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Philippines : les évêques consentent à collaborer avec le gouvernement Duterte

Les Evêques catholiques des Philippines sont disposés à continuer une « collaboration critique » avec le gouvernement. Après différentes divergences d’opinion entre l’Eglise et le Président, Rodrigo Duterte, au cours de ces derniers mois, la Conférence épiscopale des Philippines (CBCP) réaffirme que l’Eglise catholique est prête à collaborer avec l’administration Duterte.

Au terme de sa 117ème Assemblée plénière, l’Episcopat philippin a émis un Exhortation pastorale de deux pages intitulée « Réjouissez-vous et soyez heureux », dans laquelle il rappelle qu’au cours de l’histoire du pays, l’Eglise catholique a vécu et exercé sa mission en présence de diverses formes de gouvernement et qu’elle a collaboré avec différents responsables. Le texte, signé par l’Archevêque de Davao et Président de la Conférence épiscopale, S.Exc. Mgr Romulo Valles, trace une « ligne rouge » affirmant que l’Eglise ne fait pas de compromis sur les enseignements fondamentaux de l’Eglise catholique.

« L’Eglise respecte l’autorité politique, en particulier les fonctionnaires gouvernementaux démocratiquement élus, en demandant le respect des principes spirituels et moraux de base qui nous sont chers tels que la sacralité de la vie, l’intégrité de la Création et la dignité intrinsèque de la personne humaine » a déclaré l’Archevêque, expliquant que l’Eglise œuvre avec le gouvernement afin d’atteindre l’objectif qu’est le bien commun, par exemple en prenant en compte les besoins des groupes les plus défavorisés au sein de la société.

En expliquant le sens de la « collaboration critique », Mgr Valles a déclaré que, dans certains cas, il existe des « efforts partagés » alors que sur certaines questions spécifiques, la collaboration « n’est pas possible à cause de nos valeurs spirituelles et morales », que l’Eglise « propose mais n’impose pas ». Dans de tels cas, « nous pouvons seulement invoquer notre droit à l’objection de conscience » a fait remarquer l’Archevêque, reconnaissant « la séparation constitutionnelle entre l’Eglise et l’Etat ».

Le Président de la Conférence épiscopale a également eu un entretien direct avec le Président Duterte au Palais présidentiel afin de chercher à dialoguer et à recomposer les récentes fractures entre l’Eglise et le Président, renforcées lorsque R. Duterte a fait, ces jours derniers, des déclarations publiques sur la « stupidité de Dieu », considérées comme blasphématoires. Au terme de la rencontre, le porte-parole du Président, Harry Roque, a évoqué un « moratoire du Président en ce qui concerne les déclarations sur l’Eglise ».

Entre temps, Mgr Valles a demandé aux fidèles de faire une prière spéciale de trois jours accompagnée par le jeûne et des actes de charité du 17 au 19 juillet « pour invoquer la miséricorde de Dieu sur ceux qui ont blasphémé Son saint nom, sur ceux qui diffament et portent de faux témoignages, sur ceux qui commettent l’homicide ou le justifient en tant que moyen pour combattre la criminalité dans notre pays » a-t-il déclaré.

Les Evêques concluent leur Exhortation pastorale en invitant tout un chacun à toujours être « des constructeurs de paix ». « En ces temps d’obscurité, alors qu’il existe tant de haine et de violence, alors que l’homicide est devenu un événement presque quotidien, lorsque les personnes sont tellement habituées à s’échanger des insultes et à blesser au travers de paroles confiées aux réseaux sociaux, nous admonestons les fidèles à demeurer solides dans notre vocation et mission commune, qui est celle d’œuvrer activement en faveur de la paix » a déclaré l’Archevêque.

Les Philippines comptent 80 % de catholiques répartis en 86 Diocèses sur une population totale de 110 millions d’habitants.

Source : SD – Agence Fides 10/07/2018

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Philippines : les missionnaires philippins fidèles à la parole écologique du pape

Les volontaires du mouvement philippin Protect Sierra Madre mettent en pratique les recommandations de l’encyclique Laudato Si en venant en aide aux populations tribales vivant en zones de conflit. La Sierra Madre est la plus grande chaîne de montagnes du pays, où vivent les Dumagats, une communauté tribale – les populations indigènes représentent 10 % de la population. Un grand nombre d’entre eux a dû fuir les conflits opposant le gouvernement aux rebelles communistes. En juin, à la demande de l’armée, le président Duterte a repoussé la 5e série de négociations officielles afin de revoir l’accord de retrait.

Il était plus de deux heures du matin et l’équipe devait déjà être sur la route, mais ils étaient encore occupés à fourrer de larges sacs de riz dans une camionnette. Les missionnaires et les volontaires laïcs étaient en route pour aller visiter une communauté tribale vivant dans l’arrière-pays de la province Aurora touchée par les conflits, dans le nord-est de l’archipel philippin. Depuis le mois de mai, plus de 600 membres du groupe tribal ont été déplacés de force à cause des opérations militaires, après l’affrontement armé entre les forces de l’ordre et les rebelles communistes. Le 29 juin, en route vers les montagnes, le prêtre rédemptoriste Alex Bercasio a prévenu que tout pouvait arriver en chemin vers la zone de conflit. « Nous pouvons traverser des échanges de feu ou être interdits d’entrer, mais nous devons essayer », a-t-il déclaré aux volontaires du mouvement Protect Sierra Madre.

