Brèves

USA : le gouvernement va limiter l’obligation de rembourser la contraception

Un nouveau règlement sur la contraception est à l’étude à la Maison-Blanche depuis la semaine dernière. Il s’agit d’une règlementation qui permettrait à un plus grand nombre d’entreprises de se soustraire à l’obligation de remboursement de la contraception pour« conviction morale ».

 

Depuis l’ObamaCare en 2012, toutes les entreprises ont l’obligation de rembourser la contraception. Aux Etats-Unis environ 157 000 personnes bénéficient d’une assurance maladie via leur entreprise, soit la moitié de la population. Une exception a toutefois été accordée pour les lieux de cultes et les groupes religieux. Quelques entreprises privées, à capital fermé, ont également pu bénéficier de l’exception suite à une action en justice de Hobby Lobby, un magasin d’artisanat dirigé par des Chrétiens.

 

En octobre 2017, le gouvernement américain a élargi les critères d’admissibilité à cette exception, mais cette règlementation n’est pas encore appliquée, en raison d’actions en justice. Ce texte permettra à toute entreprise de demander à ne pas rembourser la contraception pour conviction religieuse ou morale.

 

Le nouveau texte serait plus large, et concernerait les objections religieuses aux procédures médicales et à l’avortement, ainsi qu’à limiter l’action du planning familial.

Source : genethique.org

Brèves

France : un recours stable à la “contraception d’urgence” ?

L’enquête Baromètre santé 2016 publiée fin septembre dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire[1], informent des données sur l’utilisation de la contraception d’urgence en France entre janvier et fin juillet 2016. Depuis ces 15 dernières années, l’utilisation des contraceptifs a évolué suite notamment à la crise des pilules et l’accès à la contraception d’urgence (CU) a été facilité. Pour autant, « l’utilisation de la CU n’a pas progressé en France ».

 

En 2016, 6,2 % des femmes âgées de 15-49 ans ont eu recours à la CU au cours des 12 derniers mois. L’utilisation de la CU est plus élevée chez les femmes jeunes : elles sont 21,4 % entre 15-19 ans à y avoir eu recours au moins une fois.

 

La modification de la législation sur la pilule du « surlendemain »[2] en 2015, la rendant accessible sans prescription, n’a pas modifié l’utilisation de la CU.

Un facteur qui semble influencer le recours à la CU est le moyen de contraception habituel de la femme. Ainsi, les femmes sous pilule ou méthode hormonale utilisent plus souvent la CU. Celle-ci est généralement présentée comme la prévention d’une grossesse non désirée en cas d’oubli de pilule ; pilule qui est elle-même déjà vendue comme une prévention. Initialement introduite avec le prétexte de permettre une régulation des naissances « en douceur » pour éviter des avortements, la pilule a montré ses limites : aujourd’hui sur trois femmes qui avortent, deux femmes sont sous contraceptifs (cf. 216 700 IVG en 2017 : A quand une politique de prévention ? et La contraception réduit le nombre d’avortements ? Réponse d’experts). Et la pilule, malgré des remises en question de plus en plus évidentes (cf. “J’arrête la pilule” : Une remise en cause de la contraception hormonale), reste encore majoritairement utilisée par les femmes.

 

Parmi les autres facteurs, le comportement sexuel : 10,9 % des femmes seules au moment de l’enquête ont eu recours à la CU contre 1,1 % des femmes en couple. De même, plus le nombre de partenaires au cours des 12 derniers mois était élevé, plus les femmes ont eu recours à la CU : 4,6 % des femmes ayant eu 1 partenaire et 22,2 % des femmes ayant eu 3 partenaires et plus.

 

Cette étude a fait couler beaucoup d’encre : on s’interroge sur le fait que le recours à la contraception d’urgence stagne, tout en insinuant qu’il s’agit d’un échec. Mais il serait bon de questionner les motivations du recours à la contraception d’urgence, et d’éduquer à la responsabilité de ses actes, plutôt que d’encourager une fausse liberté.

 

[1] Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France (25/09/18).

[2] La pilule du « surlendemain » est une contraception d’urgence à base d’ullipristal acétate dont l’efficacité est plus longue que pour le lévonorgestrel (120 heures contre 72 heures). Cf. EllaOne® vendue sans ordonnance : une mesure contestée.

Source : genethique.org

Brèves

France : une femme morte après la prise d’un contraceptif oral, le laboratoire mis en cause

La Cour de cassation vient de trancher : les effets indésirables d’un produit, et notamment d’un produit de santé, « s’ils sont trop graves, caractérisent un produit défectueux ». Et ce, même s’ils sont « connus par le fabricant, signalés et conformes au risque annoncé ».

