Dans le Monde #NLQ

Dans le monde, des diocèses fusionnent

Au Canada :

“Le bulletin de la Salle de presse du Saint-Siège du 27 avril 2018 a annoncé la décision du Saint-Père de réunir sous une seule entité ecclésiastique le diocèse d’Alexandria-Cornwall et l′archidiocèse d′Ottawa, situés tous les deux dans la province de l’Ontario. Le Souverain pontife a placé Mgr Terrence Thomas Prendergast, 75 ans, à la tête du nouveau diocèse d′Alexandria-Cornwall-Ottawa. Ordonné en 1972 pour la Compagnie de Jésus, Mgr Prendergast a été successivement évêque auxiliaire de Toronto, archevêque d′Halifax, et enfin archevêque d′Ottawa, la capitale du pays, en 2007.

Nommé administrateur apostolique du diocèse d’Alexandria-Cornwall en 2016 avec la mission d’étudier une éventuelle fusion avec un diocèse voisin, le prélat avait adressé une lettre aux fidèles dans laquelle il soulignait le « déclin du clergé et de la pratique religieuse ». Ainsi s’étendent les ravages de la déchristianisation de la société, dans un pays où le catholicisme se développait pourtant rapidement jusque dans les années soixante.”

Source : lesalonbeige

Brèves

La photo du jour : l’effacement progressif de notre culture et histoire chrétienne

https://twitter.com/pascalfagnoux/status/990628660679004161/photo/1

Après les regroupements de communes qui perdent leur nom avec “Saint”…

NLH #Tribunes et entretiens

Un christianisme sans dogmes n’a pas d’intérêt – Gérard Leclerc

 Comment annoncer l’Évangile aujourd’hui ? La question n’est pas nouvelle, mais elle acquiert une importance singulière dans une société qui a perdu toute culture chrétienne, celle qui baignait hier les générations précédentes. Au tournant des années soixante, lorsque, comme l’explique si bien Guillaume Cuchet, « notre monde a cessé d’être chrétien » [1], toute la pastorale avait été modifiée, afin de gommer l’aspect rébarbatif que pouvait revêtir une catéchèse perçue comme « rigide ». Mais ainsi, il y avait un risque d’abandonner des aspects essentiels de la foi, concernant par exemple les fins dernières, au profit d’un style qui se voulait plus en phase avec la mentalité contemporaine. L’adaptation ne fut pas toujours des plus heureuses, comme le montre Jean-Pierre Le Goff dans le magnifique essai d’ethnographie contemporaine qu’il vient de publier [2]. Du rébarbatif d’hier qu’il avait mal supporté, on passait à un style jeuniste un peu démagogique, qui faisait bon marché de l’accès au cœur du mystère chrétien. Il pouvait y avoir un moment où la sensibilité adolescente était touchée par une proximité qui privilégiait l’affectif et les modes du moment. Mais au terme, on n’avait pas appris grand-chose et le manque de consistance doctrinale laissait la plupart insatisfaits.

Depuis lors, il y a eu de sérieuses mises au point, notamment à propos de la catéchèse. Mais il subsiste souvent un certain flottement, qui apparaît encore lorsqu’on fait compliment à tel prédicateur de ne pas être « un dogmatique ». Sans doute, le mot peut prêter à confusion avec un usage qui a peu à voir avec ce que la théologie entend par là. Il ne faut pas avoir peur de l’affirmer : un christianisme sans dogmes n’a pas d’intérêt, il a tout risque de s’effondrer dans une sentimentalité sans consistance. C’est pour le coup que l’on « vide les églises ». Guillaume Cuchet n’a pas tort d’établir une relation étroite entre le décrochage des années soixante et l’abandon de la prédication des fins dernières.

C’est pourquoi il importe de revenir à l’essentiel. Ainsi que l’écrivait le cardinal de Lubac : « Le chrétien qui ne fait pas confiance à la fécondité de la vérité révélée, qui ne consent à s’y intéresser que dans la mesure où il en reçoit d’avance le bienfait, qui n’accepte pas de se laisser saisir et modeler par elle, celui-là ne sait pas de quelle lumière et de quelle force il se prive. » Et d’ajouter : « Si, au lieu de s’engluer dans le misérable masochisme où tant de prophètes à rebours s’acharnent à les plonger, les chrétiens se décidaient à croire – je veux dire, à faire confiance à leur foi – cette foi ferait d’eux aujourd’hui même, en vérité, l’âme du monde. [3] » Et les églises loin de se vider, deviendraient trop petites, car on y apprendrait l’extraordinaire nouvelle d’un Amour qui sauve.