Le père Bercasio et les quarante membres de son équipe humanitaire ont deux objectifs : fournir de la nourriture à la tribu Dumagat et identifier les besoins urgents de la communauté. La congrégation rédemptoriste a fondé le mouvement en septembre 2015 en réponse à l’appel du pape François à donner vie à son encyclique Laudato Si, dans laquelle il appelle à agir dans le monde entier contre le consumérisme, le développement irresponsable, la dégradation de l’environnement et le réchauffement climatique. « La défense de l’environnement implique notamment de protéger les populations indigènes, parce qu’elles sont à l’avant-garde de la défense écologique et elles sont nos guides vers la conversion écologique », confie le père Bercasio. Il a fallu dix heures au groupe pour atteindre les rives du fleuve Umiray, à Dingalan, où huit canots à moteurs les attendaient pour les mener vers un village, 24 kilomètres plus au sud.

Le fleuve est le seul moyen de transport des Dumagats, qui vivent dans les forêts du Sierra Madre, la plus grande chaîne de montagnes des Philippines. « Si le fleuve pouvait parler, il témoignerait de la paix profonde mais troublée, et des conditions des Droits de l’Homme dans la région », confie le père Bercasio. « Il y a suffisamment de raisons impératives, pour l’Église, de venir ici, en plus de notre mission d’annoncer la Bonne Nouvelle. »

25 000 déplacés en deux ans

Plus de 150 familles originaires de plusieurs villages patientaient au sein d’une école. Le 14 mai, deux hommes de la communauté, accusés d’êtres membres de la guérilla communiste de la Nouvelle armée du peuple (NPA), ont été arrêtés par des soldats. Petty Enriquez, porte-parole du groupe Kalikasan PNE, un groupe écologiste du sud de la région Calabarzon, confie que les Dumagats sont généralement pacifiques et non-violents. « Ces familles tribales, qui ont vu des soldats torturer et exhiber des membres de leur communauté, ont vécu une expérience traumatisante », ajoute Enriquez. La plupart des familles déplacées sont venues trouver refuge sur les rives du fleuve Umiray, tandis que d’autres se sont enfoncés dans la forêt. « Leurs vies traditionnelles ont été perturbées », regrette Enriquez, qui ajoute que la priorité concerne la protection des femmes et des enfants. Les familles ont construit des abris de fortune le long de la rivière, mais ils n’offrent qu’une protection très limitée contre les conditions extrêmes de la vie en forêt.

Mariana, une mère de deux enfants, dont le plus jeune a cinq mois, explique qu’elle habite son abri depuis deux mois : « Je suis inquiète pour mes enfants. Nous n’avons rien à manger. Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir les allaiter. » La jeune mère a marché environ cinq kilomètres en portant ses deux enfants vers la mission pour aller chercher cinq kilogrammes de riz, des boîtes de sardines, des paquets de nouilles instantanées et du lait concentré. « Pour nous, c’est le confort. Nous allons pouvoir manger à notre faim durant au moins une semaine », se réjouit-elle. La nourriture est rare depuis que les Dumagats ont quitté leurs villages. Les soldats leur ont interdit de pénétrer la forêt ou de moissonner leurs récoltes. Daniel Ramos, un Dumagat de 62 ans, est inquiet parce qu’il n’a pas pu amener sa récolte de rotin dans la plaine : « Personne n’ose aller dans les montagnes. Les soldats pourraient nous confondre avec les rebelles. C’est imprudent d’aller dans la forêt ces jours-ci. »

Les Dumagats se reposent surtout sur la forêt pour leur nourriture, et sur leurs cultures qu’ils vendent en ville. En attendant, Daniel vend du charbon qu’il produit à l’aide du bois qu’il ramasse. Il vend près de deux sacs de charbon en quatre jours, ce qui lui rapporte environ trois dollars. Son problème n’est pas le prix de vente du charbon mais le coût d’un kilo de riz, soit un peu plus d’un dollar. « Ma famille consomme deux kilogrammes de riz en deux jours », explique-t-il, ajoutant qu’il a du mal à suivre. « S’il nous faut quatre jours pour produire deux sacs de charbon, cela veut dire que nous ne pourrons pas manger pendant deux jours, avant que le charbon soit prêt et vendu. »

10 % de la population philippine

Katribu, une alliance nationale d’organisations indigènes, estime qu’au moins 25 000 membres de communautés tribales ont été victimes d’évacuation forcée entre juillet 2016 et juin 2018. Le groupe a également rapporté 1 200 victimes d’arrestations illégales et 41 exécutions sommaires, depuis que Rodrigo Duterte est devenu président en 2016. Joan Jaime, coordinatrice du groupe, pense que les populations tribales sont les plus affectées par le blocage des négociations de paix entre le gouvernement et les rebelles communistes. « Les régions où ont lieu les affrontements se trouvent justement sur les terres ancestrales où vivent les communautés indigènes », explique-t-elle. Jaime souligne que si les pourparlers reprennent et que les deux parties acceptent de se retirer, « ce sera un grand soulagement pour eux et cela sauvera beaucoup de vies innocentes ».

En juin, Duterte a repoussé la cinquième série de négociations officielles qui devait avoir lieu eu Norvège, suite à la demande de l’armée d’un délai de trois mois afin d’examiner plus avant l’accord de retrait. Les populations indigènes aux Philippines représentent environ 11 millions d’habitants, soit environ 10 % de la population du pays, selon les chiffres de la Commission nationale sur les populations indigènes. Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits des populations indigènes, assure que les violations des droits des communautés tribales, dans le contexte des conflits armés, provoquent des traumatismes et des blessures irréparables. Pour elle, le conflit détruit leur culture et déchire le tissu social de leurs communautés. Les conflits qui les affectent remontent souvent à d’anciennes persécutions et injustices, selon Victoria. Le village d’Umiray fait partie des nombreux sites aux Philippines où les communautés tribales subissent la famine, les déplacements forcés et l’injustice sociale.