 

A l’origine de cette décision la plainte de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) et des parents d’une jeune femme « décédée d’une embolie pulmonaire due à la prise prolongée d’un contraceptif oral ».

 

Dans un premier temps, la Cour d’appel avait mis le laboratoire hors de cause car « le risque était connu et annoncé dans la notice avec une mise en garde ». Elle avait estimé qu’il s’agissait « d’un effet malheureux mais conforme à ce qui était annoncé ».

 

Mais la Cour de cassation, se fondant sur l’article 1245-3 du code civil qui dispose qu’ « un produit est défectueux (…) lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre », a estimé que le laboratoire ne pouvait se retrancher derrière la notice explicative, même si celle-ci fait état des risques et des effets secondaires, pour se trouver « à l’abri de toute réclamation invoquant une défectuosité ».

Source : genethique.org

Doctrine / Formation #Morale

Du stérilet aux méthodes naturelles, croissance et harmonie conjugale

Témoignage de Raphaël et Charlotte, moniteurs Billings. A l’abbaye Sainte-Anne de Kergonan, le 5 août 2018, au cours du week-end organisé par le Centre Billings France pour célébrer les 50 ans de Humanae Vitae, l’encyclique “prophétique et providentielle” de Paul VI

 

NLQ #Points non négociables PNN

Contraception masculine : un pas de plus vers la pilule pour homme

Vers la masculinisation des contraceptifs

Du stérilet à l’implant la contraception a presque toujours été exclusivement féminine, et cela pour une bonne raison : « Alors que la fertilité féminine est liée à la production d’un ovule par mois, la spermatogenèse est continue et pour éviter toute grossesse, il ne doit pas rester un seul spermatozoïde »explique Jacques Young, endocrinologue à Paris. Mais de récentes avancées scientifiques présentées lors du congrès annuel de Endocrine Society à Chicago ont permis de mettre en avant un contraceptif novateur, la pilule pour homme.

Nommée DMAU pour diméthandrolone undécanoate, elle à été testée sur 83 hommes âgés de 18 à 50 ans dont les examens ont révélé des réponses hormonales coïncidentes avec les méthodes de contraception les plus efficaces.

Tout comme son homologue féminin, la pilule masculine combine l’activité d’un androgène la testostérone qui est l’hormone masculine à un progestatif. «  DMAU est un pas en avant majeur vers le développement d’un contraceptif masculin quotidien » dit Stéphanie Page Professeur de médecine à l’université de Washington. « Beaucoup d’hommes disent préférer une pilule quotidienne comme un contraceptif réversible plutôt que des injections à durée prolongée qui sont également en développement » ajoute-elle. En effet selon un sondage CSA réalisé en 2012, 61 % des hommes seraient prêt à sauter le pas et à opter pour les pilules contraceptives.

L’inconvénient des formes de prise orale de testostérone actuellement disponible est qu’elles peuvent provoquer une inflammation du foie. De plus elles s’éliminent trop rapidement de l’organisme ce qui nécessite deux prises quotidiennes. DMAU possède une longue chaîne d’acide gras ( undécanote ) prolongeant sa présence dans le corps.

Quelques dérèglements mais pas de réels dangers à court terme

Quelques effets secondaires notoires sont à observer mais sans réels dangers selon le Dr Page. Parmi les 83 volontaires, la majorité a subi une prise de poids assez conséquente ainsi qu’une baisse de HDL appelée « bon cholestérol » pour certains d’entre eux. Mais la scientifique soutient que malgré les faibles taux d’hormones circulantes nécessaires à la production de spermatozoïdes les sujets ne présentent pas de symptômes graves consécutifs à ces carences.

Dans l’attente des résultats d’études sur le long terme, confirmant le bloquage de la production journalière de spermatozoïdes, les équipes de recherche restent confiantes. Les endocrinologues sont indispensable à la résolution des problèmes de santé les plus urgents de notre époque.« L’Endocrine Society est la plus vieille organisation de recherche sur les hormones et composée de médecins et de scientifiques soucieux des problèmes hormonaux pouvant affecter les hommes et les femmes de notre époque » évoque un communiqué de l’organisation.

Maxime DUBOIS

Source : Breizh-info.com

Tribunes et entretiens

5 paradoxes de la révolution sexuelle (1/2)

de Mary Eberstadt, traduit par France-catholique :

Mary Eberstadt est chercheur senior associé à l’Institut Foi et Raison. On peut trouver ici certains de ses précédents articles publiés par The Catholic Thing (ainsi que des articles par d’autres qui discutent de ses travaux). Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont It’s Dangerous to Believe (« Il est dangereux de croire ») et How the West Really Lost God (« Comment l’Occident a vraiment perdu Dieu »).

