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Les bières trappistes de l’abbaye de Spencer

Un article proposé par Divine Box.

Les moines trappistes de l’abbaye Saint-Joseph de Spencer, dans le Massachusetts, brassent depuis 2013 toute une ribambelle de bières trappistes. Ce sont à ce jour les premières et uniques bières trappistes américaines ! Encore très rares en Europe, leur renommée grandit petit à petit… Alors Divine Box vous dit tout ce qu’il faut savoir sur les bières de l’abbaye de Spencer, c’est parti !

Les bières de l’abbaye de Spencer sont brassées par les moines eux-mêmes — Abbaye de Spencer

Bières de l’abbaye de Spencer : tout commence en l’an 2000 🔧

 

Nous sommes en l’an 2000. L’année 2000, c’est une date spéciale pour l’abbaye de Spencer :

 

  • C’est le 175e anniversaire de la communauté
  • Le 50e anniversaire de l’arrivée à Spencer
  • Le 25e anniversaire de la consécration de l’église abbatiale

 

À cette occasion, un petit tour d’horizon des activités économiques de l’abbaye s’impose. Et les moines constatent alors que la situation n’est pas rose. En effet, au début des années 2000, le contexte économique de l’abbaye a évolué : l’atelier de vêtements liturgiques et celui de confitures, ouverts depuis 1950, ne suffisent plus à couvrir les besoins financiers de la communauté…

 

Il faut donc trouver une alternative économique. Mais dans quelle nouvelle activité se lancer ? Frère Brian pense alors déjà à brasser de la bière. En effet, selon lui cela s’inscrit parfaitement dans l’histoire de la communauté, puisque celle-ci brassait déjà de la bière pour sa consommation personnelle en 1857, grâce à l’arrivée des moines de l’abbaye de Westvleteren ! Mais il est alors seul à croire en son idée…

Les moines ont brassé les bières de l’abbaye de Spencer pour subvenir à leurs besoins. Leur toute première bière, la Spencer Trappist Ale, était au départ uniquement destinée au réfectoire des moines – Abbaye de Spencer

 

Une salve d’applaudissements pour les bières de l’abbaye de Spencer👏

 

Après avoir convaincu frère Isaac, qui deviendra par la suite le directeur de la brasserie, frère Brian et Isaac partent tout deux pour quelques voyages à Boston en 2008 et Brooklyn en 2009, puis enchaînent quelques essais de brassage, sous l’oeil sceptique de leur abbé…

 

Ils finissent par convaincre les supérieurs de l’abbaye et leurs conseillers externes grâce à… une bière de Noël ! Brassée avec amour et emballée avec soin, le comité est conquis, et les deux frères partent alors en Belgique et aux Pays-Bas visiter les brasseries trappistes pour préciser leur projet. L’abbé de Scourmont (dont l’abbaye brasse les célèbres bières de Chimay) appelle même en personne le père abbé de l’abbaye de Spencer pour soutenir la démarche !

 

L’heure du vote en communauté a sonné. Résultats : 85 % des moines sont favorables à lancer la brasserie ! Jamais auparavant une décision communautaire n’avait emporté un vote aussi enthousiaste. « Après le vote, il y a eu des applaudissements… » se souvient frère Isaac avec émotion.

Ci-dessus, un moine de l’abbaye de Spencer vérifie le brassage de ses bières – Abbaye de Spencer

La toute première brasserie trappiste américaine du monde 🍺

 

Et hop, en 2013, l’abbaye de Spencer lance sa brasserie. Elle devient ainsi la première brasserie trappiste américaine, car auparavant les brasseries trappistes ne se trouvaient qu’en Europe (surtout en Belgique et aux Pays-Bas) ! Pendant l’aménagement, frère William et frère Jonah sont envoyés pendant six mois à Chimay pour apprendre le métier de brasseur.

 

Dès la même année, les premiers brassins sortent, et les moines de l’abbaye de Spencer décident d’exploiter eux-mêmes des champs d’orge, pour développer plus tard leur propre malt trappiste. Aujourd’hui, les champs d’orge grandissent petit à petit, mais ne sont toujours pas exploitables par les frères. Rendez-vous dans quelques années ! En attendant, les moines se fournissent auprès d’un petit producteur local situé tout près de l’abbaye !