Le père Bercasio explique que le fait de sauver une famille tribale de la faim est « un pas en avant énorme pour la promotion et la protection de Notre Maison Commune et de toute la Création ». Il ajoute : « Nous faisons partie de l’environnement créé par Dieu. C’est notre devoir de protéger la vie, même quand cela implique de devoir traverser des forêts vierges et des fleuves dangereux… »

Source : Eglises d’Asie 

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L’Eglise des Philippines lance une initiative spirituelle contre les provocations du président Duterte

Aux Philippines, le président Duterte multiplie les provocations contre l’Eglise, l’une des seules forces dans le pays à lui tenir tête. En réponse, l’épiscopat lance une nouvelle initiative spirituelle, prévue sur trois jours.

Entretien réalisé par Manuella Affejee pour Vatican News

La prière, le jeûne, l’aumône : trois armes évangéliques « pour invoquer la miséricorde de Dieu sur ceux qui blasphèment, qui diffament et apportent de faux témoignages, sur ceux qui commettent des meurtres, et les justifient en disant qu’il s’agit de combattre la criminalité dans le pays ». Et c’est la réponse que proposent les évêques dans l’exhortation pastorale publiée à l’issue de leur 117e assemblée plénière, et intitulée « réjouissez-vous et soyez dans la joie ».

Bâtisseurs de paix dans un monde de violence

L’épiscopat y encourage les fidèles philippins à rester solides dans leur vocation et mission, à être des « bâtisseurs de paix » dans une société enténébrée par la haine et la violence. L’archipel vit en effet depuis des mois au rythme de la guerre anti-drogue menée tambour battant par des forces de police jouissant d’une totale impunité. D’abord discrète, l’Eglise a choisi de se dresser contre cette féroce répression, en prenant la parole, en lançant diverses campagnes de sensibilisation. Une attitude qui n’a pas l’heur de plaire au président Rodrigo Duterte qui multiplie les provocations à son encontre, allant même jusqu’à parler publiquement de la « stupidité de Dieu ».

Une « collaboration critique », sans compromis
Bien que les divergences soient de plus en plus patentes, que le fossé semble se creuser, l’Eglise offre sa « collaboration critique » au gouvernement Duterte, assurant « respecter l’autorité publique », et attendant d’elle qu’elle respecte à son tour les principes spirituels et moraux intangibles qui sont au cœur de son enseignement : la sacralité de la vie humaine, la dignité des personnes, la sauvegarde de l’intégrité de la création… Autant de lignes rouges sur lesquelles les évêques ne concèderont aucun compromis.

Le père Matthieu Dauchez est un prêtre Français rattaché au diocèse de Manille, président de la fondation ANAK-Tnk (Tulay ng kabataan), qui agit depuis 20 ans auprès des enfants des rues de la capitale philippine. Il revient avec nous sur la réponse éminemment évangélique et courageuse des évêques au président Duterte.

Source : Vatican News

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Dieu est stupide pour le président philippin

Président plutôt “atypique” – pour dire les choses aimablement –, Rodrigo Duterte vient, par des propos irréfléchis autant qu’inexcusables, de se mettre à dos les chrétiens philippins qui l’avaient élu. Est-ce bien raisonnable d’insulter 90 % de sa population – dont 81 % de catholiques – pour satisfaire son goût de parler de choses qui ne sont pas de sa compétence ? Que César ne se mêle pas des affaires de Dieu et les choses iront mieux aux Philippines… et ailleurs…

 

Des évêques de premier plan de l’Église catholique ont critiqué le Président Rodrigo Duterte pour avoir qualifié Dieu de stupide, dans des déclarations à la tonalité peu habituelle qui attirent l’attention sur le chef de l’exécutif qui doit affronter désormais la réprobation publique. Comment être le Président de tous les Philippins quand on n’a aucun respect pour les fidèles catholiques, s’interroge l’évêque Pablo Virgilio David [vice président de la Conférence des évêques catholiques (CBCP) des Philippines] dans un post sur Facebook, lundi 25 juin. « La plupart de ses soutiens sont des catholiques, n’est-ce pas ? Les catholiques doivent le respecter même s’il n’est pas d’accord avec la foi catholique. Mais un désaccord ne vaut pas permission d’insulter », a déclaré David. « Les catholiques respectent la fonction présidentielle et son mandat comme Président. J’attends de son côté qu’il respecte les catholiques, même s’il n’est pas d’accord avec les doctrines catholiques », a-t-il ajouté. […] David a déclaré que le Président critiquait violemment sa propre interprétation de la Bible. Il a déclaré que la version du récit de la Création selon Duterte ne pouvait être trouvée dans aucune Bible […]

David a publié sa déclaration après que Duterte eut qualifié Dieu de stupide, vendredi 22 juin dernier, et ridiculisé le récit de la Création dans la Bible. De même que David, Socrates Villegas, archevêque de Lingayen-Dagupan, a fait paraître un cinglant message critiquant Duterte, le 25 juin. Dans son message Villegas exhorte les jeunes de son archidiocèse à « demeurer ferme dans la foi » face aux diatribes de Duterte. « Dans les réseaux sociaux, vous avez été vilainement exposés à l’insulte, aux menaces et à la honte par le Président de notre pays. Choisissez, néanmoins, de l’aimer, mais demeurez fidèle à notre foi. Soyez fermes dans la foi ». Villegas a expliqué que Duterte pourrait bien ne pas avoir été suffisamment aimé dans le passé. […] « S’il avait été davantage aimé, il rendrait beaucoup d’amour. […] Nous prions pour sa guérison et pour qu’il obtienne le pardon de Dieu, mais nous devons réprimander ses erreurs sur notre foi chrétienne. […] Prier pour lui ne suffit pas. Nous devons vous apporter la vérité en même temps que nous prions pour lui », a déclaré l’archevêque de LingayenDagupan. Face à la colère de l’opinion publique, le porte-parole du Président, Harry Roque, a défendu Duterte en déclarant que le chef de l’exécutif n’avait fait qu’exprimer ses conceptions personnelles. Duterte, lui-même, n’a pas rétropédalé en continuant à insulter les croyances religieuses dans un discours de lundi [25 juin]. « Votre Dieu n’est pas mon Dieu parce que le vôtre est stupide. Le mien a beaucoup plus de bon sens ».

