Asie #NLQ

Indonésie – Après les élections à Djakarta, un Jésuite explique l’évolution sociale et politique du pays

« En Indonésie, le moment de considérer un chrétien comme responsable politique de niveau national, à savoir Président, Vice-président ou gouverneur de Djakarta, n’est pas encore venu. Il faut avoir de la patience et contempler l’histoire ». C’est ce qu’expliqe le père Franz Magnis-Suseno, s.i, enseignant universitaire et analyste de la société et de la politique indonésiennes, en commentant la non élection du chrétien Basuki Tjahaja Purnama (dit Ahok) au poste de gouverneur de Djakarta au profit du musulman Anies Baswedan. La campagne électorale a été caractérisée par l’émergence de mouvements musulmans radicaux ayant rejeté l’éventualité de l’élection d’un gouverneur chrétien, manipulant la religion à des fins politiques.
« Les Etats-Unis ont mis 160 ans avant qu’un catholique ne puisse devenir Président – en la personne de John F. Kennedy en 1961 – et à ce moment-là, eurent lieu des réactions non positives de la part de certains partis protestants. Et nous sommes en Amérique ! Nous voulons oublier peut-être les réactions relative au premier président de couleur, B. Obama ? Ou encore les vives protestations de nombreux allemands lorsque le Président Horst Koehler, osa parler, voici dix ans en arrière, d’islam allemand ? » remarque le jésuite allemand, établi en Indonésie depuis 1961 et devenu citoyen indonésien en 1977.
Notant la déception des chrétiens de Djakarta, le religieux continue : « Pourquoi faudrait-il demander à un pays comptant 88 % de musulmans de préférer un gouverneur chrétien à Djakarta ? ».
« Il s’agit d’un facteur psychologique – affirme le Père Magnis-Suseno, responsable de l’Institut de Philosophie Driyarkara de Djakarta – qu’il n’est pas possible de demander à la population de surmonter aisément. Il serait préférable ne pas insister sur ce point, pour éviter que ne ressurgissent des conflits sectaires, sur l’onde de l’émotion religieuse. Ce dont Djakarta a besoin est d’un responsable musulman pluraliste et partisan du Pancasila, qui œuvre pour le bien de la République d’Indonésie. Un responsable chrétien pourrait devenir son assistant mais en évitant des positions de premier plan ».
Le père Magnis-Suseno admet que le gouverneur sortant, « Basuki Tjahaja Purnama, est très capable mais présente quelques faiblesses qui le rendent inadéquat à devenir un homme politique de premier rang : il ne sait pas maîtriser son langage » indique le prêtre, rappelant qu’il a utilisé des paroles dures envers ses détracteurs. En premier lieu, « Basuki Tjahaja Purnama devrait savoir qu’un chrétien chinois ne devrait pas parler du coran. S’il n’avait pas cité la sourate Al-Maidah, il est probable qu’il aurait même été réélu ».
« En outre, il s’agit d’un personnage plutôt arrogant et d’un point de vue chrétien, il s’est comporté de manière brutale envers les pauvres. La moitié de ceux qu’il a expulsés ont été purement et simplement mis à la rue sans qu’une alternative ait été trouvée. Moi-même je l’ai critiqué à deux reprises, mais pas au cours de cette dernière année, pour éviter que mes paroles ne soient instrumentalisées durant la campagne électorale. Basuki Tjahaja Purnama ne bénéficie pas du soutien de nombreux activistes sociaux » relève le Père Magnis-Suseno.
Selon le jésuite, « Basuki Tjahaja Purnama n’est pas parvenu à élargir sa base électorale. Voici un an, avant la controverse sur le blasphème, environ 75 % des citoyens le considéraient comme un bon homme politique mais moins de 50 % en ont ensuite approuvé l’action comme gouverneur et seuls 42 % ont voté pour lui au premier et au second tour des élections de Djakarta ».
En Indonésie, en cas de choix entre un candidat musulman et un candidat chrétien, conclut le Père Magnis-Suseno, « les citoyens musulmans ordinaires voteront dans tous les cas pour un musulman, à moins qu’il ne s’agisse véritablement d’un personnage imprésentable » et ce même en l’absence de pressions de la part de l’Islamic Defenders Front.

Source

Asie #NLQ

Indonésie – “Le principal perdant dans cette élection, c’est la diversité de ce pays”

Au lendemain des élections locales qui ont vu la défaite du gouverneur sortant à Djakarta, c’est l’éditorialiste du Jakarta Post qui l’affirme : après une campagne électorale de huit mois, qui a été « la plus sale »de l’histoire de la capitale indonésienne, « le principal perdant dans cette élection, c’est bien la diversité [ethnique et religieuse] de ce pays ». Un pays dont la devise nationale est Bhinneka Tunggal Ika, habituellement traduite par « L’unité dans la diversité » mais qui, en vieux javanais, signifie plutôt « (Bien que) divisée, elle est une ».

Dès que les résultats provisoires (les résultats définitifs seront prononcés le 5 mai prochain) ont été connus, le 19 avril, le vainqueur du second tour des élections pour le poste de gouverneur de Djakarta a tenu à apaiser le climat tendu d’une campagne marquée par la division et les tensions religieuses. « Notre attention porte sur la justice sociale et la fin des inégalités, et notre engagement est de protéger la diversité et l’unité », a ainsi affirmé Anies Badeswan, un ancien ministre de la Culture et de l’Education, qui se présentait contre Basuki Tjahaja Purnama, dit ‘Ahok’, le gouverneur sortant.

