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Pierre-Yves Gomez – Les nouvelles technologies : quels enjeux sur l’organisation du travail ?

Les nouvelles technologies : quels enjeux sur l’organisation du travail ? Lors de la dernière conférence Proclero qui a eu lieu le 12 juin 2018, le Professeur Pierre-Yves Gomez, Économiste, docteur en gestion, a abordé ce sujet passionnant.

 

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Peut-on encore parler de l’Homosexualité ?

L’affaire McCarrick, les “dérapages” (selon les médias) du pape sur l’homosexualité, nous invitent à republier cette tribune toujours et encore d’actualité…

Les lobbies LGBT mènent depuis plusieurs années ce qu’ils considèrent être un combat contre l’homophobie et pour la reconnaissance des droits des homosexuels. C’est sur le fond louable et juste. On ne peut, en effet, accepter que des personnes humaines soient mises au ban de la société ou stigmatisées. Et il faut bien reconnaître que des siècles durant, les homosexuels ont été la risée des gens dits « normaux ».

Toutefois, pour que la cause soit juste, il faut qu’elle corresponde à deux  principes clairs, lutter contre une injustice et utiliser des moyens eux-mêmes justes. Il paraît difficile de concevoir que l’on puisse réclamer la justice au prix d’une injustice. Or qu’est-ce que la justice ? Ce n’est en rien faire l’équilibre ou peser le pour et le contre. Ça c’est l’arbitrage. La justice c’est rendre ce qui est dû à qui cela est dû. Toute la question est donc de savoir de qui l’on parle pour savoir ce qu’on lui doit. La justice n’est pas l’égalité mais l’équité (laquelle peut comporter l’égalité). Un adulte n’a pas les mêmes besoins qu’un nourrisson. Leur donner à parts égales est une injustice. Leur donner équitablement est de la justice.

Alors, quand nous parlons des « droits des homosexuels », de quoi parlons-nous ? Nous parlons d’abord des homosexuels et ensuite de ce qui leur est dû. De nos jours cependant, le débat est biaisé, car la pensée ambiante nous refuse le droit de parler de l’homosexualité. Alors personne n’en parle vraiment et pour défendre ses idées chacun se bat à la marge. Pour savoir ce qui est bon pour quelqu’un, il faut savoir qui il est. Aujourd’hui, notre société ne se pose plus, se refuse même le droit de se poser la question la plus fondamentale pour son bonheur : qui est l’Homme ? (voir La dignité humaine est intrinsèque)

La conséquence de ce refus est de laisser s’installer en lieu et place de l’Homme réel un être artificiel. Or par méconnaissance de ce qu’est l’Homme, nous cherchons à faire le bonheur de cet être de façade qui n’existe pas au détriment de notre être réel qui, lui, étouffe au fond de nous. Le mariage pour tous est une de ces réponses destinées non pas à l’Homme, mais à cet être virtuel qui est devenu l’archétype de notre société que nous parlions d’homosexuels ou d’hétérosexuels. Ainsi, refuser de considérer ce qu’est la vérité anthropologique la plus profonde de l’Homme c’est le condamner à une crise identitaire et existentielle insoluble. Hétérosexuels et homosexuels sont face à la même crise existentielle, même si leur crise identitaire diffère. Et c’est normal puisqu’avant de parler d’orientation sexuelle nous parlons de personne humaine. Il est impropre de parler de personne homosexuelle ou de personne hétérosexuelle. Nous sommes tous des personnes humaines et c’est cette commune nature qui peut prétendre à l’égalité et à qui on doit le respect de la dignité. C’est parce que l’homosexuel est une personne humaine qu’il a droit au respect et qu’il est injuste de le mettre au ban de la société, comme nous l’avons fait des millénaires durant.

Une fois que nous avons dit tout cela, il convient alors de s’interroger sur la personne humaine. Or, il est impossible aujourd’hui de parler de la personne humaine sans évoquer la question homosexuelle. Mais aborder ce thème devient délicat du fait de l’épée de Damoclès “anti-homophobe” suspendue sur cette question. Il faut cependant être bien conscient d’une chose. Vouloir défendre le mariage et la famille sans aborder la question de l’homosexualité ne sert, à long terme, à rien. Vouloir un référendum sur le mariage permettra au mieux de gagner du temps. Mais ce temps il faudra l’utiliser pour défendre et promouvoir la personne humaine. Un référendum n’est qu’un outil politique. Il ne définit pas ce qui est ou ce qui n’est pas. Or, il s’agit de découvrir derrière l’homme virtuel qui est l’Homme véritable pour répondre à ses besoins véritables.

