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L’édito – Le consumérisme ou la mort de nos paroisses

L’appel du Saint-Père à ne pas réduire les communautés à des “stations services) nous renvoie à notre édito de juin 2017 que nous vous reproposons simplement.

Nombre de paroisses de France et de Navarre ont profité de ce dernier dimanche de juin pour remercier leur curé sur le départ ou faire le point dans de longues litanies sur les mouvements et services paroissiaux, anticipant déjà la sempiternelle demande, parfois désespérée, de la rentrée, autre litanie des besoins récurrents de nos paroisses.

 

Les communautés chrétiennes des grosses agglomérations ne se rendent peut-être pas compte du désarroi et du chemin de croix que représente, pour la plupart des « ensembles paroissiaux » des diocèses ruraux, le recrutement de bénévoles.

 

Nous sommes tous tellement pris ! Oui il y a le sport (mon médecin a dit), la musique (mon âme a besoin de cette respiration), le travail (bien entendu), la famille (évidemment), les associations (c’est incontournable), la politique (cela commence à revenir) et tant d’autres sollicitations qui viennent concurrencer la vie de la paroisse.

 

Si nous allons à la messe tous les dimanches et parfois en semaine, si nous participons à un groupe de prière, combien, sur « l’ensemble paroissial » sont effectivement acteurs de la vie de la paroisse ?

 

L’Eglise la plus concrète pour nous est pourtant la paroisse ou le mouvement auquel nous pouvons être rattachés. Mais si les mouvements cultivent l’investissement, comme un signe d’appartenance, la paroisse tend à demeurer un lieu de consommation. Pourtant, si chaque paroissien donnait une heure par semaine, qu’elle soit diffractée en 10 minutes quotidiennes pour ouvrir l’église ou ramassée en 4 h mensuelles pour préparer la soirée Ephata, même dans les paroisses les plus désertes, cela constituerait une manne de disponibilité pour l’Evangile.

 

Car en effet, ce n’est pas de toucher les gens en marge de l’Eglise qui est difficile, mais, une fois rejoints, bien des paroisses n’ont rien à leur proposer, faute de personnes engagées. C’est une double mort, de la paroisse et de l’évangélisation.

 

Nous éduquons nos enfants à prendre leur part dans la vie de famille, parce qu’ils sont membres de cette communauté familiale et non de simples pions consommateurs. Combien de mamans s’insurgent devant leurs ados qui tendent à considérer la maison comme un hôtel ? Il en va de même de la paroisse (qu’elle soit géographique ou choisie) et ce n’est qu’ainsi qu’elle sera vraiment l’Eglise locale, c’est-à-dire composée de pierres vivantes et non d’angles morts.

 

Mais bien des sorties de messe ressemblent au collier de perles cassé. Un vieux curé de Corrèze disait un jour à ses paroissiens, « vous me faites comprendre la peine de ma sœur quand, enfant, je m’amusais à briser ses colliers de perles. En vous voyant tous vous éparpiller à la sortie de la messe, je revois le collier de ma sœur. »

 

Le consumérisme a gangréné aussi nos Églises paroissiales et donner, même généreusement, à la quête ne remplace pas la pierre vivante qui s’engage. Le dynamisme de nos paroisses est vérolé par cette forme de consommation paroissiale qui, avant de vider les églises, a vidé l’Eglise. Comme un enfant a sa part dans la vie de la maison, aucun paroissien ne peut se dédouaner de sa part active dans la vie de l’Eglise sous peine de n’être, même en état de grâce, qu’une pierre inerte. L’église domestique est importante, c’est un fait, mais sans Eglise vivante, les églises domestiques n’iront que déclinant. L’engagement dans la société est fondamental, mais, sans engagement dans l’Eglise, l’engagement pour la société se tarira, parce que si les prêtres nous donnent la grâce par les sacrements, ils ne sont pas l’Église à eux seuls et ne peuvent la tenir à bout de bras. C’est notre responsabilité commune et personnelle, devant Dieu et devant nos frères.

 

En réalité, nous tendons à asphyxier nos Eglises locales par cette forme de consumérisme qui a peu à peu laissé glisser l’ordre des priorités. Oui nous avons souvent perdu de vue que la paroisse, image locale de l’Eglise, est pourtant une priorité dans la vie du chrétien. Cela nous place devant une vraie question pour l’été : quel est l’ordre des priorités de nos engagements qui met si loin derrière l’Eglise ?

