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Urgence prière pour Asia Bibi !

Asia Bibi a été condamnée à mort pour “blasphème” en novembre 2010 au Pakistan. A Islamabad ce lundi 8 octobre, le dernier recours possible a été examiné : c’est le dernier recours judiciaire pour cette femme en prison depuis 9 ans. Dans ce dossier particulièrement délicat, les audiences ont fait l’objet de renvois à de nombreuses reprises – les magistrats subissant des menaces de la part des islamistes. La Cour suprême du Pakistan a différé son jugement, et on ignore quand il pourrait être rendu…

Dans un pays où l’islam est religion d’État, cette affaire particulièrement médiatisée divise l’opinion publique car le blasphème constitue un sujet extrêmement sensible. De simples allégations se terminent régulièrement par des lynchages et les chrétiens, minorité persécutée, sont fréquemment visés.*

 

Si la Haute Cour devait confirmer la sentence, seule une grâce présidentielle pourrait sauver Asia Bibi. Le nouveau Premier ministre pakistanais, Imran Khan a déclaré durant la dernière campagne électorale qu’il soutenait la législation en vigueur.

Au service des chrétiens persécutés, l’AED s’est résolument engagée aux côtés d’Asia Bibi et de sa famille. L’Eglise catholique au Pakistan a appelé à adopter une certaine discrétion sur cette affaire, afin de ne pas compromettre l’éventuelle libération d’Asia Bibi et de ne pas mettre en danger ses proches.

L’AED continue d’apporter un soutien moral, spirituel et financier à Asia Bibi et à sa famille : Aujourd’hui, nous vous invitons à prier pour la libération d’Asia Bibi.

 

* Selon la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale du Pakistan, 964 personnes ont été condamnées pour blasphème entre 1986 et 2009. Parmi eux, on compte 479 musulmans, 119 chrétiens, 340 ahmadis, 14 hindous et dix appartenant à d’autres religions.

Seigneur,

Partout dans le monde aujourd’hui,
tant de chrétiens sont emprisonnés,

comme Asia Bibi au Pakistan.

Nous te prions aujourd’hui tout spécialement pour elle,
Et nous te confions aussi ses persécuteurs.

Que le sacrifice et le pardon de ceux qu’ils oppriment
les mènent sur un chemin de conversion.

 
Amen

Tribunes et entretiens

Asia Bibi toujours en prison pour blasphème

Déclaration orale faite pendant un débat général de la 38e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, le 25 juin 2018.

Les lois sur le blasphème de la République islamique du Pakistan représentent une menace continue pour les minorités religieuses.

En particulier, la section 295-C du code pénal Pakistanais (PPC) dispose : « Quiconque par des mots, à l’oral ou à l’écrit, soit par représentation visible ou par imputation, sous-entendu ou insinuation, directement ou indirectement, souille le nom sacré du Saint Prophète Mohamed (paix soit sur lui) sera puni de mort, ou d’emprisonnement à vie, et sera également passible d’amende ».

Depuis la promulgation de ces lois, plus d’un millier de cas de blasphème ont été enregistré, plus de cinquante personnes ont été tuées par des foules ou des individus musulmans de façon extra-judiciaire, et au moins quarante personnes sont actuellement dans le couloir de la mort ou purgent une peine de prison à vie. Des centaines de plus purgent ou ont purgé des peines de prison allant de trois à dix ans.

Une affaire notable est celle d’Asia Bibi, une mère de cinq enfants chrétienne qui fut condamnée pour blasphème pour avoir offert à ses collègues de l’eau dans son verre. Les collègues ont dit à Asia qu’elle avait rendu le verre rituellement impur en y buvant. Ils lui ont ordonné de se convertir à l’islam mais Asia a refusé et exprimé sa foi en Jésus Christ. Elle fut accusée de blasphème, jugée coupable et condamnée à mort. Cela fait neuf ans qu’elle est en prison, à attendre que la Cour suprême du Pakistan la juge en appel.

Pour cela, nous exhortons ce Conseil à enquêter sur les cas de blasphème, les meurtres extra-judiciaires et à demander au Pakistan de supprimer ou amender ses lois sur le blasphème.