Ci-dessus, un moine bichonne ses plants d’orge, en vue de leur exploitation pour brasser les bières de l’abbaye de Spencer — Abbaye de Spencer

Les bières de l’abbaye de Spencer, des bières trappistes uniques au monde 🍻

 

La brasserie de l’abbaye de Spencer ne s’est lancée qu’en 2013, mais elle compte aujourd’hui déjà une dizaine de bières renommées à son actif ! Petit tour d’horizon de ces pépites uniques au monde :

 

  • La Spencer Trappist Ale, robe blonde, 6,5 % (vol.), avec des arômes de miel, caramel, banane, abricot et papaye ! Elle est la toute première bière trappiste américaine au monde ! Au départ, elle était destinée uniquement pour la consommation des moines au réfectoire.
  • La Spencer India Pale Ale, robe blonde, 7,2 % (vol.), avec des arômes d’orange, pamplemousse, fleurs et malt ! Elle est la toute première et unique bière trappiste IPA !
  • La Spencer Imperial Stout, robe noire, 8,7 % (vol.), avec des arômes de fruits noirs, café, chocolat et caramel ! Elle est la toute première et seule bière trappiste noire !
  • La Spencer Monk’s Reserve Ale, robe brune foncée, 20,2 % (vol.), avec des arômes de fruits noirs, chocolat, caramel et café ! Elle est la toute première et unique bière trappiste Quadrupel américaine !
  • La Spencer Holiday Ale, robe brune foncée, 9 % (vol.), avec des arômes de cannelle, clou de girofle, fruits rouges, prune, figue, cerise et caramel ! Elle est brassée exclusivement pour les fêtes, comme les bières belges « spécial Noël » !
  • La Spencer Grapefruit IPA, robe rubis, 6,5 % (vol.), avec des arômes de pamplemousse et citron
  • La Spencer Peach Season, robe ambrée, 4,3 % (vol.), avec des arômes de pêche, poivre, épices
  • La Spencer Premium Pilsner, robe blonde, 4,7 % (vol.), avec des arômes de fleurs, chèvrefeuille, herbe, agrumes et citron
  • La Spencer Vienna Lager, robe ambrée, 5,5 % (vol.), avec des arômes de miel, poires et prunes

 

Les deux bières suivantes ne semblent plus brassées depuis mi-2019 :

 

  • La Spencer Feierabendbier, robe blonde, 4,7 % (vol.), avec des arômes de brioche, d’agrumes et de miel ! Elle est la toute première et unique bière trappiste « de soif » et non « de dégustation », c’est-à-dire de style Pilsner. Elle n’est pas encore distribuée en France…
  • La Spencer Festive Lager, robe ambrée, 7,5 % (vol.), avec des arômes de caramel, brioche grillée, banane et épices ! Elle fut créée spécialement pour la célèbre Oktoberfest allemande, mais réservée… aux américains ! En effet elle n’est pas encore distribuée en Europe…

À ce jour, les bières de l’abbaye de Spencer sont déjà une petite dizaine ! – @juanmi5s (Instagram)

Découvrez les bières de l’abbaye Saint-Joseph de Spencer

 

Si vous voulez découvrir les bières de l’abbaye Saint-Joseph de Spencer, vous pouvez leur rendre visite si d’aventure vous faites un petit voyage dans le coin. Mais bon, comme c’est un peu loin, vous pouvez aussi aller jeter un oeil à la boutique en ligne de produits monastiques Divine Box !

 

Et pour les plus curieux, vous pouvez aussi cliquer ici si vous voulez en savoir plus sur les bières trappistes de l’abbaye de Spencer. Vous découvrirez notamment la signification du logo de l’abbaye, ou encore pourquoi les murs de la brasserie sont couverts d’extincteurs.

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Les moines ont-ils le droit de boire de la bière ?

Un article proposé par Divine Box.

En voilà une vraie question tient : les moines ont-ils le droit de boire de la bière ?  Petite anecdote : en 1814, les moines trappistes de l’abbaye de Westmalle, en Belgique, reviennent d’exil. Après des années d’absence, le retour est difficile, alors pour remonter le moral de ses frères, le prieur les autorise à̀ boire deux verres de bière par jour. Cela veut dire qu’ils peuvent, mais que c’était interdit auparavant … ? Et si le moral se trouvait au fond du verre ?

