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La maladie de l’Eglise se nomme post-modernisme

Lu sur diakonos.be

 

L’auteur, un ancien membre des Franciscains de l’Immaculée, enseigne la théologie dogmatique à la Faculté de théologie de Lugano, en Suisse, et sert actuellement en Angleterre, à la Saint Mary’s Church de Gosport, dans le diocèse de Portsmouth.  Parmi ses ouvrages, publiés en italien et en anglais, figure ce titre : “Il Vaticano II, un concilio pastorale.  Ermeneutica delle dottrine conciliari”, 2016.

La relation qu’il établit entre les racines de la crise actuelle et la contestation au sein de l’Église de l’encyclique « Humanae vitae », un texte majeur du magistère de Paul VI, le pape qui sera canonisé dimanche 14 octobre, est particulièrement d’actualité.

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Aux racines de la crise actuelle

de Serafino M. Lanzetta

La Sainte Mère Église, est confrontée à une crise sans précédent dans toute son histoire. Les abus en tous genres, et particulièrement dans la sphère sexuelle, ont toujours existé dans le clergé.  Toutefois, l’épidémie actuelle se trouve au croisement d’une crise morale et d’une crise doctrinale dont les causes sont plus profondes que de simples écarts de conduite de la part de certains membres de la hiérarchie et du clergé.  Il faut gratter un peu la surface et creuser plus en profondeur.  La confusion doctrinale provoque le désordre moral et vice-versa ; les abus sexuels ont proliféré pendant des années en profitant du laisser-aller, au point de rendre peu à peu anachronique la doctrine en matière de morale sexuelle.

Il ne fait aucun doute, comme l’a déclaré l’évêque anglais Philip Egan de Portsmouth, que cette crise s’étend sur trois niveaux : “primo, une longue liste de péchés et de crimes commis les jeunes de la part des membres du clergé ; secondo, les cercles homosexuels qui gravitent autour de l’archevêque Theodore McCarrick mais que l’on retrouve également dans d’autres milieux d’Église ; et tertio, la mauvaise gestion et la couverture de toutes ces affaires par les plus hautes sphères de la hiérarchie de l’Église”.

Jusqu’où faut-il remonter dans le temps pour identifier les racines de cette crise ?  On peut identifier deux causes principales de nature morale.  La première est liée de manière lointaine au problème qui afflige l’Église, l’autre de manière plus immédiate.

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La première cause trouve ses racines dans la réaction à de l’encyclique “Humanae vitae”. En critiquant l’alliance indissoluble entre le principe unitif et procréatif du mariage, on en est venu à tolérer et à justifier au nom de l’amour toutes les autres formes d’union.  L’amour devait être placé avant et au-dessus de la fixité de la nature.  La contraception était considérée comme un moyen moral légitime permettant de préserver l’importance de la responsabilité de l’homme par rapport à la loi de Dieu, aussi bien naturelle que surnaturelle.

En réalité, le scénario qui se dessinait était bien différent. De fait, si la procréation n’est plus la fin première du mariage, qu’est-ce qui empêche ensuite de la séparer de l’amour, de séparer l’amour de la procréation et ensuite de justifier une procréation sans union comme conclusion logique d’un amour sans procréation ?  On a donc fait la promotion active, dans la société et dans l’Église, d’un amour stérile, isolé de son contexte naturel et sacramentel.

C’est l’identité de l’amour qui était en jeu. Comme l’a récemment souligné l’évêque Kevin Doran, président de la commission de bioéthique de la Conférence épiscopale irlandaise, il y a « un lien direct entre la ‘mentalité contraceptive’ et le nombre étonnamment élevé de personnes qui semblent prêtes à définir aujourd’hui le mariage comme étant une relation entre deux personnes sans distinction de sexe ».  Il a également ajouté que si l’on pouvait séparer l’acte d’amour de la procréation, « alors, il devient assez difficile d’expliquer pourquoi le mariage devrait être entre un homme et une femme. »

La crise actuelle de l’Église trouve son origine d’une part en la manifestation d’une crise d’identité sexuelle, c’es-à-dire en une rébellion idéologique contre le magistère enraciné dans une tradition morale constante, et d’autre part dans l’incapacité de regarde le vrai problème en face, c’est-à-dire l’homosexualité et les cercles homosexuels au sein du clergé. Plus de 80 % des cas d’abus sexuels connus commis par le clergé ne relèvent en effet pas de la pédophilie mais bien de la pédérastie.  On a banalisé la conviction que toute forme d’amour est acceptable au nom du relâchement de l’interdit de la contraception, même si les formules dogmatiques elles-mêmes n’ont pas changé.  La véritable essence du Modernisme consiste à inverser la théorie et la pratique en accoutumant les gens aux usages acceptés par le plus grand nombre.

« Humanae vitae » a fait l’objet d’une contestation encore jamais vue auparavant depuis l’intérieur de l’Église. Un livre intitulé « The Schism of ‘68 » décrit entre autre la manière dont les catholiques se sont battus pour un aggiornamento sexuel.  Le mot « Aggiornamento » est l’une des mots-clés pour interpréter Vatican II et ses textes.