Source : ECLJ – trad. BMG

Brèves

“Corps célestes” : le défilé du blasphème à New York lors du Met Gala 2018…

Nouveau scandale catholico-culturel ! Un gala de vernissage et de bienfaisance a marqué le début de l’exposition Heavenly Bodies (« Corps célestes ») au Metropolitan Museum of New York, qui ouvrira officiellement ses portes à l’Ascension sur le thème : « La mode et l’imagination catholique. » Le monde du showbiz était amplement représenté, les stars faisant leur entrée à la Met Gala 2018 revêtues de vêtements inspirés d’ornements liturgiques et de l’iconographie catholique détournés d’une manière qu’il faut bien qualifier d’infernale. Un véritable défilé du blasphème, en présence du cardinal Timothy Dolan – mais oui ! L’incontournable père jésuite James Martin, consulteur de la salle de presse du Vatican et grand ami de la communauté LGBT, était lui aussi présent. Car c’est avec l’autorisation du Vatican, qui a prêté de nombreux vêtements et objets exposés dans Heavenly Bodies, que le thème « catholique » a été proposé aux participants.

Couvrant mal des kilomètres de chair fraîche, jupes fendues jusqu’à la taille et décolletés peu gourmands en tissu, les robes richement ornées se sont succédé sur leurs portemanteaux du monde du spectacle. Visages d’icônes de la Très Sainte Vierge Marie sur le corps sculptural de Stella Maxwell : la robe bustier était un scandale en soi… Croix brodées sur robe de cardinal découpées aux endroits stratégiques pour Ruby Rose… Fausses robes de religieuses, avec chapelets sur latex… Blake Lively avait choisi une robe rouge rebrodée avec une auréole de type Vierge espagnole et des kilomètres de jambes dénudées. Irina Shayh, en doré, aurait été plus sincère en ne portant rien du tout. Croix et médailles, fausse mitre sur mini-mini-robe pour Rihanna, pendentif Saint-Esprit en sautoir, et même une crèche miniature sur la tête de Sarah Jessica Parker, qui, elle, avait au moins une robe décente.

 

Au Met Gala 2018 à New York, les « corps célestes » ne sont pas ceux d’en haut

 

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Asie #NLQ

Indonésie – Après des mois de tensions communautaires et religieuses, le gouvernement se donne les moyens d’interdire d’interdire les organisations extrémistes

Le président de la République Joko ‘Jokowi’ Widodo a signé, le 10 juillet dernier, une ordonnance donnant pouvoir au ministre de la Justice d’interdire, sans contrôle judiciaire, les organisations considérées comme anti-Pancasila.

« Le Perppu a été signé [par le président] il y a deux jours », a déclaré la semaine dernière à la presse le ministre coordinateur des Affaires politiques, juridiques et de la sécurité, Wiranto. Le président Joko ‘Jokowi’ Widodo a ainsi donné au gouvernement le pouvoir d’interdire les organisations extrémistes qui cherchent à nuire à l’unité nationale et à la sécurité en menant des activités contraires au Pancasila (doctrine du pluralisme indonésien intégrée à la Constitution de 1945), sans solliciter l’autorisation d’un juge. Cette décision intervient après des mois de tensions communautaires et religieuses accrues dans le premier pays musulman au monde. Est directement concerné le Hizbut Tahrir Indonesia (HTI), une organisation implantée dans l’archipel depuis 1980 et qui cherche à y installer un califat.

Le Perppu n°2/2017 vient modifier la loi n°17/2013 relative aux organisations de masse. Selon les dispositions de cette dernière, l’interdiction d’une organisation de masse qui portait atteinte au Pancasila n’intervenait qu’au terme d’une procédure longue et complexe. En effet, des sanctions administratives présentaient un caractère cumulatif (trois avertissements écrits et la suspension des activités de l’organisation étaient notamment nécessaires) et devaient être confirmées par une autorité judiciaire. Désormais, « le ministre de la Justice aura autorité pour interdire une organisation qui s’oppose au Pancasila », a expliqué le ministre Wiranto.

« Certaines organisations de masse se livrent à des activités clairement opposées à l’idéologie nationale et à la Constitution. Ceci, bien sûr, constitue une véritable menace pour l’existence de cette nation et a créé des conflits dans la société », a déclaré le ministre à la presse, sans préciser les organisations visées par cette mesure.