C’est pourquoi, les lobbies LGBT en refusant de parler en vérité de l’homosexualité et en se plaçant de ce fait sur le champ politique condamnent les homosexuels et l’ensemble des personnes humaines à une fuite en avant, à une quête existentielle et identitaire qui dessert l’homosexuel autant sinon plus que l’hétérosexuel. A l’inverse, il faut souligner le retournement qu’initie dans l’opinion le travail d’association comme Homovox. Disons-le, en effet, cette crispation autour du mariage gay a un mérite immense, elle donne la parole à d’autres homosexuels qui mieux que les lobbies LGBT sont en train de changer le regard de la population sur les homosexuels. Là où les seconds militent, les premiers témoignent en vérité et avec humilité et par là imposent peu à peu  le respect dû à la personne humaine ayant une tendance homosexuelle. Nous sommes loin des caricatures que nous imposent les slogans qui réduisent les homosexuels au sexe et en font, peut-être à leur corps défendant, des chantres de la haine.

Pour vivre sans haine et pour dialoguer, nous avons besoin d’aimer l’autre et pour l’aimer il faut savoir qui il est.  C’est pourquoi il est capital de retirer cette épée de Damoclès qui nous empêche ce dialogue en vérité et force chacun à camper sur ses positions, bien armés derrières de profondes tranchées. Peut-être la condamnation de la présidente d’Act up est-elle le début de ce retrait.

 

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La morale n’est pas un ensemble de permis et d’interdits ! Les formations d’InfoCatho

La morale c’est quoi ? La morale c’est ça….

 

 

Voilà un mot honni, comme l’épouvantail de toutes les libertés, comme le vil prétexte à opprimer les peuples et le plein épanouissement de soi. Vade retro s’il en est, la morale est l’ennemi public numéro Un. On lui préfère depuis peu, la noblesse de l’éthique, véritable sésame du nouvel ordre. Pourtant, à très peu de choses près l’éthique et la morale désignent la même chose, l’une en grec et l’autre en latin. Mais il semble plus doux à l’oreille de parler d’éthique, tant il est vrai que morale est désormais assimilée à catholique, là où éthique peut s’appliquer à toute… Mais à toute quoi ?

Subitement les choses se compliquent et l’on s’entend d’une façon plus vague qu’assumée que l’éthique comprend une connotation positive là où morale pâtit d’une réputation très noire et négative. Unanimement l’éthique est considérée comme quelque chose de bon parce l’éthique vise des pratiques meilleures, pour un monde meilleur. Eh bien nous y voilà. L’éthique n’est pas une fin en soi, elle a un but, une finalité : parvenir à un bien ou à défaut un mieux. L’éthique est donc un moyen pour parvenir à un but considéré comme bon. A l’inverse, un comportement non éthique est réputé ne pas conduire à un but bon. Il y a donc dans l’éthique, comme dans la vieille morale, une notion du bien et du moins bien, voire du mal, l’éthique conduisant au bien, le non éthique éloignant de ce même bien.

Toute éthique se réfère donc à une finalité, laquelle définit l’éthique. Est éthique ce qui va dans la direction de la finalité visée, ne l’est pas ce qui l’en éloigne. Dans le cas des normes éthiques environnementales, ce qui est premier n’est pas le comportement dit éthique, mais l’environnement à protéger. En vue de cette protection, on définit un comportement (des actes) qui ont pour but la protection de l’environnement. Seront éthiques les actions, actes et comportements respectueux de l’environnement. Seront non éthiques ceux qui, au contraire, détruisent ou abiment l’environnement.

En d’autres termes, il faut d’abord définir ce qui est bien (et donc mal) pour définir une éthique. Sera éthique ce qui est conforme au bien visé, sera non éthique ce qui ne lui est pas conforme et ne permet pas d’atteindre l’objectif bon visé. Traduisons du grec au latin. Sera moral ce qui conduit au bien, sera immoral ce qui en détourne. La morale est comme la piste balisée d’un aéroport. Les luminions indiquent la voie du bien. La liberté de l’homme réside dans sa responsabilité à choisir cette voie ou à faire du hors-piste, quelles que soient les raisons de son choix. Et donc à en récolter les fruits, bons ou mauvais.

Toute la question réside dans la définition du bien (et donc du mal). Aussi, toute éthique, toute morale, suppose une philosophie, une idéologie ou une théologie sous-jacente. L’éthique du monde actuel répond à une finalité définie comme bonne par une idéologie très différente de la théologie judéo-chrétienne. Connaître cette idéologie sous-jacente permet de mieux lire les « normes éthiques », c’est-à-dire « l’ordre moral » actuel. Vers où ce monde tend-il ? remarquez au passage, que cet ordre moral prévoit, comme l’ancien des sanctions pour les contrevenants.