Des cardinaux, des évêques et des épiscopats entiers ont pris une part active à cette rébellion. Le primat de Belgique, le cardinal Leo Joseph Suenens, est même parvenu à faire publier par la Conférence épiscopale belge toute entière une déclaration s’opposant à « Humanae vitae » au nom de la soi-disant liberté de conscience.  Cette déclaration, ainsi que celle formulée par la Conférence des évêques allemands, servit de modèle à d’autres pays.  Le cardinal John C. Heenan de Westminster décrivait la publication de l’encyclique du pape Jean-Baptiste Montini sur la transmission de la vie comme étant « le plus grand choc depuis la Réforme ».  Le cardinal Bernard Alfrink, avec neuf autres évêques hollandais, alla jusqu’à voter en faveur d’une déclaration d’indépendance qui invitait le peuple de Dieu à rejeter l’interdiction de la contraception.

En Angleterre, plus de 50 prêtres ont signé une lettre de protestation publiée dans « Time ». Parmi ces prêtres, on trouvait également Michael Winter, qui, en parlant de sa décision d’abandonner la prêtrise, déclarait qu’elle avait été déclenchée par la crise à propos d’« Humanae vitae ».  Winter finit par se marier et a publié en 1985 un livre intitulé « Whatever happened to Vatican II ? » dans l’espoir de ressusciter l’enseignement conciliaire contre ce qu’il considérait comme son enterrement par les autorités romaines.  Il était sans doute convaincu qu’il fallait chercher cette conception de la contraception comme suprématie de l’amour dans l’enseignement de Vatican II.  Winter était également un membre fondateur du Mouvement pour un clergé marié.  Ce qui est assez étonnant – Winter n’étant pas un cas isolé – du point de vue du clergé, c’est le drame que certains d’entre eux ont du vivre quand, selon leurs propres termes, on a jeté le fardeau de l’interdiction de la contraception sur les épaules des laïcs.  Comment pouvaient-ils vraiment comprendre – si tel était bien le cas – une telle souffrance ?

Toutefois, la question est ailleurs : si l’on a légitimé une protestation « officielle » menée par des cardinaux et des évêques contre « Humanae vitae », sous prétexte qu’elle était en ligne avec l’idéologie du moment – n’oublions pas que ces années-là, le mouvement de mai 68 visait à subvertir la morale chrétienne au nom du sexe libre – on comprend mieux la montée mentalité « officielle » justifiant l’homosexualité dans le clergé et tout type d’union sexuelle, au point de devenir un jour majoritaire.

« Si la question se trouve devant le gouvernail de notre conscience », comme l’écrit Tom Burns dans « The Tablet » du 3 août 1968 (le même éditorial a été republié le 28 juillet 2018), il peut toujours il y avoir un conscience qui rejette le gouvernail comme tel. Une conscience qui ne serait pas préalablement éclairée par le vérité est comme une barque ballottée par les flots de la mer.  Tôt ou tard, elle finit par couler.  La conscience seule – c’est-à-dire une conscience sans vérité – n’est pas une conscience morale.  Elle doit être éduquée afin de poursuivre le bien et rejeter le mal.

Ce n’est pas un mystère que ceux qui travaillent à enterrer définitivement « Humanae vitae » sont aussi ceux-là mêmes qui se réjouissent de la promulgation d’« Amoris laetitia », comme si on avait finalement comblé un vide d’amour de l’enseignement de l’Église. Une certaine tendance théologique actuelle prétend à dépasser « Humanae vitae » par « Amoris laetitia » en reliant cet enseignement récent du Pape François sur l’amour dans la famille directement avec « Gaudium et spes » sans plus aucune référence à « Humanae vitae » et à « Casti connubii ».  La tentation d’isoler Vatican II de toute la tradition de l’Église est encore bien présente.  Mais il en va de la « conscience seule « comme d’un document particulier du magistère comme de « Gaudium et spes » ou d’« Amoris laetitia ».  Aucun document ne peut être lu à sa propre lumière mais uniquement à celle de la tradition ininterrompue de l’Église.

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Après le temps de la révolte charnée, vint le temps du silence de la doctrine. Ce qui nous amène à la cause immédiate de ce scandale : l’abandon de la doctrine du péché.  Le mot « péché » avait déjà commencé à disparaître de la prédication post-conciliaire.  ON avait déjà commencé à ignorer le péché en tant que séparation de Dieu et d’offense contre lui pour se replier sur les créatures.  On avait alors comblé ce grand vide laissé par le doctrine du péché avec des considérations psychologiques sur les conditions multiples de la faiblesse humaine.  On a remplacé la théologie spirituelle par la lecture de Freud et de Jung qui devinrent les véritables maîtres dans de nombreux séminaires.  Le péché devint sans importance alors que l’estime de soi et le dépassement de tous les tabous, particulièrement en matière sexuelle, devenaient les nouveaux leitmotivs.

D’autre part, une nouvelle théologie de la miséricorde, particulièrement celle promue par le cardinal Walter Kasper, a encouragé une nouvelle vision de la miséricorde de Dieu comme attribut intrinsèque de l’essence divine (si c’est le cas, il y a-t-il donc un pardon divin de Dieu avec Lui-même, étant donné que la miséricorde requiert le repentir et le pardon ?) afin de dépasser la justice punitive en la transformant en un amour qui pardonne tout. Avec cette nouvelle définition, la punition éternelle de l’enfer a-t-elle encore quelque chose à dire ?  Ce faisant, la miséricorde est devenue un artifice théologique pour en finir avec le péché, en l’ignorant et en le recouvrant du manteau du pardon.  L’idée de Luther sur la justification n’est pas très éloignée de cette manière de voir les choses.