 

Cyril Brun 27 juin 2017

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Du consumérisme au Sacré-Coeur

Alors que nous sommes en plein mois du Sacré-Cœur, une spiritualité bien souvent oubliée, voire galvaudée, peut-être n’est-il pas inutile de regarder notre quotidien à la lumière du Sacré Cœur

Aujourd’hui en effet l’année n’est plus rythmée par la vie religieuse. Aucun impératif supérieur à l’homme ne lui impose de rythme, de régularité. C’est ainsi que d’autres impératifs se sont progressivement substitués aux anciens, dessinant peu à peu de nouveaux cadres de vie. Nous savons combien la dictature de l’économie a imposé ses règles. La concurrence oblige les petits commerçants à ouvrir le dimanche et les jours fériés. Pourtant, si l’on y regarde de plus près, le dimanche n’augmente pas le pouvoir d’achat des consommateurs. Pour la ménagère, son budget est le même qu’elle le dépense le dimanche ou le mardi. Le problème est donc ailleurs. Reconnaissons-le, même si l’exemple reste caricatural, nous préférons avoir du pain frais et des croissants chauds le dimanche matin plutôt que du pain de la veille. Pour notre confort, nous préférons faire travailler le boulanger ce jour-là. Sans nous en rendre compte, nous sommes en fait largement complices de cette dictature de l’économie, complices par passivité, par conformisme, par habitude, par ignorance aussi.

Ce qui est valable pour le dimanche l’est pour bien des aspects de la vie civique et économique. Nous pouvons lever les bras au ciel parce que le monde va mal et ne cesser de s’enfoncer dans un marasme d’immoralité et d’égoïsme, mais ne nous voilons pas la face, nous y prenons confortablement notre part. La doctrine sociale de l’Eglise, ce sont certes de grands principes puisés à la source de la Parole biblique, principes universels que nous aimerions voir inspirer nos dirigeants économiques, politiques ou encore les médias, mais ce sont d’abord et avant tout des règles de vie élémentaires pour le citoyen lambda, pour le consommateur moyen, pour le travailleur ordinaire que nous sommes tous. Je peux brandir la dignité de l’homme, si je satisfais mon plaisir matinal du dimanche au détriment du repos dominical du commerçant, ce ne sont que des mots vides de contenu. Je peux généreusement plaider pour le bien commun, si je ne fais pas un effort d’économie d’énergie, je ne suis qu’un beau parleur qui se donne bonne conscience. Evidemment il est toujours plus facile de se mobiliser pour des grandes actions généreuses et ponctuelles que de s’astreindre quotidiennement à une hygiène de vie. Car le fond du problème est là. C’est sur notre mode de vie quotidienne que repose la doctrine sociale de l’Eglise. Les grandes idées, les grandes réalisations appartiennent aux patrons (des grandes surfaces par exemple), aux responsables, aux syndicats, aux politiques, aux médias, d’accord. Mais si personne ne va faire ses courses le dimanche, les magasins fermeront. Ce n’est pas le président de la République qui va venir éteindre les lumières de mon appartement. Je ne suis pas obligé de regarder des émissions lamentables, je peux même, en tant que consommateur, dire ce que j’en pense. Combien de fois entendons-nous : « Il n’y a rien à la télé, ces émissions ne valent rien ? » Soit, très bien ! Disons-le aux intéressés, cessons de regarder ces programmes. À notre niveau nous sommes acteurs. Alors bien sûr, seul chez soi avec ses économies d’eau, à se priver de son croissant chaud du dimanche, on a l’impression d’être une goutte d’eau dans l’océan, mais si déjà on ne met pas cette goutte d’eau c’est une en moins. N’attendons pas que le voisin commence, ça ne nous regarde de toute façon pas. C’est David contre Goliath, certes, mais pour nous chrétiens c’est une obligation morale ; mais c’est une obligation contraignante parce qu’exigeante et empreinte de sacrifice. Une exigence qui demande un véritable travail sur soi, travail d’ouverture aux autres d’abord. Ce que je fais nuit-il aux autres ? Est-ce nécessaire, utile, agréable ? C’est le principe le plus élémentaire du Bien Commun. Mon bien ne peut se faire au détriment d’autrui. Or comme nous ne vivons pas seuls, le moindre de mes actes rejaillit sur la communauté tout entière. Un excès de vitesse qui entraîne un surcroît de consommation d’énergie, en soi ce n’est rien, mais cette infime goutte d’eau rejoint les autres. Si nous sommes appelés à œuvrer pour changer le monde, Dieu soit béni et allons-y. Mais là où je suis, dans mon quotidien, dans l’éducation que je donne à mes enfants, dans l’exemple de ma vie citoyenne, repose la pierre que je suis appelé à travailler pour la construction de l’édifice tout entier. Mais prenons garde à ne pas renverser l’équilibre en tombant dans le pharisianisme. Il y des professions, ou des cas de nécessités à travailler le dimanche. De même comme nous l’évoquions dans une autre chronique, il y a parfois le mieux possible qui n’est pas exactement encore le bien parfait. C’est pourquoi notre conduite de consommateur est au carrefour d’un ensemble d’impératifs qu’il convient d’équilibrer et de discerner.