Une mesure destinée à « maintenir l’unité nationale et à protéger l’existence de la nation »

Pourtant, ces dernières semaines, les autorités ont été plus explicites. Le 8 mai, le ministre de la Sécurité a annoncé que le gouvernement demanderait au pouvoir judiciaire d’interdire le Hizbut Tahrir Indonesia, accusé de promouvoir une idéologie contraire aux valeurs du Pancasila. Cette organisation souhaite mettre en place un califat dans l’archipel. A la fin de ce mois, le président Jokowi avait confié au Temposon intention d’interdire les organisations qui n’adhèreraient pas au Pancasila. « Je ne parle d’une ou deux organisations seulement, mais de quatre, cinq, voire six », avait-il précisé.

Cette décision intervient alors que les tensions communautaires et religieuses se sont faites plus vives dans l’archipel, en particulier lors de la campagne électorale pour le gouvernorat de Djakarta, considérée comme « la plus sale » de l’histoire de la capitale indonésienne. Le gouverneur sortant, Ahok, avait fait l’objet d’une vaste campagne de dénigrement pour avoir tenu des propos jugés « blasphématoires » envers le Coran par des organisations musulmanes radicales. Celles-ci, telles le Front des défenseurs de l’islam, avaient organisé des manifestations de masse, certaines allant jusqu’à réclamer la peine de mort contre le gouverneur Ahok. Battu aux élections, Ahok avait été condamné à deux ans de prison ferme pour « blasphème » et immédiatement emprisonné. Selon une étude menée par le Saiful Mujani Research and Consulting, 9,2 % des Indonésiens, soit près de 20 millions de personnes, seraient favorables à la mise en place d’un califat dans l’archipel.

Le ministre Wiranto a tenu à rappeler que l’ordonnance «  ne vis[ait] pas à limiter les organisations de masse et à nuire aux organisations islamiques, mais à maintenir l’unité nationale et à protéger l’existence de la nation ». Elle n’aurait pas non plus vocation à constituer une «  menace pour la liberté d’association et d’expression ».

Le HTI, une organisation qui prêche « poliment et paisiblement » ?

Pour autant, Phelim Kine, directeur-adjoint de la division Asie à Human Rights Watch, a vivement critiqué la décision du gouvernement indonésien de pas faire interdire juridiquement Hisbut Tahrir Indonesia. Selon lui, «  interdire une organisation sur des fondements idéologiques constitue une mesure radicale qui ébranle les droits et liberté d’association et d’expression pour lesquels les Indonésiens ont chèrement combattu depuis la dictature de Suharto. »

En 2013, la loi relative aux organisations de masse avait suscité elle aussi de vives critiques. Human Rights Watch avait critiqué le fait qu’il était imposé aux ONG d’adhérer au « souffle, à l’âme et à l’esprit » du Pancasila, au détriment de doctrines considérées comme anti-Pancasila. Etaient spécifiquement concernés l’athéisme, le communisme et le marxisme-léninisme. Phelim Kine avait à cette époque dénoncé «  un retour à l’ère répressive de Suharto en soumettant les activités de la société civile à un contrôle gouvernemental excessif et imprévisible ».

Par contre, le P. Guido Suprapto, secrétaire exécutif de la Commission pour les laïcs de la Conférence épiscopale indonésienne, a apporté son soutien à cette réforme. «  Le gouvernement et la société constatent que des activités organisées par des groupes radicaux, y compris le HTI, sont clairement opposées l’idéologie nationale », a-t-il déclaré à l’agence Ucanews. Et début juillet, selon Kompas, quatorze organisations musulmanes avaient elles aussi demandé au gouvernement de procéder « immédiatement » à l’interdiction du HTI et des autres organisations anti-Pancasila.

Le porte-parole du HTI, Ismail Yusanto, a nié que son groupe ait cherché à établir un Etat islamique en Indonésie. Selon lui, le HTI est une organisation qui «  prêche poliment et paisiblement », sans enfreindre aucune loi. Dénonçant une atteinte à la liberté d’association, garantie par la Constitution de 1945, le HTI a fait savoir qu’il allait déposer un recours devant la Cour constitutionnelle. Il a par ailleurs contesté le recours à un Perppu. Sur le fondement de l’article 22 paragraphe 1 de la Constitution de 1945, le président ne peut recourir à cette mesure que « si les circonstances l’exigent ».