Il serait intéressant de demander aux auteurs de ces crimes au sein du clergé ce qu’ils pensent du péché. La parole des Écritures saintes « … Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. » (Galates 5, 24) pourrait facilement apparaître comme une morale dépassée, non pas parce que la Parole de Dieu se serait trompée ou n’aurait pas été inspirée par l’Esprit Saint mais tout simplement parce que proposer un tel enseignement à la société actuelle serait tout simplement anachronique, passé de mode.  L’esprit du monde – souvent mêlé à un soi-disant « esprit du Concile » – a étouffé la véritable doctrine de la foi et de la morale.

Le cléricalisme serait-il également une cause de cette crise des abus sexuels ? C’est ce que le Pape François a répété à plusieurs reprises.  Certains n’hésitent pas à abuser du pouvoir clérical pour réduire en esclavage sexuel des séminaristes et des étudiants.  Cependant il est très difficile de comprendre comment le cléricalisme pourrait expliquer à la seul la prédation de générations entières de séminaristes si l’homosexualité ne jouait aucun rôle.  Cela reviendrait à dire qu’un ivrogne serait toujours saoul non pas parce qu’il aurait l’habitude de boire mais uniquement parce qu’il a beaucoup d’argent à dépenser pour s’acheter tout l’alcool qu’il veut.

Le cléricalisme ne peut être la seule cause, d’autant qu’il existe sous une autre forme – plus subtile et souvent ignorée – qui est bien pire : user de son propre pouvoir clérical pour pervertir la saine doctrine. Le clergé s’imagine facilement qu’il est propriétaire de l’Évangile et se sent autorisé à distribuer des dispenses des préceptes de Dieu et de son Église au gré de la théologie du moment.  Quand on ne s’en tient plus à la droite doctrine de l’Église, on tombe facilement dans le gouffre du divertissement frivole et du péché.  Tout comme une vie de péché sans la grâce sanctifiante de Dieu est le meilleur allié de la manipulation de la doctrine.  Doctrine de foi et vie morale vont toujours de pair.

En résumé : la cause principale de ce scandale gravissime, c’est le modernisme qui s’est aujourd’hui transformé en post-modernisme.   Après avoir favorisé le changement des formules dogmatiques, on en est peu à peu arrivé à les ignorer complètement.  La doctrine ressemble un peu à un livre important bien en sécurité sur une étagère couverte de poussière mais qui n’aurait plus rien à dire dans notre vie de tous les jours.

Il n’y a plus aucun doute sur l’étendue de cette crise et la nécessité d’une action énergique pour extirper le mal à la racine. Cependant, cette action radicale qui, nous l’espérons, sera mise en œuvre rapidement, ne pourra être efficace que si nous revenons tout d’abord à la vérité de l’amour en prenant conscience avec sagesse que la mentalité contraceptive ne nous a apporté qu’un hiver démographique glacial et une culture de la mort.  La contraception est un amour stérile et immature sorti de son contexte.  C’est cet amour mort qui menace aujourd’hui l’Eglise et dont nous déplorons les répercussions à travers les abus sexuels et les scandales du clergé.  La mentalité du monde a un violent impact sur la vie de l’Église.

Enfin, nous devrions également recommencer à appeler les choses par leur nom. Le péché est toujours le péché.  Si nous n’avons plus la force de le faire, c’est déjà un signe qu’il a prévalu.  Si en revanche nous appelons le péché par son nom, alors nous tenons prêts à l’éradiquer.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

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L’Eglise résistera : tout est dans l’anneau

d’Ines A. Murzaku, professeur d’histoire de l’Eglise à l’université de Seton Hall (New Jersey), traduit par Bernadette Cosyn pour France-catholique :

 

Robert Philip Reed, évêque auxiliaire de Boston a distribué une lettre annonçant un jour de prière personnelle et de pénitence le 24 septembre. Il est émouvant de voir un pasteur de l’Eglise en première ligne, faisant pénitence et priant.

Mais il y a quelque chose d’autre qui retient mon attention dans l’annonce de l’évêque au sujet de la crise actuelle de l’Eglise :

Il y a quelques années, un lundi matin, j’ai été informé que j’étais nommé évêque. Quand j’ai accepté, j’étais conscient du fait que j’aurais également à accepter tout ce que le futur apporterait avec une docilité parfaite à la volonté de Dieu ; assez semblablement à ce qui se passe dans un mariage, ou quand j’ai accepté d’être prêtre.

Il y a dans ces paroles une pensée et une réflexion théologique profondes. Mgr Reed compare son engagement envers le diocèse avec le serment de mariage : dans la soumission à Dieu, promettre de conduire les fidèles dans les bons et les mauvais jours, dans la maladie comme dans la santé.

En vérité, l’évêque est lié à son troupeau, les clercs et les laïcs de son diocèse d’une façon intime et sacramentelle qu’on peut dire nuptiale. L’évêque est lié à la totalité de son diocèse, pour porter les fardeaux de tous, pour être le père de tous, comme Saint Jean Chrysostome le commentait dans son homélie n°3 sur les Actes des Apôtres.

Comme les époux, en signe de fidélité à la population du diocèse, un évêque porte un anneau, l’anneau épiscopal qui, comme pour les gens mariés symbolise le mariage de l’évêque avec son diocèse, avec la population qu’il sert.