Note : notre collègue Mary Eberstadt a produit un des papiers à la conférence « Les années soixante” à la Faculté Hillsdale, le 30 janvier. C’est une argumentation suffisamment frappante, surtout si l’on considère les attaques nouvelles contre Humanae Vitae dans l’année de son cinquantième anniversaire, pour que nous ayons pensé que nos lecteurs devraient en disposer en totalité. La longueur du texte nous conduit cependant à la publier ici, dans une forme légèrement modifiée et en deux parties.

Les académies ont des définitions diverses de la révolution sexuelle, mais voici une formulation simple et incontestable. La « révolution » fait référence aux changements dans la conduite et les mœurs sexuelles à la suite de l’approbation et de l’adoption largement répandues d’une contraception fiable, il y a plus d’un demi-siècle. Le premier accélérateur est la pilule de contrôle des naissances, approuvée par la FDA (“Food and Drug Administration”, NDLR) en 1963. Le deuxième est la légalisation de l’avortement à la demande, en 1973, au travers de Roe contre Wade, ce qui fut un développement que l’approbation de la pilule avait rendu tout sauf inévitable. La contraception moderne et l’avortement légalisé ont changé non seulement les comportements mais aussi les attitudes. Dans le monde, la tolérance sociale au sexe hors mariage, sous toutes ses formes, a augmenté parallèlement à ces autres changements, pour des raisons logiques dont j’ai parlé ailleurs, y compris dans mon livre Adam et Ève après la pilule.

Hormis pour Internet, il est difficile de penser à un autre phénomène singulier depuis les années 60 qui ait re-formé l’humanité dans le monde entier aussi profondément que cette révolution-là. Quelques-uns des refrains sont en effet bien connus : il y a quatre ans, lors du cinquantième anniversaire de l’approbation de la pilule de contrôle des naissances, il y eut un épanchement de commentaires et de réflexions, la plupart sur un ton positif. La révolution, clamait-on (et acclamait-on) dans le magazine TIME et la plupart des autres sources laïques, avait nivelé le terrain de jeu dans le marché économique entre les femmes et les hommes pour la première fois dans l’histoire ; elle avait conféré la liberté aux femmes à un niveau qu’elles n’avaient encore jamais connu.

Tout cela est vrai, pour autant que cela se passe. Mais le disque a une autre face, qui a été majoritairement ignorée par la société en général, saturée par les plaisirs de la révolution. Chaque année qui passait augmentait l’évidence qu’un jour, l’histoire heureuse prédominante devrait changer. Sur cette fin, je voudrais parler de cinq jours pendant lesquels la révolution a reconfiguré la réalité humaine telle que nous la connaissons, cinq paradoxes apparents qui montrent la puissance de la révolution, en particulier son impressionnante puissance destructrice.

Commençons par une petite histoire qui cadre l’échelle du changement. J’ai grandi dans une série de petites villes éparpillées dans le magnifique et sévère nord de l’État de New-York, au nord de la vallée de l’Hudson, à une planète de la ville de New-York, dans une région connue comme celle de Bas-de-Cuir parce que l’écrivain Fenimore Cooper y a situé ses histoires américaines désormais classiques. C’était, et c’est toujours, une région rurale de cols bleus. C’était le genre d’endroit où dans les années soixante, plus de garçons du cru sont allés au Vietnam qu’à la faculté. Par de nombreux aspects, beaucoup de cette région est toujours la même, avec une exception considérable, que nous appellerons le sujet de la famille.

Dans les années 60, la plupart des hommes de cette région travaillaient comme travailleurs manuels, principalement dans des fermes ou des mines locales de cuivre et d’argent. Beaucoup de femmes, si elles étaient mariées, restaient à la maison. La plupart des familles étaient encore intactes, qu’elles soient religieuses ou non. Ce n’était pas une région particulièrement pratiquante, la plupart des résidents étaient des protestants, moins de dix pour cent étaient catholiques, et les églises locales ne débordaient pas ostensiblement le dimanche.