Au fond la véritable question n’est pas celle du vocabulaire, mais de l’ordre auquel il répond. En d’autres termes, la finalité de la morale contemporaine (ou des juxtapositions d’éthiques) définie comme bien de l’humanité, est-elle effectivement bonne ? C’est-à-dire, conduit-elle l’Homme vers son bonheur ?

Mais pour répondre à cette question, encore faut-il accepter une autre question que le relativisme refuse comme illégitime, le bonheur de l’Homme c’est quoi ?

La morale n’est pas un ensemble de permis et d’interdits qui mécaniquement ouvrent ou ferment le paradis ou l’enfer. La morale est la piste balisée vers le bonheur de l’Homme. Et cette définition est, en pratique, valable pour tous les systèmes moraux. C’est pourquoi avant de poser un ordre moral (même enfoui sous des normes éthiques), il convient de vérifier son adéquation à la dignité humaine réaliste et non fantasmée. Il y a une adéquation intime et intrinsèque entre morale, bonheur et vérité anthropologique. Avoir dissocié ces trois termes sont la cause, ainsi que la conséquence, ultimes de l’état du monde actuel.

En France #NLQ

Le Vatican corrige la version française de la modification du catéchisme sur la peine de mort

Le Vatican corrige la traduction française de son article sur la peine de mort

La Congrégation pour la doctrine de la foi a amélioré la traduction française du nouveau chapitre du Catéchisme de l’Église catholique sur la peine de mort.
Plus fidèle aux propos du pape en italien, la nouvelle rédaction qualifie cette mesure d’« inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne ».
La nouvelle formulation – en français – du numéro 2267 du Catéchisme de l’Église catholique sur la peine de mort vient d’être actualisée sur le site Internet du Vatican. La nouvelle traduction est plus fidèle à l’italien (mais aussi au latin, à l’anglais ou à l’allemand).

Dans la première traduction, communiquée le 2 août par la salle de presse du Saint-Siège, le dernier paragraphe était ainsi rédigé : « C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que ’la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle’ et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. »

Or cette citation fait référence à un discours du pape François prononcé le 11 octobre 2017 et adressé aux participants à la rencontre organisée par le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation.

Désormais, la nouvelle formulation rectifiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi est plus conforme aux propos du pape en italien ? : « la pena di morte è inammissibile perché attenta all’inviolabilità e dignità della persona ».

Inviolabilité et dignité de la personne
La mesure n’est plus « inhumaine » mais « inadmissible ». Et elle « attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » au lieu de « blesser » seulement sa « dignité ».

Le numéro 2267 du Catéchisme de l’Église catholique est donc désormais ainsi rédigé en français ? : « Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.

Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que ’’la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne’’ et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. »

Source : WDTPRS.COM

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Le non absolu à la peine de mort, une Victoire de l’Evangile ?

Un article de Sandro Magister, traduit sur Diakonos.be :

La décision du Pape François de réécrire le Catéchisme de l’Église Catholique concernant la peine de mort a enflammé la controverse.

Le changement était dans l’air et Jorge Mario Bergoglio l’avait fait présager depuis longtemps. Dans la lettre du Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi accompagnant le rescrit, le cardinal Luis F. Ladaria déclare que « la nouvelle formulation du n°2267 du Catéchisme exprime un développement authentique de la doctrine qui n’est pas en contradiction avec les enseignements antérieurs du magistère ».

Mais c’est justement ce point qui suscite le plus de controverses. Beaucoup pensent qu’il y a contradiction avec l’enseignement précédent de l’Église.  Et qu’il s’agit non pas d’un « développement » mais bel et bien d’une rupture.

En outre, la nature « historique » des motivations avancées par François sont frappantes : nouvelle prise de conscience de la dignité de la personne, nouvelle compréhension du sens des sanctions pénales, nouveaux et plus efficaces systèmes de détention, etc. D’où découleraient, « à la lumière de l’Évangile », l’actuel et nouvel enseignement de l’Église sur l’inadmissibilité absolue de la peine de mort.

Devant un tel précédent – comme beaucoup l’espèrent ou au contraire le craignent – qu’est-ce qui pourra empêcher à un pape de changer la doctrine de l’Église sur n’importe quel autre sujet ? En rupture non seulement avec le magistère précédent mais avec les Écritures saintes elles-mêmes ?

Pour faciliter notre compréhension du débat, voici deux éléments de documentations intéressants.

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Le premier est l’ancien article du Catéchisme de l’Église catholique sur la peine de mort et le nouvel article rescrit par la volonté du Pape François.

L’ancien article

2267 L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains.

Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.

Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable  » sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants  » (Evangelium vitae, n. 56).

Le nouvel article

2267 Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.

Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle » [1] et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde.

[1] François, Discours aux Participants à la Rencontre organisée par le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, 11 octobre 2017 : L’Osservatore Romano (13 octobre 2017), 5.

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Le second document que nous vous proposons est extrait d’un essai publié en 2001 sur « First Things » par le cardinal Avery Dulles (1918-2008), jésuite, l’un des plus grands théologiens nord-américains du vingtième siècle, très estimé par le Pape Jean-Paul II et par Benoît XVI.

Lire la suite sur Diakonos.be

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On se sert de la belle notion de dignité pour donner la mort. Mgr Aupetit

Il est poignant ce cri de souffrance de Job : « la vie de l’homme sur terre est une corvée ». La nuit, le jour, il ne trouve pas la paix. A-t-il quelques consolations ce pauvre Job ? Sa femme le méprise depuis qu’il a tout perdu et qu’il est rongé par la maladie. Ses amis voudraient le consoler, mais ne le comprennent pas. Il en vient même à souhaiter la mort : « la mort plutôt que ma carcasse » ! C’est terrible ! !

Que lui reste-t-il ? Le suicide assisté ? Une demande d’euthanasie au nom de sa perte de dignité ?

Non, il s’adresse à Dieu. C’est cela qui est extraordinaire ! Si Job s’adresse à Dieu, c’est qu’il sait qu’il n’a pas perdu sa dignité, qu’il est encore assez digne pour s’adresser à Dieu. Son entourage le juge indigne. Lui a compris la plus grande dignité de l’homme qui, au-delà des apparences, lui permet de parler à Dieu.

Quand nous sommes réduits à rien, le monde ne nous pense plus dignes d’exister.

Quand nous sommes réduits à rien, Dieu nous donne l’insigne dignité de nous adresser à lui.

Là où le monde prône la mort comme solution des problèmes : par exemple pour l’enfant non désiré, le futur handicapé, le vieillard cacochyme, Dieu, lui, prône l’amour.

Devant un surcroît de souffrances, la seule réponse digne est un surcroît d’amour.

C’est la réponse de Jésus. La belle-mère de Simon Pierre est malade. Il la guérit plutôt que de la laisser au fond de son lit. Ensuite il se dépense sans compter pour ces pauvres gens accablés de souffrances en les délivrant de leurs maux. Mais il n’oublie pas la source de l’amour, son Père, qu’il rejoint la nuit dans la prière. C’est cela, la vraie dignité.

Aujourd’hui on nous parle de mort digne pour justifier l’euthanasie. On se sert de la belle notion de dignité pour donner la mort.

Mon père jusqu’à ses 98 ans était autonome, il avait toute sa tête et nous étions très fiers de lui. A ce moment-là, il a fait une méningite fulgurante qui ne l’a pas tué mais qui lui a laissé des séquelles cognitives. Ses propos n’étaient plus cohérents, mais il nous reconnaissait et il était heureux de nous voir. Nous nous sommes relayés, ses enfants, afin que presque tous les jours nous soyons près de lui. Un an après, il est mort, paisiblement, en souriant et nous avons même pu joyeusement fêter son anniversaire quelques jours avant son décès.

La seule dignité de l’homme, c’est d’être aimé jusqu’au bout.

La seule liberté de l’homme, c’est d’aimer jusqu’au bout.

Voilà le message du Christ transmis par sa Parole et par toute sa Vie. Voilà aussi la raison du cri de saint Paul : « malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ».

Soyons, nous chrétiens, les messagers de l’évangile de l’amour, non seulement par notre parole mais surtout par notre façon de vivre.

+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.

 

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L’édito – Ni de gauche ni de droite, le catho est catho ou ne l’est pas.

Alors que les médias et éditorialistes se creusent les méninges pour savoir si la distinction droite gauche est toujours un critère opportun, la crise du MRJCgate pose clairement que les catholiques se clivent eux-mêmes encore ainsi. Certes, les catholiques ont toujours un bon train de retard pour ce qui est de la réalité politique, mais cette distinction est-elle si obsolète que cela, ou, au contraire, la césure qui existe entre catholiques, n’est-elle pas celle qui aujourd’hui oppose la nouvelle droite et la nouvelle gauche ?

