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Carêméditation #40 : Vers les autres

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Jésus ne demande pas la lune à l’âme humaine. Il demande l’amour, le vrai, le sincère, le dense, sur chacun de nos actes, et sur chacune de nos pensées. Et pour tous. Voilà ce qu’Il espère. Seulement voilà, pour aimer si profondément les êtres connus et inconnus, il faut absolument – c’est une loi interne à l’amour qui assure son déploiement – que l’on déplace notre centre d’intérêt qui souvent repose sur l’édification de notre petit bonheur personnel, vers celui celui du bonheur des autres. Autrement dit, que l’on s’oublie soi-même et que l’on mette à mort tout ce qui pourrait gêner la marche de l’amour : habitudes égoïstes, contemplation du nombril, avarice, replis sur soi-même, jugements sur les autres, duretés de cœur, paresses, et autres tares qui empêchent l’amour de décoller et bloquent au ras des pâquerettes la bonification de notre être.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Croire – Questions éternelles, réponses actuelles, p.75

Illustration : Le bon samaritain, 1960, par Boris Taslitzky, huile sur toile, 230 x 255 cm

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Carêméditation #39 : La voie royale !

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Xavier, dans Le Passeur de Dieu, s’étonne que le Christ soit allé jusqu’à donner sa vie sur la Croix, et le père Stanislas lui répond…

– Xavier ! Seul ce qui est extrême et démesuré, et allons-y, fou, prouve l’engagement de la personne dans la cause qu’elle défend. Et c’est pour ne pas assez le croire, que nous nageons tous dans l’apathie, dans le consensuel, dans le médiocre, telles des lames de couteau qui ne coupent pas.”

Là, le moine ferma les yeux et m’apparut envahi d’une tristesse empreinte de dégoût. Puis il ajouta sur un rythme très lent :

“Le Christ, lui, notre frère, s’est emparé de la démesure pour exprimer l’amour et contrebalancer la tiédeur accumulée des hommes de tous les temps, et pour ce faire – et il a bien fait ! (le père serra les dents en prononçant ces derniers mots) – il a choisi le supplice de la croix, à la fois dégradant et écrasant, au sens strict du terme. C’était donc la voie royale, et non seulement il l’a choisie, mais il l’a même embrassée, cette croix, pour mettre à mort le péché de l’homme que Barrès définit comme “la tiédeur, le gris, le manque de fièvre, c’est-à-dire tout ce qui contrarie l’amour”, parole cueillie dans ma jeunesse, jamais oubliée.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Le Passeur de Dieu, p. 126

George Desvallières (1861-1950). “L’Eglise douloureuse”. Peinture à l’huile sur papier marouflé sur toile. 1926. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais. Dimensions : 255 x 151 cm

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Carêméditation #38 : Aimer est un travail

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Aimer est un travail, je le crois dur comme marbre, au sens où Rodin, l’un de mes démiurges, l’entendait : ” Le travail est mystérieux, répétait-il. Il accorde beaucoup aux patients et aux simples ; il refuse aux pressés et aux vaniteux ; il accorde à l’apprenti et refuse à l’élève : et un jour la merveille naît des mains du modeste travailleur.” Et cette merveille, c’est le résultat du bon geste ; et celui qui part d’une main pour rejoindre celle des autres est divin.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in L’Amour – Une affaire sacrée, une sacrée affaire, p. 84

Illustration : La cathédrale, par Auguste Rodin, 1908

 

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Carêméditation #37 : Qui veut imiter le Christ doit commencer par être délicat

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Pour vous, ô Marie, l’évidence est criante : Jésus, sorti de votre corps, sort du Père. Et à le regarder vivre, ce dont vous ne vous lassez jamais, par là vous entrez dans la connaissance absolue de l’Incréé. Au jour le jour, la perfection de Dieu prendra pour vous le visage d’une simple vertu que vous repérez en tous les actes du Christ, si fine par nature qu’elle pourrait être jugée secondaire. Vous l’avez deviné, aux mots fléchés du Ciel : c’est la délicatesse. En effet, qu’il mange, qu’il serve, qu’il prie, qu’il dorme ou travaille, cette humble vertu sévit en continu par-dessous, éclusant des flots de pur amour sous les gestes anodins, rendant de sa subtilité unie à la justesse d’esprit, Dieu présent sous les espèces du quotidien. Qui veut donc imiter le Christ doit commencer par là, par cette volonté farouche d’être délicat.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Marie, mon secret, p.122

Illustration : L’enfant Jésus bénissant saint Jean – François Boucher, 1758, 90 x 44 cm

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Carêméditation #36 : Sur l’accueil des vocations au sacerdoce

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Mets-toi à genoux devant la jeune vie qui veut se donner à Dieu dans le sacerdoce au lieu de prendre le pied à coulisse pour mesurer ses aptitudes.