Un de mes souvenirs durables de ces années : en 1972, quelques mois avant la légalisation de l’avortement, une adolescente en bas de la rue est tombée enceinte. Le père du bébé était un jeune soldat récemment revenu de la guerre. Les commérages se sont insurgés, parce qu’il n’envisageait pas d’épouser la fille. En ce temps-là, c’était considéré comme choquant. Bien que des jeunes mariées enceintes soient presque inexistantes, et même les adolescentes enceintes, les hommes qui n’épousaient pas leurs petites amies enceintes étaient voués à l’opprobre. Donc, les langues s’agitaient, et pas dans le bon sens.

Finalement, cette fille a eu son bébé ailleurs, une adoption s’ensuivit. Elle est revenue et a fini le lycée, à ma connaissance, sans stigmate social. Mais le stigmate qui reste mémorable est l’autre, contre son petit ami. L’idée qu’il aurait dû prendre sa responsabilité, ce que la majorité des adultes du coin pensait, est une idée qui a disparu sous le vent de la révolution.

Maintenant, avançons rapidement d’une vingtaine d’années. Au début des années 90, je suis revenue et j’ai rencontré un ancien professeur. Elle estimait que parmi les deux cents élèves de terminale de cette année-là, environ un tiers des filles étaient enceintes. Aucune n’était mariée. Et il y avait certainement d’autres grossesses au milieu de celles qui étaient visibles ; la rumeur disait également de diverses filles qu’elles avaient eu recours à l’avortement.

C’est là qu’est le changement. D’une grossesse scandaleuse dans un lycée public dans les années 70, à de nombreuses grossesses qui ne l’étaient plus dans le même établissement dans les années 90 : c’est un instantané qui montre comment la révolution sexuelle a transformé le monde.

Cela nous amène au premier des paradoxes concernant cette révolution.
Paradoxe Un. Si le fondement de la révolution était la mise à disposition d’un contrôle des naissances fiable et pas cher, pourquoi cette augmentation sans précédent à la fois des avortements et des grossesses hors mariage ?

C’est une question vraiment importante. Après tout, lorsque la contraception est devenue banale, beaucoup de personnes de bonne volonté l’ont défendue précisément parce qu’elles pensaient que cela rendrait l’avortement obsolète. Margaret Sanger en est un exemple éminent. Elle disait que l’avortement relevait de la « barbarie » et soutenait que la contraception mettrait l’avortement en faillite. Le Planning Familial l’a acclamée comme sa sainte patronne. Elle soutenait ce qui paraissait un point de vue de bon sens : une contraception fiable servirait de prévention à l’avortement. Un grand nombre de gens, avant et après les années 60, ont cru quelque chose de semblable.
Mais les faits concrets depuis les années 60 montrent que leur logique s’est avérée fausse : les taux de contraception, d’avortement et de naissances hors mariages ont tous explosé simultanément.

Il y a plus de vingt ans, une groupe d’économistes a expliqué la dynamique des ces explosions simultanées avec une admirable clarté :
Avant la révolution sexuelle, les femmes avaient moins de liberté, mais les hommes étaient supposés assumer la responsabilité de leur bien-être. Aujourd’hui, les femmes sont plus libres de choisir, mais les hommes se sont permis l’option comparable. L’homme peut raisonner ainsi : « Si elle ne veut pas d’avortement ni utiliser de contraception, pourquoi est-ce que je me sacrifierai pour le mariage ? ». En rendant la naissance de l’enfant le résultat du choix physique de la mère, la révolution sexuelle a transformé le mariage et le soutien de l’enfant en un choix social du père.

En d’autres termes, la contraception conduit à plus de grossesses et plus d’avortements parce qu’elle a érodé le soi-disant mariage contraint, ou l’idée que les hommes ont les mêmes responsabilités vis-à-vis d’une grossesse imprévue.

*

Une autre théorie intéressante sur les raisons pour lesquelles la contraception a échoué à empêcher l’avortement, vient de Scott Lloyd, qui écrit dans le National Catholic Bioethics Quarterly. Utilisant des études et des statistiques provenant de l’industrie de l’avortement elle-même ; lui (et d’autres) affirme que la contraception conduit à l’avortement, pas de manière inévitable dans les cas individuels, bien sûr, mais de manière répétée et fiable comme deux phénomènes sociaux jumelés.

Le résultat final est le suivant : les contraceptifs ne fonctionnent pas comme annoncé, et leur échec est au cœur de la demande d’avortement. La contraception rend possible les relations et les rapports sexuels qui ne se seraient pas produits sans elle. Dit autrement, lorsque les couples utilisent la contraception, ils acceptent des relations sexuelles alors que la grossesse poserait problème. Cela conduit à un désir d’avortement.