Depuis que les royalistes ont déserté l’hémicycle, l’épicentre politique a opéré un large transfert vers la gauche pour se cristalliser d’abord sur des questions économiques qui opposeraient riches et pauvres, puis sur des questions plus libérales ou libertaires, toujours dans l’idée de faire exploser la société bourgeoise et ses cadres. Aujourd’hui, les faux-nez n’ont plus lieu d’être et il apparait clairement que le clivage gauche droite se situe nettement de part et d’autre de la dignité humaine. Et ce sont bien deux visions de la dignité humaine qui s’opposent. L’une héritée de l’Evangile, l’autre, se répartit, s’unit et parfois se déchire autour d’idéologies héritées du libéralisme et du marxisme.  Outre le comique de situation d’un tel croisement où l’on voit des tenants de l’ancienne droite s’entendre avec les ténors de l’ancienne gauche, nous assistons au déplacement de l’épicentre politique qui peine cependant à se clarifier. A la droite de cette césure anthropologique se trouvent les défenseurs de la dignité humaine intrinsèque selon le modèle catholique traditionnel, prôné par la Doctrine sociale de l’Eglise et à sa gauche, tous les autres dont des personnalités de droite qui ont beaucoup de mal à admettre leur basculement à gauche dans la mesure où la bienpensance catalogue cette droite d’extrême. Et pourtant, quelles sont les points communs et divergences des écuries politiques, sinon celles qui tournent autour de la vision de l’Homme ?

A y regarder de plus près, c’est bien ce clivage qui divise les catholiques eux-mêmes, avec les mêmes faux-nez historiques. La caricature du catho de droite qui ne s’intéresse pas aux pauvres et qui n’accueille pas, ne tient pas la route pour qui regarde d’un peu plus près la réalité de la vie paroissiale ou associative catholique. Au demeurant, des catholiques, électeurs de droite, se retrouvent catalogués à gauche pour leurs positions précisément relatives à la vie. Et là réside le clivage historique entre catho de gauche et de droite, depuis que le ralliement à la République a relégué les royalistes aux oubliettes du régime. Pourtant, tout est lié, comme dirait le pape François. Et réellement, l’affaire du MRJC a clairement mis au jour la réalité du clivage entre deux conceptions présentées, l’une comme relativiste, l’autre comme rigoriste. Le communiqué de la CEF, à cet égard, rappelle qu’être catholique c’est tenir les vérités intangibles sur la dignité humaine pour, à partir de ces vérités, accompagner les hommes et les femmes de notre temps. Ainsi, il ne saurait-être question d’être de gauche ou de droite, mais d’être catholique. Quelle que soit son adhésion politique, un catholique qui refuse les données de la foi comme principe d’action politique et personnelle, n’est ni à gauche ou à droite dans l’Eglise, il n’est tout simplement pas catholique.

Cyril Brun, rédacteur en chef

 

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Le cardinal Vingt-Trois demande un débat sur les diverses conceptions de l’être humain

La messe des parlementaires se tenait mardi 17 octobre, en la basilique Sainte-Clotilde. Mgr André Vingt-Trois a déclaré aux députés et sénateurs présents :

[…] Comme celle de l’empire romain, notre société met en œuvre une confrontation entre les convictions les plus fortes des croyants et les recherches laborieuses des sagesses humaines, même quand elles échangent « la gloire du Dieu impérissable avec des idoles. » Dans les débats de société, certains s’essaient à occulter cette confrontation en la réduisant à une opposition entre des croyances qui voudraient s’imposer à tous et la liberté de conscience. Nous risquons de faire leur jeu en appuyant nos arguments sur une foi particulière. Ce n’est pas le chemin que nous indique saint Paul. Il ne nous invite pas à dissimuler nos références de croyant, au contraire : « Je n’ai pas honte de l’évangile, car il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque est devenu croyant. »  nous dit-il. Mais il nous invite aussi à rejoindre la connaissance de Dieu que peut avoir l’intelligence humaine, même si elle n’est pas encore accomplie dans une profession de foi plénière. C’est à cette intelligence que nous devons faire appel en posant des questions qui concernent le sens de l’existence humaine. »

« Dans les mois qui viennent, la révision des lois de bioéthique devrait être l’occasion d’un authentique débat sur les diverses conceptions de l’être humain qui y sont engagées, notamment par les questions concernant la procréation médicalement assistée et ses conséquences prévisibles. Il dépendra des élus que ce débat échappe aux caricatures faciles et se situe au niveau de ses vrais enjeux. Il est particulièrement significatif que dans les opinions émises à ce jour on occulte généralement les droits des enfants, -et notamment celui d’avoir accès à ses origines-. Nous ne pouvons pas fortifier une société réellement démocratique en plaçant les désirs personnels au-dessus de toute réflexion éthique. Dans ce débat, les chrétiens ont une responsabilité particulière, non pour imposer leur point de vue comme une position particulière, mais pour provoquer les intelligences et les consciences à tenir compte sereinement des signes que nous donne la création sur les conditions de la vie humaine. »