Matters India, 25 juin – © CH pour la traduction.

Source Christianophobie Hebdo

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Face à la politique antidrogue de Duterte, l’Eglise manifeste sur l’emblématique boulevard EDSA

Le 5 novembre dernier, l’Eglise catholique avait appelé à manifester contre la politique antidrogue du président Duterte sur le boulevard périphérique EDSA, lieu emblématique de la Révolution du peuple de 1986 qui avait abouti à l’exil du dictateur Ferdinand Marcos. Entre 600 et 3 500 personnes s’étaient mobilisées.

Selon le président de la conférence des évêques philippins Mgr. Socrates Villegas, archevêque de Lingayen-Dagupan, « cet appel à la réconciliation ne signifie pas fermer les yeux sur ce qui se passe, bien au contraire : il s’agit d’en prendre conscience et d’admettre nos erreurs. »

Des policiers repentis demandent à l’Eglise de les cacher

Début octobre, Mgr. Socrates Villegas avait révélé qu’un nombre indéterminé de policiers auteurs de tueries extrajudiciaires directement commanditées selon eux par Rodrigo Duterte, avaient demandé aux paroisses de les cacher, par craintes de représailles. Des couvents accueillent déjà en catimini des proches de victimes de la guerre antidrogue, craignant elles aussi pour leur vie. A la suite de Mgr. Villegas, d’autres évêques avaient à leur tour proposé leur “protection” aux policiers “repentis” de la guerre antidrogue. En réaction, des membres du gouvernement ont accusé l’Eglise de complot visant à déstabiliser la présidence du pays.

L’Eglise catholique philippine a également mis en place des programmes de réhabilitation pour les toxicomanes. Le pape François vient d’ailleurs d’apporter son soutien au projet lancé par le cardinal Antonio Luis Tagle, archevêque de Manille, en collaboration avec les autorités locales et mêlant accompagnement spirituel, mais aussi sports et arts. Jusqu’ici, 132 anciens toxicomanes ont pu en bénéficier.

Parmi les plus critiques de l’action de Rodrigo Duterte, Mgr. Socrates Villegas, à qui d’autres reprochent une opposition systématique, sera remplacé à la tête de la conférence des évêques philippins le mois prochain par Mgr. Romulo Valles, décrit à l’inverse comme « un ami » du président. Or pour la première fois, l’archevêque de Davao, ville dont Rodrigo Duterte fut longtemps le maire, a explicitement interpellé l’administration au sujet des accusations d’exactions, rapporte le site d’informations SunStar : « Le gouvernement doit répondre de ces accusations », a déclaré début octobre Mgr. Romulo Valles, promettant d’aborder le sujet avec le chef d’Etat.

Les principales organisations évangéliques critiquent à leur tour la politique antidrogue

En plus de l’Eglise catholique, dernièrement les deux principales organisations évangéliques – le Conseil Philippin pour les Eglises Evangéliques et le mouvement Philippines for Jesus – ont à leur tour émis des réserves sur l’action présidentielle, après avoir ouvertement soutenu Rodrigo Duterte durant sa campagne électorale en 2016. « Personne n’a le droit de prendre la vie de quelqu’un d’autre », a réaffirmé Frère Eddie Villanueva, fondateur du mouvement Philippines for Jesus qui revendique plus de cinq millions de membres.

Le 12 septembre, jour de commémoration de la proclamation de la loi martiale par le défunt dictateur Ferdinand Marcos en 1972, des milliers de Philippins étaient déjà descendus dans les rues de la capitale, cette fois-ci à l’appel de diverses franges de l’opposition, pour protester contre les tueries extrajudiciaires de l’actuelle guerre antidrogue. Après avoir longtemps menacé d’avoir lui-même recours à la loi martiale dans le cadre de sa lutte contre le narcotrafic, Rodrigo Duterte a finalement proclamé la mesure d’urgence le 23 mai dernier, dans la foulée de l’attaque de la ville de Marawi par des alliés de Daesh. Prolongée jusqu’à la fin de l’année en théorie par le Congrès philippin, la loi martiale reste pour l’heure en vigueur malgré la fin de la bataille de Marawi, le 23 octobre dernier.

Une baisse (relative) de la popularité du président Duterte

Le climat semble avoir quelque peu évolué depuis la mort cet été de plusieurs adolescents, victimes de bavures policières. Les derniers sondages révèlent une légère baisse de la cote de popularité présidentielle, qui se maintient néanmoins au-dessus des 70 %.

Début 2016, la campagne antidrogue avait déjà été suspendue deux mois durant, après l’enlèvement et le meurtre d’un homme d’affaires sud-coréen au sein même du quartier général national de la police. Le 10 octobre, Rodrigo Duterte a ordonné que seule l’agence gouvernementale des stupéfiants serait désormais habilitée pour la conduite des opérations, destituant de fait la police.

Plus d’un an après l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, les médias locaux et les ONG de défense de l’Homme estiment que la guerre antidrogue a tué près de 12 000 personnes. De son côté, la police philippine admet seulement la mort de 3 900 individus durant des opérations « légitimes ». Tous les autres cas sont systématiquement classés dans la catégorie « des meurtres non élucidés ».

 

Source EDA

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Et si l’Indonésie s’inspirait de la politique antidrogue de Duterte ?

Le président indonésien a récemment invité les forces de police à abattre les trafiquants de drogue supposés qui résisteraient à leur arrestation, à l’image de ce que Rodrigo Duterte a mis en place aux Philippines. Une politique à laquelle l’Eglise catholique locale tente de s’opposer.