Il y a d’autres efforts au sein des sciences sociales et ailleurs, pour expliquer ce même paradoxe, mais le point majeur demeure : contrairement à ce qu’une majorité aurait à peine imaginé dans les années 60, l’avortement et les grossesses imprévues ont tous deux proliféré, malgré la contraception.
Beaucoup de gens présents à la création de la révolution n’auraient pas pu anticiper ses conséquences paradoxales. Beaucoup, agissant de bonne foi, espéraient que l’humanité maîtriserait ces nouvelles technologies et qu’elles s’avèreraient être des biens de société. Mais ceux d’entre nous qui vivent aujourd’hui, par un contraste complet, possèdent à présent une richesse de preuves empiriques accumulées pendant des décennies. Et nous pouvons voir au travers d’une science parfaitement laïque que l’histoire de la révolution a pris une couleur bien sombre.

Paradoxe Deux. La révolution sexuelle était supposée libérer les femmes. Pourtant, simultanément, il est devenu plus difficile d’avoir ce que la plupart des femmes disent vouloir : le mariage et la famille.

Ce n’est pas une façon partisane d’exprimer le point. Des femmes de l’ensemble du spectre politique sont d’accord que se marier et se mettre en couple pour la vie est devenu plus difficile que cela l’était. C’est une raison pour laquelle nous avons aujourd’hui la maternité de substitution commerciale et la congélation des ovules ; dans le cas de la congélation des ovules, avec l’approbation de l’Amérique des finances. L’objet de ces innovations, outre le bénéfice que les entreprises tirent de carrières sans interruption, est d’augmenter l’horizon de la fertilité naturelle, de telle manière que les femmes soient plus libres de rester au travail et d’avoir du temps pour trouver un mari et une famille. L’idée prétendue, tout comme l’idée derrière la contraception étendue et l’avortement à la demande, est de responsabiliser les femmes, de leur donner le contrôle.

Mais paradoxalement, beaucoup de femmes se trouvent moins capables que jamais de se marier, de le rester et d’avoir une famille, toutes choses que la grande majorité des femmes décrit toujours comme ses objectifs les plus élevés. Cette préoccupation résonne dans les media et les réseaux sociaux, dans des titres comme « Huit raisons pour lesquelles les New-Yorkaises ne peuvent pas trouver de mari » (New York Post) ; ou « Pourquoi des femmes de niveau universitaire ne peuvent pas trouver l’amour » (The Daily Beast) ; ou d’autres nombreuses histoires qui s’inquiètent des femmes d’aujourd’hui et de la question du mariage.

Les économistes ont découvert la réalité derrière ces appréhensions, toutes des retombées de la révolution. Dans son livre Cheap Sex : The Transformation of Men, Marriage, and Monogamy (« Le sexe pas cher : la transformation des hommes, du mariage et de la monogamie »), le sociologue Mark Regnerus a utilisé les outils des économistes pour expliquer le marché sexuel post-révolutionnaire, aidé par un apport considérable de nouvelles données.

L’essence de son argumentation est la suivante : pour beaucoup de femmes, il apparaît que les hommes ont peur de s’engager. Mais en moyenne, les hommes ne sont pas effrayés par l’engagement. L’histoire est que les hommes sont aux commandes sur le marché du mariage et sont positionnés de manière optimale pour le faire naviguer de façon à privilégier leurs intérêts et préférences (sexuels).

Autrement dit, la même force qui a érodé le mariage forcé a donné plus de pouvoir aux hommes, pas aux femmes.

Un des économistes cités par Mark Regnerus, Timothy Reichert, a écrit une analyse similaire de la révolution, « Bitter Pill », dans First Things. En utilisant des données des années 60 et suivantes, Reichert affirme que « la révolution a eu pour résultats une redistribution massive de la richesse et du pouvoir des femmes et des enfants vers les hommes. » Il précise plus loin : « De manière plus technique, la contraception artificielle constitue ce que les économistes appellent un jeu du « dilemme du prisonnier », dans lequel chaque femme est amenée à prendre des décisions de manière rationnelle, qui au bout du compte lui portent préjudice, à elle et à toutes les femmes.

Évidemment, on ne parle pas ici des mouvements délibérément contre-culturels ni des communautés qui se sont réunis pour s’opposer à la révolution depuis les années 60. L’accent est plutôt mis sur le récit culturel courant dans des environnements non-religieux, le genre de lieux où la révolution n’est pas (encore) considérée comme un problème.

