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Meaux : grève des professeurs du lycée Sainte-Marie pour empêcher un candidat proche de l’Opus Dei de diriger l’établissement

Meaux (Seine-et-Marne), ce lundi. Evénement rare, une large partie des professeurs du collège Sainte-Marie s’est mise en grève durant une heure pour protester contre l’arrivée possible d’une directrice proche de l’Opus Dei, une institution de l’Eglise catholique.

L’arrivée annoncée d’un membre d’une organisation controversée de l’Eglise à la tête de ce collège privé catholique sous contrat a entraîné une mobilisation inédite des enseignants.

C’est une mobilisation inédite qui a eu lieu ce lundi derrière les hauts murs de pierre du collège Sainte-Marie à Meaux. « Un beau bordel », résume plus prosaïquement un professeur.

Ce lundi, une partie des enseignants de cet établissement catholique fréquenté par quelque 1 300 élèves s’est mise en grève durant une heure. Plus des trois quarts d’entre eux — 75 sur 94 selon un porte-parole de la délégation — ont signé une lettre ouverte adressée au directeur diocésain du département.

La raison de la colère porte un nom, celui de Virginie Maury. Cette proche de l’Opus Dei, une institution controversée de l’Eglise catholique, était pressentie pour succéder à Bertrand Thomas, le chef d’établissement qui s’apprête à partir à la retraite.

Devant le tollé suscité par sa possible nomination, la candidate « a quitté la procédure de recrutement », annonce Benoît Lecoutère, le directeur diocésain de l’enseignement catholique en Seine-et-Marne.

Une candidate trop proche de l’Opus Dei
Virginie Maury est actuellement responsable du lycée Gerson à Paris (XVIe). En 2014, sa direction avait été accusée d’exercer une « influence intégriste » sur l’enseignement prodigué en classe.

L’association pro-vieAlliance Vita était intervenue à Gerson lors d’un cours de catéchèse. Il aurait été enseigné aux élèves qu’« une fille qui avorte commet un homicide volontaire », alors que cet acte est dépénalisé depuis 1975 et la loi Veil.

« Virginie Maury a été la directrice du collège des Vignes à Courbevoie (Hauts-de-Seine), un établissement lié à l’Opus Dei, pointe un porte-parole des enseignants. Elle a aussi publié un livre dans une maison d’édition proche de cette organisation (NDLR : les éditions Le Laurier). »

Contactée, la principale intéressée ne nous a pas répondu. Ni l’actuel chef d’établissement de Sainte-Marie ni le rectorat — les professeurs de cet établissement sous contrat sont rémunérés par l’Education nationale — n’ont souhaité s’exprimer.

« Cette situation est aberrante »
Selon le directeur diocésain, Virginie Maury n’était pourtant qu’« une candidate parmi d’autres ». « Cette situation est aberrante, estime-t-il. J’ai proposé plusieurs noms à l’évêque, dont le sien. Madame Maury a visité l’établissement mercredi dernier, comme c’est le cas pour chaque candidat lors d’une procédure de recrutement. »

Benoît Lecoutère rappelle au passage que les responsables du lycée Gerson avaient été blanchis, par le ministère de l’Education nationale, de l’accusation de dérive intégriste.

Les enseignants rejettent tout « procès d’intention ». Selon eux, la nomination de Virginie Maury remettait en cause « l’esprit Sainte-Marie », où « toutes les sensibilités s’expriment ». Certains évoquent les « valeurs humanistes » de l’institution. Un professeur résume : « Nommer quelqu’un comme Virginie Maury, aux positions radicales, aurait mis en danger cet équilibre. »

Des parents d’élèves soulagés

La nomination annoncée de Virginie Maury à la tête du collège Sainte-Marie n’était pas du goût d’une partie des parents d’élèves.

Ce lundi, Rémi et Karine ont habillé leur fille, en cinquième au collège Sainte-Marie, avec des vêtements sombres. « Pour dire au revoir à Monsieur Thomas (NDLR : le chef d’établissement qui part à la retraite) et pour soutenir les professeurs contre la candidature de Madame Maury », explique le quadragénaire.

Comme chez les enseignants, la nomination annoncée de l’actuelle responsable du lycée parisien Gerson a heurté une large partie des parents d’élèves.

« J’étais prête à enlever mon fils de 11 ans du collège, indique Sonia. Je suis catholique, pas fanatique, et cette femme semble porter une vision rétrograde de l’Eglise. »

Même chose chez cette autre mère de famille : « Si ce qu’on dit d’elle est exact, je retirerai ma fille du collège l’année prochaine. »

Source : Le Parisien