« […] L’extension exponentielle des moyens de communication, qu’il s’agisse des réseaux sociaux ou des chaines d’information continue, confronte chacune et chacun des citoyens à une masse d’informations et de commentaires qui dépasse, et de beaucoup, le volume et le rythme réels des événements. Il s’agit d’une véritable boulimie dont l’effet est de solliciter toujours davantage les réactions immédiates et de substituer progressivement ces réactions aux faits eux-mêmes. Dès lors, l’appréciation et le jugement se déplacent de l’action vers la communication. Ne risque-t-on pas d’en arriver à juger toute action publique en termes de communication, comme si les intentions réelles et les objectifs poursuivis étaient secondaires ? Comment éviter d’alimenter ces combats virtuels et faire ressortir les véritables enjeux de l’action politique ? Je mesure à quelle ascèse doivent se soumettre les élus et les gouvernants pour résister à ce travers de la vie publique et ne pas céder à la tentation de se soumettre à cette aspiration du système médiatique. Ce n’est pas la communication qui doit déterminer l’action mais l’action qui doit nourrir la communication. »

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Joseph Thouvenel (CFTC) : « La loi du marché ne doit pas primer sur la justice humaine »

Interrogé au micro de Boulevard Voltaire, Joseph Thouvenel fait le point sur les problématiques posées par les ordonnances de réforme du Code du travail qui, selon lui, ne résoudront rien. Le problème de l’emploi en France, c’est celui de la concurrence déloyale sur le marché unique. Le vice-président de la CFTC rappelle que le système économique doit être au service des personnes et des familles et non du matérialisme.

Aujourd’hui, la CGT est dans la rue. Elle est la seule organisation syndicale à avoir appelé à manifester. La CFTC ne l’a pas fait. Pourquoi ?

C’est simple. La manifestation n’est pas vraiment dans nos gènes.

Pour nous, c’est vraiment le dernier recours. Les salariés de la CFTC sont souvent dans des entreprises de taille moyenne. Ils savent qu’une journée de salaire perdue pèse dans leur budget.
Et ils sont attachés à leur travail.

Sur une loi nationale, ils ont donc du mal à sortir dans la rue. Je le comprends et je les soutiens.
Ce n’est pas le problème direct de leur entreprise.

Cela dit, ces ordonnances sont globalement négatives.

Le problème de l’emploi, en France, n’est pas lié à l’épaisseur du Code du travail. Il peut et doit évidemment être simplifié, mais il n’est pas moins complexe que le Code des impôts, du commerce ou de la construction.

Le sujet de fond est la concurrence déloyale que nous subissons, notamment au sein du marché unique de l’Union européenne.

Nous n’avons pas les mêmes règles du jeu en matière fiscale, environnementale et sociale.
Un seul exemple : les Pays-Bas sont, en volume, un plus gros exportateur européen que la France.
Ce n’est pas possible étant donné la taille des Pays-Bas.

Le miracle tient à des textes que nos amis des Pays-Bas détournent pour pouvoir, par exemple, exporter des produits comme des fleurs qu’ils font pousser en Afrique.

Voilà ce qu’il faut résoudre comme problèmes.

Les ordonnances ne vont pas sur ce terrain-là.

En revanche, par le matérialisme, elles attaquent frontalement le respect de la personne.
Le plafonnement des indemnités que les prud’hommes peuvent accorder en cas de licenciement abusif en est un bon exemple.

Dans notre droit français, il y a une règle fondamentale et juste. Elle consiste à dire que lorsque quelqu’un a subi un préjudice, qu’il a été constaté et qu’on peut le mesurer, alors le juge peut décider de la réparation de l’intégralité du préjudice, évidemment financièrement, car pour le reste on ne peut pas.
Il y aurait une exception dans notre droit, le salarié.

On nous fait passer cela en justifiant que les entreprises ont besoin de prévisibilité.
Pour les licenciements, elles l’ont. C’est un cinquième de mois par année de présence. En connaissant le salaire et l’ancienneté d’un salarié, je connais combien va me coûter un licenciement normal.
C’est seulement dans le cas où il est reconnu que c’est un licenciement anormal, qui a transgressé la loi. Alors là, quand c’est l’humain, on nous dit « plafond », mais quand c’est un litige entre deux entreprises, on nous dit « intégralité ».

Par exemple, je constate qu’une entreprise a volé mes secrets de fabrication et commercialise un produit qui m’appartient, je vais devant le juge. Le juge va mesurer le préjudice et va le faire réparer intégralement.
Ce qui est bon pour la vie économique serait mauvais pour la vie des personnes.
Le syndicaliste chrétien que je suis ne peut pas laisser passer cela.

Le système économique doit être au service de la personne et des familles, pas le contraire.
La justice ne se divise pas.