Allez, en exclusivité pour vous, Divine Box a mené l’enquête pour répondre à la question : “les moines ont-ils le droit de boire de la bière”. En avant !

Un moines brasseur surveille la cuve dans la brasserie de l’abbaye de Rochefort. – Divine Box

C’est bon pour la santé, on vous dit !

 

Dès le IXe siècle, les moines commencent à brasser de la bière, destinée en grande partie à leur consommation personnelle ! A l’époque, dans le but d’être autonomes, presque chaque abbaye à sa brasserie. Mais ne nous y méprenons pas, boire de la bière à cette époque n’était pas du tout synonyme d’orgie ou de fête. Cette habitude était simplement dictée par des raisons sanitaires. Suivez le guide…

 

A l’époque, la bière est une boisson “saine”

 

Jadis, l’eau était généralement de piètre qualité, souvent contaminée, et rendait souvent malade. Alors les moines ont eu l’idée ingénieuse de se mettre à boire de la bière ! Eh oui, cela permettait d’éviter d’attraper des infections :

  • En effet, pour faire de la bière, il faut faire bouillir l’eau. Et qui dit eau bouillie, dit adieu les bactéries !
  • Ensuite, sainte Hildegarde, moniale bénédictine du XIIe siècle, introduit le houblon dans la recette de la bière. Elle avait en effet remarqué que celui-ci, en plus de conférer de beaux arômes au breuvage, jouait un rôle d’antiseptique, limitant ainsi la présence et la croissance des virus et des bactéries.

Alors même pendant les périodes de jeûnes, la bière était autorisée et même encouragée à chaque repas ! Mais c’est pour la bonne cause on vous dit…

Sainte Hildegarde instruisant le brassage avec du houblon à un moine. – Manuscrit médiéval

A l’époque, la bière est presque considérée comme un médicament

 

Même s’il est entendu qu’aujourd’hui la bière n’a aucune vertu médicinale (et qu’il faut la consommer avec modération !), les moines à l’époque avaient une vision un peu moins tranchée. En voici deux exemples :

  • D’anciennes archives de l’abbaye de Westmalle stipulent que deux bières par jour réduisent le stress de 50 %.
  • La Chimay Rouge était surnommée au début de sa production au XIXe siècle la “bière de santé” ou “bière hygiénique” car on racontait que certains lui devaient leur guérison…

Alors vous voyez, la bière était vraiment considérée comme un remède miracle à l’époque !

Ancien sous-bock Orval, qui prône les bienfaits de la bière sur la santé. – catawiki.fr

La bière, comme nourriture, au même titre – ou presque – que le pain

 

Quand les moines ont commencé à brasser leur bière, celle-ci était faite selon une recette particulièrement nourrissante : elle comportait beaucoup de fer et de vitamines, était très épaisse et avait un faible degré d’alcool. Les frères la surnommaient d’ailleurs le “pain liquide”, elle permettait de compléter leur régime frugal.

Après la réforme trappiste surtout, au XVIIe siècle, le régime alimentaire des frères était très strict et la plupart d’entre eux étaient végétariens. La bière leur permettait donc de gagner un peu d’énergie.

Par exemple, l’abbaye du Mont des Cats se mit à brasser dès 1847, notamment pour nourrir les moines et les ouvriers qui construisaient l’abbaye à la force de leurs bras !

Vieux dessin d’un moine qui brasse de la bière au Moyen-Âge. – Divine Box

Que dit la règle monastique, exactement ?

 

Bon, il semble que les moines aient eu l’autorisation de boire de la bière, car cela pouvait être bon pour leur santé ou leur régime. Mais les règles monastiques initiales se sont-elles déjà prononcées sur ce sujet ?

 

Les origines, avec la règle de saint Benoît

 

Dans la règle de saint Benoît, le quarantième chapitre est consacré à l’usage de la boisson. Mais cette règle ayant été écrite en 529, c’est plutôt de vin qu’il s’agissait, la consommation de bière n’étant alors pas répandue. Dans ce quarantième chapitre donc, il est dit que :

“une hémine (≈0,27 litre) de vin suffit à chacun pour la journée. Quant à ceux auxquels Dieu donne la force de s’en passer, qu’ils soient assurés qu’ils en recevront une récompense spéciale. Si la situation du lieu, ou le travail, ou les chaleurs de l’été demandent davantage, la volonté du supérieur en décidera ; mais il veillera surtout à ne pas laisser s’introduire la satiété ou l’ivresse (…) car le vin fait apostasier même les sages.”