Source : Eglises d’Asie

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Indonésie – Condamné à deux ans de prison, l’ancien gouverneur renonce à faire appel

Condamné le 9 mai dernier contre toute attente à deux ans de prison pour « blasphème » et incarcéré depuis dans une cellule du quartier général des forces spéciales de l’armée indonésienne, l’ancien gouverneur de Djakarta, Basuki Tjahaja Purnama, dit ‘Ahok’, a indiqué lundi 21 mai, par l’intermédiaire de ses avocats, renoncer à faire appel. Le lendemain, lors d’une conférence de presse, son épouse, Veronica Tan, particulièrement émue, a lu une lettre manuscrite de son mari exposant les motivations de cette décision surprenante.

Après avoir remercié ses partisans de l’avoir porté dans leurs prières et de lui avoir fait parvenir livres, lettres et fleurs, Ahok explique avoir renoncé à la procédure «  pour le bien de notre peuple et de notre nation ». Chrétien convaincu, il ajoute « [avoir] appris à pardonner et accepté » cette situation. « Je place mon espoir dans le Seigneur, maintenant et à jamais », écrit-il, en citant le psaume 123.

Les avocats de l’ancien gouverneur, qui entouraient Veronica Tan lors de la conférence de presse, ont largement commenté cette décision. L’un d’entre eux, I Wayan Sudirt, a déclaré que son client «  [voulait] être au service du peuple », ajoutant qu’Ahok « [avait] confiance en la volonté de Dieu » ; un autre, Ronny Talapessy, a indiqué qu’Ahok redoutait des violences et un ralentissement de l’activité économique du pays.

Une décision destinée à « protéger le cœur de la nation »

La décision de l’ancien gouverneur a été saluée par une partie des observateurs locaux. « Ahok a montré qu’il disposait d’une âme d’homme d’Etat », analyse le P. Antonius Benny Susetyo, secrétaire national de l’Institut Setara pour la paix et la démocratie, une organisation non gouvernementale qui milite pour les droits de l’homme et la liberté religieuse en Indonésie. « Cette décision est juste, [Ahok] privilégie l’intérêt supérieur de la nation pour que cessent les divisions. »

Ces « divisions » font suite aux propos tenus par le gouverneur Ahok, chrétien issu de la minorité chinoise, lors d’une réunion publique organisée en septembre 2016 dans le cadre de la campagne électorale pour le poste de gouverneur de Djakarta. Commentant la sourate al maidah du Coran, il avait expliqué aux musulmans que ceux qui utilisaient ce passage des écritures leur mentaient lorsqu’ils leur disaient qu’il était illicite pour eux de voter pour un non-musulman. Quelques semaines plus tard, le FPI (Front des défenseurs de l’islam), une organisation radicale connue pour ses manifestations violentes et ses attaques contre les minorités, avait porté l’affaire en justice et le gouverneur avait été poursuivi pour « blasphème ».

Ce procès avait très largement parasité la campagne électorale (le Jakarta Post la qualifiant même de campagne « la plus sale » de l’histoire de la capitale indonésienne), au terme de laquelle Ahok, élu en 2012 et disposant d’un bilan plutôt favorable, avait été battu au deuxième tour des élections du 19 avril dernier. Pendant la campagne, de nombreuses manifestations avaient été organisées par les détracteurs d’Ahok, certains revendiquant même « la peine de mort » contre le gouverneur chrétien issu de la minorité chinoise.

Mobilisation des Nations Unies en faveur de la « libération immédiate » de l’ancien gouverneur

La condamnation à une peine de prison avait contraint le gouverneur Ahok à démissionner, alors que la fin de son mandat était officiellement prévue en octobre. Le vice-gouverneur Djarot Saiful Hidayat avait alors dû le remplacer dans ses fonctions. Mais surtout, ce procès avait profondément divisé la société, un éditorialiste du Jakarta Post dénonçant même « l’équivalent d’une erreur judiciaire », et mobilisé l’opinion publique internationale.