Et dans ce monde-là, qui est à présent le courant culturel dominant, le fait que beaucoup d’hommes ne s’installent pas, en se mariant et en fondant des familles, c’est une préoccupation constante et irritante. C’est pourquoi l’expression « le syndrome de Peter Pan » est inventée dans les années 80. C’est pourquoi « l’échec au lancement » est une référence aujourd’hui. C’est pourquoi « manolescent » (« adulescent » en français, ndlr) est devenu un nom dans le Dictionnaire Urban.

Tous ces apports au langage vernaculaire ont la même origine, qui est une incitation diminuée des hommes au mariage, due au marché sexuel inondé de partenaires potentiels ; le « sexe pas cher » comme le dit le titre. Ce résultat non plus, n’est pas de ceux qu’avaient prévus les personnes qui acclamaient la révolution dans les années 60. Et il y en a d’autres.

A suivre…

 

NLH #Tribunes et entretiens

Humanae Vitae, 50 ans après – Paul VI et le regard positif

« En ce cinquantième anniversaire d’Humanae vitae, redécouvrons les paroles de Paul VI sur l’encyclique, pendant l’audience générale une semaine après la publication du texte. L’appel du pape Montini s’adresse aux époux chrétiens afin que, dans le document  laborieusement mis au point, ils lisent non pas une série d’interdits mais une contribution à leur vocation », explique, ce 25 juillet 2018, Vatican News en italien (Alessandro De Carolis) dans ce récit, traduit par Hélène Ginabat :

« Un mercredi en plein été, devant la foule. Paul VI est à Castel Gandolfo et préside l’audience générale dans la Salle du Palais pontifical. « Nos paroles, annonce-t-il, ont aujourd’hui un thème imposé par l’encyclique intitulée Humanae vitae… ». C’est le moment que le pape Montini a peut-être attendu depuis des jours. Le moment de s’adresser directement à la foule et de parler à cœur ouvert d’un thème qui l’a absorbé pendant des années et jusqu’à la semaine précédente, dans un effort pour finaliser un des documents les plus délicats et complexes de son pontificat et de l’Église contemporaine.

L’adjectif-clé

« Le point névralgique apparaît dès les premières lignes : « Ce document pontifical (…) n’est pas seulement la déclaration d’une loi morale négative, à savoir l’exclusion de toute action qui se propose de rendre la procréation impossible, mais c’est surtout la présentation positive de la moralité conjugale ordonnée à sa mission d’amour et de fécondité… ».

« Paul VI connaît bien les critiques et les réserves à l’égard du texte, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église. Le ton habituel, sobre et solennel, du discours, change. L’enregistrement de l’audience générale manifeste l’accent mis sur l’expression « présentation positive » : « Humanae vitae est surtout la présentation positive de la moralité conjugale ».

« Parce que cet adjectif est comme le poinçon de l’émotion qui, pour une fois, émerge de l’austère retenue et révèle le cœur non seulement du pape, mais aussi de l’homme. Le cœur de celui qui, au-delà du débat difficile généré autour de l’encyclique – ressent le besoin d’expliquer et de s’expliquer. Raconter que ce que le pape a revu personnellement, scrupuleusement, paragraphe par paragraphe, pour en faire un acte du magistère, n’est pas une sorte de pensée autocratique insensible et vexatoire, mais la réflexion dictée avant tout par l’amour d’un père pour les familles, en particulier celle qui, chaque jour, mesure leur vie à l’aune de leur foi.

« Le pape Montini déclare à la foule qu’il ne veut pas parler, dans cette circonstance, du contenu d’Humanae vitae. En ce dernier jour de juillet, il désire laisser place aux « sentiments ». Ceux qui, dit-il, lui ont rempli l’ « âme » pendant les « quatre années » de la « laborieuse rédaction » de l’encyclique. « Le premier sentiment, confie-t-il, a été celui de notre très grave responsabilité » qui « nous a aussi fait pas mal souffrir spirituellement » (…)

« Nous avons étudié, lu, discuté autant que nous le pouvions ; et nous avons aussi beaucoup prié ». L’emploi du pluriel semble vouloir dilater la fatigue d’un travail que Paul VI n’a pas l’intention de dissimuler, en écoutant et en se confrontant à toutes les voix compétentes en la matière.

