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L’édito – Game over – La vie n’est pas prédestinée mais responsabilité

Le fauteuil depuis lequel nous contemplons notre aujourd’hui comme notre hier et à partir duquel nous sommes en train d’écrire demain est tissé des choix que nous avons fait à chaque carrefour de notre vie. Un tissage toutefois brodé à partir de notre vérité la plus profonde.  Nos charismes, nos forces, nos faiblesses, mais aussi nos limites sont le caryotype de base de la vie que nous avons déployée, depuis que nous sommes en mesure de faire des choix jusqu’à cet instant où je déguste un Cognac de grande renommée dans ce Chesterfield craquelé duquel je m’apprête à poser de nouveaux choix de vie pour demain.

Pourtant, sur ce fond inamovible que j’aurais transporté quelque furent mes choix à chaque carrefour, de nouveaux traits, de nouveaux acquis, mais aussi de nouvelles contraintes, de nouvelles limites sont venues tisser le vêtement dont je m’habille chaque matin pour construire demain. De sorte qu’à chaque carrefour je réinvente le possible, j’écris de toutes pièces un nouveau scénario.

Combien de carrefours un homme de 80 ans a-t-il franchi ? Combien de centaines d’autres vies aurait-il pu créer ? Combien d’autres possibles sommeillent en lui ? Sur ce fond de départ que la naissance lui a donné en apanage, combien de visages de lui n’ont pas vu le jour et combien d’autres encore demeureront endormis ?  Nos vies sont ce que nos choix en ont fait. Mais aurions-nous été plus heureux, au contraire plus malheureux, ou simplement heureux différemment en empruntant une autre allée il y a quelques années ?  Aurions nous fait plus de bien ? Donné naissance à d’autres enfants ?

Sans sombrer dans le stérile regret, qu’il est fascinant de voir combien nous sommes maîtres de notre destin et que parmi une multitude de vies, nous sommes aujourd’hui ici parce que nous l’avons construit. Parfois les carrefours semblaient se fermer et ne nous laisser qu’une seule voie ouverte, mais n’avons-nous vraiment eu que des sens-uniques à chaque carrefour précédent celui -ci ?  Autant dire que si nous avons écrit l’histoire, nous pouvons dessiner l’avenir.

Une question demeure cependant. Aurai-je été foncièrement différent ? Les mauvais choix sont-ils indélébiles en moi ? Revenir en arrière permet-il d’emprunter un autre sentier ?  De bifurquer à un meilleur carrefour ? Insoluble question car nous n’y répondrons jamais qu’avec ce que le chemin dans lequel nous sommes à fait de nous aujourd’hui et non depuis ce que nous étions hier au moment de bifurquer.

Et pourtant combien il serait fascinant de découvrir ces multiples autres moi qui sommeillent en moi et que chaque carrefour réveille ou endort à jamais.

Game over ! à chaque carrefour repartir à zéro et vivre sa vie à nouveau ! La vie n’est pas prédestinée, elle est responsabilisée. Nos choix, même sous l’emprise de la tentation demeurent les nôtres. On peut subir sa vie ou la construire. Mais même la subir demeure un acte dont nous sommes seuls responsables. Dieu nous aide et nous appelle. Le démon nous entrave et nous appelle à un autre chemin. Mais ce n’est ni Dieu ni Satan qui choisit. Le croire serait se déresponsabiliser et réduire l’homme à une marionnette privée de liberté. Même une impasse qui prive de liberté apparente est le résultat de choix antérieurs, responsables… ou pas.