En effet, le 12 mai dernier, Champa Patel, directrice du bureau régional Asie du Sud-Est et Pacifique d’Amnesty International, dénonçait « l’iniquité fondamentale de la législation indonésienne sur le blasphème », réclamant son abrogation immédiate. « Ce jugement va ternir l’image de nation tolérante dont bénéficie l’Indonésie », ajoutait-elle. Pour le P. Magnis-Suseno, jésuite d’origine allemande installé en Indonésie depuis 1961, une voix discrète mais influente de la vie intellectuelle en Indonésie, et fervent artisan du dialogue interreligieux, « il semble se mettre en place une coalition silencieuse faite de généraux à la retraite et de militants islamiques ».

Quelques jours plus tard, le 21 mai, l’Organisation des Nations Unies avait contacté le président de la République, Joko Widodo, ancien gouverneur de Djakarta qu’Ahok avait remplacé à ce poste en 2014, pour solliciter la libération immédiate d’Ahok et la révision des dispositions pénales relatives au blasphème, soulignant une réelle atteinte à la liberté d’expression dans un pays où la majorité de la population est de confession musulmane. Premier pays musulman au monde, avec 200 millions de fidèles (soit 85 % de la population), l’Indonésie est une République démocratique dont Constitution garantit la liberté religieuse. Pour autant, le blasphème constitue un délit, prévu à l’article 156(a) du Code pénal, et puni de cinq ans d’emprisonnement.

Désormais, le sort de l’ancien gouverneur est entre les mains du ministère public. Celui-ci, qui avait requalifié l’infraction en « insulte », et requis une sanction bien inférieure à celle que les juges avaient prises en première instance, a interjeté appel. Contacté par la presse, le bureau du procureur s’est pour l’instant refusé à tout commentaire.

Source : Eglises d’Asie

Asie #NLQ

Indonésie – Appel en faveur de l’abrogation de la loi sur le blasphème

« L’Indonésie devrait examiner sérieusement l’application de la loi sur le blasphème et l’abroger. Le gouvernement doit développer un standard permettant d’éliminer la haine religieuse ». C’est ce que demande la Commission asiatique pour les droits fondamentaux (AHRC), intervenant après la condamnation du gouverneur sortant de Djakarta, Basuki Tjahaja Purnama, dit Ahok à deux ans de réclusion pour blasphème.
La loi en question est en vigueur depuis 1965 et entend prévenir « l’abus et la diffamation des religions ». «  Dans de nombreux cas les accusations de blasphème sont manipulées et politisées ou avancées par des groupes intolérants. Par ailleurs, dans leurs décisions, les juges ignorent des preuves, des témoignages et les pétitions présentés par les inculpés ». « La loi sur le blasphème est souvent appliquée contre les religions minoritaires ou pour fomenter la haine » envers les chrétiens, les ahmadis, les chiites, relève la Commission. « Cette situation est due aux faiblesses de l’Etat et au manque de volonté visant à examiner sérieusement l’application de la loi sur le blasphème. Au cours de ces dix dernières années, la situation a empiré ».
Dans le cas de Basuki Tjahaja Purnama (Ahok), « l’affaire ne peut être séparée de l’arrière plan politique » et du fait que le sujet dispose d’une « double appartenance à des minorités par ses origines chinoises et son appartenance à la communauté chrétienne ». La Commission rappelle ce qu’a déclaré Basuki Tjahaja Purnama, accusé de blasphème : «  Ne croyez pas à ceux qui vous disent que vous ne pouvez pas voter pour moi parce [ces personnes] vous mentent en utilisant la sourate al maidah du coran ». La colère s’est déchaînée et les excuses publiques présentées par le gouverneur sortant de Djakarta n’ont servi à rien.
Son cas « constitue un précédent très dangereux pour l’application de la loi indonésienne ». Les pressions des groupes islamistes sur le gouvernement, la police et le tribunal ont été couronnées de succès et ceci constitue un fait préoccupant, conclut la Commission.
Entre temps, les manifestations publiques de soutien à Basuki Tjahaja Purnama se multiplient. Plus de 7.000 personnes ont participé hier, 11 mai, à une manifestation de prière pour exprimer leur solidarité au gouverneur sortant à Denpasar (Bali). Les participants, arrivés de différentes îles de l’archipel, sont descendus dans la rue en revêtant un vêtement noir et avec des cierges allumés. « Le vêtement noir symbolise la mort de la justice au sein du système judiciaire indonésien et le cierge représente la lumière au milieu de l’obscurité en Indonésie »explique l’un des organisateurs.
Les citoyens présents, musulmans, chrétiens, hindouistes et bouddhistes, demandent la révision du procès et la remise en liberté de Basuki Tjahaja Purnama. Les participants ont invité le gouvernement et l’ensemble de la nation à «  honorer les valeurs de la tolérance et de l’unité dans la diversité sur lesquelles est basée l’Indonésie », dans le respect du Pancasila – les cinq principes fondateurs de la coexistence civile en Indonésie. Des manifestations semblables ont également eu lieu à Djakarta, à Mandi, à Yogyakarta et à Medan, les participants voulant montrer leur soutien à Basuki Tjahaja Purnama et manifester contre la corruption et l’injustice. 