« Soyez fermes avec les trafiquants de drogue, en particulier avec les étrangers qui entrent dans le pays. Ceux qui résistent [à leur arrestation], abattez-les. Soyez impitoyables car nous sommes dans une situation d’urgence » a déclaré le 21 juillet dernier le président Joko ‘Jokowi’ Widodo aux forces de police comme le rapporte le Jakarta Post.

« Abattez-les. Soyez impitoyables. »

Cette déclaration fait suite à la plus importante saisie de drogue réalisée par les forces de police indonésiennes le 13 juillet dernier. Ce jour-là, les autorités ont confisqué une tonne de ‘shabu-shabu’ (du crystal méthamphétamine), d’une valeur estimée à un billon de roupies (65 millions d’euros). Plusieurs ressortissants taiwanais ont été arrêtés et l’un d’entre eux a été abattu pour avoir résisté à son arrestation.

Le chef de la police nationale, le général Tito Karnavian, avait alors déclaré à la presse avoir incité les forces de police «  à ne pas hésiter à abattre les trafiquants de drogue qui résistent à leur arrestation ».

Les récentes déclarations du président de la République d’Indonésie ont suscité de vives critiques dans les milieux de défense des droits de l’homme. Phelim Kine, directeur-adjoint de la divison Asie à Human Rights Watch, s’est ainsi inquiété d’une atteinte à l’Etat de droit, le président encourageant à « démolir »les droits des suspects.

L’Eglise catholique locale a elle aussi fait part de ses préoccupations. «  La position rigoureuse du gouvernement [à l’égard des drogues] mérite notre soutien, a déclaré le P. Paulus Christian Siswantoko, secrétaire de la Commission ‘Justice et Paix’ de la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie, contacté par l’agence d’information Ucanews le 24 juillet. Mais ça ne lui donne pas le droit de violer les droits de l’homme » a-t-il fait remarquer.

Une politique dénoncée par l’Eglise catholique locale

Dans la jeune démocratie indonésienne, l’Etat de droit est censé être garanti. Existent, par exemple, le droit à un procès équitable, un double degré de juridiction et la possibilité pour un condamné à mort de solliciter la grâce présidentielle.

«  Il semblerait que le président Widodo soit en train de suivre le chemin du président Rodrigo Duterte, qui est brutal […]. Mais la politique de celui-ci est-elle un vrai succès ? Et les Philippines sont-elles désormais délivrées du fléau que constituent les drogues ? Rien n’est moins sûr » a déploré le P. Siswantoko.

Elu le 9 mai 2016, Rodrigo Duterte a mis en place une guerre antidrogue destinée à «  délivrer des générations de Philippins de la menace de la drogue » qui a déjà fait plusieurs milliers de morts. Pendant la campagne électorale, il avait prévenu qu’il donnerait aux forces de police le droit de « tirer pour tuer »lors des arrestations.

Cette politique a conduit l’épiscopat philippin à dénoncer des « tueries extrajudiciaires ». En juin 2016, la Conférence des évêques catholiques des Philippines s’était alarmée du «  nombre croissant d’assassinats de personnes suspectées d’être impliquées dans des trafics de drogue, sous prétexte qu’elles se sont opposées à leur arrestation par les forces de police ».

Jokowi, partisan d’une thérapie de choc pour lutter contre l’essor des trafics de drogue dans l’archipel

Selon Budi Waseso, le chef de l’agence de lutte contre les produits stupéfiants (BNN), « le marché [de la drogue] qui se trouvait aux Philippines est en train de se déplacer vers l’Indonésie. La politique du président Duterte a conduit à un exode [des trafics] vers l’Indonésie ». L’archipel serait ainsi devenu le plus grand marché de drogues et le BNN n’aurait pas les moyens suffisants pour lutter contre les trafiquants dans un pays où le nombre d’îles, estimé entre 13 000 et 20 000, n’est pas encore établi avec certitude.

Quelques semaines après sa prise de fonction, le président Joko ‘Jokowi’ Widodo avait fait savoir que l’Indonésie se trouvait en état d’urgence face à l’importance du phénomène de la drogue. Partisan d’une « thérapie de choc », Jokowi avait indiqué qu’il n’accorderait pas de grâce présidentielle aux condamnés à mort pour trafic de drogue, toutes nationalités confondues.

Entre janvier et avril 2015, le gouvernement indonésien avait ainsi fait fusiller quatorze condamnés à mort, dont huit ressortissants étrangers (quatre nigérians, un hollandais, un brésilien et deux australiens), condamnés pour trafic de drogue. Ces exécutions avaient provoqué une indignation internationale et une crise diplomatique entre l’Indonésie et l’Australie.

Dans un pays où 2,9 % de la population est catholique selon le recensement de 2010, l’Eglise locale fait régulièrement savoir son opposition à la peine capitale.

Source : Eglises d’Asie

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Philippines – L’épiscopat catholique conteste la prolongation de la loi martiale à Mindanao

Le président Duterte a demandé au Congrès, qui se réunira ce samedi 22 juillet, de prolonger la loi martiale jusqu’au 31 décembre 2017. Des évêques catholiques des Philippines s’élèvent contre la prolongation de cette mesure d’exception.

Depuis le 23 mai dernier, Marawi, ville du sud des Philippines, est le théâtre de violents affrontements armés entre les combattants du groupe Maute, ralliés à Daech, et l’armée gouvernementale, qui peine à reprendre le contrôle complet de la ville. Le président Rodrigo Duterte avait, le jour même, instauré la loi martiale sur toute l’île de Mindanao, pour une durée de deux mois, durée au-delà de laquelle l’approbation du Congrès est indispensable (article VII de la Constitution de 1987). Alors que les combats se poursuivent, Duterte entend prolonger la loi martiale jusqu’au 31 décembre 2017. Le Congrès se rassemblera le 22 juillet prochain, date à laquelle expire le délai initial de la loi martiale.

