir rencontré des dizaines de femmes et d’enfants rohingyas ayant fui au Bangladesh. « Leur traumatisme n’est pas moindre que celui dont souffrent d’autres survivants de génocides », ajoute-t-il. « Ils sont marqués à vie. » Sur le plan mondial, l’impact économique de la violence s’élève, selon l’Institut, à 14,76 mille milliards de dollars, soit une hausse de 2 % par rapport à l’année précédente. Cet impact économique, qui représente 1 988 dollars par personne dans le monde, est le plus élevé de la dernière décennie.
On constate une légère amélioration pour le Pakistan, qui reste tout de même le pays le moins bien classé en Asie, à la 151e place… Juste derrière la Corée du Nord, placée 150e. Singapour, classé 8e, et le Japon, 9e, sont les deux seuls pays asiatiques dans le top dix. Selon l’index, la situation en Inde s’est également légèrement améliorée et le pays grimpe d’un rang à la 136e place

Source : Eglises d’Asie

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La visite « miraculeuse » du Pape en Birmanie a relancé l’espérance des catholiques locaux

Un « apôtre de l’espérance » grâce auquel la vie des catholiques des Birmanie ne sera plus jamais la même : c’est ainsi que l’archevêque de Rangoun a qualifié le Pape François, dont les quatre jours de visite dans le pays apparaissent comme une grande réussite à la fois sur un plan pastoral et politique. Les quelque 500 000 catholiques du pays, contraints à la discrétion durant plusieurs décennies, seront désormais partie prenante du processus de réconciliation et de démocratisation amorcé par la Birmanie.

Le Pape François l’avait précisé avant de partir : la finalité principale de son voyage était de confirmer ses frères dans la foi, au milieu des épreuves et des défis d’un pays qui sort de 60 ans de dictature militaire, et qui reste fracturé par des conflits ethniques. Les attentes étaient fortes : les 16 diocèses du pays, même dans les zones les plus reculées, s’étaient fortement mobilisés. La présence de 150 000 catholiques lors de la messe célébrée par le Pape à Rangoun est un indice spectaculaire de cette mobilisation : près de 30 % des fidèles de la nation entière ont participé à cette messe autour de l’évêque de Rome.

Ce voyage avait aussi une dimension interreligieuse : la rencontre du Pape avec les leaders religieux mais aussi sa visite au Conseil suprême des moines bouddhistes ont posé d’importants jalons pour construire des liens de collaboration et de respect mutuel, essentiels à la paix dans le pays.

Le Pape a réaffirmé son soutien au processus de transition démocratique amorcé en Birmanie, notamment dans ses échanges avec la conseillère d’État Aung San Suu Kyi, mais aussi avec le chef de l’armée, qu’il a finalement rencontré dès son arrivée à Rangoun, lundi dernier. Comme au Sri Lanka, en Centrafrique ou en Colombie lors de ses précédents voyages, le Pape de la miséricorde s’est montré “désarmant”. Il a su trouver les mots et les gestes pour toucher les cœurs des Birmans. L’avenir du pays s’écrira donc avec la participation active de l’Église locale, après cette visite que l’archevêque de Rangoon qualifie de « miraculeuse ».

 

Source Radio Vatican

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Les dossiers qui attendent le Pape en Birmanie

Tensions entre communautés ethniques, transition démocratique et avenir de l’Église, la visite du Pape François dans ce pays majoritairement bouddhiste est cruciale sur de nombreux dossiers où les attentes sont fortes.

La Birmanie est le tout dernier État, le 183ème pour la précision,  avec lequel le Saint Siège a noué des liens diplomatiques réciproques. Le 4 mai dernier, le Pape François recevait à Rome Aung San Suu Kyi, ministre des Affaires Étrangères, qu’il reverra d’ailleurs ce mardi 28 novembre à Nay Pyi Taw, la capitale du pays depuis 2005, et l’Ambassadeur Birman a pris ses fonctions le 9 novembre dernier. Cependant, des relations existaient avant le mois de mai, puisque le Saint Siège avait depuis 2012 un Délégué Apostolique pour la Birmanie, en la personne de Mgr Paul Tschang In-Nam, devenu depuis Nonce Apostolique.