« Toutefois, il évoque ensuite « un autre sentiment qui nous a toujours guidé dans notre travail, c’est celui de la charité, de la sensibilité pastorale envers ceux qui sont appelés à intégrer leur personnalité dans la vie conjugale et dans la famille ». Et un troisième sentiment qui est « l’espérance ». L’espérance que « ce seront les époux chrétiens qui comprendront combien notre parole, qui peut sembler sévère et ardue, veut être l’interprète de l’authenticité de leur amour, appelé à se transfigurer dans l’imitation de celui du Christ pour son épouse mystique, l’Église » et à « inspirer à la famille moderne sa propre spiritualité, source de perfection pour chacun de ses membres et de témoignage moral dans la société ». »

Source : Zenit.org

NLQ #Points non négociables PNN

Humanae Vitae : un livre sur la genèse de l’encyclique

Cette étude parue sous la plume de Mgr Marengo vise-t-elle à préparer une  “réinterprétation” de l’encyclique que certains évoquaient l’année dernière ?

Dans le livre italien « La naissance d’une encyclique. Humanae vitae à la lumière des Archives du Vatican » (Librairie éditrice du Vatican), don Gilfredo Marengo publie quelques données inédites qui aident à dissiper les préjugés sur le texte, cinquante ans après sa publication par Paul VI (1968). Vatican News se fait l’écho de l’ouvrage qui souligne que le texte reflète les débats post-conciliaires.

Un temps de gestation très long – Paul VI travailla le texte cinq ans, de 1963 à 1968 – et de nombreux conseillers impliqués dans le projet, c’est ce qui ressort notamment de l’étude faite par don Gilfredo Marengo, enseignant à l’Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille. L’auteur a obtenu une dérogation spéciale du pape François pour accéder aux archives avant les 70 ans prévus, afin de reconstruire la genèse du texte.

« Beaucoup de polémiques et beaucoup de jugements critiques sur Humanae vitae, explique don Marengo, sont nés de conjectures sur sa composition. C’est pourquoi reconstruire ce parcours aide à faire tomber de nombreux préjugés qui se sont accumulés autour du texte pendant toutes ces années. »

« Sa rédaction, et ensuite sa réception, explique l’auteur, ont subi les effets des premières tensions ecclésiales après le Concile et le texte est étroitement lié à ses conclusions… pour la génération qui a travaillé pendant ces années-là, le Concile était encore une réalité nouvelle comme le montre la gêne exprimée, dans certains passages, par certains conseillers par rapport aux thèmes conciliaires ». En même temps, note-t-il, « chez beaucoup d’autres, qui contestèrent Humanae vitae, il y avait clairement un préjugé, selon lequel tout ce qui avait été écrit avant le Concile n’avait plus de valeur ».

Dans cette consultation de documents inédits, don Marengo a mis en lumière l’existence d’un projet d’encyclique, approuvé puis éliminé, ainsi qu’une consultation synodale sur les méthodes de régulation des naissances, pendant le premier synode des évêques à l’automne 1967.

La recherche permet aussi une approche plus objective de l’encyclique, comme il l’explique, démystifiant deux mythes : « Il n’est pas vrai que Paul VI a travaillé dans la solitude : au contraire, il a fait en sorte d’avoir toutes les suggestions possibles et il a consulté les évêques. Mais ce n’est pas vrai qu’il a été tourmenté par des doutes, parce qu’il avait mûri son jugement depuis le début. Le pape Montini a simplement toujours demandé à tous ses collaborateurs de l’aider sur la manière de présenter son jugement de façon positive. Et il faut dire que ceux-ci n’ont pas toujours été en mesure de répondre jusqu’au bout à cette exigence. »

Source : Zenit.org – Avec une traduction d’Hélène Ginabat

Brèves #NLH

L’IVG et la contraception n’entreront pas dans la Constitution

L’Assemblée Nationale a rejeté hier les amendements de l’opposition qui réclamaient l’introduction dans la Constitution française de droits à l’IVG et à la contraception (cf. Débat au Sénat sur l’inscription d’un “droit à l’avortement” dans la Constitution : beaucoup de bruit pour rien). Ces amendements ont été proposés sur la base de propositions du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Ces députés ne jugent pas que l’IVG et la contraception sont actuellement menacés en France, mais souhaitent les « consolider », inquiets « des mouvements anti-IVG et des difficultés financières ». Sophie Auconie (UDI-Agir) voulait aussi faire inscrire un « droit à une vie sans violence sexiste et sexuelle ».

L’Assemblée a refusé ces demandes.