 

En fait, pour saint Benoît, l’alcool n’était pas en accord avec la vie monastique, mais il était bien conscient qu’imposer une interdiction totale aux moines aurait été difficile, si ce n’est impossible. Alors il y avait une tolérance. Sympa, saint Benoît !

 

Mais attention, il y existait tout de même un certain contrôle. Il était très mal vu dans les abbayes d’être ivre et certains critères permettaient de limiter la consommation des frères. Par exemple au VIe siècle, il fut décidé que si un moine était incapable de chanter le psaume du soir convenablement, alors il était privé de souper. Voilà qui lui apprendrait… Et être ivre dans le monastère était passible de quarante jours de pénitence. Autant vous dire qu’il valait mieux ne pas s’y risquer…

Saint Benoît transmettant sa règle à ses disciples. – British Library

Changement d’ambiance avec les trappistes

 

Au XVIIe siècle, l’abbé de Rancé, père abbé de l’abbaye de la Trappe de Soligny, lance une grande réforme, qui aboutira à ce qu’on appelle aujourd’hui l’“ordre cistercien de la stricte observance”, dont les membres sont surnommés trappistes ! (Trappiste, la Trappe, vous suivez ?)

 

L’idée à l’époque est de se recentrer sur la règle de saint Benoît (prière et travail) et à s’éloigner du luxe et de la richesse qui étaient parfois de mise dans certaines abbayes.

 

Au départ, bien que cette réforme impose un régime très strict aux frères et un retour à l’essentiel, la consommation de bière au repas y est prônée pour des raisons de salubrité (nous en avons déjà parlé)

 

Mais un peu plus tard, aux XVIIIe et XIXe siècles, Augustin de Lestrange est bien plus exigeant. Moine très influent à l’abbaye de la Trappe, il impose une nouvelle règle de vie encore plus contraignante, notamment au niveau de l’alimentation. Pour lui, en-dehors de l’eau pure, point de salut ! Il affirme en effet :

 

« L’on ne boira ni vin, ni bière ni cidre ni quelque boisson alcoolisée que ce soit, uniquement de l’eau pure. »

 

Ça ne rigole pas… Mais la discipline imposée par Augustin de Lestrange est si stricte qu’elle en devient parfois dangereuse pour les frères, qui finissent par s’en éloigner petit à petit (ou parfois même, à en mourir !). Malgré ces excès, il aura quand même contribué à la suite de l’abbé de Rancé, à la fondation de l’ordre trappiste. Alors merci abbé de Lestrange !

Dom Augustin de Lestrange, moine de l’abbaye de la Trappe aux XVIIIe et XIXe siècles – Divine Box

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le Vatican n’a jamais approuvé les principes de l’abbé de Lestrange, et n’a pas exclu l’alcool des monastères. Au fur et à mesure, ceux-ci ont défini eux-mêmes leur discipline en termes de consommation de bières. Certains choisissent de l’exclure, d’autres la réservent pour les jours de fête, d’autres encore en consomment un peu plus régulièrement, mais toujours avec modération !

Par exemple, les frères d’Engelszell et ceux de Zundert peuvent boire la bière qu’ils brassent au déjeuner du dimanche. Et à Spencer, les moines disent souvent : “beer brigthens up sunday suppers”, autrement dit, la bière égaie le dîner du dimanche soir !

Les frères de l’abbaye de Zundert ont le droit de déguster la bière qu’ils brassent au déjeuner du dimanche. – spiritedmatters.com

Découvrir les bières des moines

Parlons peu parlons bien, si les moines brasseurs peuvent parfois s’accorder un petit verre de bière au repas, c’est avant tout pour vous et nous qu’ils la brassent ! Alors cliquez ici pour découvrir les meilleures bières d’abbayes (vous serez redirigé vers  la boutique monastique en ligne de Divine Box)

Vous pouvez aussi cliquer ici pour une réponse encore plus complète à la question « Les moines ont-ils le droit de boire de la bière ? » (vous y découvrirez notamment 2 anecdotes sur l’avis du Pape et les moines brasseurs de Saint-Wandrille)