Une victoire aux dépens du pluralisme

Ahok était pourtant sorti en tête du premier tour, le 15 février dernier, avec 42,9 % des suffrages. L’avance sur son rival immédiat, Anies Baswedan, qui avait réuni 39,9 % des voix, était faible, mais les sondages laissaient entrevoir une possible victoire au second tour pour ce gouverneur proche du président de la République, Joko Widodo. Les sondages se sont lourdement trompés, Anies Baswedan et son co-listier remportant largement le scrutin avec plus de 57 % des suffrages.

Pour l’éditorialiste du Jakarta Post, l’utilisation à outrance d’une vidéo où le gouverneur sortant, un chrétien protestant d’origine chinoise, citait des versets du Coran afin de critiquer les radicaux qui instrumentalisent les sentiments religieux pour attaquer leurs opposants politiques, son exploitation lors d’un procès pour « blasphème », et la mobilisation des musulmans derrière des organisations radicales telles le Front des défenseurs de l’islam ont abouti à polariser l’élection sur la seule question de savoir s’il était permis à un musulman de voter pour un non-musulman. « A partir de là, les choses sont allées en empirant, écrit l’éditorialiste. Les musulmans ont commencé à soupçonner leurs voisins non musulmans. Les musulmans en sont même venus à se montrer suspicieux envers leurs coreligionnaires, à partir du moment où des affiches sont apparues appelant à ce que les partisans d’Ahok soient interdits de services funéraires conformes aux rites islamiques. » Après tout ce qui a été dit et tout ce qui a été fait, le verdict des urnes indique que désormais un candidat à une élection est jugé sur son appartenance religieuse plutôt que sur ce qu’il a fait ou propose de faire pour améliorer la vie des gens, déplore encore l’éditorialiste du principal quotidien anglophone de la capitale, qui ajoute que cette élection pourrait faire précédent et qu’il est à craindre que « dorénavant les hommes politiques jouent la carte de la religion et gagnent aux dépens du pluralisme ».

Parmi les chrétiens de la capitale, issus d’une minorité qui représente quelque 10 % de la population au niveau national, l’inquiétude le dispute à un certain fatalisme. Interrogé par l’agence Ucanews, Kevin Reiner Hidayat, 22 ans, catholique d’origine chinoise, déclare « ne pas pouvoir imaginer ce qu’il va arriver [aux Sino-Indonésiens] tant les radicaux qui ont soutenu Anies Baswedan ont multiplié les déclarations dirigées contre les Chinois ». Ayant elle aussi voté pour Ahok, une catholique, Retno Setyawati, 53 ans, se dit déçue de la défaite de son candidat, « un gouverneur qui avait su faire changer les choses concrètement pour le mieux dans la capitale ces quatre dernières années ». « Mais qu’est-ce que j’y peux ? Je dois bien accepter le verdict des urnes », ajoute-elle, tout en doutant que le nouveau gouverneur puisse faire aussi bien que le gouverneur sortant. « Je crains que [Anies Baswedan] ne prête trop l’oreille à ceux qui l’ont élu et que cela fasse le lit du radicalisme à Djakarta », précise-t-elle.

« Gouverneur, président »

A en juger par certaines réactions du côté du QG électoral d’Anies Baswedan, l’inquiétude pourrait gagner les Indonésiens d’origine chinoise ou appartenant à des minorités religieuses. « Aujourd’hui nous avons gagné les élections et nous avons battu un gouverneur chinois qui a longtemps été au pouvoir et qui ne nous a pas considérés en tant que musulmans. Désormais, nous serons plus en capacité de mettre en œuvre ce que nous voulons », affirmait ainsi devant les journalistes Mohammad Saleh, ancien officier de l’armée et leader autoproclamé d’une milice musulmane. «  Cela comprend donner la priorité aux Indonésiens sur les étrangers, y compris les Chinois. Pendant longtemps, ils nous ont dominés. Faisons en sorte maintenant de gagner les élections de 2019 », continuait ce militant.

De fait, après ces élections à Djakarta, où, par le passé, le poste de gouverneur a pu servir de marchepieds vers la présidence de la République, les partisans d’Anies Baswedan, une fois leur victoire acquise, ont rapidement entonné le slogan « Gouverneur, président ». Pour eux, la victoire de Baswedan doit être le prélude au succès, aux présidentielles de 2019, de Prabowo Subianto, ancien général et candidat battu aux présidentielles de 2014 par Joko Widodo.

Dans le discours qu’il a prononcé pour reconnaître sa défaite, Ahok, 50 ans, a appelé chacun à retourner au travail dans le calme. « Nous avons six mois avant l’inauguration du nouveau gouverneur [en octobre 2017] et nous allons finir notre travail. Nous espérons qu’à l’avenir tout le monde oubliera cette campagne électorale », a-t-il affirmé, en ajoutant qu’il comptait sur Anies Baswedan et son co-listier pour « poursuivre notre œuvre [au service des habitants de la capitale]  ». Ahok n’a pas pour autant annoncé son retrait de la vie politique : « A nos supporters, je dis que nous comprenons que vous êtes déçus, mais c’est ainsi parce que Dieu l’a décidé ainsi. En 2007, j’avais aussi perdu les élections et j’avais dit à mes soutiens : ‘Soyez patients, c’est la volonté de Dieu’. Et vous savez quoi ? En 2024, je peux redevenir gouverneur de Djakarta, on ne sait jamais ! »

Dans l’immédiat, le procès pour blasphème intenté contre Ahok a connu une nouvelle étape ce jeudi 20 avril. Les parties en présence devaient entendre le réquisitoire du ministère public. Estimant que les preuves étaient insuffisantes pour une condamnation au titre de la loi contre le blasphème (passible de cinq ans d’emprisonnement), le procureur a requis une peine de prison d’un an pour « harcèlement envers les oulémas » ; il a aussi demandé deux ans de « mise à l’épreuve », équivalent à une peine de sursis. Les avocats de la défense plaideront le 25 avril, avant un verdict attendu pour la mi-mai.