Source : Agence Fides

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Indonésie – “L’extrémisme islamique a été sous-évalué” commente un missionnaire suite à la condamnation du gouverneur

Pour de nombreux indonésiens, hier a été une triste journée. Battu au second tour des élections pour le renouvellement de son mandat comme gouverneur de la capitale, Basuki Tjahaja Purnama, chrétien protestant d’ethnie chinoise, connu également sous le surnom de Ahok, a été arrêté après qu’un tribunal l’ait condamné pour blasphème à deux années de réclusion.

Le père Franz Magnis-Suseno SI, chercheur et enseignant universitaire connu, présent en Indonésie depuis 56 ans, a déclaré : « Il s’agit d’une décision injuste, prise par les juges à cause de fortes pressions des islamistes ». Analyste politique et directeur de l’école de Philosophie des Jésuites à Djkarta, le Père Magnis-Suseno fait état du phénomène du « populisme islamique ». « Les extrémistes chercheront à poursuivre leur campagne en vue des élections présidentielles de 2019 afin de battre le Président Joko Widodo dit Jokowi. Celui qui en bénéficierait serait Prabowo Subianto, l’homme que l’actuel Chef de l’Etat a battu en 2013. Ils chercheront à démontrer que Joko Widodo n’est pas un véritable musulman ».

Un autre scénario est encore plus préoccupant, ajoute-t-il : « Depuis plus d’un an, semble se mettre en place une coalition silencieuse faite de généraux en retraite et de militants islamiques. Une montée des désordres et du chaos social pourrait « contraindre » les militaires à prendre le pouvoir, avec l’appui des islamistes. Il faut remarquer que les vieux généraux n’ont jamais accepté la réforme démocratique mise en œuvre après la chute du dictateur Suharto ».
Selon le Père Magnis-Suseno, il existe deux leçons à apprendre aujourd’hui : « la première est que l’extrémisme islamique a été sous-évalué, même par les grandes organisations musulmanes de la société civile que sont Muhammadiyah et Nahdlatul Ulama (NU). Au cours des six derniers mois, derrière le responsable extrémiste Habib Rizieq Shihab, se sont groupés de manière enthousiaste les jeunes militants de NU et surtout de Muhammadiyah. Il est par suite possible que se vérifie déjà un changement dans l’équilibre de l’islam indonésien. Les radicaux se proclament représentants de l’ensemble de l’islam indonésien, insistant sur l’identité islamique et jouant un rôle central sur la scène politique ».
La seconde leçon concerne la minorité chrétienne : « Les paroles de Basuki Tjahaja Purnama et sa présence même en tant que candidat ont représenté depuis le départ une provocation. Le temps n’est pas encore venu pour l’Indonésie d’avoir un chrétien comme responsable national, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un chrétien d’origine chinoise – attendu qu’il existe un sentiment antichinois au sein de la société – par ailleurs arrogant et hautain comme Basuki Tjahaja Purnama » qui a inutilement instigué les radicaux, au travers de son discours sur le coran. Dans tous les cas, conclut le Jésuite, « les citoyens chrétiens ont offert à Basuki Tjahaja Purnama un appui pacifique. En signe de solidarité, ils l’ont accompagné jusqu’à la prison, en chantant l’hymne national et en lançant ce message : les baptisés ne sont pas prêts à laisser l’Indonésie tomber entre les mains des fanatiques et des extrémistes ».

