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Un professeur de théologie brise le silence sur la métamorphose de l’Eglise

Un article de Sandro Magister pour diakonos.be :

« Catholica » est une revue internationale de culture, de politique et de religion éditée en France dans laquelle, en plus de trente ans d’existence, se sont succédées des signatures prestigieuses dans des domaines et des orientations divers et variés, d’Émile Poulat à Robert Spaemann, d’Ernst Wolfgang Böckenförde à Vladimir Bukowski, de Stanislaw Grygiel à Thierry Wolton, en passant par Jacques Ellul et Pietro De Marco.

Elle est dirigée par Bernard Dumont qui, dans le dernier numéro de la revue qui vient de sortir de presse, signe l’éditorial suivant, qu’on peut consulter en ligne même sans être abonné : Un temps pour parler

Cette « parole » que Bernard Dumont considère comme urgente, c’est celle qui viendrait briser « l’invraisemblable » silence de la quasi-totalité des cardinaux et des évêques – exception faite des signataires des « dubia » et de quelques rares personnes – face à la dissolution de la forme traditionnelle du catholicisme entreprise sous le pontificat de Jorge Mario Bergoglio, ou en d’autres mots face à cette fin du « catholicisme romain » dénoncée sur Settimo Cielo par le professeur Roberto Pertici.

Mais dans ce même numéro de « Catholica », une autre voix se lève également – non pas celle d’un cardinal ni d’un évêque mais celle d’un moine bénédictin et théologien de valeur – pour analyser et critiquer de fond en comble ce qui est sans doute le bouleversement le plus radical au sein du catholicisme actuel : le fait de donner le primat non plus au sacrement – « source et sommet » de la vie de l’Église, comme le dit le Concile Vatican II – mais bien à l’éthique.

C’est précisément ce bouleversement qui se trouve à la base aussi bien de la communion aux divorcés-remariés que de la soi-disant « intercommunion  » entre catholiques et protestants.

Giulio Meiattini, l’auteur de cette analyse critique, l’a mis en évidence de façon approfondie dans un livre qu’il a publié cette année :

> G. Meiattini OSB, « Amoris laetitia ? I sacramenti ridotti a morale », La Fontana di Siloe, Torino, 2018

Tandis que dans l’entretien qui se trouve dans le dernier numéro de “Catholica », dont nous reproduisons ci-dessous les passages les plus significatifs, il en expose les traits les plus saillants.

Le Père Meiattini est moine de l’Abbaye bénédictine de Notre-Dame de La Scala à Noci, il est professeur à la Faculté théologique des Pouilles et à l’Athénée Pontifical Saint-Anselme de Rome.

« Amoris laetitia » et l’oubli du sacrement

par Giulio Meiattini OSB
(morceaux choisis de l’interview du numéro 140 de « Catholica »)

Non pas du discernement mais de la ruse

La situation de confusion est évidente. Naturellement, il y a ceux qui nient qu’il s’agisse de confusion, n’y voyant que le résultat positif d’un style de gouvernement ecclésial trop enclin à «  initier des processus plutôt que d’occuper des espaces  » (cf. « Evangelii gaudium » 223). Par conséquent, le premier discernement à faire devrait précisément porter sur la nature de cette situation  : la confusion, les désaccords entre évêques sur des points doctrinaux sensibles, peuvent-ils être des fruits de l’Esprit Saint ? Il me semble bien que non  ! Discerner signifie aussi comprendre s’il est approprié de lancer des processus dans certains domaines, ou non, et aussi selon quels rythmes, avec quelles méthodes et en vie de quels objectifs.

Regardons, par exemple, la façon dont on est arrivé à la nouvelle discipline concernant les «  divorcés et remariés  ».

Une fois que la relation présentée par le cardinal Kasper au consistoire eut, disons, «  préparé le terrain  », les deux sessions synodales, après une année intermédiaire de discussions enflammées, n’ont pas réussi à donner naissance à une ligne commune sur le problème qui était en discussion. En lisant les rapports des « circuli minores » du synode de 2015, on se rend très bien compte qu’il n’y avait eu aucun accord sur le point en question.

On peut comprendre, cependant, une chose  : que la grande majorité des pères n’avait mûri aucune conviction de devoir changer la discipline traditionnelle. Si bien que sur le point controversé, les rédacteurs de la « Relatio finalis » se sont bien gardés d’introduire des nouveautés.

Et cependant – et voilà un autre petit pas – ils ont adopté des formulations de tonalité imprécise qui, tout en n’ouvrant pas l’accès aux sacrements, ont pour ainsi dire «  changé l’atmosphère  » à ce sujet. Ainsi a-t-il suffi de la «  non-opposition  » à ces formules hésitantes (qui avaient obtenu à grand peine les deux tiers des suffrages) pour permettre un autre petit pas en avant, avec les quelques petites notes ambiguës d’ »Amoris laetitia », qui n’admettent ni ne nient pas, mais qui indiquent «  une certaine direction  ».

Cette étape supplémentaire a divisé les fronts d’interprétation, jusqu’au moment où, à l’automne 2017, une autre étape se franchisse, avec l’approbation officielle du pape donnée aux Critères des évêques de la circonscription de Buenos Aires au sujet du chapitre  8 d’ »Amoris laetitia ».

Mais l’honnêteté impose de dire que ces critères ne sont pas une simple «  interprétation  » d’ »Amoris laetitia ». Ils constituent des ajouts et disent des choses qui ne se trouvent pas dans « Amoris laetitia » et qui, par-dessus tout, n’ont jamais été approuvées et n’auraient jamais pu l’être dans les Synodes. […]

Ainsi, par de petites étapes successives au cours de presque trois années, c’est une très grande étape qui a été franchie, modifiant lentement la discipline, et certainement pas, me semble-t-il, de manière très synodale.

Sauf erreur, ce modus operandi ne relève pas du discernement, mais plutôt de la ruse. À la place du dialogue argumenté et ouvert (pensez que les fameux « dubia » n’ont jamais reçu de réponse  !), c’est une «  stratégie de la persuasion  » et du fait accompli qui est mise en œuvre.

La foi réduite à l’éthique

Entre les exigences éthiques et le fondement sacramentel de l’existence chrétienne, le centre est sans aucun doute le sacrement, qui est la communication au croyant de la grâce salvatrice et, dans la mesure où elle est acceptée et transforme l’homme, elle est aussi un acte de glorification, une doxologie. […] L’éthique n’est ni le premier ni le dernier mot.

Au contraire, dans « Amoris laetitia », c’est la logique contraire qui est suivie  : on part de catégories tirées de la loi naturelle et de principes d’éthique générale (facteurs atténuants, relation entre norme universelle et situation subjective, non-imputabilité, etc.) et à partir de ces prémisses majeures on tire des conséquences pour la pastorale des sacrements.

Ainsi la dimension symbolique et sacramentelle, qui devrait fonder, embrasser et transcender la sphère morale, perd-elle son importance propre pour devenir un simple appendice de l’éthique.[…] La démonstration est donnée par le fait que le péché d’adultère perd concrètement son importance publique liée à l’aspect testimonial du sacrement et peut être renvoyé au for interne sans qu’il y ait à expliquer à la communauté pourquoi un conjoint qui contredit en public le signe sacramentel de la fidélité puisse accéder publiquement à l’eucharistie.

En somme, le résultat des choix d’ »Amoris laetitia » est la réduction de l’ordre du sacramentel à celui de la morale, le passage de la foi à l’éthique, ce qui ne me semble pas se réduire à une simple question de pastorale. Ici, quelque chose d’essentiel est en jeu dans la forme chrétienne.

Une « terrible charge » ?

Honnêtement, je ne comprends pas comment un évêque, surtout celui de Rome, peut écrire des phrases comme celle-ci  : «  Il ne faut pas faire peser sur deux personnes ayant leurs limites la terrible charge d’avoir à reproduire de manière parfaite l’union qui existe entre le Christ et son Église  » (« Amoris laetitia » 122).