Malheureusement, nous sommes tellement pris dans le tourbillon du monde ambiant que nous ne pensons même plus aux actes devenus réflexes que nous posons. Bien des choses nous paraissent normales et puis tout le monde le fait. La doctrine sociale pâtit depuis de nombreuses années d’un déficit d’image qui obstrue sa diffusion et sa réception, de sorte que ce qui la compose, véritable pilier de discernement de l’agir quotidien, n’est plus entendu. En outre, nous nous sommes laissés enfermer dans la bioéthique et la morale sexuelle ; deux points fondamentaux certes, et personne ne les conteste, mais la morale de l’Eglise ne se réduit pas à ces deux aspects. Il y a une morale de l’économie que l’on n’entend pas assez, mais qui tend à se développer. Il y a une morale du citoyen, mais dont on n’ose parler car elle frôle la sphère du politique, un monde qui, n’ayons pas peur de le dire, fait terriblement peur aux catholiques. J’ose dire qu’il les effraie plus qu’une vision démoniaque. Il y a enfin une morale du consommateur sur laquelle nous restons assez discrets, parce qu’inconsciemment nous savons tous qu’elle imposerait des changements de vie radicaux. Cette morale nous gêne d’autant plus qu’elle est, au fond, unanimement admise, parce que généreuse, ce qui veut dire que si nous la promouvons, il nous faudra réellement nous convertir. À l’inverse, ne restons pas dans la langue de bois, bien des catholiques s’autorisent des libertés en matière de morale sexuelle, parce qu’ils savent qu’ils ont le soutien implicite de la société. Mettre à l’ordre du jour une morale du consommateur suppose finalement, pour l’Eglise, de remettre à l’honneur une dimension du mystère du salut qui fait peur aujourd’hui, la dimension du sacrifice. Nous avons tellement souffert de l’image doloriste du jansénisme, que nous n’osons plus aujourd’hui parler du sens et de la puissance du sacrifice, de l’offrande. Saint Dominique n’hésitait pas à s’adonner à la prière du sang pour l’offrir en sacrifice au Christ, afin qu’il intervienne pour les hommes. Si saint Dominique offrait son sang, c’est parce que pauvre, il n’avait rien d’autre à offrir. Nous, aujourd’hui, nous avons tellement que nous n’en sommes plus à offrir notre sang. Mais nous sommes à même de faire mille sacrifices quotidiens. Mon croissant chaud du dimanche en est un parmi d’autres. Il me semble donc qu’aujourd’hui une morale du consommateur [1]est inséparable d’une catéchèse sur le sens du sacrifice chrétien, à l’image de l’encyclique de Jean-Paul II sur le sens chrétien de la souffrance, ou à l’école tant décriée aujourd’hui du Sacré Cœur.

 Cyril Brun, Pour une spiritualité sociale chrétienne, ed Tempora 2007

[1] Je précise ici qu’il est important de tenir compte des équilibres et des conjonctures actuelles, pour ne pas radicaliser ma position qui demanderait toutes les nuances de l’arc en ciel.

 

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L’adolescence n’est pas une pathologie – Pape François

Le Pape François a ouvert ce lundi 19 juin 2017, en la basilique Saint-Jean-de-Latran, le Congrès ecclésial du diocèse de Rome. Après avoir rencontré trente réfugiés hébergés dans des paroisses et communautés de Rome, à la veille de la Journée mondiale du réfugié, le Pape a développé le thème du rassemblement : « Ne les laissons pas seuls ! Accompagner les parents dans l’éducation des adolescents ». Le Saint-Père a plaidé en six points pour une approche concrète et intégrée de l’éducation, qui n’hésite pas à laisser de la place aux jeunes pour qu’ils soient protagonistes de leur propre croissance.