Dans ce contexte de relations naissantes, chaque parole du Pape sera scrutée à la loupe par les autorités birmanes. La démocratisation du pays est en cours, mais les militaires contrôlent encore les postes clés du pouvoir. La visite avancée de 3 jours lundi après-midi à Rangoon du général Ming Aung Haling, chef de la junte est aussi un signe du souhait des militaires de montrer qui commande, en imposant cet entretien de 15 minutes avant même l’entretien prévu avec Aung San Suu Kyi mardi matin. On le devine, le pape François, en allant à la rencontre de la petite communauté catholique de Birmanie, va encourager les efforts d’ouverture et de démocratisation, encourager le dialogue entre toutes les communautés ethniques et religieuses, et soutenir toute initiative en faveur de la paix. François devra trouver les mots justes dans un contexte délicat, veiller à dire les choses sans interférer dans les affaires intérieures du pays et sans froisser les sensibilités.

Après 50 ans de junte militaire, comment le Pape pourrait-il parvenir à amorcer une réconciliation du pays, initiant de facto un nouveau rôle pour l’Église catholique de Birmanie ?

 

Source Radio Vatican

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Birmanie – Les enjeux du voyage selon le cardinal Charles Bo

La démocratie birmane est fragile, mais il y a du progrès. C’est ce que reconnaît le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun, principale métropole de Birmanie, à l’occasion du voyage apostolique du Pape François en Birmaniedu 27 au 30 novembre 2017, première visite d’un souverain pontife en Birmanie. Lors de ce 21è déplacement à l’étranger, le Saint-Père doit notamment rencontrer les autorités politiques et bouddhistes ainsi que les évêques catholiques.

La Birmanie, aussi appelée Myanmar par les pays qui ont reconnu le gouvernement militaire à la fin des années 1980, a été dirigée par la junte militaire jusqu’en 2015, année de victoire de la Ligue nationale pour la démocratie menée par l’opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.
Envoyée spéciale en Birmanie pour le voyage du Pape François, Philippa Hitchen a interrogé le cardinal Bo sur les enjeux de cette visite papale et sur les évolutions concernant la démocratie dans le pays. Il souligne notamment que, si dans le passé le parti au pouvoir était exclusivement composé de bouddhistes birmans, il y a un vrai progrès : aujourd’hui, il inclut d’autres groupes ethniques ou religieux comme les chrétiens.

Une démocratie fragile

Parmi les changements importants, le cardinal souligne que désormais, les Birmans jouissent d’une plus grande liberté d’expression grâce aux téléphones portables, aux journaux et à la presse. En revanche, met-il en garde, « la démocratie est encore très fragile ». Car si des progrès ont été faits depuis le retour de Aung San Suu Kyi sur le plan de l’administration civile, son autorité reste très restreinte, car les militaires sont encore très puissants. L’armée contrôle toujours la défense, les frontières et les affaires intérieures, et la conseillère d’État Aung San Suu Kyi « n’a aucune voix contre l’armée constitutionnellement ».

La situation dans l’Etat Rakhine

Revenant sur les attaques de villages dans l’Etat Rakhine fin août dans le nord du pays qui ont entraîné le départ de centaines de milliers de musulmans et une grave crise humanitaire, le prélat birman estime que la réponse militaire a été « très violente » contre les militants rohingyas qui s’en étaient pris aux postes de police. Il n’y a aucune comparaison entre « la petite attaque de militants » et « l’attaque très agressive du gouvernement avec les bombardements, les tirs et les incendies ».

L’archevêque de Rangoun a par ailleurs réagi aux critiques concernant son silence lors de ces attaques. Il a tenu à affirmer que « la communauté internationale avait un peu exagéré » à cause de la puissance de media étrangers comme Al-Jazeera, face à la faiblesse des media locaux sans écho à l’international.

Un appel contre le discours de haine

Il y a quatre-cinq ans, s’inquiète aussi le cardinal, les moines bouddhistes extrémistes ont commencé à diffuser des messages de haine par haut-parleurs. Ils s’étaient calmés il y a un an et demi, explique-t-il, mais à la suite des attaques dans l’Etat de Rakhine, ce type de discours est revenu, par la voix d’un moine bouddhiste reconnu qui affirme que tuer des non-bouddhistes est justifié. Selon le responsable catholique, il y a un tel respect des Birmans pour les responsables religieux bouddhistes, que l’islamophobie se répand d’autant plus. « La majorité aurait une aversion pour les musulmans en général et en particulier pour ceux de l’Etat Rakhine. » Ainsi, pour combattre ces opinions, « nous essayons de notre mieux de faire des rencontres de groupes interreligieux et de persuader nos prêtres et religieux, surtout dans leurs homélies, de montrer un réel respect et une vraie compréhension pour les autres religions ».