Voici l’exemple flagrant de ce que j’ai dit précédemment d’une manière générale : si l’on sépare du sacrement l’éthique évangélique pour la réduire à une norme générale, elle devient « une terrible charge », comme la loi mosaïque, plutôt qu’« un joug suave et un fardeau léger ». Que devient dans cette perspective l’effet transformateur du sacrement  ? […] Nous pourrions alors nous demander si le fait d’exhorter à témoigner jusqu’au sang de la foi dans le Christ n’est pas un fardeau encore plus terrible à faire peser sur les épaules des hommes. […]

C’est à ces expressions que l’on en arrive dès lors qu’on s’habitue à penser le christianisme – peut-être sans s’en rendre compte – comme une éthique.

 « Simul iustus et peccator »

Amoris laetitia va jusqu’à dire que même en vivant extérieurement dans un état de péché objectif, on peut, à cause des circonstances atténuantes, être en état de grâce, voire «  grandir dans la vie de la grâce  » (n.  305). Il est clair que si tel est le cas, la solution de continuité entre le sacrement et l’action morale, déjà soulignée plus haut, conduit à des résultats rejoignant la conception luthérienne du « simul iustus et peccator » condamnée par le Concile de Trente. […] De cette façon, on peut à la fois être juste (devant Dieu, invisiblement) et pécheur (visiblement, devant l’Église). Les œuvres risquent de ne plus avoir la moindre importance dans le «  discernement  » de la grâce.

La communion catholique même à un bouddhiste ?

La direction qui se dessine autour de l’intercommunion entre catholiques et protestants obéit à la même logique : ce n’est pas le réalisme symbolique qui détermine le choix, mais la simple évaluation de la condition intérieure présumée : si un protestant est présumé en état de grâce sur la base des circonstances atténuantes que sont l’ignorance invincible, une responsabilité diminuée, la vie bonne, etc., alors pourquoi ne pourrait-il pas recevoir l’eucharistie catholique  ? Peut-être ne se rend-on pas compte que le fait de poser la question de la sorte pourrait conduire au même raisonnement pour un bouddhiste ou un hindou ayant une vie juste et bonne. Falsifier la relation entre la moralité et les sacrements peut en fin de compte aboutir à des conceptions ecclésiologiques non-catholiques.

Brèves

La mémoire du Pape François défaille : il oublie que les dubia lui ont été remises

de Sandro Magister sur diakonos.be

Ce 17 juin, au cours de son entretien avec Philip Pullella de l’agence Reuters, le Pape François a dit quelque chose au sujet des « dubia » qui lui ont été soumis en 2016 par quatre cardinaux.

Voici ce que Pullella rapporte :

« François a dit avoir entendu parler de la lettre des cardinaux qui le critiquaient ‘par les journaux… une façon de faire qui est, permettez-moi de le dire, fort peu ecclésiale, mais nous faisons tous des erreurs » ».

Rien de moins. Mais suffisamment pour provoquer une réponse du cardinal américain Raymnond Leo Burke, l’un des quatre signatures des « dubia » qui a fait cette réponse à une question de John-Henry Westen dans LifeSiteNews :

« La proposition des ‘dubia’ au Saint-Père a été faite selon la procédure habituelle en usage dans l’Église, c’est-à-dire qu’ils ont été soumis au Saint-Père sans leur donner la moindre publicité, de façon à ce qu’il puisse répondre pour le bien de l’Église. Le défunt cardinal Carlo Caffarra a remis en personne la lettre contenant les ‘dubia’ à la résidence du Pape et, en même temps, à la Congrégation pour la doctrine de la foi, le 16 septembre 2016, tout comme il l’a fait pour les lettres suivantes des quatre cardinaux concernant les ‘dubia’. Ce n’est que plusieurs semaines plus tard, alors qu’il n’y avait aucune signe de prise en considération des ‘dubia’ et à défaut de réponse à ces derniers et qu’on nous ait fait comprendre à nous cardinaux qu’il n’y aurait aucune réponse à ces questions concernant les sacrements du saint mariage et de la sainte eucharistie et concernant les fondements de l’enseignement moral de l’Église que les quatre cardinaux, moi compris, furent contraints, en âme et conscience, en tant que cardinaux, de rendre ces ‘dubia’ publics le 14 novembre 2016, de sorte que les fidèles soient conscients de ces graves questions qui touchent au salut des âmes ».

On peut ajouter que ce fut le site www.chiesa – avec l’accord des quatre cardinaux – qui public en six langues, le 14 novembre 2016, non seulement le texte des « dubia » mais également un préambule signé par eux quatre et la lettre par dans laquelle ils soumettaient les « dubia » au Pape ainsi l’ample note explicative qui l’accompagnait :

> « Faire la clarté ». L’appel de quatre cardinaux au pape

Dans le préambule, les quatre cardinaux – qui en plus du cardinal Burke comptaient l’italien Carlo Caffarra et les allemands Walter Brandmüller et Joachim Meisner – motivaient ainsi leur décision de rendre les « dubia » publics :

« Le Saint-Père a décidé de ne pas répondre. Nous avons interprété cette décision souveraine qu’il a prise comme une invitation à continuer cette réflexion et cette discussion calme et respectueuse. Et par conséquent nous informons de notre initiative tout le peuple de Dieu, en lui proposant toute la documentation. »

Ce qui est exactement ce que suggère Jésus en Matthieu 18, 16-17 : « S’il ton frère ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.  S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église. »

Le « Témoin » était dans le cas présent le cardinal Gerhard L. Müller, à l’époque préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi auquel, en plus du Pape, avaient été remis les « dubia ».

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Appel pastoral aux Evêques pour une réaffirmation apostolique de l’Evangile

Dimanche du Bon Pasteur, 22 avril 2018

Votre Éminence ou Monseigneur,

En notre qualité de prêtres ayant reçu le sacrement de l’ordre afin de contribuer aux soins pastoraux du peuple de Dieu, nous nous permettons de vous écrire afin de solliciter votre aide de façon à répondre à une approche erronée de la vie morale chrétienne, à laquelle nous sommes fréquemment confrontés et qui porte un préjudice considérable à ceux qui se laissent égarer par elle. Nous estimons que ce dommage pourrait en grande partie être réparé ou atténué si vous réaffirmiez les enseignements du Christ et corrigiez ces erreurs avec toute l’autorité de votre ministère apostolique. Une telle action profiterait non seulement à ceux qui vous sont confiés en votre qualité d’évêque diocésain, mais aussi, en qualité de Successeur des Apôtres, vous contribueriez grandement à l’unité et au bien de l’Eglise universelle. Notre préoccupation pastorale nous amène à penser qu’en l’absence d’une telle assistance, cette situation préjudiciable va s’aggraver significativement.

Cette approche erronée revient à considérer en substance que les personnes qui commettent des actes objectivement mauvais tout en estimant qu’ils sont quittes de toute culpabilité doivent être permis à recevoir la Sainte Communion. Sous une forme plus développée, elle nie que certains actes soient mauvais dans tous les cas, et prétend que, dans certaines circonstances, ils correspondent au plus grand bien qu’il est possible d’obtenir de manière réaliste, ou en réalité qu’ils sont tous simplement bons. Dans une version plus extrême encore, de tels comportements peuvent être approuvés ou proposés par Dieu. La vie et les enseignements moraux du Christ sont dès lors présentés comme des idéaux abstraits qu’il convient d’adapter afin qu’ils correspondent aux circonstances de notre vie, et non comme des réalités déjà définies afin de nous libérer du péché et du mal en toute occasion.

Alors qu’une telle approche prétend constituer une évolution nouvelle et légitime, l’Eglise a toujours considéré que ces principes étaient contraires à l’Evangile. Au cours du vingtième siècle, elle s’est opposée à ses théories par des enseignements particulièrement vigoureux et précis. Tel fut tout particulièrement le cas au cours des cinquante dernières années depuis l’encyclique Humanae Vitae. Nous estimons que la résurgence récente de cette approche nocive malgré ces efforts ecclésiaux soutenus démontre la nécessité d’une réponse pastorale plus efficace que celle qui peut émaner du seul clergé paroissial ou de l’autorité limitée de déclarations classiques au niveau diocésain ou régional. Telle est la raison pour laquelle nous vous demandons d’exercer votre pleine autorité apostolique par une réaffirmation officielle de l’Evangile et une correction de ces erreurs. Ceci offrirait à l’ensemble de l’Eglise un témoignage apostolique, seul capable de soutenir et de guider le clergé et les laïcs dans sa mission urgente de venir en aide à ceux qui ont été lésés et de développer des initiatives pastorales authentiques visant à s’ouvrir au monde.