Source : Agence Fides

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Indonésie – Le gouverneur chrétien sortant de Djakarta condamné pour blasphème

Un tribunal de Djakarta a reconnu coupable et condamné à deux années de réclusion pour blasphème Basuki Tjahaja Purnama dit Ahok, chrétien d’ethnie chinoise et gouverneur sortant de la capitale. La Cour, dans sa décision de ce jour, 9 mai, a disposé une peine plus dure que celle requise par le Parquet – dont la réquisition s’était limitée à demander deux années de liberté surveillée – alors que les défenseurs du gouverneur sortant ont annoncé vouloir recourir en appel.
La déception est forte aujourd’hui parmi les partisans de Basuki Tjahaja Purnama à Djakarta alors que certains groupes musulmans sont descendus dans les rues de la capitale pour fêter la décision.
« Il s’agit d’une affaire particulièrement triste. Les groupes islamiques radicaux ont influencé cette décision et même l’ensemble de l’affaire, y compris la récente campagne électorale. Nous pouvons seulement dire que ce n’est pas fini : les défenseurs feront appel de la décision alors que nous chrétiens nous en remettons toujours à la justice de Dieu, qui est le Seigneur de l’Histoire » commente le père Agustinus Ulahayanan, secrétaire de la Commission pour le Dialogue interreligieux de la Conférence épiscopale d’Indonésie.
Il ajoute : «  Nous pouvons apprendre une leçon de cette histoire. Ce qu’il y a de positif est de voir que, malgré la déception des chrétiens et de nombreux secteurs de la société, les réactions sont pacifiques et demeurent dans le cadre de la démocratie : les chrétiens indonésiens croient au bien commun et nourrissent un profond respect pour le Pancasila, la charte des cinq principes à la base de l’Indonésie démocratique ». Ce qu’il y a en revanche de négatif est que «  aujourd’hui, nous prenons acte de la faiblesse du système judiciaire et de l’impact qu’ont obtenu les groupes radicaux. Au cours de ces derniers mois, on a assisté à une évidente manipulation de la foi islamique à des fins politiques et ceci constitue un phénomène qui pourra se répercuter également sur les prochaines élections nationales. Il faudra le surveiller et agir avec sagesse ».
Le Père Benny Susetyo, actuellement Secrétaire du Centre d’Etudes bien connu Setara Institute, indique pour sa part : « La condamnation de Basuki Tjahaja Purnama représente une défaite pour l’Etat de droit. Les groupes islamiques radicaux ont remporté la partie et ceci est dangereux pour l’avenir de cette nation ».
Le collège des magistrats d’une Cour du district du nord de Djakarta a déclaré Basuki Tjahaja Purnama coupable de blasphème pour avoir cité de manière impropre une sourate du coran. Le gouverneur sortant était accusé de blasphème au titre de l’article 156 du Code pénal indonésien. Le Parquet, à la fin du procès, en remarquant la faiblesse des preuves et aux vues de différentes circonstances atténuantes, avait requis une peine plus faible que celle décidée au final par la Cour.
Voici quelques jours, des milliers de ballons rouge et blanc ont été remis à Basuki Tjahaja Purnama par ses partisans, chrétiens et musulmans, et plus de 5.000 couronnes de fleurs ont été envoyées au bureau du gouverneur de Djakarta, pour saluer Basuki Tjahaja Purnama, en signe d’affection et de solidarité. Le gouverneur a en effet perdu les élections dans le cadre du ballottage du 19 avril et se prépare à quitter ses fonctions en faveur du nouvel élu, le musulman Anies Baswedan, qui prendra ses fonctions en octobre. Pour l’heure, le gouverneur sortant a été transféré dans une prison de Djakarta. 

Source : Agence Fides

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Pakistan – La Commission pour la solidarité œcuménique de Lahore condamne la haine antichrétienne présente à la télévision