Source : Eglises d’Asie

Asie #NLQ

Indonésie – Défaite du candidat chrétien à l’élection de gouverneur de Djakarta

Alors qu’est encore en cours le décompte des bulletins de vote, toutes les projections effectuées sur la base des bureaux de vote ayant déjà remis leurs décomptes concernant le choix du nouveau gouverneur de Djakarta attribuent la victoire avec une large marge au candidat Anies Baswedan, ancien Ministre indonésien de l’Education. La commission électorale ne communiquera pas de résultats officiels avant le début du mois de mai, mais une large victoire se dessine pour lui. Sur la base de ces projections, le gouverneur sortant, Basuki “Ahok” Tjahaja Purnama, chrétien protestant d’origine chinoise, qui était pourtant arrivé en tête au premier tour de ces élections régionales malgré les campagnes de propagande sectaires déchaînées contre lui et le procès dans le cadre duquel il était inculpé pour présumé blasphème, aurait donc été vaincu.

Le ballottage a enregistré lui aussi l’hyperactivité de mouvements radicaux islamistes tels que le Tamasya Al-Maidah, qui avait appelé tous les indonésiens à se rendre à Djakarta pour « faire la garde » aux bureaux de vote au cours des opérations de vote. Pour éviter des formes d’intimidation physique ou psychologique des électeurs, la police avait interdit les rassemblements et mobilisations au cours du scrutin.
Mgr Ignatius Suharyo, archevêque de Djakarta, dans son message de Pâques, se référant au rendez-vous électoral n’avait pas cité explicitement les groupes religieux extrémistes mais, mentionnant certains responsables musulmans indonésiens, il avait répété que l’islam est, lui aussi, une religion de paix et qu’elle rejette la violence. L’archevêque avait invité la population à exercer son droit de vote avec sérénité, rappelant comme priorité la lutte contre la corruption et remerciant le gouvernement pour les efforts faits afin d’assurer un déroulement pacifique aux opérations de vote.
Des analystes catholiques indonésiens considèrent que le profil du nouveau gouverneur de Djakarta, éloigné des positions extrémistes, représente dans tous les cas une garantie et qu’il pourra contribuer à rasséréner le climat, laissant décanter les tensions sectaires qui ont caractérisé la campagne électorale.

Source : Agence Fides

Asie #NLQ

Indonésie – Les adversaires du gouverneur Ahok attisent les tensions religieuses

Le 19 avril prochain, les Indonésiens retournent aux urnes pour le deuxième tour des élections locales dans sept des trente-quatre provinces du pays ainsi que dans 76 districts et 18 municipalités. L’attention est concentrée sur la ville de Djakarta, où le candidat qui est sorti en tête à l’issue du premier tour du 15 février dernier fait face à des attaques répétées sur son appartenance religieuse. Selon bon nombre d’analystes locaux, ces élections, qui se jouent sur le terrain politico-religieux, viennent tester l’identité plurielle et démocratique de l’Indonésie post-Suharto.

Du premier tour, le gouverneur sortant, Basuki Tjahaja Purnama, plus connu sous le nom de « Ahok », est sorti en tête, avec 42,9 % des suffrages et une faible avance sur son rival immédiat, Anies Rasyid Baswedan, qui a réuni 39,9 % des voix. D’origine chinoise et de religion chrétienne, Ahok mène campagne alors qu’il est sous le coup d’une procédure judiciaire pour « insulte à la religion », un chef d’inculpation qui peut lui valoir jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Après une déclaration en septembre dernier sur l’utilisation du Coran à des fins politiques, le gouverneur de Djakarta avait été attaqué en justice par le Front des défenseurs de l’islam, une organisation musulmane radicale bien connue pour sa volonté d’imposer une lecture rigoriste de l’islam au pays.

Musulman mais « infidèle » car allié à Ahok le chrétien

Tandis que la justice suit son cours (on ne s’attend pas à un verdict avant plusieurs semaines), la campagne électorale bat son plein. Et l’on constate que les partisans d’Anies Baswedan n’hésitent pas à user de la carte religieuse pour signifier aux musulmans l’impossibilité pour eux de voter pour un non-musulman. Le 11 mars dernier, des musulmans ont ainsi barré le passage à Djarot Saiful Hidayat, le co-listier d’Ahok. Musulman, ce dernier voulait se rendre dans une mosquée de Djakarta-Est pour y prier ; il s’est vu refuser l’accès au lieu de culte au prétexte qu’il était un « infidèle », du fait de son association politique avec le chrétien Ahok.

Sur les réseaux sociaux, devenus ces dernières années le principal moyen d’information des Indonésiens, des appels circulent pour que les imams interdisent de cérémonie funéraire les musulmans « qui votent pour un dirigeant infidèle ou blasphémateur ». Toujours sur les réseaux sociaux, des messages sont répandus pour dire que ceux qui votent pour un non-musulman n’auront pas accès au paradis.