La déclaration de cette mesure d’exception, sur toute l’île de Mindanao, deuxième île du pays peuplée de près de 20 millions d’habitants, bénéficie d’un réel soutien populaire, selon une enquête d’opinion réalisée par le Social Weather Stations du 23 au 26 juin 2017 auprès de 1 200 adultes. 57 % des Philippins interrogés et ayant connaissance de l’existence de cette mesure ont indiqué la soutenir ; à Mindanao, ils sont 64 % à s’être exprimés en ce sens.

La loi martiale, une mesure nécessairement temporaire

En mai, les évêques de Mindanao avaient apporté un soutien mesuré à la décision du président de la République, à travers une déclaration publiée sur le site d’information de la Conférence épiscopale des Philippines, CBCP News. Ils avaient insisté sur le caractère nécessairement « temporaire » de cette mesure et assuré qu’ils n’hésiteraient pas à « condamner tout abus ».

Cette décision n’avait pas fait l’unanimité au sein de l’Eglise catholique : Le P. Antonio Moreno, supérieur provincial des jésuites aux Philippines, avait notamment rappelé que la loi martiale constituait « un danger, un motif de tristesse, et une source de préoccupations ». Dans l’archipel, la loi martiale est de funeste mémoire : plus de 30 000 personnes avaient subi des exactions pendant sa mise en place de 1972 à 1986, sous le règne du dictateur Ferdinand Marcos (1972-1986).

Les évêques philippins opposés à la prolongation de la loi martiale

La Conférence épiscopale des Philippines (CBCP) a publié le 10 juillet une déclaration dans laquelle elle condamne fermement le terrorisme, « comme l’ont fait les responsables musulmans de Mindano », et encourage au dialogue intra- et inter-religieux. Concernant la loi martiale, la Conférence fait part de ses doutes sur l’efficacité de cette mesure et de sa prolongation pour ramener la paix et la normalité à Marawi. Publiée le 10 juillet dernier, cette déclaration est signée par Mgr Socrates Villegas, archevêque de Lipa. Le 8 juillet, Mgr Romulo Valles, archevêque de Davao, était élu au poste de président de la Conférence, pour un mandat de deux ans. Vice-président de la CBCP depuis décembre 2013, son élection est conforme aux usages en vigueur. Alors que Mgr Valles est connu pour être un proche du président Duterte (il a baptisé son petit-ils, comme le rappelle Rappler), Mgr Villegas et Mgr Pablo Virgilio David, évêque de Kalookan, nouveau vice-président de la Conférence épiscopale, sont réputés être critiques à l’endroit de la politique menée par l’actuel président de la République.

Si, pour l’instant, le nouveau président de la CBCP n’a pas commenté l’extension de la loi martiale, Mgr David, vice-président de la Conférence, s’est exprimé en commentant le sondage effectué par le Social Weather Stations. « Peut-être qu’au lieu de recueillir l’opinion de la ‘majorité des Philippins’, l’enquête aurait dû se demander si les gens de Mindanao sont d’accord avec l’extension de la loi martiale. » Et Mgr Jose Colin Bagaforo, évêque de Kidapawan, ne s’en étonne pas, indiquant que « beaucoup de gens prient pour que ça n’arrive pas ailleurs ». Mais « nombreux sont ceux qui partagent l’opinion des évêques de Mindano : la loi martiale est et devrait être temporaire ».

La prolongation de la loi martiale, une mesure inutile

Mgr Edwin de la Pena, évêque de la prélature territoriale de Marawi, qui soutenait la mise en place de la loi martiale, s’oppose désormais, fermement, à son extension. « Je suis contre l’extension de la loi martiale, déclare-t-il à CBCP News. Avec toutes les ressources à sa disposition, le gouvernement peut faire face à la crise maintenant, même sans prolonger la loi martiale. »

Dans le nord de l’archipel, Mgr Arturo Bastes, évêque de Sorsogon, s’est lui aussi déclaré opposé à l’extension de la loi martiale, considérant que cette mesure ne ferait qu’aggraver la situation dans la région.

Selon le Philippine Daily Inquirer, depuis le début des combats, 553 victimes sont à déplorer : 45 civils, 97 militaires, 411 rebelles. Et les 200 000 habitants de Marawi ont quitté la ville et ses environs. Une soixantaine seulement de combattants islamistes feraient désormais face aux forces armées et retiendraient encore des otages, dont le P. Teresito ‘Chito’ Soganub, vicaire général de Marawi, enlevé le 23 mai dernier.

Le président Duterte s’attend à ce que la ville de Marawi soit bientôt libérée mais s’inquiète de la persistance de la menace de Daech dans cette région. Le 11 juillet dernier, le président a indiqué que la libération prochaine de la ville de Marawi ne marquerait pas nécessairement la fin de l’organisation terroriste dans la région. Quelques jours plus tard, le 17 juillet, Duterte a reçu un nouveau projet de Loi fondamentale Bangsamoro (‘terre des Moros’, nom donné aux musulmans philippins), auquel il a apporté son soutien. «  Ce moment est une étape importante dans notre quête pour mettre fin à des siècles de haine, de méfiance et d’injustice qui ont pesé sur la vie de millions de Philippins », a-t-il déclaré, rapporte l’agence Ucanews.

Sous la précédente administration, un projet similaire, prévoyant une semi-autonomie pour le Bangasmoro et un désarmement progressif, avait été bloquée au Congrès par les adversaires politiques du président Aquino en décembre 2015. Mgr Orlando Quevedo, 78 ans, archevêque de Cotabato et unique cardinal de l’île méridionale de Mindanao, avait indiqué à Eglises d’Asie que seule la mise en place d’une région Bangsamoro autonome permettrait de lutter efficacement contre l’implantation de Daech dans l’archipel.