En outre, l’anneau épiscopal est le signe de la double fidélité de l’évêque à l’Eglise et à la préservation de la pureté de la foi. Dans la liturgie, le rite de l’anneau capte bien la nature nuptiale de la relation entre l’évêque et son diocèse : « prends cet anneau, le sceau de ta fidélité ; protège avec foi et amour l’Epouse de Dieu, Sa Sainte Eglise ».

L’anneau est pour l’évêque un appel quotidien à la loyauté et à la fidélité, un rappel constant à se demander : est-ce que je me donne totalement et sans réserve à mon épouse, l’Eglise ? est-ce que je fais suffisamment pour mon diocèse, sa population, les familles, les jeunes et les vieux, les enfants à naître ?

Donc l’évêque, comme le pape Benoît XVI l’a clairement stipulé dans son allocution de septembre 2010 aux évêques récemment nommés, « n’est pas seulement un chef, ou un bureaucrate, ou un simple modérateur et organisateur de la vie diocésaine ». C’est plutôt qu’il est un père marié à son diocèse ; il est un père et un frère dans le Christ pour le peuple qu’il sert et ces relations uniques « donnent à la personne en charge de cette responsabilité la capacité de créer une atmosphère de confiance, d’accueil et d’affection mais également de franchise et de justice ».

Mais il y a encore plus : la charge épiscopale exprime également le lien indissoluble entre l’évêque local et le Collège Apostolique, les Douze Apôtres qui, depuis le début de leur mission ont vécu aux côtés de Jésus, sont devenus les témoins de Sa Résurrection et ont été envoyés par Jésus pour proclamer l’Evangile au monde.

Tout est dans l’anneau : l’anneau, relié aux autres anneaux, élément d’une chaîne qui prend sa source dans le Christ et les Apôtres.

Pour cette raison, un des gestes de révérence envers l’évêque est de baiser l’anneau épiscopal : le fidèle ne baise pas sa main mais l’anneau. C’est en raison de la révérence envers la foi véhiculée par l’anneau que le fidèle se courbe et baise cet anneau.

La Tradition Catholique est si riche et imprégnée de traditions que les solutions aux problèmes doivent être trouvées dans la tradition et dictées par la tradition. Suite au récent rapport du Grand Jury de Pennsylvanie, il y a eu 152 déclarations publiques diocésaines et archidiocésaines faites par des évêques et des archevêques pour dénoncer les agressions sexuelles de Theodore McCarrick et exprimer leur émotion, leur colère et leur peine.

Ce n’est pas un nombre insignifiant d’évêques. Les évêques ont-ils failli à protéger leurs ouailles ? Les évêques ont-ils failli à conserver la confiance sacrée que les apôtres ont investie en eux ? Les évêques ont-ils failli à leurs vœux, symbolisés par leur anneau épiscopal ? La réponse élémentaire à ces questions est : oui.

Parmi les péchés et offenses morales dont sont capables les humains, la trahison – et dans ce cas précis, la trahison par le clergé, y compris des évêques – est la plus difficile à pardonner.

Généralement, la trahison implique la rouerie ou une décision consciente de provoquer la division ou une souffrance dans le Corps Mystique du Christ. La crise à laquelle l’Eglise fait face actuellement est une crise de trahison mais plus encore une crise de foi. « Je ne crois pas qu’il y aura beaucoup d’évêques à être sauvés mais qu’il y en aura bien plus qui périront : la raison en est que cette responsabilité requiert une grande âme » commentait Saint Jean Chrysostome ;

Ceux parmi nos bergers qui connaissent la souffrance et le ressenti des brebis répondent par la prière et la pénitence et par le renouvellement de leurs vœux « nuptiaux » envers le peuple confié à leurs soins et envers la foi des apôtres. Mgr Edward B. Scharfenberger du diocèse d’Albany (état de New York), appelle à ce renouvellement : « lors de la messe, nous renouvellerons les promesses faites lors de notre ordination ainsi qu’une réaffirmation des engagements pris lors de notre ordination concernant la prédication l’enseignement et la manière de vivre ».

Alors que François d’Assise passait près de l’église de San Damiano, qui tombait en ruine, il a entendu une voix venant de la croix qui lui dit par trois fois : « François, va réparer ma maison qui, comme tu le vois, tombe en ruine ». Saint François l’a fait : il a réparé l’Eglise, et elle a survécu et prospéré.

Beaucoup de gens craignent pour l’avenir de l’Eglise en ces temps troublés. Mais l’Eglise va se rétablir quand le clergé et les fidèles renouvelleront les vœux de leur ordination et de leur baptême. L’Eglise, fondée par le Christ, protégée et guidée par Lui, survivra toujours, parce que Jésus l’a dit. Et Dieu tient toujours ses promesses.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/09/06/the-church-will-endure-its-all-in-the-ring/

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Quand un responsable politique franc-maçon me lance “Vous allez disparaître”

Une chronique d’Eric de Beukelaer.
Un certain mode de vie en Eglise est bien en train de mourir. D’où la question : mort définitive ou trépas en vue d’une résurrection ?