La répétition de ce genre de messages semble faire son effet. Gouverneur populaire pour s’être attaqué de front à nombre de maux qui étouffent la capitale indonésienne (déficit de logements, insuffisance des infrastructures, corruption endémique, lutte contre les islamistes), Ahok est désormais en deuxième position dans les sondages. Selon Pollster Indonesian Survey Circle, le gouverneur sortant n’est plus crédité que de 40 % des intentions de vote, tandis que son adversaire Anies Baswedan recueille 49 % d’intentions de vote. Un autre sondage, réalisé par Indonesian Survey Institute, donne Ahok à 39,7 % et Baswedan à 46,3 %.

Instrumentalisation de la religion à des fins électoralistes

Selon Bonar Tigor Naipospos, du Setara Institute for Democracy and Peace, ONG qui milite pour les droits de l’homme et la liberté religieuse en Indonésie, la chute d’Ahok dans les sondages indique que la politisation de la religion « a pris racine » dans l’électorat musulman. « Instrumentaliser la religion est la seule manière que les rivaux d’Ahok ont de le battre car le bilan du gouverneur [élu vice-gouverneur en 2012, il est gouverneur de Djakarta depuis 2014] l’a rendu populaire auprès d’une majorité des habitants de la capitale », explique-t-il, ajoutant que bien que 65 % des habitants de la métropole se déclarent satisfaits de son action, ils disent aussi ne pas vouloir de lui pour un deuxième mandat du seul fait qu’il n’est pas musulman.

Pour Usep Ahyar, analyste politique au Populi Center, un think-tank local, il est clair que « de nombreux électeurs sont en train de perdre leur liberté de choix : la peur les domine et ils ne savent pas comment contrer la tactique mise en œuvre par des religieux et les groupes qui combattent Ahok ». Pour autant, l’influence des religieux sur le vote ne doit pas être surestimée, explique-t-il, ajoutant que tout se jouera dans le secret de l’isoloir.

En attendant le 19 avril et le verdict des urnes, face à la pression exercée via les réseaux sociaux, où les « fake news » le disputent aux informations vérifiées, relativement rares sont ceux qui se risquent à dénoncer l’instrumentalisation de la religion dans cette élection. Le P. Yohanes Kristoforus Tara, prêtre franciscain bien connu, anime le centre Justice, Peace and Integrity of Creation ; il dénonce la campagne des opposants à Ahok comme «  la plus ignominieuse des manœuvres politiques menée à des fins communautaristes ». Il fustige en particulier l’appel à interdire l’accès aux cérémonies funéraires. « Il faut rendre la religion à son essence. Rendre à la religion son pouvoir libérateur pour ses adeptes. Sanctuariser les lieux de culte. Et laisser les gens mourir en paix pour se préparer à faire face à Dieu », lance-t-il à l’intention des auteurs de ces manœuvres.

Ahmad Syafii Maarif est un intellectuel musulman reconnu en Indonésie. Président de 1998 à 2005 de la Muhammadiyah, l’une des deux plus importantes organisations musulmanes de masse d’Indonésie, il déplore la tournure prise par la campagne électorale et estime que la religion « est vendue à vil prix ». Il ne cache pas qu’il espère que près de vingt ans après la chute du dictateur Suharto (au pouvoir de 1966 à 1998), la maturité démocratique des électeurs fera qu’ils sauront, le 19 avril, faire la part des choses entre une instrumentalisation de l’islam par les milieux radicaux alliés pour la circonstance aux cercles conservateurs, et la défense d’une société démocratique au sein d’une nation diverse et plurielle.

Source : Eglises d’Asie

Brèves

Indonésie – Première place du candidat chrétien dans le cadre des élections à Djakarta

Malgré une campagne de haine sectaire menée contre lui et le procès pour blasphème dans le cadre duquel il est inculpé, Basuki Tjahaja Purnama dit Ahok, candidat chrétien protestant d’ethnie chinoise, a remporté le premier tour des élections régionales.
Basuki Tjahaja Purnama, par ailleurs gouverneur sortant, a été pris pour cible par différents rassemblements massifs et manifestations organisés dans les rues de Djakarta par des groupes musulmans tels que l’Islamic Defenders Front (FPI). Différents responsables islamiques ont exhorté les électeurs à ne pas élire un non musulman comme gouverneur de la capitale d’un pays à majorité musulmane.
Toutefois Basuki Tjahaja Purnama a survécu aux attaques sectaires lancées contre lui. Les résultats des premiers décomptes du scrutin du 15 février montrent qu’il a été soutenu par un nombre énorme de citoyens de la capitale, dont de nombreux musulmans. Sur la base des projections, différents sondages Basuki Tjahaja Purnama et son vice, Djarot Saiful Hidayat, de religion musulmane, auraient obtenu environ 42 % des voix contre 39 % à Anies Baswedan et Sandiaga Salahuddin et 17 % à Harimurti Yudhoyono et Sylviana Murni.
Attendu que Basuki Tjahaja Purnama ne devrait pas obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés, un ballottage sera nécessaire, la Commission électorale l’ayant fixé au 19 avril.
Selon le Père Benny Susetyo, Secrétaire du Setara Institute for Democracy and Peace, centre d’études bien connu de Djakarta, « la victoire d’Ahok est due à son image d’honnêteté et de transparence. Toutefois, la lutte idéologique croissante, qui a été mise en évidence dans le cadre de cette campagne électorale, demeure dangereuse pour l’avenir de la démocratie indonésienne ».
Par ailleurs, Jimmy Leo, laïc catholique, indique que « Les citoyens de Djakarta ont pris part avec enthousiasme au scrutin pour élire leur gouverneur. La majeure partie des personnes nourrit l’espoir d’avoir un gouverneur comme Ahok. Malgré l’accusation de blasphème, de nombreux musulmans ont voté pour lui et le feront de nouveau. Ahok dispose d’un solide soutien parmi la population et nous espérons qu’il remportera le second tour ». « Les habitants de la capitale – ajoute-t-il – apprécient ce qu’Ahok a fait pour la ville alors que certains musulmans ont peur de voter pour lui à cause de la fatwa émise par le Conseil des oulémas indonésiens, qui interdit de voter pour un non musulman ».
Au plan politique, le soutien du candidat exclu du ballottage pourrait maintenant résulter décisif. 