Nous sommes bien conscients que l’exercice de l’autorité apostolique et ses modalités d’expression relèvent de la décision de chaque évêque. En tant que prêtres, nous souhaitons, dans un esprit fraternel et filial, soumettre à votre examen les affirmations suivantes de l’Evangile, centrées sur dix points essentiels que nous espérons vous voir affirmer officiellement. Nous vous prions de bien vouloir les recevoir comme témoignage de la Foi que nous professons en communion avec le Collège des Evêques et à sa tête, l’Evêque de Rome :

1) Dieu est amour. Il a tout arrangé pour notre bien et nous a appelés à partager sa vie divine en Christ. Par conséquent, Dieu est absolument opposé au mal, au péché (à savoir le fait d’embrasser el mal volontairement et en plein connaissance de cause) et au préjudice dont ils sont la cause. Par suite, si Dieu peut choisir de tolérer la présence du mal et du péché, il ne les propose ou ne les approuve jamais.

2) Le Christ permet dans tous les cas aux Chrétiens vivant à demeure en communion avec Dieu (à savoir en état de grâce) de rester fidèles en évitant de choisir le mal volontairement et en pleine connaissance de cause ; ils sont dès lors coupables de tous les péchés qu’ils commettent (voir I Jn. 5:18 et Jas 1:13-15). Ceci est vrai même lorsque la fidélité impose la souffrance, la privation ou la mort, car ce qui est humainement impossible est possible avec le concours de la grâce divine (voir Mt 19:26 et Sir 15:15). La fidélité au Christ et à ses enseignements est dès lors un but réaliste et accessible, et non un idéal abstrait qu’il convient d’adapter aux circonstances de la vie.

3) Des Chrétiens en communion avec Dieu peuvent souffrir de leur propre ignorance ou d’obstacles limitant leur liberté dans une mesure suffisante pour réduire ou complètement éliminer leur culpabilité s’ils commettent un acte mauvais spécifique. Quoique ce qu’ils font soit en réalité (c’est-à-dire objectivement) mauvais et nuise dès lors aux autres et à eux-mêmes de diverses façons, ils peuvent personnellement (c’est-à-dire subjectivement) n’être coupables d’aucun péché et rester moralement indemnes.

4) Les Chrétiens qui commettent le mal sans culpabilité restent en communion avec Dieu, mais se trouvent pris au piège de situations effectivement nocives qui les empêchent de partager pleinement la vie abondante que Jésus est venu leur apporter. La tâche de l’Eglise consiste à les aider à guérir et à les libérer en apportant pleinement la grâce et la vérité de son Evangile.

5) La conscience constitue la norme immédiate de conduite, mais non la voix infaillible de Dieu. Elle peut se méprendre en raison d’une déformation innocente ou de distorsions résultant de péchés antérieurs. Dans ce dernier cas, celui qui suit sa conscience ou se juge quitte de toute culpabilité peut néanmoins s’être rendu coupable d’un péché. En raison de ces limitations, il y a besoin de conformer les jugements subjectifs à l’Evangile enseigné par le Christ et sans cesse proclamé par lui dans le témoignage apostolique authentique de l’Eglise (par exemple par le Magistère Ordinaire et Extraordinaire).

6) Le mariage est une alliance établie volontairement et en pleine connaissance de cause avec la considération et la maturité nécessaires par un homme et une femme libres de se marier. Il s’agit là d’une union exclusive qui ne peut être dissoute par aucune puissance humaine ni par aucune cause, si ce n’est le décès de l’un des conjoints. L’union sponsale du Christ et de l’Eglise constitue le fondement de ce lien conjugal tant dans la nature humaine que dans le Sacrement du Mariage (voir Gen 2:24 ; Mt 19:3-6 ; Eph 5:32 ; and II Tim 2:13).

7) Activité sexuelle hors mariage est en toute circonstance un mal grave. Le choix coupable de ce mal grave est un péché mortel qui, comme tous les péchés mortels, met un terme à la communion avec Dieu.

8) Afin de recevoir la Sainte Communion, les Chrétiens qui se reconnaissent coupables d’un péché mortel doivent avoir une contrition réelle de leurs péchés, et notamment la résolution d’éviter tout péché futur. Par ailleurs, ils doivent normalement recevoir au préalable le Sacrement de Pénitence et de Réconciliation.

9) La Réception de la Sainte Communion ne peut se réduire à un acte privé fondé sur un jugement subjectif d’innocence, car elle est témoignage d’une adhésion publique à la foi et à la vie communes de l’Eglise. Quelle que soit leur culpabilité, on peut à bon droit s’attendre à ce que ceux qui continuent à commettre un acte objectivement mauvais après avoir appris que leur jugement ou leur comportement est contraire au témoignage apostolique de l’Eglise s’abstiennent de recevoir la Sainte Communion ou exiger d’eux une telle abstention. Cette discipline ecclésiale est un moyen pastoral de les amener à reconnaître le mal et à y renoncer, de façon ce qu’ils en soient libérés et puissent partager plus pleinement la vie abondante du Christ. Cette approche reflète l’enseignement de Jésus et des Apôtres, qui ont fondé la discipline ecclésiale sur le échec objective de accorder à la vie de l’Eglise et non sur un jugement de culpabilité (voir Mt 18:17 ; I Cor 5:11-13 ; Gal 1:9 ; et I Jn 4:6). La Sainte Communion peut également être retenue afin d’éviter d’induire des tiers en erreur en ce qui concerne la foi et la vie dans l’Evangile (à savoir de ne pas susciter de scandale, voir Mt 18:6).

10) La Réception de la Sainte Communion dans des cas spécifiques par des personnes qui se sont remariées après un divorce dépend de la réalité objective du lien de leur premier mariage et de la nécessité d’éviter le péché et le scandale public, et non uniquement de leur intention privée d’éviter toute activité sexuelle future, de leur évaluation subjective de leur relation actuelle ou de leur jugement subjectif de leur innocence liée à leur activité sexuelle dans le cadre de cette relation (voir Mt 5:32).

En lançant notre appel, nous souhaiterions vous encourager à ne pas sous-estimer la valeur pastorale du soutien apostolique et de l’orientation que vous pouvez fournir à l’Eglise universelle, même en tant qu’évêque individuel. Comme prêtres, nous sommes profondément conscients que de nombreux clercs et laïcs ont été à ce point affectés par des mentalités séculières et par la fausse théologie morale des dernières décennies qu’ils en sont désormais venus à considérer que le témoignage apostolique de l’Eglise était idéaliste ou démodé, voire cruel. En conséquence, ils perçoivent par erreur que les affirmations pastorales de ce témoignage ne sont que des abstractions, des preuves de légalisme ou encore des condamnations personnelles. Ceci est extrêmement douloureux pour toutes les personnes concernées. Une telle expérience peut être décourageante pour les prêtres et peut nous amener à éviter d’offrir une présentation claire et authentique de l’Evangile. Nous sommes toutefois bienheureux de connaître de nombreux clercs et laïcs dont les vies ont été transformées pour avoir embrassé les enseignements du Christ, même lorsque ceci impliquait une souffrance. Ils se réjouissent désormais du témoignage de l’Eglise qui leur semblait autrefois irréaliste ou hostile. En parallèle, ils éprouvent un profond sentiment de douleur et de trahison en voyant défendre des erreurs qui laissent d’autres frères et sœurs prisonniers de situations dommageables similaires à celles qu’ils ont connues. Ils retrouvent néanmoins l’espoir et nous offrent des encouragements en nous rappelant qu’ils ont été libérés par le pouvoir de la grâce et de la vérité du Christ opérant grâce au témoignage sans ambiguïté et aimant d’un prêtre ou d’un laïc animé par la charité. Il n’en est que plus vrai que le témoignage personnel d’un évêque, exprimé avec le souci pastoral et la pleine autorité d’un Successeur des Apôtres donnerait au Christ un moyen efficace de rassembler, aider et guider son peuple.