Un bon accueil du Pape

Sur une population de 51 millions d’habitants, seulement 7 % sont chrétiens dont 1,4 % catholiques, soit 700.000 personnes. L’Église entretient de bonnes relations avec les baptistes et les autres chrétiens, ainsi qu’avec les bouddhistes et les responsables musulmans. Tous sont prêts et favorables à la venue du Pape François, affirme le cardinal. En revanche, le Saint-Père doit faire « très attention aux termes qu’il utilise » met-il en garde. Ainsi, « nous lui demandons de se retenir d’utiliser le mot Rohingya ».

Éducation et emploi prioritaires

Enfin, l’archevêque de Rangoun a souligné les efforts de l’Église pour soutenir les jeunes qui ont souffert d’un manque d’éducation et d’emploi. Par ailleurs, environ trois millions de Birmans sont immigrés comme travailleurs en Thaïlande et beaucoup sont menacés par le trafic et l’exploitation, met-il en garde. La priorité de l’Église est donc l’éducation des enfants et des jeunes, mais le changement de se fera pas du jour au lendemain. Le cardinal Bo espère donc progressivement « créer des opportunités de travail pour nos jeunes ».

Source Radio Vatican

 

 Pour aller plus loin – Les chrétiens en Birmanie

A la une #NLQ #Rome

Premiers pas historiques d’un pape en Birmanie

Le Pape François est arrivé il y a quelques minutes en Birmanie : son avion vient d’atterrir peu avant 13h30 heure locale à l’aéroport international de Rangoun. Il avait décollé de l’aéroport de Rome Fiumicino hier soir vers 22h.

Aucun engagement officiel n’était prévu le jour de son arrivée, mais la visite du chef de l’armée prévue le 30 a été avancée au 27.  Le Saint-Père s’est rendu directement à l’archevêché pour se reposer de ce long voyage. Mais ses premiers pas sont historiques, car il s’agit de la première visite d’un Pape dans ce pays à majorité bouddhiste.

Le Pape François poursuit son exploration des périphéries auxquelles il attache beaucoup d’importance. Ce voyage va donner une visibilité inédite aux catholiques de Birmanie, qui sont environ 550 000 sur une population totale de 51 millions d’habitants, soit un petit peu plus d’1 % de la population.

La journée du 28 sera politique, avec un déplacement dans la capitale administrative, Naypiydaw, où il rencontrera notamment le chef de l’État, ainsi que la ministre des Affaires étrangères Aung San Suu Kyi. La journée de mercredi sera elle plutôt pastorale et interreligieuse, avec notamment la messe dans un stade de Rangoun. Sont également au programme une rencontre avec le Conseil suprême des moines bouddhistes, ainsi qu’une rencontre avec les évêques. Enfin le jeudi 30 novembre, le Pape François rencontrera dans la matinée les jeunes Birmans à la cathédrale de Rangoun, avant de prendre l’avion pour le Bangladesh.

Ce voyage intense et complexe, dans deux nations frontalières mais très différentes, la Birmanie, à majorité bouddhiste, et le Bangladesh, à majorité musulmane, vise à encourager la participation des minorités chrétiennes dans le développement de l’Asie, avec le souci de la liberté religieuse et de la construction de la paix et de l’harmonie entre tous les citoyens.

Comme avant chaque voyage apostolique, le Pape s’est rendu samedi soir en visite privée dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, pour prier devant l’icône de Marie Salus Populi Romani. Il s’agit du 21e voyage apostolique du Pape François depuis le début de son pontificat, et de sa deuxième visite en Extrême-Orient, après son voyage de janvier 2015 au Sri Lanka et aux Philippines.

 

Source Radio Vatican

 

Pour aller plus loin

Les chrétiens du Bangladesh

Les chrétiens de Birmanie

Asie #NLQ

Reportage – A la découverte de l’Eglise catholique en Birmanie

A la veille de la visite du pape François en Birmanie, une équipe de journalistes de KTO s’est rendue à la rencontre des catholiques de ce pays. Une émission exceptionnelle qui permet de découvrir une Eglise catholique minoritaire mais mobilisée, en particulier dans les domaines de l’éducation, du dialogue interreligieux et du droit des minorités ethniques, pour participer à la construction d’un pays qui sort de 50 ans de junte militaire.