Source : Agence Fides

Asie

Indonésie – Message de l’archevêque de Djakarta en vue des élections du 15 février

Alors qu’est enregistrée dans le pays une tension et une polarisation croissante en vue de l’élection du gouverneur de Djakarta, prévue pour le 15 février, l’archevêque de la ville, Mgr Julius Suharyo, a diffusé un message invitant les fidèles à affronter « avec calme et sérénité la situation actuelle, soutenant tous les efforts promus par le gouvernement pour maintenir la paix » et « exerçant le droit de vote en conscience ».
L’Archevêque souhaite que « les catholiques privilégient avant tout le sens de la nationalité » et cette « diversité » entendue comme « signification positive pour l’intégrité de la République d’Indonésie qui se base sur l’idéologie du Pancasila » (la charte des cinq principes fondamentaux ndlr). Mgr Suharyo invite les fidèles à continuer à prier « afin que Dieu protège toujours notre nation et que les responsables de notre pays aient toujours la sagesse de manière à ce qu’ils puissent construire une société pacifique et prospère ».
Se référant au principe fondamental de l’Etat, à savoir « l’unité dans la diversité », l’archevêque rappelle aux catholiques qu’ils ne doivent pas faire de l’Eglise « le lieu ou l’instrument d’une forme quelconque de campagne politique », invitant d’autre part les fidèles à prier une neuvaine et à réciter le chapelet afin que le candidat chrétien Basuki Tjahaja Purnama, connu aussi sous le surnom de Ahok, puisse sortir vainqueur du scrutin. Il est pour l’heure inculpé de présumé blasphème mais ceci ne l’empêche pas de continuer à mener sa campagne et de participer aux élections.
Ces jours derniers, dans le cadre de l’un des événements de la campagne électorale, le candidat a déclaré : « Nous croyons que Djakarta a besoin d’un responsable honnête. Si le responsable est honnête alors les fonctionnaires auront la même attitude. Par ailleurs, le responsable devrait être transparent et compétent ».
Maxi Paat, laïc catholique travaillant au Secrétariat de la Commission épiscopale pour les Affaires œcuméniques et interreligieuses, déclare « Les catholiques se mêlent aux autres électeurs. Je voterai pour Ahok non pas à cause de ses origines religieuses ou ethniques mais parce qu’il a fourni une excellente preuve de son travail dans le domaine du développement de Djakarta ». Félix Lengkong, Psychologue de l’Université catholique Atma Jaya de Djakarta, remarque que « Ahok est soutenu également par de nombreux musulmans, du moment que nombreux sont ceux qui croient en son honnêteté et dans sa correction ».
Aujourd’hui, 7 février, le candidat chrétien Basuki Tjahaja Purnama a été présent à la IX° audience du procès dans le cadre duquel il est inculpé de blasphème. La plainte déposée contre lui par le groupe radical Islamic Defenders Front remonte au 6 octobre dernier et a pour base son discours du 27 septembre dans lequel le candidat avait cité la sourate al maidah du coran. Après des semaines d’enquête, la police a renvoyé en jugement l’homme politique chrétien pour présumé blasphème.

Source : Agence Fides

Asie

Indonésie – Accusé de blasphème, le gouverneur de Djakarta se défend

Le procès pour blasphème intenté contre le gouverneur de Djakarta, personnalité politique qui présente la double particularité d’appartenir à la fois à la minorité d’origine chinoise et d’être de confession chrétienne, se poursuit. A trois semaines des élections du 15 février prochain, le gouverneur n’entend pas se laisser faire, tandis que les milieux chrétiens, de leur côté, ne restent pas inactifs.

Ce 25 janvier verra la tenue de la septième session du procès ouvert le 13 décembre dernier contre le gouverneur de Djakarta, Basuki Tjahaja Purnama, plus connu sous le nom de « Ahok ». La précédente session, le 17 janvier dernier dans l’enceinte du ministère de l’Agriculture qui sert de salle de tribunal improvisée, avait tourné court, l’accusation n’ayant pas pu présenter devant les juges une partie des témoins à charge prévus par l’ordre du jour de l’audience. Lors de la session qui s’était tenue le 3 janvier, le gouverneur n’avait pas hésité à se montrer offensif, dénonçant haut et fort « la prétention du FPI [le Front des défenseurs de l’islam, qui a porté plainte contre lui pour blasphème] à parler au nom de tous les musulmans ». « Nombreux sont les musulmans qui n’aiment pas le FPI », avait alors affirmé Ahok.

 

Un gouverneur prêt à se défendre

La défense, offensive, adoptée par le gouverneur lors de ces dernières sessions devant ses juges contraste avec son attitude lors de l’ouverture du procès. Le 13 décembre, les Indonésiens avaient découvert sur leurs écrans de télévision un homme en pleurs, assis seul devant ses juges, se défendant d’une voix saccadée contre ses accusateurs. Basuki Tjahaja Purnama avait toutefois nié avec force avoir jamais blasphémé contre l’islam. Le gouverneur de Djakarta se trouvait alors devant un tribunal du fait d’une plainte pour blasphème déposée contre lui par le FPI, lequel arguait que lors d’un discours tenu en septembre 2016, dans le cadre de la campagne pour les élections du 15 février 2017, Ahok avait cité de manière blasphématoire une sourate du Coran afin d’inciter l’électorat musulman à voter pour lui, un non-musulman.