Nous vous remercions d’avoir eu la courtoisie de prendre en compte le présent appel.

Nous prions pour que Dieu vous soutienne à Son service et nous vous demandons votre bénédiction.

Vos frères dans le ministère sacerdotal et apostolique :

Pour une liste actuelle des signataires, voir

http://www.curapastoralis.org/view.php

Exposé explicatif sur l’Appel Pastoral à l’intention des Prêtres et autres personnes intéressées

A l’intention des prêtres : Nous vous remercions de bien vouloir envisager de signer le présent Appel et d’en adresser une copie à votre évêque (voir www.curapastoralis.org). En tant qu’acte pastoral et de témoignage sacerdotal du Christ et de son Evangile, cet Appel exige un engagement personnel, et non l’anonymat. Par ailleurs, nous ne pouvons à raison rester dans l’anonymat alors que nous demandons à nos évêques de poser un acte public.

Les prêtres signataires de ce document se sont engagés dans un effort pastoral, et non dans une initiative politique. Ils agissent en leur nom propre, et non en tant que membres d’un groupe ou d’un mouvement au sein de l’Eglise. Nous leur demandons, à l’occasion des discussions consacrées au présent Appel, de préciser qu’ils interviennent à titre personnel, et non pour le compte des autres signataires.

Nous reconnaissons que certains prêtres, tout en marquant leur accord sur les préoccupations fondamentales et les affirmations de l’Evangile exprimées dans cet Appel, choisissent de ne pas le signer pour des raisons prudentielles. Nous sollicitons le bénéfice de leurs prières.

Raison d’être : Le présent Appel est fondé sur deux observations de fait et sur un jugement pastoral qui en découle. Les faits sont les suivantes : 1) le problème pastoral et le préjudice graves causés par la résurgence d’une approche nocive et longtemps rejetée de la vie morale chrétienne ; et 2) le caractère inadéquat des efforts ecclésiaux, passés et actuels, tendant à mettre un terme à cette approche fausse. Notre jugement pastoral nous amène à considérer qu’en raison de cette histoire, nous avons besoin d’une correction formelle de ces erreurs et d’une réaffirmation de l’Evangile exprimée avec toute l’autorité du ministère apostolique ; sans cela, une situation déjà dommageable ne manquera pas de s’aggraver significativement.

Il est essentiel de noter que cette approche dommageable n’est pas nouvelle et que ses principes ont été corrigés de manière répétée et précise par l’Eglise. En conséquence, l’assistance pastorale que nous sollicitons dans cet appel n’exigerait pas de spéculations de la part d’un évêque, mais qu’il emploie l’ensemble de son autorité apostolique afin de réaffirmer les enseignements du Christ et la correction de ces erreurs par l’Eglise. Cette forme de témoignage apostolique du Christ et de l’Evangile se révèle d’une efficacité unique mettre pour un terme au dommage causé par l’erreur, car elle a été instituée et ordonnée par Dieu afin d’apporter sa grâce et la vérité aux hommes et les rassembler dans la foi et la vie de l’Eglise (voir Luc 10:16 ; Matthieu 28:18-20 ; Actes 2:42 ; I Thes. 2:13).

Buts : En notre qualité de prêtres répondant au préjudice créé par cette approche, nous souhaitons : 1) rendre un témoignage public du Christ et de ses enseignements, en conseillant ainsi ceux qui sont dans le doute ou qui ont été égarés et en apportant notre solidarité à ceux qui restent fidèles à l’Evangile dans des circonstances difficiles, et des encouragements à nos frères prêtres afin qu’ils puissent exercer leur ministère avec compassion et persévérance, en prêchant l’Evangile authentique, plutôt que de céder à l’impatience, la passivité ou l’ambiguïté délibérée ; 2) d’attirer l’attention sur les efforts déployés pendant des décennies récentes par l’Eglise afin de réparer ce préjudice en corrigeant ces erreurs ; 3) de demander, au vu du caractère inadéquat de ces efforts passés, que chaque évêque envisage de faire usage de toute son autorité apostolique afin de réaffirmer l’Evangile et de réfuter ces erreurs 4) et de présenter, de manière fraternelle et filiale, nos préoccupations pastorales et notre appel.

Style et portée : La langue utilisée est pastorale et religieuse, mais évite le recours à une terminologie théologique et canonique spécialisée. Ceci traduit notre souci essentiel qui, tout en portant sur des questions de doctrine, met avant tout l’accent sur la nécessité d’apporter en temps utile une assistance efficace aux personnes blessées par cette approche nocive de la vie chrétienne. Nous estimons également que le style de cet Appel correspond à son caractère filial et fraternel.

Les dix affirmations de l’Evangile présentes dans cet Appel sont des expressions positives de la foi catholique. Elles s’adressent aux enjeux fondamentaux soulevés par cette approche erronée, non à fournir une analyse ou une réfutation exhaustive de celles-ci.

Texte et Traductions : Le texte officiel anglais de l’Appel et ses traductions autorisées sont disponibles sur le site http://www.curapastoralis.org/

 

Source : France catholique

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L’intercommunion ou l’indépendance doctrinale des conférences épiscopales suscite de nouveaux “dubia”

Infocatho laisse l’auteur responsable de ses mots.

Samedi 28 avril dernier, le Pape François a reçu en audience le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’archevêque jésuite Luis Francisco Ladaria Ferrer, accompagné par le secrétaire de cette même congrégation, Giacomo Morandi.

On peut raisonnablement imaginer qu’ils aient parlé du conflit qui se joue entre les évêques d’Allemagne quant à la possibilité de donner la communion également aux époux protestants mariés avec un catholique.

En effet, en guise de confirmation, le 30 avril, la salle de presse du Vatican a déclaré qu’un sommet sur cette question se tiendrait justement le 3 mai prochain au Vatican.

Mais comment cette question s’est-elle imposée à l’agenda ? Faisons quelques pas en arrière.

Le 20 février dernier, la Conférence épiscopale allemande a approuvé à une large majorité un « manuel pastoral » d’instructions – qui n’a pas encore été publié mais dont le contenu essentiel a été immédiatement divulgué par le cardinal Reinhardt Marx, le président de la conférence – qui spécifie quand, comment et pourquoi autoriser une telle communion, bien au-delà des rares cas d’extrême nécessité prévus par le droit canon.

Cependant, 13 évêques ont voté contre. Et sept d’entre eux, dont un cardinal, ont envoyé le 22 mars dernier leurs « dubia » par écrit à Rome dans une lettre adressée au préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi demandant une clarification.  Ils ont également envoyé cette lettre pour information au cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, à Juan Ignacio Arrieta Ochoa de Chinchetru, le secrétaire du Conseil pontifical pour les textes législatif ainsi qu’au nonce apostolique en Allemagne, Nikola Eterovic.

Les sept signataires de la lettre sont Rainer Woelki, cardinal archevêque de Cologne (au centre de la photo, avec le cardinal Marx à sa droite), Ludwig Schick, archevêque de Bamberg, Gregor Hanke, évêque d’Eichstätt, Konrad Zdarsa, évêque d’Augsbourg, Wolfgang Ipolt, évêque de Görlitz, Rudolf Voderholzer, évêque de Ratisbonne, et Stefan Oster, évêque de Passau.

On se souviendra que Woelki a d’abord été le secrétaire du cardinal Joachim Meisner, avant de lui succéder à Cologne, ce dernier était un grand ami de Joseph Ratzinger et l’un des quatre signataires des célèbres « dubia » sur l’interprétation correcte d’« Amoris laetitia », toujours ouverts en l’absence d’une réponse du Pape. Quant à Voderholzer, on notera qu’il a été le premier assistant de Gerhard Müller à la Faculté de théologie de l’Université de Munich avant de lui succéder en tant qu’évêque de Ratisbonne et enfin comme consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi après que Müller en soit devenu préfet.  Ils sont également tous deux les directeurs de la publication de l’opera omnia de Joseph Ratzinger / Benoît XVI.