*

On fait la fine bouche devant les garçons qui se présentent pour devenir prêtres, on les jauge, on les mesure, on les analyse, on les triture, on les suspecte, on les inspecte, et pendant ce travail on crache sur Dieu qui les envoie.

*

De toute évidence, de nombreux formateurs de prêtres ont raté leur vocation de psychologues. On ne saurait que trop les encourager à se réorienter afin de sauver du nombrilisme ceux dont ils ont la charge. Qui sont les plus malades ?

*

Si nous avions sous nos yeux les têtes des apôtres, leur parcours, leur culture, leur allure, sans nul doute nous conviendrions ensemble que la majorité d’entre eux ne devrait pas être admise au séminaire.

*

Les apôtres, loin d’être armés de diplômes, l’étaient d’amour à donner. Et c’est ainsi que sous l’illettrisme de la plupart – allons jusque là – le christianisme, avant de s’écrire, s’est gravé dans les cœurs.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Au diable la tiédeur, p.99-101

Illustration : Jésus-Christ et les petits enfants, esquisse, par Hippolyte Flandrin, 1837, huile sur toile, 50 x 61 cm (source)

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Carêméditation #35 : La foi traverse le témoignage de la personne

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

JRC – Et sur le plan religieux, que receviez-vous ?

MMZS – Je dirais volontiers : en premier lieu, l’exemple. La foi traverse le témoignage de la personne. Jusqu’à ma mort, que cela plaise ou non, car aujourd’hui, je le constate amèrement sous le peu de fruits qui se ramassent et le peu de vocations qui germent, on s’imagine que la transmission de la foi repose en grande partie sur la connaissance, et l’on multiplie donc les instances réflexives, les groupes d’échanges, les sessions et autres communications ; on propose aux jeunes de venir réfléchir à la question de la foi. Je pense qu’il y a là une emphase réflexive qui, en faisant appel à l’intellect, ne convient pas à tous, notamment aux petits, aux humbles, aux manuels, et qui de plus laisse froide une grande partie des enfants de Dieu. Si la croissance de la foi dans un cœur suppose la réflexion, la naissance de la foi suppose une expérience de Dieu, ce qui revient à dire, une rencontre avec lui. D’où l’importance de la prière, de la sainte messe bien célébrée, des sacrements conférés avec beaucoup de soin ([…]), mais aussi du témoignage, donné tout d’abord – et cette préséance, je n’y renoncerai pour rien au monde – par le prêtre, car celui-ci est l’image de Dieu dans l’imaginaire des hommes.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Homme et prêtre, p. 58

Illustration : Don Bosco

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Carêméditation #34 : Se priver par amour

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

-[…] il faut quand même essayer avant de mourir de se priver de quelques bonnes choses, vous ne croyez pas ?

– Oui, dis-je, d’un ton peu convaincu. Se priver…

– Eh oui ! se priver ! s’exclama-t-il. Comment voulez-vous exprimer l’amour qui est essentiellement don de soi autrement que par la privation ? Donner revient à perdre ! Et si vous pensez donner en gardant, c’est qu’en vérité vous ne donnez rien. Le monde a beaucoup de mal à accepter cette logique, et pourtant, elle est logique, cette logique !

– Il faut dire, osais-je répondre, que souvent on donne mais on ne reçoit pas en retour !”

Le moine fit un pas en arrière.

“Mais mon jeune ami, si vous donnez en espérant recevoir, vous ne donnez pas vraiment. Jetez-vous dans le vide, bon sang ! Donnez sans compter, écoutez le vieux loup que je suis et qui, à force d’efforts, va finir dans le camp des agneau. J’y compte bien ! On donne pour donner, comme on aime pour aimer. Le retour possible ne nous regarde pas.”