Depuis cette date, face à la mobilisation du FPI et de ses partisans, qui sont descendus à trois reprises dans les rues de la capitale, en octobre, novembre et décembre derniers, pour manifester contre le gouverneur, la tension reste forte dans le pays. Les enquêtes d’opinion indiquent que le gouverneur, candidat à sa propre succession, qui possédait une très forte avance dans les sondages, a vu cette dernière fondre comme neige au soleil. Selon une étude de Populi Center, Ahok et son colistier seraient toujours en tête, avec 34,2 % d’intentions de vote, mais ils sont suivis de près par Agus Harimurti Yudhoyono et sa colistière Sylviana Murni avec 32,3 % d’intentions de vote (le troisième candidat, formé par le ticket Anies Baswedan et Sandiaga Uno, se situe plus loin derrière, avec 25 % d’intentions de vote).

Pour Usep S. Ahyar, directeur de Populi Center, la faible avance dont dispose Ahok dans les sondages ne signifie pas que le gouverneur ait course perdue. « A mesure que le procès se poursuit, les gens comprennent mieux ce qui est en jeu et ce qui lui est reproché – et cela peut lui être bénéfique. Les gens, par exemple, peuvent se rendre compte que les témoins cités contre Ahok sont moins compétents et crédibles que ceux qui sont cités par la défense », analyse le politologue. Le gouverneur a su, de plus, utiliser les conférences de presse tenues à l’issue de chacune des sessions du procès pour en faire autant de caisses de résonnance de sa campagne, poursuit encore Usep S. Ahyar.

 

Le leader du FPI sous le coup d’une plainte pour « blasphème »

De leur côté, les associations chrétiennes, dans un pays où la minorité chrétienne représente 10 % de la population, ne sont pas restées inactives. Tout en refusant de « confessionnaliser » le procès intenté à Ahok, elles ont su allumer des contre-feux. Ainsi, le 25 décembre, Muhammad Rizieq Shihab, le leader du FPI, a prononcé un discours où il s’est ouvertement moqué de la foi chrétienne et du dogme de l’incarnation en faisant mine de s’interroger ainsi : « Si Dieu a donné naissance, qui donc a bien pu être la sage-femme présente sur les lieux ? ». Enregistrée sur vidéo, la scène, qui entraîne les rires de l’assistance musulmane réunie autour du chef du FPI, a immédiatement fait le tour des réseaux sociaux. Dès le lendemain, 26 décembre, l’Association des étudiants catholiques d’Indonésie a porté plainte contre Shihab, une plainte pour « insulte à la religion chrétienne » rapidement soutenue par 150 avocats ainsi que plusieurs personnalités musulmanes.

Signe de la gêne causée par cette plainte, Muhammad Rizieq Shihab a approché ces jours derniers les auteurs de la plainte pour négocier avec eux son retrait. Démarche rejetée par Angelo Wake Kako, président du syndicat étudiant catholique, qui a déclaré le 19 janvier : « La plainte pour blasphème suit son cours conformément à la loi. Nous devons la respecter et nous continuerons ainsi. » L’un des avocats des milieux chrétiens a précisé que le leader du FPI pouvait « s’excuser publiquement s’il le souhaitait ; nous lui pardonnerons mais cela n’arrêtera pas la procédure judiciaire », les étudiants catholiques souhaitant adresser par là « un message fort contre les discours de haine qui menacent l’unité de la nation ».

Le 18 janvier, le président de la République, Joko Widodo, recevait les pasteurs Henrietta Lebang, Gomar Gultom et Albertus Patty, responsables du PGI (Synode des Eglises protestantes). Ces derniers lui ont fait part de leur inquiétude du fait du climat créé par le procès instruit contre Ahok mais aussi du récent transfert d’un responsable de district à Bantul, au sud de Yogyakarta, au motif que celui-ci était de religion catholique et que le district était très majoritairement peuplé de musulman, ou bien encore de la manifestation menée par des Dayaks à Kalimantan-Ouest (Bornéo) pour empêcher un haut responsable du MUI (Conseil des oulémas d’Indonésie) de descendre de son avion.

Selon les responsables protestants, le président Widodo a noté que l’idéologie radicale professée par des groupes tels que le FPI « était favorisée certaines formations politiques » qui voient un avantage électoral à jouer la carte du fondamentalisme. « Les organisations de masse qui promeuvent l’intolérance dans notre société seront poursuivies selon la loi », a assuré le président, rapportent les dirigeants du PGI. Personne ne doit penser que l’Etat reste « silencieux, ou pire intimidé » par les éléments « qui sèment la division et fomentent la violence », a ajouté le chef de l’Etat.