Source : genethique.org

A la une #NLH #NLQ #Points non négociables PNN

Humanae Vitae : les 50 ans d’une encyclique prophétique par Mgr Aillet

Editorial de Mgr Marc Aillet publié dans la revue diocésaine “Notre Eglise” de juillet-août 2018 :

Les Etats généraux de la bioéthique se sont achevés fin avril et l’heure est au bilan. Force est de constater que le large consensus présenté par le Président de la République comme condition à l’évolution de la législation en faveur de « la PMA pour toutes » n’a pas été atteint. Les oppositions argumentées à « la PMA sans père » l’ont emporté, non seulement dans les débats organisés en région, mais aussi dans les contributions postées sur le site internet dédié et encore dans les auditions organisées par le Conseil consultatif national d’éthique (CCNE). Un sondage IFOP pour Alliance Vita, en juin 2018, montre même que 73 % des français considèrent que les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires, 89 % que l’absence de père est quelque chose qui marque toute la vie, et 61 % qu’il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme – femme ayant un problème d’infertilité. On est loin du sondage publié par La Croix avant les Etats généraux de la bioéthique, faisant valoir que 64 % des français sont favorables à la PMA pour toutes, mais en se situant du côté du « droit à l’enfant » plutôt que du « droit de l’enfant » à avoir un père et une mère.

Le 25 juillet prochain, on célébrera les 50 ans de l’encyclique Humanae Vitae, sur la régulation naturelle des naissances, publiée par le Pape Paul VI, dont la canonisation a été annoncée pour octobre prochain. On sait hélas comment cette encyclique fut accueillie, avec quelles réserves et quelles oppositions, tant elle semblait à beaucoup tourner le dos à la modernité. Le Pape en fut meurtri. Certes, il ne pouvait s’étonner de ces réactions du monde, lui qui avait précisément écrit au terme de la partie doctrinale de son encyclique : « On peut prévoir que cet enseignement ne sera peut-être pas facilement accueilli par tout le monde : trop de voix – amplifiées par les moyens modernes de propagande – s’opposent à la voix de l’Eglise. Celle-ci, à vrai dire, ne s’étonne pas d’être, à la ressemblance de son divin Fondateur, un ” signe de contradiction ” » (HV 18). Mais il ne semble pas avoir anticipé les réactions hostiles que l’on enregistra au sein même de l’Eglise.

Pourtant Humanae vitae est moins un plaidoyer contre la contraception, même si elle affirme son « caractère intrinsèquement déshonnête » (HV 14), qu’un éloge vibrant de la dignité et de la vérité de la sexualité humaine, affirmant que le bonheur plénier des époux réside dans le respect responsable de la nature intime de l’acte conjugal, expression même de la volonté du Créateur. En ce sens, la rigueur doctrinale de l’encyclique, qui ne manque pas de sollicitude pastorale pour les époux, appuyée sur les moyens de la grâce, sans dissimuler jamais la logique de la croix, fut prophétique.

On peut dire en effet que le refus d’Humanae Vitae, en cette année 1968, fut à l’origine de bien des évolutions sociétales que nous connaissons, 50 ans plus tard. Le bienheureux Paul VI avait parfaitement prévu que la dissociation entre les deux significations intrinsèques de l’acte conjugal – union et procréation – induite par les moyens de contraception allait entraîner toutes les dérives que nous connaissons : légalisation de l’avortement, libération sexuelle effrénée, justification des relations entre personnes de même sexe, droit à l’enfant pour les couples de même sexe, et donc PMA, GPA… La mentalité contraceptive est assurément la source de cette « culture de mort » dénoncée en son temps par le Pape Jean Paul II.

C’est dire l’actualité de l’encyclique Humanae Vitae et l’urgence pour l’Eglise d’en redire la pertinence pour aujourd’hui. Le commentaire autorisé que saint Jean Paul II en fit, en particulier dans sa « théologie du Corps », dans l’exhortation apostolique Familiaris consortio et dans l’encyclique Veritatis splendor, nous permettent d’accueillir Humane vitae, non dans la logique du permis et du défendu, comme s’il s’agissait d’une loi s’imposant de l’extérieur aux époux et de ce fait insupportable, mais dans celle d’une inclination intérieure de la nature de la personne humaine au Bien, qui ne peut trouver son épanouissement que dans une morale de la vertu et de la grâce. Puissions-nous avoir le courage de renouer avec le caractère prophétique de cette encyclique, même s’il faut marcher à contre-courant. L’enjeu est de taille, comme le Pape Paul VI le soulignait lui-même : « En défendant la morale conjugale dans son intégralité, l’Eglise sait qu’elle contribue à l’instauration d’une civilisation vraiment humaine ; elle engage l’homme à ne pas abdiquer sa responsabilité pour s’en remettre aux moyens techniques ; elle défend par là même la dignité des époux » (HV 18). Un humanisme qui prétend faire abstraction des lois inscrites par Dieu dans la nature de l’homme devient tôt ou tard inhumain.

Source : Riposte-catholique