 

Gérard Leclerc

Source France Catholique


[1] Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien, Seuil.

[2] Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier, Stock.

[3] Henri de Lubac, La foi chrétienne, Aubier.

 

Tribunes et entretiens

Courrier de lecteur : lettre ouverte à Mgr Jean-Pierre Delville, Evêque de Liège sur l’affaire Bepax

Suite à notre article sur le changement de nom de Pax Christi belgique en Be Pax, un catholique engagé dans l’évangélisation par internet et responsable d’un site d’entraide entre Catholiques, nous propose une lettre ouverte à Mgr Delville, évêque référent de “BePax”

 

Monseigneur,

C’est sans étonnement mais avec tristesse que nous avons appris le 14 de ce mois – par un article de cathobel.be, site officiel de l’Église Catholique francophone en Belgique – le changement de nom de l’association Pax Christi en BePax, dont vous restez, malgré tout, l’évêque référendaire pour la Conférence des Évêques de Belgique.

Est donc officialisée, avec votre accord et votre bénédiction, la « réduction à l’état laïque » en quelque sorte d’un mouvement qui s’affirmait jusqu’alors chrétien, du moins par son titre.

« Le nom du Christ n’y est plus, dites-vous, mais cela se défend, car le nom latin faisait souvent penser à des tendances plutôt conservatrices ». Voilà une façon inexacte et bien légère de justifier l’autocensure du Nom de Notre Seigneur qui n’est guère digne de votre haute fonction pastorale : vous le savez pertinemment, ce n’est point tant du « nom latin » dont on a voulu se débarrasser que bel et bien de la référence explicite au Christ, sinon le titre eût été francisé en « Paix du Christ » avec abandon de Pax… l’autre « nom latin » !

(L’auteur de l’article de Cathobel, lui-même, n’est pas dupe de ce curieux argument, quand il écrit non sans une gêne certaine, voire une certaine indignation : « Il n’empêche qu’un bémol peut être mis à ce changement de nom. Car pour tout chrétien, devenir « artisan de paix » est simplement impossible sans la paix qui – depuis Pâques ! – nous est donnée : la « Pax Christi »)…

Ce « bémol », nous le mettons nous aussi et doublement : en gardant le mot Pax (sans « Christi »), le nouveau titre nous rappelle trop celui d’une sinistre association ” catholique ” polonaise (Stowarzyszenie PAX), créée au début de l’ère stalinienne du pays. Elle se présentait alors comme « Mouvement des catholiques progressistes de Pologne », donc peu suspecte d’être, elle aussi, de « tendance conservatrice ».

PAX était en effet une « courroie de transmission » du NKVD, l’équivalent soviétique de la Gestapo : elle approuva le procès et l’emprisonnement de nombreux membres du clergé polonais, en raison sans doute de leurs « tendances plutôt conservatrices », tels le cardinal Stefan Wyszyński ou Mgr Czesław Kaczmarek qui eut le tort d’avoir pris pour devise « Omnia Pro Christo Rege »…

« BePax, sois la paix » ou plutôt « sois PAX » ? Voilà donc une « ambiguïté » plus que troublante et propre à susciter la suspicion légitime des catholiques quant aux buts réels de votre association.

Affublée (par un publicitaire ?) d’un nom convenant mieux à une marque de lessive ou de protections féminines – en fait, c’est déjà le nom d’une société de conseil aéronautique – elle devrait voir s’ouvrir devant elle, plus aisément et largement, les portes des médias « laïques », surtout s’il s’agit de « promouvoir le dialogue, l’ouverture aux différences et l’espoir d’un monde meilleur [du meilleur des mondes ?…] ».

Avec un tel programme, finalement assez proche de celui affiché jadis par sa quasi homonyme polonaise (et réalisé par elle comme on sait !), la déchristianisation de Pax Christi, selon vous, « cela se défend ».

Nous irons plus loin : cela se comprend, car on y chercherait vainement une spécificité chrétienne : « BePax, peut-on lire sur son site, rêve d’un monde plus juste, plus démocratique et plus solidaire où chaque citoyen pourrait porter ses identités multiples [?] et les vivre comme une richesse et non comme un poids susceptible de faire de lui la victime de discriminations ». Mais surtout un monde d’où l’on aura banni le Christ, ce « signe en butte à la contradiction » (Lc 2,34) : n’est-ce pas là le “monde plus juste” rêvé et promis par tous les messianismes révolutionnaires c’est-à-dire antichrétiens, qu’ils soient jacobin, maçonnique, marxiste ou mondialiste ?