Les élections du 15 février prochain verront des dizaines de millions d’Indonésiens se rendre aux urnes, pour élire les dirigeants locaux dans plus d’une centaine de régions, districts et territoires de l’archipel. Quant au procès du gouverneur sortant de Djakarta, le jugement pourrait ne pas être prononcé avant plusieurs semaines ; Ahok encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

 

Source : Eglises d’Asie

Asie

Indonésie – Procès contre le gouverneur chrétien de Djakarta, un test pour la démocratie

Ahok, le gouverneur chrétien de Djakarta a pleuré en lisant la déclaration faite au tribunal au cours de la première audience du procès dans le cadre duquel il est inculpé de blasphème. Le procès se poursuivra lors de la prochaine audience du 20 décembre, lorsque le Parquet pourra répondre aux déclarations qu’il a faites.
« Je suis particulièrement triste d’être accusé d’avoir insulté l’islam parce que cela signifie que j’ai diffamé mes parents adoptifs, musulmans, ainsi que des frères et sœurs que j’aime beaucoup » a déclaré le gouverneur Basuki Tjahaja Purnama dit « Ahok », visiblement ému au cours de l’audience tenue hier, 13 décembre, devant la Cour de district du Nord de Djakarta. 
Il a déclaré aux juges ne jamais avoir eu l’intention d’insulter des chercheurs musulmans ou des oulémas et qu’il ne voudrait jamais offenser l’islam, en ce qu’il a toujours eu un rapport harmonieux avec les musulmans depuis son enfance, fréquentant des écoles musulmanes et ayant des amis musulmans qu’il considère être « sa propre famille ».
L’homme a rappelé que ses parents adoptifs sont musulmans, ajoutant que son frère, lui aussi musulman, a payé sa part d’inscription pour lui permettre d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. « Etre accusé d’avoir insulté l’islam signifie pour moi être accusé d’avoir diffamé ma famille musulmane » a déclaré le gouverneur en larmes.
Il a également mentionné les différents programmes qu’il a promu, dans le cadre de son activité politique, en faveur des musulmans, appliqués sous son égide en tant que gouverneur de Djakarta, charge dans laquelle il a succédé à Joko Widodo, dont il était vice gouverneur, lorsque ce dernier a été élu à la Présidence de la République. Au cours de son mandat, le gouverneur a fait construire différentes mosquées dans l’ensemble de la capitale, concédant aux salariés des mosquées des logements à bas coûts et des jours fériés spécifiques de manière à pouvoir accomplir le pèlerinage à La Mecque. En outre, durant le mois du ramadan, il a permis à tous les musulmans travaillant dans les bureaux de l’administration de rentrer chez eux plus tôt de manière à pouvoir manger et prier avec leurs familles.
Le gouverneur a expliqué aux magistrats que les paroles prononcées le 27 septembre dernier ne constituaient pas un outrage envers le coran. « Je n’avais pas l’intention d’interpréter de manière erronée la sourate 51 Al Maidah ni de commettre un blasphème. Dans ma déclaration, j’ai fait référence à certains hommes politiques qui avaient abusé de ce texte, lançant une concurrence déloyale en vue des prochaines élections régionales ».
Au cours de son procès, transmis en directe télévisuelle, des centaines de membres de groupes islamiques se sont réunis hors du tribunal pour demander l’arrestation du gouverneur. Dans d’autres zones de la capitale, des partisans du gouverneur se sont réunis pour prier, dans le cadre d’assemblées toujours contrôlées par la police.
Le Père Benny Susetyo, Secrétaire du Conseil national du Setara Intitute pour la démocratie et la paix, a déclaré que le procès au gouverneur « constitue une épreuve pour la démocratie indonésienne, un test pour savoir si la Constitution peur être appliquée ou si elle est menacée et défaite par les pressions de l’opinion publique. Il s’agit également d’un test pour les forces de l’ordre, appelées à faire respecter la Constitution ». 

Source : Agence Fides

Asie #NLQ

Indonésie – Montée des tensions interreligieuses

Tandis qu’à Djakarta les musulmans radicaux étaient capables de rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes pour demander la condamnation pour blasphème du gouverneur de la ville, les signes d’une montée des tensions interreligieuses se multiplient dans le pays. Le 6 décembre, à Bandoung (Bandung),une assemblée évangélique a été interrompue par les militants d’une organisation islamique radicale ; à Bekasi, dans la banlieue de Djakarta, quelques centaines de musulmans ont manifesté pour empêcher la construction d’une église catholique.

Le 6 décembre dernier, à Bandoung, dans la province de Java-Ouest, le Rév. Stephen Tong avait loué l’un des auditoriums du principal centre des congrès de la ville, le Sasana Budaya Ganesha Cultural Center. Membre de l’Eglise évangélique réformée d’Indonésie, il y avait invité plusieurs centaines de chrétiens pour une célébration de montée vers Noël. L’assemblée a toutefois été interrompue par l’irruption sur les lieux de militants se réclamant des « Défenseurs de l’Ahlu Sunnah » (PAS – Pembela Ahlu Sunnah). Les leaders du groupe militant ont affirmé que l’assemblée chrétienne était « illégale », les seuls lieux autorisés à accueillir des prières chrétiennes étant les églises. Affirmant que des événements similaires avaient été l’occasion par le passé de tenter de convertir des musulmans au christianisme, Muhammad Ro’in Balad, coordinateur du PAS, a déclaré qu’une telle assemblée était « contraire à la loi qui interdit la diffusion d’une religion à des personnes qui professent déjà une autre religion  ». Dans un climat empreint de tension, l’assemblée a dû se disperser.

Différence de traitement

Les réactions ont été nombreuses. Du côté des autorités civiles, elles sont contrastées. Le maire de Bandoung, Ridwan Kamil, a « déploré l’intimidation à laquelle s’est adonné [le PAS]  », y voyant une manifestation « inappropriée et contraire à l’esprit de la devise nationale Bhineka Tunggal Ika [‘l’unité dans la diversité’]  ». Le gouverneur de Java-Ouest, Ahmad Heryawan, a quant à lui estimé qu’il s’agissait « juste d’un incident mineur » dont « on ne devait pas s’inquiéter ». Ahmad Heryawan est membre du PKS (Parti de la justice et de la prospérité), parti aujourd’hui dans l’opposition et considéré comme proche des musulmans radicaux.