La scène se passe il y a quelques semaines en Cité ardente, lors d’un vernissage d’exposition. Au détour de deux petits fours, je croise un responsable politique. L’homme ne fait pas mystère de ses convictions laïques, ainsi que de son appartenance maçonnique (rien de bien original en terre liégeoise). Nous échangeons quelques amabilités et il m’annonce qu’un de ses collaborateurs part en vacances. Comme nos relations sont cordiales, je me permets de réagir sur le mode de la plaisanterie, en rétorquant tout sourire qu’il est bien bon d’autoriser des congés ; que dans l’Eglise, jamais nous ne permettons cela. C’est là, qu’à ma surprise, mon interlocuteur me fixe du regard et me lance avec un sérieux glaçant  : “C’est pourquoi vous allez disparaître”. Instantanément, je saisis l’importance du moment… Ce libre-penseur vient de sortir de son rôle de mandataire public, pour me balancer le fond de sa pensée. Pour lui, il est évident que cette Eglise, à laquelle j’appartiens corps et âme et que lui a quittée il y a belle lurette, est un reliquat du passé, voué à la faillite. J’aurais pu lui causer du tort – politiquement parlant – en allant rapporter à d’autres ses propos. Mais non. Il faut pouvoir encaisser les uppercuts, quand les coups sont décochés avec sincérité. Cela secoue, mais vous savez qu’à ce moment-là votre interlocuteur s’exprime avec son cœur et ses tripes, ayant laissé tomber le masque de la politesse mondaine.

“Vous allez disparaître”… Cette phrase tourne depuis dans ma petite tête, comme en écho au désarroi de tant de paroissiens grisonnants qui voient leurs enfants et petits-enfants vivre le baptême reçu, sans guère fréquenter l’église de leur quartier. Comme en écho également au découragement de membres du clergé ou de baptisés laïcs engagés, face à l’érosion de tout un tissu social catholique. De fait – il n’y a pas à s’enfermer dans le déni, en ânonnant sur l’air de “tout va très bien, Madame la Marquise” que rien de fondamental ne change. Un certain mode de vie en Eglise est bien en train de mourir sous nos yeux, du moins en Occident. D’où la question : mort définitive ou trépas en vue d’une résurrection ?

La réponse invite à creuser le fond des choses pour nous ramener à l’essentiel de la démarche de foi : si le Dieu de Jésus-Christ n’est qu’une illusion née de nos névroses, il est évident que l’Eglise catholique finira par s’effondrer – comme s’est effondrée toute construction historique avant elle. Les pharaons ? Ils ont disparu après trois millénaires. Les empereurs de Chine ? Ils n’ont, eux, duré “que” deux millénaires. L’empire romain d’Occident ? Une existence d’à peine quatre petits siècles… Dès lors, s’il ne s’agit que d’un phénomène humain, le christianisme en général et le catholicisme en particulier, connaîtront leur crépuscule. Par contre, si le Dieu de Jésus-Christ est la Réalité vivifiante qui porte l’univers visible et invisible, alors est vraie la parole du Maître : “sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise et les portes du séjour des morts ne pourront rien contre elle” (Matthieu 16, 18). Alors – s’il est humain que l’actuelle révolution sociale bouscule le peuple chrétien, ceci ne doit pas le déstabiliser. D’où me vient pareille paisible assurance ? De la Grâce qui m’a été faite d’expérimenter, à plus d’une reprise, la puissance de l’Esprit à l’œuvre dans ma vie.

Au brave politicien qui me lança “vous allez disparaître”, j’ai donc répondu – en soutenant son regard et avec un large sourire : “chiche !”. Dans mon cœur, cependant, me venaient les paroles du psaume 126  : “ Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes.” Et puis, aussi, cette prière du Christ à son Père : “En tes mains, Seigneur, Je remets mon Esprit” (Luc 23, 46).

Source : lalibre.be

Tribunes et entretiens

Dans le grand bazar de l’Eglise, comment peut-on encore être catholique ?

De Louis Cornellier depuis le Québec sur Présence-Info :

En juin 2017, en visite dans mon village natal de Saint-Gabriel-de-Brandon, j’ai assisté à une scène affligeante. Le curé de la paroisse, aux prises avec la vétusté de l’église, avait décidé, sans réelle consultation populaire, que l’heure était venue d’abandonner les lieux et de se réfugier, pour les célébrations, dans la sacristie.

En guise de cérémonie des adieux au temple, le curé avait organisé une foire. Dans l’église désormais dépouillée de ses bancs – le mot « dépossession » s’est imposé à mon esprit —, on pouvait acheter de vieilles babioles vendues au profit de la paroisse. « Venez au Big Bazar du curé ! » clamait, en franglais, la promotion de l’événement. Comme requiem, on aurait pu espérer mieux, il me semble.

Les églises de Barrès

Tout en ne pouvant m’empêcher de faire un lien entre le sort de mon église et celui du catholicisme québécois en général, j’ai pensé, alors, au discours de l’écrivain et député français Maurice Barrès, devant l’Assemblée nationale le 16 janvier 1911. Depuis 1905, en France, une loi établit une séparation entre l’Église et l’État. Les lieux de culte demeurent propriété de l’État, mais sont gérés par les groupes religieux. Certains de ces lieux ont un urgent besoin de rénovation. Les plus prestigieux d’entre eux sont pris en charge par l’État, qui assume ainsi son devoir de préservation du patrimoine, mais les autres, les églises ordinaires, sont laissés à l’abandon. Barrès y voit une faute spirituelle et en appelle à une intervention de l’État. Le discours, dont on peut lire de larges extraits dans Les écrivains engagent le débat (Folio, 2017), est magnifique.