Dans son discours, le Pape conseille d’abord aux participants au congrès d’ancrer leurs discussions dans la réalité du territoire romain, mettant en garde contre la « tentation de penser ou de réfléchir sur les choses en général, abstraites ; de penser aux problèmes, aux situations, aux adolescents ». Se basant sur ses visites pastorales des derniers mois, François relève plusieurs tensions vécues dans la métropole romaine : les problèmes liés à la distance entre le lieu de vie et de travail, l’éloignement des proches pour trouver du travail, le coût de la vie, le manque de temps… « Ainsi, votre réflexion, votre prière, faites-la “in romanesco” [en dialecte romain] », enjoint le Pape.

Nécessité de se connecter pour faire face au déracinement

Cette approche concrète s’ancre selon lui dans le contexte du « phénomène croissant » d’une société et d’une culture « déracinées », d’une famille « sans histoire, sans mémoire, sans racines ». Le Pape déplore notamment qu’on soit si exigeant concernant la formation des adolescents, qu’on leur fasse étudier « une quantité de choses » sans leur faire connaitre « leur terre, leurs racines », en les privant « de la connaissance des gènes et des saints qui nous ont faits ». Comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises, le Saint-Père défend le dialogue intergénérationnel, ne manquant pas de souligner le travail du diocèse de Rome à ce sujet. « Il est important qu’ils se connectent, qu’ils connaissent leurs racines », insiste le Saint-Père, qui note que les réseaux sociaux, loin de nous enraciner, nous laissent souvent « en l’air », « volatils ».

Cet enracinement doit ensuite permettre aux jeunes de se mettre « en mouvement ». Car si le Pape concède que l’adolescence est un passage, un temps « de changements et d’instabilité », difficile pour les enfants comme pour les parents, c’est surtout « un temps très précieux », « un temps de croissance pour eux et pour toute la famille ». « L’adolescence n’est pas une pathologie que nous devons combattre », insiste le Pape, qui déplore la tendance à « médicaliser » précocement les enfants.

« Là où il y a de la vie, il y a du mouvement ; là où il y a du mouvement, il y a des changements, de la recherche, des incertitudes, il y a de l’espérance, de la joie et aussi de l’angoisse et de la désolation. » François appelle ainsi au discernement et à chercher à combler le désir d’autonomie des adolescents, qui constitue une « opportunité » pour les écoles, les paroisses et les mouvements ecclésiaux. « Ils cherchent le sentiment de vertige qui les fait se sentir en vie. Donc donnons-le leur ! », s’exclame le Pape. Selon lui, il faut des éducateurs pour stimuler et accompagner les jeunes à « transformer leurs rêves en projets », afin de faire de leur faire découvrir en leur potentiel « un pont » vers une vocation.

Éducation intégrée et sans compétition

Ce processus doit selon le Pape reposer sur une éducation « intégrée », « basée sur l’intelligence (la tête), les sentiments (le cœur) et l’action (les mains) ». Il dénonce les systèmes qui laissent en marge « des analphabètes émotifs et des enfants avec tant de projets inachevés ». « Nous avons concentré l’éducation sur le cerveau en négligeant le cœur et les mains. Et c’est aussi une forme de fragmentation sociale. »

Dans un cinquième point, le Pape déplore la « compétition » entre des adolescents et des adultes qui cherchent « l’éternel jeunesse ». « On dirait que grandir, vieillir, prendre de l’âge, c’est mauvais », note-t-il, s’attristant des « lifting du cœur ». Ainsi, les adultes excluent les adolescents de leurs processus de croissance « en leur prenant leur place ». « Cette marginalisation peut augmenter une tendance naturelle que les jeunes ont à s’isoler », critique le Pape.

Enfin, le pape François conclut en critiquant comme à de nombreuses reprises le consumérisme, une monde où « l’addiction aux achats » est devenu la règle. « Il est urgent de récupérer ce principe spirituel si important et salvateur : l’austérité », soutient le Saint-Père.

 Il défend une « gourmandise spirituelle » qui « réveille l’intelligence et la créativité, génère des possibilités pour l’imagination et ouvre particulièrement au travail en équipe, à la solidarité ».

 

Source Radio Vatican