La Commission pour la solidarité œcuménique de Lahore, qui rassemble des responsables de différentes confessions chrétiennes présentes sur le territoire, membres de l’Eglise catholique, de la communion anglicane et de l’église presbytérienne, a exprimé une ferme condamnation des paroles de haine antichrétienne prononcées sur les chaînes de télévision pakistanaises et adressé une invitation à bloquer la campagne de dénigrement instiguant à la violence contre les minorités religieuses.
La Commission a déploré de récentes émissions télévisées, articles de presse et autres messages sur les réseaux sociaux diffusant le mépris pour les chrétiens du Pakistan et les humiliant. La Commission a décidé de rédiger une lettre officielle aux autorités gouvernementales et à l’entrepreneur Amar Mehmood, propriétaire de la chaîne de télévision Dunyia Tv, sur laquelle différents personnages publics, en leur qualité d’invités d’émissions, se sont livrés à plusieurs reprises à des commentaires et propos diffamatoires envers les chrétiens. « Cette vague de haine sera portée à l’attention des autorités supérieures » ont déclaré les responsables chrétiens de la Commission.
Se trouve particulièrement visée la série télévisée Baji Irshad, dont la protagoniste est une chrétienne qui travaille comme femme de chambre dans la maison d’une riche famille musulmane. La série en question, dans l’esprit de ses auteurs, entendait mettre l’accent sur les différences sociales et sur les écarts existant au sein de la société pakistanaise entre riches et pauvres. Elle finit cependant par alimenter des stéréotypes et des discriminations y compris de caste qui, aujourd’hui « démoralisent et humilient les citoyens chrétiens ».
Un autre thème discuté au sein de la Commission a été celui du blasphème. En partant du récent homicide d’un étudiant musulman, Mashal Khan, au sein de l’Université de Mardan, sur la base de fausses accusations de blasphème, les responsables chrétiens ont réaffirmé l’urgence de mettre un terme aux abus d’usage et à l’instrumentalisation de la loi sur le blasphème qui « a déjà frappé injustement des milliers de personnes, musulmanes, chrétiennes et hindouistes, qui se trouvent maintenant en prison » remarque le Père Inayat Bernard, membre de la Commission.
Le prêtre cite un épisode exemplaire : « Une musulmane, Noreen Laghari, militante du prétendu « Etat islamique », a confessé qu’elle entendait programmer un attentat dans le but de tuer au moins 50 chrétiens le jour de Pâques. Elle a été arrêtée et ce n’est que grâce aux mesures efficaces adoptées par le gouvernement du Pendjab pour garantir la sécurité des églises, qu’un massacre a pu être évité. La question qui se pose est la suivante : sera-t-elle traitée selon les mêmes critères appliqués pour garder en prison la chrétienne innocente Asia Bibi ? ».
Les responsables chrétiens ont profité de l’occasion pour prier pour les chrétiens du monde entier, et en particulier pour leurs frères en Irak, en Syrie, en Afghanistan et au Pakistan et pour rendre grâce à Dieu pour le voyage fécond du Pape François en Egypte, voyage qui renforce les voies du dialogue entre chrétiens et musulmans. 

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Pakistan – L’ancien avocat d’Asia Bibi exprime son inquiétude

Naem Shakir, avocat chrétien pakistanais, fut un temps le conseil d’Asia Bibi jusqu’à ce qu’on considère, en raison du contexte particulièrement hostile aux chrétiens, de faire le choix d’un avocat musulman pour la défendre. Naem Shakir demeure bien sûr proche du dossier et toujours très sensible au sort d’Asia Bibi. Radio Vatican, dans son service en anglais, a consacré le 1er mai dernier un article sur l’état judiciaire de l’affaire Asia Bibi en raison du nouvel atermoiement de la Cour suprême, et a recueilli les sentiments de l’avocat. 

« Notre situation est critique en ce que l’atmosphère sociopolitique dans le pays ne permet aucun espace de discussion sur les lois contre le blasphème. Les juges savent ce qui se passe en dehors [des salles d’audiences] lorsque des acteurs non étatiques font montre de leur force dans les rues en exigeant la mort d’Asia Bibi. Le caractère sensible qui entoure les lois sur le blasphème, en a fait un instrument politique pour menacer et écraser les autres. Les commentaires de l’État sur cette loi sont très faibles, et ses fonctionnaires éludent ordinairement toute question relative à son mésusage […] La situation critique d’Asia Bibi a eu un effet refroidissant sur les minorités religieuses. Leur douleur ne peut pas être prise en compte du fait de l’existence de groupes religieux rétrogrades et extrémistes. Les islamistes considèrent que [la libération d’Asia Bibi] serait leur défaite ».

Source : Vatican Radio, 1er mai. CH pour la traduction