Les belles églises, dit Barrès, les plus majestueuses, celles qui ont une valeur historique et patrimoniale évidente, seront préservées grâce à l’aide étatique, et c’est très bien. Mais les autres, celles qui n’ont même pas de potentiel touristique, celles « qui n’ont pour elles que d’être des lieux de vie spirituelle », qu’en fera-t-on ? Et Barrès de se lancer dans une apologie de toutes les églises, mêmes les laides et les dédaignées, précise-t-il, qui sont un témoignage du fait « qu’il ne faut pas compter sur le rationalisme non plus que sur la science pour cultiver toute l’âme humaine ». Le mot « toute », ici, a son importance. Barrès ne rejette pas la science et le rationalisme. Il souligne seulement leur insuffisance. L’âme, dit-il, a besoin de plus, de ce plus dont les églises, même les moins spectaculaires, ont été le théâtre et le refuge. L’extrait, un peu long, vaut d’être cité.

Sans doute le cours de la vie, la médiocrité et la fatigue des besognes quotidiennes nous empêchent, et nos chétives aventures sont moins fécondes en réflexions que la magnifique détresse de Faust et de Pascal. Cependant, la naissance, la fondation d’une famille, la mort, les extrêmes malheurs comme les maladies inguérissables dont on a l’idée que l’on ne pourra pas guérir, le sens de l’injustice constante et continue de certaines vies ramènent l’attention du plus simple sur ce qu’il y a d’incompréhensible et d’implacable dans la destinée humaine. Le gémissement d’une vieille femme agenouillée dans l’église de son village est du même accent, traduit la même ignorance, le même pressentiment que la méditation du savant et du poète.

L’orateur inspiré conclut son envolée avec une question qui, plus de cent ans plus tard, demeure d’actualité. « Eh bien ! lance-t-il, une fois les églises du village jetées par terre, avec quoi donnerez-vous satisfaction à tout ce monde d’aspirations auquel nos églises répondaient ? »

Écrivain controversé pour avoir flirté avec l’antisémitisme – une facette insupportable de son œuvre, disons-le clairement —, Barrès, aujourd’hui, ne convainc plus personne avec son lyrisme catholique d’un autre temps. C’était en France, il y a plus d’un siècle, dit-on. Nous sommes ailleurs, maintenant, affirment les dégrisés québécois contemporains. Ailleurs, peut-être, mais plus libres, plus humains, est-ce si sûr ?

La nostalgie de Bernard Émond

Bernard Émond en doute. Dans un admirable essai intitulé « Entrer dans une église » (voir Camarade, ferme ton poste, Lux, 2017), le cinéaste, probablement le plus catholique des agnostiques québécois, nous offre, d’une certaine façon, une version actualisée et québécoise du discours de Barrès. Attaché, confie-t-il, à « la simplicité de certaines de nos églises de campagne », Émond témoigne de son besoin du silence qu’il y retrouve. Un silence habité, précise-t-il. Par le divin, évidemment, pour ceux qui y croient, mais par autre chose encore. « Nous vivons dans un monde désenchanté, incertain, oublieux, inquiet, constate le subtil essayiste, et voilà que nous est offert le souvenir, érigé dans la pierre, des croyances et de l’espérance de ceux qui nous ont précédés. Nous aurions tort de rejeter la nostalgie que nous ressentons. Cette nostalgie est l’indice d’un manque, et dans la conscience de ce manque il y a la possibilité de regagner une partie de ce que nous avons perdu. »

Dans le silence d’une église, dans la présence que ce silence rend palpable, Émond entend « le rappel de ce qui a été au centre de la culture occidentale depuis vingt siècles », la voix de nos humbles prédécesseurs façonnés par le christianisme, par la conviction que quelque chose « transcende notre pauvre individualité » ; il entend, en écho, le Sermon sur la Montagne, viatique de nos ancêtres, « qui n’épargne ni les riches, ni les puissants, ni les bien-pensants et qui appelle à un engagement dans la cité ».

La foi, Émond ne le sait que trop bien, lui qui dit envier les croyants, ne se commande pas et n’est pas le résultat de la volonté, mais la fidélité et la gratitude, elles, se cultivent. Or, par insouciance, par ignorance, constate le cinéaste, par ressentiment contre la culture, ajouterais-je, les Québécois semblent préférer l’oubli, la fuite en avant dans une libération qui tourne à vide. « On vole au-dessus des choses, enfin libres, mais libres pour quoi faire ? demande Émond. Pour passer nos fins de semaine au centre d’achats, nos hivers en Floride, nos loisirs dans le premier divertissement virtuel qui s’offre à nous ? » Le cinéaste mécréant conclut à « une perte peut-être irréparable », qui n’est évidemment pas sans lien avec la confusion identitaire, à la fois satisfaite et délétère, des Québécois.

Le trésor de Dominique Boisvert

Il serait vain, évidemment, d’espérer une vague de conversions pour sauver le catholicisme québécois. La foi n’est pas une mode qu’on peut relancer au gré des saisons. L’avenir de la mémoire catholique québécoise passe donc par une autre sorte de conversion, culturelle celle-là. Il s’agirait, dans une quête de maturité sociale, comme l’écrit Dominique Boisvert, de « débloquer notre imaginaire collectif », de développer un rapport plus adulte, plus sain, plus cultivé, quoi, avec notre passé catholique.