Source : Eglises d’Asie

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Philippines – A Marawi, la crise continue

«  Nous attendons avec angoisse de connaître le sort de nos 15 paroissiens chrétiens, otages entre les mains du groupe terroriste Maute à Marawi. La crise continue et l’armée fait le plus grand effort possible. Mais il ne s’agit pas de guerre de religion : nous l’avons déclaré avec clarté en tant qu’Evêques des Philippines au cours de ces derniers jours ». C’est ce que déclare l’évêque de la prélature de Marawi, Mgr Edwin de la Pena, qui suit le siège de la ville, dans laquelle les djihadistes du groupe Maute, qui a prêté serment de fidélité au prétendu « Etat islamique », continuent à demeurer barricadés dans une partie du territoire citadin.

Depuis le jour de l’attaque terroriste, lancée le 23 mai dernier, le nombre de morts dans les affrontements à Marawi a dépassé les 500 dont 392 militants djihadistes, 93 militaires et au moins 45 civils.
Les hautes autorités militaires ont indiqué que la crise de Marawi ne prendra pas fin, comme on l’avait espéré, avant le 24 juillet, jour où le Président Duterte prononcera son deuxième discours sur l’Etat de la nation. En outre, le 22 juillet est le jour où arrive à échéance la période de deux mois de loi martiale qui pourrait, probablement, être prorogée par le Président si les combats devaient être encore en cours.
Les forces armées des Philippines ont en effet annoncé avoir besoin de 10 à 15 jours supplémentaires pour reconquérir les édifices occupés par les terroristes à Marawi. Quelques 600 édifices doivent encore être libérés des tireurs embusqués, sachant que les militaires parviennent en moyenne à bonifier de 40 à 50 édifices par jour.

Source : Agence Fides

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Philippines – Selon l’archevêque de Cotabato, sans province autonome du Bangsamoro, Daech restera une menace en Asie du Sud-Est

Six semaines après le début de la bataille de Marawi opposant l’armée philippine aux alliés de Daech, Mgr Orlando Quevedo, 78 ans, archevêque de Cotabato et unique cardinal de l’île méridionale de Mindanao, a accepté de répondre aux questions d’Eglises d’Asie.

Depuis des années, l’épiscopat philippin est très attentif à la définition d’un projet politique pour le « Bangsamoro », le projet de ‘terre des Moros’ (nom donné aux musulmans philippins), alors que la guérilla séparatiste a fait plus de 150 000 morts en cinquante ans dans la région. Le cardinal Quevedo est l’un des évêques de l’Eglise catholique aux Philippines à être le plus directement concerné par la mise en place d’un accord de paix entre le gouvernement de Manille et la minorité musulmane de Mindanao : il est archevêque de Cotabato depuis 1998, une ville enclavée dans la province de Maguindanao où les musulmans représentent la moitié de la population (au plan national, ils ne représentent que 5 % des 100 millions de Philippins).

Sous la précédente administration, un accord de paix avait été signé le 27 mars 2014 avec le principal mouvement musulman rebelle, le MILF (Front moro de libération islamique) ; ce texte prévoyait une semi-autonomie pour le Bangasmoro et un désarmement progressif. Pour mettre en œuvre cet accord de paix, restait à adopter la Loi fondamentale Bangsamoro (BBL, Bangsamoro Basic Law), bloquée au Congrès par les adversaires politiques du président Aquino en décembre 2015. Rodrigo Duterte, élu président de la République des Philippines le 9 mai 2016, était arrivé au pouvoir en soutenant un projet de République fédérale.

En avril 2015, le cardinal Quevedo avait créé « Friends for Peace », un groupe de dialogue interreligieux partisan de la mise en œuvre de l’accord de l’accord de paix signé en mars 2014 à Manille entre le gouvernement philippin et le MILF.

Eglises d’Asie : Comment percevez-vous l’émergence de Daech aux Philippines et dans le reste de la région ?

Mgr Orlando Quevedo  : Daech appâte beaucoup de jeunes gens en Indonésie, en Malaisie et aux Philippines. Le rêve d’un califat vainqueur et dominant sert d’étendard contre la pauvreté et le sentiment d’injustice. Ce rêve est également la réponse des fondamentalistes face à un monde dont la culture plus matérialiste et relativement séculière ne considère pas Dieu comme partie intégrante de la scène publique.

Il ne faut pas mésestimer l’impact des mouvements inspirés par l’organisation Etat islamique sur le processus de paix et les discussions entre les représentants du Bangsamoro et le gouvernement. Si le projet de Loi fondamentale Bangsamoro (BBL) est à nouveau rejeté au Congrès [NDLR : il avait déjà été rejeté en décembre 2015], je crains que ce revers ne soit désastreux et ne compromette inévitablement tout espoir de changement et de dialogue politique. Alors au sein même du pays Bangsamoro, l’Etat islamique récupérera les sympathies de beaucoup. Voilà la crainte que partagent le Front moro de libération islamique [MILF, en pourparlers de paix avec les autorités philippines, signataire d’un accord de paix avec Manille le 27 mars 2014] et tous les partisans modérés du Bangsamoro.

Sous la précédente administration Aquino [NDLR : Benigno Aquino a été président de la République des Philippines du juin 2010 à juin 2016], quand, lors des auditions au Congrès, la représentante gouvernementale pour les pourparlers de paix avait évoqué le risque d’une radicalisation de la violence, les parlementaires avaient fustigé une tentative de chantage pour leur faire accepter le projet de loi. Aujourd’hui, il n’est plus question de chantage. La menace terroriste concerne réellement l’ensemble de la région et tout particulièrement Mindanao.

Dans quelle mesure la minorité chrétienne est-elle visée par Daech ?

La menace de l’Etat islamique à Mindanao dans le but d’y fonder une base en terre Bangsamoro a de quoi susciter la peur parmi les chrétiens. Pensons au groupe des frères Maute à Marawi, ou encore à Abou Sayyaf.