Le 4 avril, la nouvelle de la lettre a fait son apparition dans quelques journaux allemands, ce qui suscita immédiatement la réaction polémique du cardinal Marx. Au cours des jours suivants, le bruit courait que Ladaria aurait déjà envoyé sa réponse.  La Conférence épiscopale allemande a partiellement démenti cette dernière indiscrétion.  Mais le 25 avril, elle a confirmé qu’un sommet serait bientôt organisé au Vatican, naturellement sous la supervision du Pape François, précisément pour résoudre ce conflit.

La délégation allemande à ce sommet du 3 mai sera composée du cardinal Marx, de l’évêque de Münster Félix Genn, de l’évêque de Magdebourg Gerhard Feige, de l’évêque de Spira Karl-Heinz Wiesemann, du secrétaire général de la Conférence épiscopale Hans Langendörfer, jésuite, tous en faveur du « manuel pastoral » et – pour représenter les dissidents – du cardinal Woelki et de l’évêque de Ratisbonne, Voderholzer.

Tandis que pour représenter le Vatican, seront présents le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi Ladaria avec son responsable de la section doctrinale, Hermann Geissler, le cardinal Koch et le sous-secrétaire du Conseil pontifical pour les textes législatifs Markus Graulich, tous plutôt réticents à changer la discipline actuelle.

Le 20 avril, leur compatriote le cardinal Gerhard Müller, qui est également le précédent préfet pour la Congrégation pour la doctrine de la foi, s’est lui-même exprimé publiquement en faveur de la lettre des sept évêques.

Selon le cardinal Müller, l’ouverture à l’intercommunion voulue par une majorité des évêques allemands aurait pour « conséquence un nihilisme ecclésiologique tel qu’il pourrait ouvrir un gouffre qui finirait par engloutir l’Eglise ».

Le cardinal Müller a présenté ses arguments sur le site américain « First Things » et ensuite, en Italie, dans « La Nuova Bussola Quotidiana ». Mais naturellement, il ne prendra pas part au sommet du Vatican.

Le 25 avril, Edward Pentin a publié dans le « National Catholic Register » la traduction anglaise du texte intégral de la lettre des sept évêques dissidents.

Nous reproduisons ci-dessous cette lettre en français. Des quatre « dubia » pour lesquels les signataires demandent une clarification à la Congrégation pour la doctrine de la foi, le plus radical est celui-ci :

« Est-il possible pour une seule conférence épiscopale nationale, dans une région linguistique donnée, de prendre une décision isolée concernant une question comme celle qui concerne la foi et la pratique de toute l’Eglise en en référer ni s’intégrer à l’Eglise universelle ? ».

Comme on le voit, ce qui se joue ici c’est la portée effective de ce processus, amorcé par le Pape François, de différenciation entre les conférences épiscopales nationales en tant que « sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique. » (Evangelii gaudium 32).

Quant à la question de la communion des conjoints protestants, on connaît bien la sympathie de François pour une ouverture. Elle est donnée pour certaine par un autre cardinal allemand, Walter Kasper, qui est également le théologien de référence du Pape.

En toile de fond de ce conflit, on devine ce processus de « déconfessionnalisation » de l’Eglise catholique – à l’instar de ce qui s’est déjà passé côté protestant – que l’historien de l’Eglise Roberto Pertici pointait sur Settimo Cielo comme étant caractéristique du nouveau tournant entamé par le Pape François.

> La réforme de Bergoglio, Martin Luther l’a déjà écrite

Voici donc ci-dessous la lettre que les sept évêques allemands ont envoyée le 22 mars au préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi Luis Francisco Ladaria Ferrer.

*

Éminence, chers confrères,

Entre le 19 et le 22 février 2018, les évêques allemands se sont rencontrés à Ingolstadt pour leur assemblée plénière de printemps.

Au point IL.1 de l’ordre du jour, les évêques ont reçu de la commission œcuménique un soi-disant « manuel pastoral » intitulé « Sur le chemin de l’unité avec le Christ, mariage confessionnel et participation conjointe à l’eucharistie » pour recueillir les avis et prendre une décision. Selon ce texte, les couples de confession mixte, en leur qualité de « laboratoire pratique d’unité » se trouvent dans la même situation que celle des Eglises séparées dans leur chemin vers l’objectif.  À cause de l’importance des mariages entre chrétiens catholiques et protestants en Allemagne, la déclaration exprime son respect pour « la douleur [de ceux] qui partagent pleinement leurs vies mais qui ne peuvent pas partager la présence salvifique de Dieu dans le repas eucharistique ».  Dans la foulée de l’anniversaire de la Réforme de 2017 fêté conjointement, cet opuscule se veut volontairement destiné « à fournir toute forme d’assistance aux mariages interconfessionnels pour renforcer leur foi commune et promouvoir l’éducation religieuse de leurs enfants » en offrant une aide concrète et des règles, conformément à ce qui avait été déclaré avec l’Eglise protestante allemande au cours de la célébration œcuménique de pénitence et de réconciliation qui s’est déroulée le 11 mars 2017 dans l’église Saint-Michel d’Hildesheim.

Selon cette déclaration, une ouverture visant à ce que les conjoints protestants des mariages mixtes puissent recevoir la communion en vertu du canon 844 § 4 du Code de droit canon de 1983 doit être rendue possible du moment qu’une « gravis spiritualis necessitas » [une grave nécessité spirituelle] se présente, selon le document présenté sur les différences confessionnelles dans le mariage.

Le 28 février 2018, le texte cité ci-dessus sur les mariages mixtes et la participation commune à l’eucharistie a été voté en assemblée plénière. Le document a été adopté par une majorité de 2/3 des évêques allemands.  Sur les 60 évêques présents, 13 ont voté non, y compris au moins sept évêques diocésains.  Des « modi », ou amendements, ont pu être présentés jusqu’au 16 mars mais ils ne remettront plus en question l’adoption fondamentale de ce document.

Personnellement, nous ne pensons pas que le vote qui s’est déroulé le 20 février soit juste parce que nous sommes convaincus que la question dont nous sommes en train de débattre n’est pas une question pastorale mais une question de foi et d’unité de l’Eglise qui n’est pas sujette à un vote. Nous vous demandons donc, Éminence, de faire la clarté en la matière.

Le document ici présenté est-il un « manuel pastoral » – comme l’affirment certains évêques allemands – et donc simplement de nature pastorale ou bien sont-ce la foi et l’unité de l’Eglise qui sont fondamentalement remises en cause plutôt que les dispositions [pratiques] faites ici ?
L’article 58 du document ne relativise-t-il pas la foi de l’Eglise selon laquelle l’Eglise de Jésus-Christ subsiste dans l’Eglise catholique et qu’il est donc nécessaire qu’un chrétien évangélique qui partage la foi catholique sur l’Eucharistie devienne dans ce cas devenir catholique ?
Selon les points 283 à 293, ce n’est pas en premier lieu le désir de la grâce eucharistique qui devient le critère de souffrance [spirituelle grave] mais plutôt le désir de la réception commune de la communion de la part de conjoints appartenant à des confessions différentes. A notre avis, ce malaise n’est pas différent de celui qui concerne l’œcuménisme dans son ensemble, c’est-à-dire tous les chrétiens qui s’engagent sérieusement en faveur de l’unité. A notre avis il ne s’agit donc pas d’un critère exceptionnel.
Est-il possible pour une seule conférence épiscopale nationale, dans une région linguistique donnée, de prendre une décision isolée concernant une question comme celle qui concerne la foi et la pratique de toute l’Eglise en en référer ni s’intégrer à l’Eglise universelle ?
Éminence, nous avons beaucoup d’autres questions et de réserves fondamentales sur la solution proposée dans ce document. Voilà pourquoi nous avons voté en faveur d’une renonciation à la dérogation [à la discipline actuelle] et plutôt pour la recherche d’une solution claire dans le dialogue œcuménique sur la question de la « communion eucharistique et communion ecclésiale » dans son ensemble qui soit praticable dans l’Eglise universelle.