C’est un fait, écrit Boisvert : « Le Québec doit beaucoup à l’Église. » C’est elle, après la défaite de 1760, qui, en encadrant la société française d’ici laissée à elle-même, a permis notre survivance. Sa position d’autorité a fini par peser lourd sur les consciences, parfois même sur les corps innocents, et il fallait, c’est une évidence, apprendre à s’en libérer pour devenir une société libre et moderne.

Mais, écrit Boisvert, que cinquante ans ou trois générations plus tard le Québec n’ait pas encore “réglé ses comptes” avec ses rancœurs historiques vis-à-vis du catholicisme, c’est l’équivalent pour moi d’adultes qui, au mitan de leur vie, seraient encore “accrochés” aux reproches qu’ils avaient, peut-être avec raison, à l’égard de leurs parents. Il serait sans doute temps “d’en revenir” et de réussir à puiser dans notre héritage ecclésial (comme familial) ce qu’il y a de précieux, sans nous laisser rebuter éternellement par ce qu’il y avait de moins bon ou de problématique.

Dans Québec, tu négliges un trésor ! (Novalis, 2015), Boisvert, partisan de la simplicité volontaire et militant pour la justice sociale, vient dire aux Québécois que leur héritage catholique est d’une richesse inouïe. Non pas tant l’héritage matériel que l’héritage spirituel, social et culturel. Nous avons, dans le passé qui nous a faits et qu’on oublie, un trésor de sens, qui vaut encore pour aujourd’hui.

Ce trésor, ce n’est pas l’Église, qui n’en est que la messagère, c’est la Bonne Nouvelle et celui qui l’incarne, Jésus, qui sont des antidotes éternels à l’insignifiance. « Jésus, écrit Boisvert, nous propose le meilleur de ce à quoi tous les humains aspirent : un monde de paix et de justice, où le partage et la fraternité sont la norme, où les plus faibles sont particulièrement protégés, où le pouvoir est exercé comme service, où les conflits ne se résolvent pas par la violence et où la mort n’a pas le dernier mot. » Le message est universel, bien sûr, mais je ne peux m’empêcher de lui trouver un esprit particulièrement québécois. Me semble que ça nous ressemble, non ? Dans nos meilleurs moments, du moins.

L’Évangile, continue Boisvert, c’est moins d’argent et plus de convictions et d’engagement, c’est le souci des plus pauvres et des plus fragiles avant le nôtre, c’est la culture de l’âme plutôt que la vitesse et l’efficacité, c’est le service avant le pouvoir et, par Jésus et Jean le baptiste, notre inspirant patron national, c’est « la liberté absolue à l’égard de tous les pouvoirs et de toutes les peurs ».

Il n’est nul besoin d’être croyant pour reconnaître dans ce programme un héritage de grande valeur puisque « le message du Christ, note Frédéric Lenoir, s’est échappé de l’Église pour revenir dans le monde sous une forme laïcisée ». Or, devant l’oubli de ce trésor et de sa généalogie, les catholiques québécois ont une responsabilité particulière.

Style et survivance

Boisvert raconte que Fernand Dumont, avant de quitter ce monde, avait confié à l’équipe du Centre justice et foi « sa préoccupation devant la discrétion inquiétante des chrétiens dans l’espace public québécois ». Dumont s’attristait du silence des croyants dans une société où leur parole pleine de sens était pourtant nécessaire, « comme si ceux et celles qui étaient habités et nourris par leur foi au Dieu de Jésus avaient honte ou peur d’en témoigner », résume Boisvert.

Être digne de saint Jean-Baptiste, en 2018, signifie peut-être surmonter cette honte et cette peur, afin de dire à nos amis et à nos compatriotes, croyants ou non, que la Bonne Nouvelle qui nous inspire n’a pas de date de péremption et est aussi pour eux. Il ne s’agit pas, pour les catholiques québécois, de faire du prosélytisme au sens propre du terme, mais de se faire les hérauts du trésor culturel, au sens fort du terme, cette fois, qu’ils portent dans des vases d’argile, afin qu’il ne meure pas en nos terres.

« On peut considérer, écrit Jean-Pierre Denis, éditorialiste du magazine La Vie (31 mai 2018), qu’il n’y aura plus de pays catholique ou de société catholique […]. Le catholicisme devient alors un “style”, pour parler comme le théologien Christoph Theobald. Cela n’a rien de superficiel : on sait que “le style, c’est l’homme”. »

La survivance n’est pas indigne et est préférable à la vie insignifiante. Cela vaut pour l’église de mon village, pour le catholicisme québécois et pour le Québec lui-même.

Source : Présence info :

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Face à la crise de l’Eglise les derniers mots du cardinal Caffarra auraient été : Les Apôtres étaient douze et le Seigneur recommencera avec quelques-uns.

De nombreux catholiques, ces dernières années, ont regardé le cardinal Carlo Caffarra comme l’une des rares lumières dans l’obscurité actuelle.

Un prêtre me confie qu’il y a quelques jours, il est allé lui dire sa douleur pour le désastre quotidien que l’on vit dans l’Église, lui rapportant plusieurs faits.

Le cardinal a fondu en larmes et lui a dit : « Le Seigneur n’abandonnera pas son Eglise. Les Apôtres étaient douze et le Seigneur recommencera avec quelques-uns. Imaginez la souffrance de Saint Athanase, qui a été laissé seul pour défendre la vérité par amour du Christ, de l’Eglise et des hommes. Nous devons avoir la foi, l’espoir et le courage ».