Dans les milieux chrétiens, l’incident n’est pas passé inaperçu. Président d’une association de soutien aux victimes de persécution religieuse, le pasteur Palti Panjaitan estime que ce qui s’est passé à Bandoung ce 6 décembre est typique de l’action des formations extrémistes musulmanes qui estiment que la minorité chrétienne en Indonésie (10 % de la population) menace la majorité musulmane du pays (85 % des 240 millions d’habitants du pays sont considérés comme étant musulmans). Selon lui, l’attitude des autorités est en cause. L’assemblée évangélique se tenait dans un local destiné à la location et elle n’aurait jamais dû être perturbée si le gouvernement et la police prenaient au sérieux la persécution dont sont victimes les minorités en Indonésie, affirme-t-il à l’agence Ucanews« Voyez la différence : quand les musulmans organisent des prières dans les rues de Djakarta, l’Etat met tout en œuvre pour les aider ! », proteste-t-il encore, en référence à la manifestation organisée sous forme d’une gigantesque prière de rue le 2 décembre dernier dans la capitale.

Un climat inquiétant à l’approche de Noël

Selon Hendardi, président du Setara Institute, une ONG de défense des droits de l’homme et de la démocratie, le succès des récentes manifestations dirigées contre le gouverneur de Djakarta, un sino-indonésien chrétien sous le coup d’une inculpation de blasphème, ne peut qu’encourager les groupes extrémistes à passer à l’action. Si les responsables de l’incident de Bandoung ne sont pas interpellés, « d’autres incidents semblables pourraient très bien se produire d’ici Noël », met-il en garde.

Signe de la volatilité de la situation et de leur inquiétude face au climat actuel, les grandes organisations musulmanes de masse ont été promptes à condamner l’incident provoqué par le PAS. Le Nahdlatul Ulama (NU) a demandé au gouvernement « de dissoudre une telle organisation hostile au pluralisme ». Ses responsables ont affirmé que, cette année comme les années précédentes, la branche jeunesse du NU, les Barisan Ansor Serbaguna (Banser), déploierait ses membres durant la période de Noël pour protéger les lieux de culte chrétiens. « Les membres des Banser seront au premier plan pour protéger les concitoyens chrétiens lorsqu’ils mèneront les prières et les célébrations liées à Noël. Nous agissons ainsi au nom de la tolérance », a ainsi déclaré Imam Pituduh, secrétaire général adjoint du NU. De son côté, la Muhammadiyah a annoncé sa volonté d’« intensifier » le dialogue interreligieux. Les extrémistes « ne représentent que quelques groupes ; les musulmans tolérants sont bien plus nombreux », a déclaré le président de la branche jeunesse de la Muhammadiyah, en rappelant que son organisation menait un programme appelé « Nettoyer, Prier et Aimer » par lequel les jeunes Indonésiens sont encouragés à s’engager dans des activités interreligieuses telles que nettoyer et entretenir les lieux de culte, telles les mosquées et les églises.

Afin d’assurer un déroulement paisible des fêtes de Noël, la police a annoncé le déploiement de 155 000 personnels qui seront de permanence entre le 23 décembre et le 2 janvier. En déplacement à Bali ce 8 décembre, le président Joko Widodo a inauguré une conférence internationale sur le thème « Religion, démocratie et tolérance ». Il a insisté sur la « nécessaire tolérance » dans un monde toujours plus « divers ».

Menace contre une église catholique en construction

Par ailleurs, dans les derniers jours du mois de novembre dernier, des musulmans radicaux ont manifesté devant la paroisse Sainte-Claire à Bekasi, une banlieue de Djakarta. La paroisse catholique projette d’édifier une église et, après dix-sept ans de démarches administratives ininterrompues, elle a pu réunir les permis et les autorisations requis par la loi, mais les extrémistes menacent d’« incendier l’église si le chantier devait continuer », rapporte l’agence Fides. Dans le contexte actuel de tensions liées à la campagne électorale en cours pour l’éventuelle réélection du gouverneur de Djakarta, cette affaire vient souligner combien la construction des lieux de culte est une question toujours ultra-sensible et à ce jour non résolue.

Un décret, voté en 2006, est venu durcir un texte de loi datant de 1969 concernant la construction des lieux de culte pour les six religions reconnues par les autorités indonésiennes (islam, protestantisme, catholicisme, hindouisme, bouddhisme et confucianisme). Mais la complexité des règles en vigueur et le droit de veto accordé de facto au voisinage font qu’il est extrêmement difficile pour un groupe religieux minoritaire d’obtenir un permis de construire pour un lieu de culte. A cela s’ajoute le fait que, même dans les cas où ce permis est accordé, des groupes islamistes se permettent de « faire le coup de poing », les autorités locales et la police préférant regarder ailleurs. Elu président de la République en juillet 2014, Joko Widodo avait parmi ses dossiers prioritaires celui de l’harmonie interreligieuse et de la cohabitation entre la très forte majorité musulmane (85 % des 240 millions d’Indonésiens) et les minorités non musulmanes (dont la plus importante est la minorité chrétienne avec environ 10 % de la population du pays). A ce jour, la loi attendue sur la protection des activités religieuses n’a pas été finalisée.

Source : Eglises d’Asie