Nous demandons votre aide, à la lumière de nos « dubia » sur la question de savoir si l’ébauche de solution présentée dans ce document est compatible avec la foi et l’unité de l’Eglise.

Nous demandons la bénédiction de Dieu pour vous et pour votre charge essentielle à Rome et nous vous saluons chaleureusement !

Cardinal Rainer Woelki, (Cologne)
Archevêque Ludwig Schick (Bamberg)
Évêque Gregor Hanke (Eichstätt)
Évêque Konrad Zdarsa (Augsbourg)
Évêque Wolfgang Ipolt (Görlitz)
Évêque Rudolf Voderholzer (Ratisbonne)
Évêque Stefan Oster (Passau)

Source : Diakonos.be

Tribunes et entretiens

Amoris laetitia – Le cardinal Eijk pointe du doigt les dangers de la confusion engendrée aux Pays-Bas et dans le monde

Nous continuons de donner la parole au débat sur Amoris Laetitia. Aujourd’hui l’avis du cardinal Eijk.

 

Il ne fait pas partie des quatre cardinaux qui avaient soumis leurs « dubia » au Pape François en 2016.

Pourtant, il épouse pleinement leur cause quand il dit que « la source de la confusion, c’est l’exhortation post-synodale ‘Amoris laetitia’ » et qu’il ajoute ensuite  : «  C’est pour cela que je serais ravi si le Pape pouvait faire la clarté sur ce point, de préférence sous la forme d’un document magistériel   ».

À 65 ans, ce médecine et théologien hollandais expert en bioéthique est archevêque d’Utrecht depuis 2007. Il a présidé jusqu’en 2016 la Conférence épiscopale des Pays-Bas.  Le cardinal Willem Jacobus Eijk n’est pas du genre à garder sa langue dans sa poche.

Il a toujours combattu au grand jour les thèses favorables à la communion aux divorcés remariés, avant, pendant et après les deux synodes sur la famille.

Il a fait partie des onze cardinaux qui, pendant l’été 2015, s’étaient publiquement prononcés dans un livre en faveur de la doctrine de toujours.

C’est également l’un des treize cardinaux qui avaient écrit au pape, au début de la seconde session du synode, cette lettre qui l’avait mis en colère, pour défendre la liberté et la justesse des débats synodaux.

Il est aujourd’hui l’un des plus ardents critiques de la confusion provoquée par Amoris laetitia , comme on peut le voir dans l’interview que nous reproduisons ci-dessous et qui constitue la partie finale d’un entretien avec Lorenzo Bertocchi parue dans le numéro de mars du mensuel italien « Il Timone ».

Dans un autre passage de cette interview, le cardinal Eijk décrit et dénonce la pente glissante, « the slippery slope », qui dans plusieurs pays, à commencer par la Hollande, mène à une légalisation et à une acceptation de plus en plus généralisée et à des niveaux de plus en plus extrêmes, de l’euthanasie, des mariages homosexuels, de l’idéologie du « gender », avec une Eglise catholique à son tour traversée par une crise de foi qui la rend aveugle face au danger.

Mais voici comment il considère précisément la crise générée par « Amoris laetitia », une crise qui « est en train de briser l’Eglise » sans que jamais une parole clarificatrice ne parvienne de la chaire de Pierre.

Eminence, que pensez-vous de la question controversée de l’accès aux sacrements pour les couples de divorcés remariés ? 

– La question de savoir si l’on peut autoriser les soi-disant divorcés-remariés civilement à recevoir l’absolution sacramentelle et donc l’Eucharistie est en train de briser l’Eglise.  On assiste à un débat, parfois assez virulent, à tous les niveaux, entre cardinaux, évêques, prêtres et laïcs.  La source de cette confusion, c’est l’exhortation post-synodale « Amoris laetitia », rédigée par le Pape François en conclusion du synode sur la famille de 2014 et de 2015.

Cette confusion concerne surtout le numéro 305 de l’exhortation.  On observe que certaines conférences épiscopales ont introduit des règles pastorales qui impliquent que les divorcés-remariés puissent être admis à la communion sous une série de conditions et au terme d’un parcours de discernement pastoral de la part du prêtre qui les accompagne.  En revanche, d’autres conférences épiscopales l’excluent.  Or, ce qui est vrai à un endroit A ne peut pas être faux à un endroit B.  Ces interprétations différentes de l’exhortation, qui portent sur des questions doctrinales, causent la confusion chez les fidèles.  Je serais donc ravi si le Pape pouvait faire la clarté sur ce point, de préférence sous la forme d’un document magistériel.

Ayant moi-même participé aux deux synodes sur la famille, j’ai défendu le fait que l’on ne pouvait pas permettre aux divorcés civilement remariés de recevoir la communion.  Je l’ai également écrit dans un article publié dans l’intervalle entre les deux synodes dans un livre contenant les interventions de onze cardinaux.

Pourriez-vous brièvement expliquer votre position ?

– Jésus lui-même nous dit que le mariage est indissoluble.  Dans l’Evangile selon Matthieu (19, 9, cf. 5, 32), il semble admettre une exception, c’est-à-dire que l’on pourrait répudier sa propre femme « en cas d’union illégitime ».  Cependant, le sens du mot grec « porneia » que l’on traduit ici par « union illégitime », est incertain : il signifie très probablement une union incestueuse à cause d’un mariage entre niveaux de parentés interdits (cfr. Lv 18, 6-18, Ac 15, 18-28).

L’argument fondamental, c’est que l’on ne peut pas autoriser aux divorcés-remariés de recevoir la communion sur base de l’analogie entre le rapport entre mari et femme et celui entre le Christ et l’Eglise (Ep. 5, 23-32).  Le rapport entre le Christ et l’Eglise est un don mutuel total.  Le don total de Christ à l’Eglise se réalise dans le don de sa vie sur le croix.  Ce don total est rendu présent dans le sacrement de l’Eucharistie.

Donc, celui qui participe à l’Eucharistie doit être prêt à un don total de lui-même qui s’inscrit dans le don total de l’Eglise au Christ.  Celui qui divorce et se remarie civilement, alors que le premier mariage n’a pas été déclaré nul, viole le don mutuel total que ce premier mariage implique.  Le second mariage civil n’est donc pas un véritable mariage.  Le fait de violer le don total du premier mariage qu’il faut encore considérer comme valide et l’absence de la volonté de s’en tenir à ce don total rend la personne en question indigne de participer à l’eucharistie qui rend présent le don total de Christ à l’Eglise.  Ceci n’empêche cependant en rien les divorcés-remariés de participer aux autres célébrations liturgiques, y compris à l’Eucharistie, sans recevoir la communion, ni que les prêtres les accompagnent pastoralement.

Dans le cas où les divorcés civilement remariés ne peuvent pas se séparer, par exemple à cause de leurs obligations envers leur enfants, ils ne peuvent être admis à la communion et au sacrement de la réconciliation que s’ils répondent aux conditions mentionnées au numéro 84 de « Familiaris consortio » et au numéro 29 de « Sacramentum caritatis ».  L’une de ces conditions, c’est qu’ils doivent s’engager à vivre comme frère et sœur, c’est-à-dire s’abstenir d’avoir des rapports sexuels.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

Source

 

Pour y voir plus clair dans ce débat notre dossier

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Amoris- Laetitia – Le cardinal Wim Eijk demande que le pape François mette fin aux « doutes »

Dans un entretien avec le quotidien néerlandais Trouw, l’archevêque d’Utrecht, le cardinal Wim Eijk vient d’appeler le pape François à apporter de la « clarté » face aux « doutes » semés par l’exhortation post-synodale Amoris Laetitia à propos de l’accès à la communion pour les divorcés « remariés ». S’il s’efforce d’affirmer, dans cet entretien paru vendredi dernier, que le pape n’a « jamais, nulle part » déclaré que ces couples pouvaient recevoir le sacrement de pénitence et de l’Eucharistie, il emploie tout de même des mots qui ont été ceux de nombreux évêques, universitaires et théologiens, mais aussi ceux des quatre cardinaux des « Dubia » demandant au pape François de faire la lumière sur cette question, sans jamais recevoir de réponse.