Ce prêtre me confie : « le cardinal était très peiné, mais il m’a transmis beaucoup de courage et beaucoup d’amour pour l’Eglise ».

La référence de Caffara à Saint Athanase [ndt: auquel Benoît XVI consacra sa catéchèse du 20 juin 2007, dans la série dédiée au Pères de l’Eglise, cf. beatriceweb.eu] renvoie au moment le plus sombre de l’histoire de l’Eglise. Quand les hérétiques ariens au quatrième siècle prirent le contrôle de l’Église .

Presque seule s’éleva la voix de l’évêque Athanase en défense de la vérité catholique. Il fut excommunié par le pape et subit quatre fois l’exil.

Mais peu de temps après, l’Eglise revint à la vraie foi et, à la suite, elle canonisa Athanase, le proclamant Père et Docteur de l’Eglise.

Le prêtre qui a parlé avec le cardinal répète qu’il était très peiné. On peut penser qu’il est mort d’avoir le cœur brisé. Certainement, dans le secret de la prière, il avait offert à Dieu sa vie pour cette pauvre chrétienté perdue.

Il était sûr que dans le monde et dans l’Eglise, à la fin, le Seigneur allait vaincre. Ainsi, au cours des dernières années, il s’est retrouvé protagoniste d’une défense puissante de la foi catholique et des sacrements face à l’Amoris laetitia du Pape Bergoglio .

Ce qui le réconfortait, dans ce témoignage, c’étaient les paroles prophétiques qu’il avait reçues des années plus tôt de Sœur Lucie de Fatima, dans une lettre dans laquelle elle lui avait écrit que « la bataille finale entre Dieu et Satan sera sur la famille et le mariage ».

Cette histoire – en plus de révéler à tous sa sagesse, sa foi et son courage – a mis aussi en lumière sa profonde humanité .

J’en ai un souvenir personnel. C’était le 15 Août 2010, fête de l’Assomption. Ma fille Catherine venait de se réveiller d’un coma et avait été admise à la « Maison des réveils », sur les collines de Bologne. Ce jour-là – à notre grande surprise – nous avons vu arriver, dans la chaleur, avec sa manière réservée et simple, le cardinal Carlo Caffara archevêque de Bologne. Il était venu voir Catherine, dont il avait suivi le drame (nous étions en contact indirect) et il est resté avec nous toute la journée . Il était habillé comme un simple prêtre. Il est aussi allé saluer et bénir tous les autres, les patients et leurs familles. Un véritable homme de Dieu. Je le connaissais jusque-là comme un théologien de grande épaisseur, ami et collaborateur de Jean-Paul II et Benoît XVI, qui le respectaient beaucoup. Mais ce jour-là – dans ce lieu de souffrance et d’espoir – je l’ai découvert comme un vrai père. Son humanité et sa sagesse paternelle m’ont frappé et je les ai entièrement retrouvées dans sa dernière mission pour l’Eglise.

 

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A la une #NLH #NLQ #Rome

Le pape entre miséricorde et abus d’autorité ?

Depuis plusieurs semaines nous remontent de Rome des informations contradictoires et troublantes que nous pourrions résumer ainsi : la Curie et le gouvernement du Vatican sont en pleine tourmente. Fort de cela nous avons lancé une neuvaine de semaines pour le pape et la Curie.

L’affaire de Malte, la réforme de la Curie, les questions doctrinales, le style du pape François, l’anxiété des employés du Vatican, les positions politiques du Souverain pontife sont autant de sujets de tension qui crispent l’Eglise et, n’édulcorons pas les mots, la divise.

Alors que pour son anniversaire, le pape émérite remerciait la bonté de son successeur, alors que le pape François est encensé par les médias pour son attention aux plus démunis et son engagement pour les migrants, alors qu’il a prêché toute l’année dernière sur la miséricorde, d’autres voix s’élèvent pour pointer du doigt son autoritarisme, allant jusqu’à parler de purges.

Les jeunes générations, habitués à la fidélité alliant piété filiale et admiration envers le pape, sont parmi les plus troublés. Les prêtres et fidèles les plus “légitimistes” n’osent plus s’exprimer craignant la simple idée qu’être “dérangé” par le pape soit en soi une excommunication.

Pourtant, il faut le dire, le pape François ne fait pas que bousculer des veilles habitudes poussiéreuses, il met mal à l’aise et perturbe la foi même des plus convaincus.

Une omerta règne dans l’Eglise peu habituée à remettre en cause un pontife, même si pourtant l’infaillibilité est bien circonscrite à des points précis. Une Omerta renforcée par la peur d’être mis sur la touche pour les membres de la hiérarchie. S’il est délicat de prendre position sans ajouter au malaise n’est-il pas aussi coupable de garder le silence ?

Quoiqu’il sorte des murs épais du Vatican, écho excédé, ragots jaloux, médisance démoniaque, il est un fait indéniable, les fidèles du haut en bas de la hiérarchie sont troublés et ce seul fait appelle, selon les mots même du Christ, à la vérité qui libère.

Dans une tribune de janvier 2017, Laurent Dandrieu résume cette tension intra-ecclésiale que le démon attise précisément par la piété filiale, laquelle plaque un couvercle malsain sur la marmite en ébullition.

L’Eglise éprouvée à besoin d’apaisement.