C’est un point symbolique, car cela concerne peu d’affaires. Mais le symbole est très fort, car on met le doigt dans un engrenage matérialiste qui nous dit que la loi du marché doit primer sur la justice humaine.
Ça, c’est non !

Votre propos est raisonné, mais très peu entendu. Il y a très peu de débats de fond sur cette loi Travail. On entend plus parler de la CGT et de ses manifestations. Comment expliquez-vous cela ?

Nous sommes dans une société de la communication.

Le gouvernement communique et le président de la République ne cesse de communiquer.
Communiquer n’est pas traiter les problèmes sur le fond.

Il nous manque de vrais débats de fond et de vraies réflexions de fond.

Lorsqu’on nous dit, par exemple, que les ordonnances vont faciliter la vie des petites entreprises sur un certain nombre de cas de figure, comme les primes données pour la rentrée scolaire ou pour l’arrivée d’un enfant, le débat de fond nous montrerait que c’est absolument dangereux.
On va avoir deux cas de figure.

Le premier, une entreprise avec un patron malhonnête. Cela arrive même s’ils ne sont pas la majorité. Il décide alors de tout tirer vers le bas, y compris le social. Alors, une entreprise avec un patron normal qui est attaché à son entreprise et à ses salariés va subir une concurrence déloyale de plus que celle de son voisin qui va tirer le social vers le bas.

On l’a connu au XIXe siècle. Cela n’a jamais créé d’emplois, mais de la misère.

Deuxième cas de figure, je suis un patron tout à fait normal, mais j’ai un gros donneur d’ordres.
Demain, ce gros donneur d’ordres pourra me dire : « Pour réduire vos coûts, vous allez supprimer les primes de rentrée scolaire et de maternité de vos salariés. »

Si ce donneur d’ordres représente 70 % du chiffre d’affaires, alors soit je perds mon client et je fais faillite, soit je passe sous ses fourches caudines et je baisse la condition sociale de mes salariés, même sans le vouloir.

Pour ceux qui s’imaginent que, dans le monde économique tel qu’il est, cela ne se produira pas, c’est-à-dire ne tirera pas les conditions sociales et économiques à la baisse, ils sont soit de grands naïfs soit de grands cyniques.

Enfin, dernier point pour éclairer ce débat.

Aujourd’hui, lorsqu’il y a un licenciement dans une multinationale, on regarde si elle est en véritable difficulté financière. Dans ce cas, je comprends tout à fait qu’on licencie.
Demain, les ordonnances nous disent qu’on ne regardera que la filiale française.
Quand je vois ces multinationales qui font un chiffre d’affaires conséquent sur le territoire de la France et qui ne payent pratiquement pas d’impôts. Qu’on n’aille pas me faire croire que, demain, elles ne vont pas mettre en place les mêmes moyens pour mettre fictivement en déficit leur filiale française pour se débarrasser du personnel quand et comme elles le veulent.

Cela ne crée pas de l’emploi, mais du chômage.

 

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Retrouvez notre soirée avec Joseph Thouvenel à Caen L’histoire sociale de la France ne commence pas en 1789

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La dignité humaine couvre tout l’homme et tout homme

La dignité humaine épuise la totalité de la personne humaine. Il n’y a rien en l’homme qui ne soit couvert par la dignité. Son âme, son corps, son travail, son agir, tout doit être mis sous le regard de la dignité et tout doit être respecté en tant que tel. L’âme humaine est la plus digne de ce respect. Le corps n’est pas exclu. Ce n’est pas une simple enveloppe qui enfermerait une âme en attente de sa libération. Aristote et saint Thomas en parleraient bien mieux ! Le corps permet à l’âme de se développer, car c’est par la médiation du corps et seulement par lui que je peux nourrir mon intelligence et alors par des actes volontaires user de ma liberté vraie. Si l’homme est digne, ses actes reçoivent  la même dignité, pour peu qu’ils soient humains.

Un acte est posé par la volonté sur proposition de l’intelligence. Pour qu’un acte soit humain, il faut donc qu’il soit le fruit d’une volonté droite et d’une intelligence libre. Aussi, bien des actes posés par des hommes ne sont-ils pas humains. Au mieux sont-ils animaux, voire bestiaux. À ce moment-là, ils perdent la dignité liée à leur auteur. Lui en revanche, même s’il ne pose que des actes non humains conserve sa dignité inaliénable. Pour que l’homme puisse vivre conformément à sa dignité et ne pas, peu à peu, se déshumaniser par un comportement animal (c’est à dire réflexe et instinctif), il faut que ses actes soient humains. Il convient donc de travailler à l’humanisation des actions humaines, donc à leur réelle libération !