Le cardinal Wim Eijk, connu pour ses positions fidèles à la tradition de l’Eglise en matière de morale familiale et conjugale, avait déclaré à l’issue des deux synodes sur la famille que l’Eglise catholique ne saurait modifier son enseignement traditionnel sur le refus de la communion aux couples divorcés « remariés », assurant alors que le pape ne changerait pas la doctrine à cet égard.

Le cardinal Wim Eijk reconnaît l’existence de « doutes » semés par Amoris Laetitia

 

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Dubia – Les signataires réduits de moitié – Le cardinal Caffarra est décédé “à l’improviste”

« Ce 6 septembre au matin, le cardinal Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne et théologien moral de premier plan, particulièrement sur les questions de famille et de vie, nous a quittés à l’improviste. »

C’est ainsi que rapporte le site Diakonos.be, le décès du cardinal fondateur de l’Institut Jean-Paul II récemment débaptisé par le pape François.

Après la disparition, brutale elle aussi, (poursuit le site) du cardinal Joachim Meisner le 5 juillet dernier, les quatre cardinaux signataires des « dubia » soumis au pape François il y a un an sur des points controversés d’Amoris laetitia ont été réduits de moitié. Les deux à être encore en vie sont l’allemand Walter Brandmüller et l’américain Raymond L. Burke.

Lire la dernière lettre du cardinal Caffarra au pape

 

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La dernière lettre du cardinal Caffarra (signataire des Dubia) au pape ” Notre conscience nous pousse”

Le cardinal Caffarra (décédé subitement ce 6 septembre 2017) était le moteur du groupe des quatre cardinaux signataires des Dubia. C’est sa signature qui figurait au bas de la lettre de demande d’audience pour lui et les trois autres envoyée au pape François au printemps dernier.  Cette fois encore, comme ce fut déjà le cas pour les dubia, cette demande était restée lettre morte.

Peu avant l’envoi de cette lettre, le cardinal Caffarra avait eu la chance de croiser le pape François lors d’un de ses déplacements, à Carpi, près de Bologne, le 2 avril dernier. Pendant le repas, il était assis à côté de lui mais le pape avait préféré converser avec un vieux prêtre et avec les séminaristes assis à la même table.

Voici le texte intégral de la lettre en question, la dernière que le cardinal Caffarra ait adressée au Pape et qui avait déjà été publiée en exclusivité le 20 juin dernier par Settimo Cielo, avec l’autorisation de l’auteur.

« NOTRE CONSCIENCE NOUS POUSSE… »

Très Saint Père,

C’est avec une certaine appréhension que je m’adresse à Votre Sainteté durant ces jours du temps pascal. Je le fais au nom de leurs éminences les cardinaux Walter Brandmüller, Raymond L. Burke, Joachim Meisner ainsi qu’en mon nom personnel.

Nous souhaitons avant tout réaffirmer notre dévouement et notre amour inconditionnel à la Chaire de Pierre et pour Votre auguste personne, en laquelle nous reconnaissons le Successeur de Pierre et le Vicaire de Jésus : le « doux Christ de la terre » comme aimait à le dire Sainte Catherine de Sienne. Nous ne partageons en rien la position de ceux qui considèrent que le Siège de Pierre est vacant ni celle de ceux qui voudraient également attribuer à d’autres l’indivisible responsabilité du « munus » pétrinien. Nous ne sommes animés que par la conscience de la grave responsabilité issue du « munus » cardinalice : être des conseillers du Successeur de Pierre dans son ministère souverain. Ainsi que par le Sacrement de l’Episcopat qui « nous a établis comme évêques pour être les pasteurs de l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. » (Actes 20, 28).

Le 19 septembre 2016, nous avons remis à Votre Sainteté et à la Congrégation pour la doctrine de la foi cinq « dubia » en Lui demandant de trancher des incertitudes et de faire la clarté sur certains points de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris laetitia ».

N’ayant reçu aucune réponse de Votre Sainteté, nous avons pris la décision de demander respectueusement et humblement audience à Votre Sainteté, ensemble, s’il plaît à Votre Sainteté. Nous joignons, comme c’est l’usage, une feuille d’audience dans laquelle nous exposons les deux points desquels nous souhaiterions nous entretenir avec Votre Sainteté.

Très Saint Père,

Une année s’est déjà écoulée depuis la publication d’ « Amoris laetitia ». Pendant cette période, plusieurs interprétations de certains passages objectivement ambigus de l’exhortation post-synodale ont été données publiquement, non pas divergentes mais contraires au Magistère de l’Eglise. Malgré que le Préfet de la Doctrine de la foi ait à plusieurs reprises déclaré que la doctrine de l’Eglise n’a pas changé, plusieurs déclarations d’évêques individuels, de cardinaux et même de conférences épiscopales ont eu lieu et elles approuvent ce que le magistère de l’Eglise n’a jamais approuvé. Non seulement l’accès à la Sainte Eucharistie de ceux qui vivent objectivement et publiquement dans une situation de péché grave et entendent y demeurer mais également une conception de la conscience morale contraire à la Tradition de l’Eglise. Et c’est ainsi – oh comme il est douloureux de le constater ! – que ce qui est péché en Pologne est bon en Allemagne, ce qui est interdit dans l’Archidiocèse de Philadelphie est licite à Malte. Et ainsi de suite. L’amère constat de Blaise Pascal nous vient à l’esprit : « Justice au-deçà des Pyrénées, injustice au-delà ; justice sur la rive gauche du fleuve, injustice sur la rive droite ».

De nombreux laïcs compétents, aimant profondément l’Eglise et fermement loyaux envers le Siège Apostolique se sont adressés à leurs Pasteurs et à Votre Sainteté afin d’être confirmés dans la Sainte Doctrine concernant les trois sacrements du Mariage, de la Réconciliation et de l’Eucharistie. Et justement ces derniers jours à Rome, six laïcs provenant de chaque continent ont organisé un Colloque d’études qui a été très fréquenté, intitulé significativement : « Faire la clarté ».

Face à cette situation grave dans laquelle de nombreuses communautés chrétiennes sont en train de se diviser, nous sentons le poids de notre responsabilité et notre conscience nous pousse à demander humblement et respectueusement audience.

Que Votre Sainteté daigne se souvenir de nous dans Ses prières, comme nous l’assurons que nous le ferons dans les nôtres. Et nous demandons à Votre Sainteté le don de sa bénédiction apostolique.

Carlo Card. Caffarra

Rome, le 25 avril 2017Fête de Saint Marc évangéliste

 

Source Diakonos.be

NLQ #Rome

Amoris laetitia – Le pape aurait-il eu des doutes sur l’orthodoxie du texte ?

Décidément ce texte n’en finit pas de faire couler de l’encre et courir des bruits. Comment Amoris laetitia a-t-il été conçu ? Le pape a-t-il après publication exprimé des doutes ? La cardinal Schönborn est-il intervenu pour rassurer le saint-Père, comme il le dit ? Le refus du pape François de répondre aux Dubia des cardinaux s’explique-t-il par ses propres doutes ?

Autant de questions que soulève cet article de Phil Lawler, repris et commenté ici.

Extrait par Jeanne Smits 

Selon Austen Ivereigh, un inconditionnel du pape François, celui-ci aurait demandé à Schönborn si celui-ci jugeait l’exhortation post-synodale Amoris laetitia « orthodoxe ». Comme si le pape lui-même avait des doutes, à la manière des « Dubia » des quatre cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et feu Joachim Meisner… Mais le pape, à la différence de Schönborn, n’a jamais répondu à leurs questions.