Dialogue entre le frère Louis et Xavier,
in Le Passeur de Dieu, par le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, p. 105

Illustration : La mort d’une sœur de charité, par Isidore Pils, huile sur toile, 305 x 241 cm, 1850

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Carêméditation #33 : Trois chemins pour se rapprocher du Seigneur

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Voici, parmi des milliers, trois chemins possibles.

Le premier consiste à ouvrir l’Evangile et à côtoyer Notre-Seigneur de la première seconde où il entra dans le sein de Marie jusqu’au jour où Il disparut de la terre, emporté à jamais dans les cieux. Sur chaque verset du texte sacré, sa vie transpire de vérité et ses paroles subjuguent. Impossible de rester indemne sous l’impact des mots de Dieu ! Essayez et vous verrez…

Deuxième chemin plus difficile à trouver : un être dont vous seriez l’ami et qui serait lui-même l’ami du Christ prendrait votre âme par la main et la conduirait pas à pas jusqu’en la demeure du Père, priant avec vous, répondant à vos questions, rendant présent l’amour de Dieu. Rare et grandiose !

Reste un troisième chemin royal et un jour ou l’autre incontournable. Vous apprenez qu’une belle liturgie – car Dieu comme l’homme est épris de beauté – est célébrée dans la ville où vous habitez et que le prêtre en ce lieu conduit avec ardeur et bonté le peuple qui lui est confié. Allez-y sans attendre. Ne perdez pas une minute et buvez à la source du vrai et du beau qui se confondent toujours. Et par là Notre-Seigneur se laissera voir, et mieux encore, vous étreindra.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Croire – Questions éternelles, Réponses actuelles, p. 68-69

Illustration : Allégorie de la Foi, par Vermeer, peint entre 1670 et 1674, 114,3 x 88,9 cm

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Carêméditation #32 : Accepter la mort

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Quand la mort sonne, ne crois-tu pas qu’il vaut mieux lui ouvrir la porte et la saluer gentiment ? C’est la moindre des choses, surtout si elle nous a fichu la paix un bon nombre d’années. Mais non ! Aucune reconnaissance ne jaillit de l’homme gâté. Une seule chose l’occupe : faire reculer l’incontournable mort. On n’entend plus que cela. ” Reculez, reculez, madame !” Si encore c’était pour mieux sauter… Pensez-vous ! Et puis, reculer jusqu’où ? Jusqu’au jour où la prétention humaine se cassera les dents sur notre sœur la mort corporelle, comme l’appelait avec hauteur Francesco d’Assisi, entiché de soleil et de vie éternelle. “

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Quand je ne serai plus là, p.38

Illustration : Vanité ou Allégorie de la vie humaine, par Philippe de Champaigne, première moitié du XVIIe, huile sur bois, 28 cm x 37 cm

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Carêméditation #31 : Rassembler la famille

Comme promis dans notre édito du mercredi des cendres, chaque jour nous vous partageons à méditer un texte du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine.

Quand on est marié, on ne sépare pas ce que Dieu a uni ; il faut le redire avec fermeté à notre univers occidental qui, certes, serait capable d’en répéter l’adage, mais qui, cependant, désormais, pour des raisons de carrières, en arrière-fond d’euros destinés à combler de prétendus besoins, n’hésite pas à séparer l’homme de sa femme. Jadis, en tous pays confondus, sur tous les quais de gare, et pour toutes les mobilisations qui conduisaient à la guerre, et ce temps n’est pas loin, les femmes pleuraient le départ de leur amour, les lèvres jointes au-delà de toute pudeur, tandis que les enfants s’agrippaient aux plis des pantalons de leur père. Et l’on mettait de part et d’autres des jours pour se remettre. Aujourd’hui, ce sont les couples qui volontairement organisent leur rupture – et chacun fait sa vie, guettant de loin, vers la fin de la semaine, le retour de l’aimé. Où sommes-nous ? Quant aux enfants souvent relégués aux jupes nubiles de quelques “baby-sitter” étrangères à la famille, au prétexte de permettre au couple de se retrouver ou pire encore de respirer,  peut-être faudrait-il, en maintenant quelques exceptions légitimes, rappeler, y compris au monde catholique, que le chenil est une invention récente et que le passé est rempli de foyers saints qui pour rien au monde n’eussent pensé à se séparer des leurs, ne serait-ce qu’une nuit.

Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Marie mon secret, p.112-113

Illustration : La Sainte Famille, par Rembrandt, huile sur bois, 1640, 34x41cm