Il est aussi un droit à la vie tout aussi inaliénable que les précédents. Il appartient à la dignité de l’homme que celui-ci vive. Mais vivre n’est pas simplement le fait de naître et de venir à l’existence. Il y a en propre dans tout être vivant, du végétal à l’animal, une poussée de l’être dans un mouvement dynamique qui tend vers l’accomplissement de cet être. Ainsi, chaque être tend naturellement vers l’accomplissement de lui-même, c’est-à-dire la pleine réalisation de ce pourquoi il est fait. La vie n’est autre que la lente construction de cette réalisation de soi. Qu’elle soit inconsciente, comme dans le cas des végétaux ou des animaux, ou bien consciente dans le cas d’un être humain, cette réalisation de soi porte en elle le sens de la vie, elle est native à toute créature. L’homme ne se réalisera pas dans une vie animale ou végétale. Aussi, la dignité de la personne humaine exige-t-elle d’entreprendre, ou d’avoir les moyens d’entreprendre, le plein accomplissement de soi. Soi étant entendu dans l’acception humaine de la personne spécifiée dans et par l’individu qui fait qu’il n’existe pas d’être humain en soi, mais des êtres humains particuliers et personnels. C’est à ces personnes individuées que doivent être proposés les moyens de leur réalisation. Ce sont ces personnes particulières qui doivent s’accomplir et ainsi vivre dignement. Ce sont elles qui doivent acquérir l’autonomie de leur personne, préalable indispensable à l’accomplissement de soi. Il n’y a pas de dignité de la personne humaine sans la dignité de chaque personne. Aussi, entendons-nous ‘droit à la vie’ comme un droit élémentaire de vie biologique et un droit spirituel d’accomplissement et d’épanouissement. Le don de la vie n’est pas in fine un don biologique, il est avant tout un appel au bonheur. Ce bonheur passe par l’accomplissement de soi.

Au final, la dignité de l’homme trouve sa justification et sa définition dans cet accomplissement, à savoir permettre à l’homme de s’avancer vers cette Félicité identifiée très tôt par Aristote. Nous sommes loin de la définition socialiste selon laquelle l’homme trouve sa dignité dans le travail qu’il accomplit pour la société ; loin de la conception libérale qui met la dignité de l’homme dans sa capacité productive ! La dignité de l’homme n’est soumise à aucune autre fin que le bonheur de l’homme lui-même. L ‘économie et la société sont au contraire au service de la dignité humaine. Elles doivent la promouvoir, la construire et la protéger. Le drame de l’humanité actuelle est d’avoir interverti les subordinations.

Le respect et la restauration de le dignité humaine passent par une prise en compte et un accomplissement de la dimension spirituelle de l’homme. Il ne pourra jamais se trouver un homme comblé dans sa seule dimension corporelle. Manger, boire, dormir, se loger, se reproduire ne sont pas des attributs proprement humains. Ils appartiennent à la dimension commune à l’animal et à l’homme. Une société qui se contenterait de satisfaire ces simples besoins, même si c’est de manière intelligente, ne produirait au mieux que des animaux plus développés que les autres. L’intelligence humaine, par nature supérieure à l’intelligence animale, permet en effet à l’homme de domestiquer la nature pour améliorer sa vie animale. L’homme n’a pas seulement à maintenir en l’état l’ouvrage divin qui lui est confié, il doit aussi le développer et l’embellir. C’est ainsi, que le travail trouve sa dignité. Le travail n’est pas simplement un effort de survie ni une conséquence du péché originel. Même si l’on se place dans l’acception chrétienne, la conséquence du péché originel est dans la souffrance que peut occasionner le travail. En aucun cas le travail n’est une punition. Avant la chute, l’homme a le devoir de travailler à soumettre et faire prospérer la Création. Certes notre travail nous permet de vivre et nous fait ainsi accéder à l’autonomie, mais cela est aussi le fait des animaux qui multiplient les efforts, et parfois de façon très ingénieuse et industrieuse, pour se procurer les moyens de survivre ; il n’est qu’à regarder une fourmilière ou la hutte d’un castor. Notre travail nous nourrit, mais pourtant ce n’est pas sa fin première dans l’ordre de la dignité humaine. Il participe déjà à la dignité en donnant les conditions de vie biologique nécessaires à l’épanouissement de l’être. Rappelons-nous ici la découverte de saint Vincent de Paul : « Avant de penser à leur âme, donnons-leur ce qu’il faut pour qu’ils puissent prendre conscience qu’ils ont en une ». Mais ceci n’est qu’une condition préalable à l’épanouissement de la dignité humaine. L’être humain s’accomplit au-delà de cette simple nécessité biologique. Aussi son travail est-il un élément constitutif de sa dignité en ce sens qu’il est le moyen par lequel l’homme se distingue de l’animal