Selon Austen Ivereigh, c’est donc Christoph Schönborn lui-même qui a révélé son échange avec le Saint-Père :

« Schönborn a révéle que lorsqu’il a rencontré le pape peu après la présentation d’Amoris, François l’a remercié, et lui a demandé si le document était orthodoxe.

« « J’ai dit : ‘Saint-Père, il est pleinement orthodoxe’, » voilà les propos que Schönborn nous a affirmé avoir tenus en répondant au pape, ajoutant que quelques jours plus tard, il avait reçu une petit mot de François disant simplement : « Merci pour ces paroles. Elles m’ont réconforté ».

NLQ #Tribunes et entretiens

Dubia : les cardinaux ont demandé audience au pape : réaction et analyse du philosophe Thibaud Collin

Les cardinaux, qui avaient émis des dubia au pape à propos de l’interprétation de l’exhortation post-synodale Amoris laetitia,dubia qui n’ont pas reçu de réponse, viennent de rendre public la lettre de leur demande d’audience auprès du Saint-Père pour évoquer cette question primordiale pour l’Église. Cette lettre, datée du 25 avril dernier et signée du cardinal Caffarra, n’a toujours pas reçu de réponse. Pourquoi un tel silence ? Dans quel contexte s’inscrit-il ? C’est ce que L’Homme nouveau a demandé au philosophe moraliste Thibaud Collin qui a participé récemment, à Rome, à un colloque pour le premier anniversaire d’Amoris Laetitia.

Thibaud Collin, vous faites partie des six laïcs, venus du monde entier qui, pour appuyer les démarches des quatre cardinaux concernant Amoris lætitia, ont participé à un séminaire d’études, à Rome, le 22 avril dernier. Le cardinal Caffarra l’évoque justement dans sa lettre. Quel était votre propos ?

La plupart des commentateurs du chapitre 8 de l’exhortation affirment qu’il est dans la continuité du magistère antérieur. Mais cette unanimité de façade se fissure dès que l’on rentre dans le détail des lectures proposées. Pour certains, Amoris laetitia ne change rien à la discipline sacramentelle concernant les divorcés et remariés civilement. C’est par exemple l’interprétation de l’Institut Jean-Paul II. Pour d’autres, il y a changement entre Amoris laetitia et Familiaris consortio (dans certains cas, les personnes en état d’adultère pourraient communier) mais ce changement serait un développement homogène de la doctrine. Le plus délicat est que de nombreux théologiens et évêques qui tiennent cette ligne utilisent des arguments qui avaient été produits par les théologiens contestataires de l’encyclique Humane vitae sur la régulation des naissances (1968). Rappelons qu’une bonne partie du travail doctrinal et pastoral de saint Jean-Paul II a consisté à réfuter de tels arguments et à donner une assise anthropologique, morale et spirituelle à l’encyclique du Bienheureux Paul VI. Il me semble donc que ceux qui comprennent le changement de la discipline sacramentelle comme étant un développement homogène par rapport à Familiaris consortio se trompent. Un développement homogène ne peut pas entrer en contradiction avec le magistère antérieur (1). S’il y a un développement homogène dans Amoris laetitia, il ne peut s’opposer à la discipline sacramentelle dont les fondements dans le magistère antérieur sont clairs. Il me semble qu’il porterait davantage sur les modalités de l’accueil et de l’accompagnement des fidèles dans des situations objectives de péché grave. Il y a sûrement une inventivité pastorale à mettre en œuvre. Mais la pastorale ne consiste pas à proportionner « un évangile crédible » aux capacités humaines. Dieu donne toujours la grâce de ce qu’Il commande par amour pour nous. Le pasteur a à aider le fidèle à se disposer à recevoir pleinement cette grâce.

Les cardinaux ont présenté leur dubia le 19 septembre 2016, sans avoir de réponse. Ils ont demandé une audience le 25 avril dernier, sans avoir davantage de réponse. Par cette publication de leur demande d’audience non accordée, les cardinaux préparent-ils d’autres démarches ?

Il faudrait leur demander directement ! Ce qui est sûr, c’est que le silence du pape que certains trouvent normal apparaît à d’autres de plus en plus étrange. Comment un pasteur qui par définition a charge d’âmes peut-il laisser dans l’incertitude ses brebis sur des points si importants ? Je parle de l’incertitude concernant le sens de certains passages puisque ces mêmes passages ont reçu des interprétations contradictoires. La responsabilité d’un auteur n’est-elle pas de s’assurer que sa pensée a bien été comprise ? Un texte pastoral offrant des lectures contradictoires contribue objectivement à la relativisation de la vérité pratique. Il en va ici du salut des âmes.

Les cardinaux sont les électeurs du pape, qui semblent lui rappeler qu’ils l’ont élu pour « confirmer ses frères ». Ne vont-ils pas un peu loin ?

Il me revient en tête ces mots très forts du bienheureux Paul VI dans son homélie prononcée en la fête de saint Pierre et saint Paul (29 juin 1972) :

«  Nous voudrions, aujourd’hui plus que jamais, être capables d’exercer la fonction, confiée par Dieu à Pierre, de confirmer nos frères dans la foi. Nous voudrions vous communiquer ce charisme de la certitude que le Seigneur donne à celui qui le représente sur cette terre, quelle que soit son indignité. »

Espérons que notre Saint-Père fasse mémoire des paroles de son prédécesseur, prononcées dans une période elle aussi de grande confusion !

Beaucoup de bruit se fait actuellement également autour d’une réintéprétation possible, à la lumière d’Amoris laetita, d’Humanae vitae, la célèbre encyclique de Paul VI, préparée en partie par le cardinal Wojtyla, futur Jean-Paul II. Ne serions-nous pas ici dans une logique inverse de l’herméneutique catholique qui implique que le texte plus récent soit conforme ou rendu conforme à la Tradition et non l’inverse ?

Effectivement une commission aurait été nommée dont le coordinateur serait Mgr Gilfredo Marengo. Certes, Mgr Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, vient de le démentir, mais ce démenti est lui-même très inquiétant :

« Il n’y a aucune commission pontificale appelée à relire ou à réinterpréter Humanæ vitæ. Cependant, nous devrions examiner positivement sur l’ensemble de ces initiatives, comme celle du professeur Marengo de l’Institut Jean-Paul II, qui ont pour but d’étudier et d’approfondir ce document en vue du 50e anniversaire de sa publication ».

Le fait est que Gilfredo Marengo, a lui-même établi un parallèle entre Amoris laetitia et Humane vitae ; il se demande si

« le jeu polémique “pilule oui/pilule non”, tout comme celui actuel “communion pour les divorcés oui/communion pour les divorcés non”, n’est pas la simple manifestation d’un malaise et d’une difficulté bien plus décisifs dans le tissu de la vie de l’Eglise. » (2)

On peut s’inquiéter en lisant de tels propos quant à la volonté de cette commission de mettre en lumière la vérité libératrice de l’encyclique de Paul VI. La crise de la théologie morale contemporaine a trouvé son acmé dans la critique d’Humanée vitae. Comme je le disais plus haut les catéchèses sur la théologie du corps, Familiaris consortio et Veritatis splendor sont les jalons essentiels pour servir à la juste réception doctrinale et pastorale de l’encyclique de Paul VI. Il est évident que nous assistons aujourd’hui à un retour du proportionnalisme qui tend à émousser la radicalité de « l’Evangile du mariage », et ce aux plus hauts niveaux de l’Eglise. La pression du monde est si forte pour que l’Eglise obtempère aux nouvelles normes de la morale sexuelle de l’individualisme libéral ! Au nom d’un souci soi-disant pastoral, certains cherchent donc à noyer la radicalité de l’appel à la sainteté (et donc au bonheur) que Dieu adresse à tous, notamment aux époux. La réponse à cet appel ne peut passer que par une vie conjugale fondée sur le vrai bien des époux. « Tout est lié » nous rappelle le pape François. Malgré le travail colossal de saint Jean-Paul II, la confusion morale qui traverse des pans entiers du peuple chrétien depuis plusieurs décennies perdure. Va-t-on assister à une nouvelle étape de cette crise systémique ?

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