Pour l’heure, les Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro [BIFF, mouvement dissident du MILF qui refuse les termes de l’accord du 27 mars 2014] ont exclu d’exécuter des chrétiens, contrairement au groupe Maute. Néanmoins, par le passé, les BIFF ont déjà détruit des images sacrées et des statues catholiques. Mais si d’autres Moros inspirés par l’Etat islamique s’attaquent à leur tour à des chrétiens, nous ignorons comment réagiront les BIFF et les autres groupes. Le MILF lui-même pourrait être incapable de maintenir le contrôle de ses différentes factions.

A Marawi, le groupe Maute retiendrait une centaine d’otages, dont le vicaire général de la cathédrale de Marawi, P. Chito Suganob, enlevé le 23 mai avec des paroissiens en pleine messe. Pour l’heure, le gouvernement philippin exclut toute négociation avec le groupe Maute pour tenter de libérer les captifs. Qu’en pensez-vous ?

Il fût un temps où le président de notre pays, Rodrigo Duterte, s’était déclaré disposé à négocier avec Abou Sayyaf [discours du 25 juin 2016], et avec la Nouvelle armée du peuple, la branche armée du parti communiste philippin [NPA, qui figure sur la liste des groupes terroristes des Etats-Unis depuis 2002].

Je pense qu’il serait extrêmement délicat de négocier avec le groupe Maute. Son idéologie et ses actes antichrétiens portent la marque de Daech. Il en va de même pour le groupe Abou Sayyaf, mais pour une autre raison : ses racines idéologiques et politiques, car ce groupe est né d’une scission avec le Front moro de libération nationale [NDLR : MNLF, principale force rebelle séparatiste musulmane avant la création du MILF, groupe lui-même dissident du MNLF ; signataire d’un accord de paix en 1996]. Pour autant, au fil des années, les enlèvements contre rançon sont devenus une source de profits et ont rempli leurs coffres de millions de dollars. Certains combattants seraient tentés de rendre les armes à cause de la pression accrue de l’armée gouvernementale. Et donc il est moins probable que le gouvernement négocie avec les combattants restants puisque, selon l’armée, Abou Sayyaf perd du terrain lentement mais sûrement.

Au sujet du pays Moro, le Bangsamoro, je suis avant tout pour la paix. Si tous les groupes admettaient que la BBL répond adéquatement au désir d’autodétermination et fait droit aux injustices historiques, alors il serait possible d’aboutir à la paix. Ce dont tout le monde profiterait.

Quels sont les enjeux actuels du dialogue interreligieux ?

Face au rajeunissement des recrues Moros chez l’Etat islamique, plus que jamais le dialogue interreligieux est essentiel. Il nous faut le renforcer en y intégrant plus de monde à tous les niveaux ; que ce soit au plus haut niveau, à Mindanao, via la Conférence des évêques et des oulémas, ou au niveau local. Désormais, il faut se concentrer sur les représentants religieux locaux, sur leur vocation à transmettre aux jeunes esprits les véritables principes de paix de leur religion respective.

D’une manière plus efficace et plus systématique, les représentants religieux et les institutions éducatives religieuses doivent mettre en avant l’authenticité de la doctrine révélée, que ce soit à partir du Coran ou de la Bible. Il faut enseigner le sens de la ‘Parole commune’ : l’amour de Dieu et l’amour de son voisin.

Rodrigo Duterte, premier président originaire de Mindanao, au pouvoir depuis juin 2016, prône le passage au fédéralisme pour permettre aux musulmans Moros d’accéder à l’autonomie qu’ils réclament. Quelle est votre opinion sur ce projet ?

Présenter l’option fédéraliste comme solution au problème Bangsamoro, c’est mal comprendre les injustices historiques subies par les musulmans, les Moros. Car le fédéralisme place tous les Etats fédérés au même niveau, avec égalité de pouvoirs et d’autonomie.

En revanche, l’idée d’une région Bangsamoro autonome, telle que soutenue par le MILF et par d’autres groupes, dotée de pouvoirs économiques et politiques propres, est plus souhaitable que la mise en place d’un Etat fédéral pour l’ensemble du pays.

Pour cette raison, Friends for Peace affirme que la BBL doit constituer une priorité et ensuite seulement, pourrait-elle servir éventuellement de modèle pour passer à un régime fédéral. Sans compter que la BBL a plus de chances d’être adoptée rapidement que le passage au fédéralisme pour l’ensemble du pays. Je crois que notre président Rodrigo Duterte a déjà nuancé sa position sur le fédéralisme en ce sens : désormais, selon les médias locaux, il est question de faire d’abord adopter la BBL.

Source : Eglises d’Asie

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Philippines – L’armée découvre des corps de civils décapités à Marawi

Les combattants de Daech continuent de semer la terreur au sein de la ville de Marawi. Ils poursuivent toujours l’objectif de prendre le contrôle de la ville, malgré les répliques de l’armée philippine.

Les militaires ont été horrifiés par la découverte de 5 corps décapités dans la ville, qui corrobore les récits de civils ayant fui la ville. « Ce sont des personnes diaboliques » affirme Jo-Ar Herrera, un porte-parole de l’armée. D’après Restituto Padilla, membre de l’armée, le bilan des morts n’est pas encore certain et risque de s’alourdir. Les djihadistes détiendraient encore une centaine de civils, utilisés comme bouclier humain et esclaves sexuelles. D’autres sont forcés à se convertir, à piller des maisons, et à se rebeller contre l’armée Philippine.

Le président philippin Rodrigo Duterte a déclaré que le pays était en grand danger et a promis de venir à bout des islamistes qui occupent une partie de Marawi. “Ils ne font que tuer et détruire, de manière atroce” a-t-il dit lors d’une réunion où il a annoncé avoir reçu des centaines de fusils d’assaut et de précision chinois, pour aider les militaires de l’offensive gouvernementale contre les jihadistes.

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