Cette tentation messianique, saint Paul l’avait prévue et dénoncée : « Quel accord y a-t-il entre le Christ et Bélial ? ou quelle part a le fidèle avec l’infidèle ? » (2C 6,15).

Pour se faire accepter des médias, aura-t-il fallu aussi que BePax mette allègrement ces paroles du Christ en quarantaine, paroles qui ne souffrent, elles, d’aucune « ambiguïté » ? :

– « Où est le bénéfice si l’on a gagné le monde entier et qu’on s’est détruit ou diminué soi-même ? » (Lc 9,26)
– « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. » (Mt 5,15)
– « Celui qui rougira de moi et de mes paroles, le Fils de l’Homme aussi rougira de lui quand il viendra dans sa gloire avec le Père et les saints anges. » (Lc 9,27)
– « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi disperse. » (Mt 12,30)
– « …car sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,5).

Et celle aussi que vous redites au cours de chaque messe, après la consécration : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres : “Je vous laisse la paix, je vous donne la paix” ». (Jn 14,27), Notre Seigneur ajoutant : « je ne la donne pas comme la donne le monde » (Ibid.) – le monde et ses médias christianophobes dont, paraît-il, BePax a tant besoin… au point de se passer du Christ, cette « pierre rejetée par vous de l’édifice » (Ac 4,11) ! – monde pour lequel Jésus n’a pas prié (Jn 17,9) …

De ce qu’il faut bien appeler, hélas, un reniement, vous préférez plaisanter : « On change l’emballage, mais on ne change pas de tout le cadeau ! » Cadeau sans doute inespéré pour les ennemis du Christ, qui existent bel et bien, n’en déplaise aux naïfs catholiques de « tendances plutôt progressistes » !

Gageons que les Chrétiens d’Orient, eux aussi, sauront apprécier comme il convient ce “cadeau” ainsi banalisé, à l’heure où ils se font égorger parce que, face à leurs bourreaux, ils refusent de renier le nom de notre Sauveur Jésus-Christ. N’auraient-ils pas bien saisi toute la portée pacifique du « dialogue » et de « l’ouverture aux différences » promus par BePax, mais préféré proclamer et conserver leur foi intacte jusqu’au martyre ? Voilà qui dénoterait chez eux des « tendances plutôt conservatrices », qui semblent tant vous contrarier…

Voyez-vous, Monseigneur, vous et nous appartenons à la même Église catholique : vous, ordonné à des fonctions éminentes et reconnues des médias, lesquels apprécient votre façon de les exercer, mondaine et accordée aux valeurs « laïques » qu’ils véhiculent ; nous autres, fidèles de base, le plus souvent relégués par ces mêmes médias au rang de parias, et bientôt de dhimmis, chrétiens anachroniques dans un monde en marche vers « le progrès, la paix et la démocratie universelle », partant « un monde qui peut-être, selon la parole prophétique du cardinal Pacelli, futur pape Pie XII, prononcée à Notre-Dame de Paris le 13 juillet 1937, a plus besoin de rédemption qu’en aucune autre époque de l’histoire et qui, en même temps, ne s’est jamais cru plus capable de s’en passer » ; un monde auquel BePax a la prétention d’apporter l’espoir d’une amélioration en lui celant le nom du Rédempteur, le seul donné aux hommes pour leur salut (Ac 4,12).

C’est vous dire aussi, Monseigneur, qu’à l’évidence, vous et nous ne sommes plus de la même religion, la vôtre répondant parfaitement à votre « souhait de modernité » tout terrestre et tout humain, nouvel irénisme bien confortable pour éviter de « souffrir des malentendus que causait [v]otre ancien nom » ; la nôtre, qui ne se soucie point de complaire au monde et à ses médias mais qui, par la Croix, étanche au-delà de ce qui est imaginable notre soif de vérité et d’éternité.

Aussi, nous continuerons de prier pour vous et, si vous estimez que prendre soin de son âme et se préoccuper de son salut, ce n’est point avoir des « tendances conservatrices » trop marquées, nous implorerons le Saint-Esprit pour qu’Il vous éclaire et vous soutienne, comme nous, dans l’espérance du Royaume et de sa Paix véritable, la Pax Christi.

Fraternellement… in Christo Rege, si vous le permettez.

Michel Tocabens