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Bangladesh : Un peu moins de 600 000 ouvriers concernés par l’esclavage moderne

Il s’agit d’un thème évoqué par le Pape dans un message de mai dernier : 

Le rapport mondial 2 018 sur l’esclavage (Global Slavery Index), publié par la fondation australienne Walk-Free le 19 juillet, indique qu’au moins 592 000 personnes vivent au Bangladesh dans des conditions s’apparentant à de l’esclavage moderne. Le rapport classe le pays au 92e rang sur 167, et à la 19e place sur 28 pays de la région Asie-Pacifique. Il dénonce notamment les bas revenus et les conditions de travail dangereuses que subissent beaucoup d’ouvriers.
Un nouveau rapport mondial vient d’annoncer que 592 000 personnes vivaient, au Bangladesh, dans des conditions semblables à de l’esclavage moderne, provoquant des réactions mitigées de la part du gouvernement, des syndicats et de l’Église. Le Bangladesh, selon le rapport mondial 2 018 sur l’esclavage (Global Slavery Index) publié le 19 juillet par la fondation australienne Walk-Free, est classé 92e sur 167 pays, et 19e sur 28 pays de la région Asie-Pacifique. Le rapport souligne la vie dure à laquelle sont confrontés beaucoup d’ouvriers du secteur industriel bangladais, a déclaré Babul Akhter, président de la fédération bangladaise Garment and Industrial Workers (ouvriers du textile et du secteur industriel), basée à Dhaka, la capitale.
« Après mes années d’expérience du secteur du travail au Bangladesh, je peux confirmer que ce chiffre [de 592 000 personnes] devrait être encore bien plus élevé. Il y a environ 50 millions de personnes qui travaillent dans le secteur industriel, dont 4 millions pour le textile, et ils subissent des conditions semblables à de l’esclavage, avec notamment de mauvaises pratiques professionnelles, des bas salaires et des conditions de travail dangereuses », dénonce Babul Akhter. Selon lui, cette situation de quasi-esclavage vient de la négligence, la corruption, le manque de transparence et du nombre insuffisant de fonctionnaires pouvant assurer la surveillance.

12 à 14 heures de travail par jour

Ataul Gazi et sa femme travaillent tous les deux dans le secteur textile à Dhaka. Ataul, 34 ans, explique que son faible salaire et ses conditions de travail peuvent être considérés comme de l’esclavage. « Je suis dans cette industrie depuis douze ans et je gagne environ 14 000 takas (165 dollars) par mois, et ma femme gagne 8 000 takas par mois. Nous travaillons durant de longues heures, jour et nuit, mais à la fin du mois, nous ne pouvons rien épargner après les dépenses de la famille et les frais de scolarité de nos deux enfants », regrette Ataul. Les retenues sur salaire, les longues périodes de travail pouvant aller jusqu’à douze ou quatorze heures par jour et les mauvais traitements de la direction sont très courants dans l’usine, ajoute-t-il.
Le père Liton Hubert Gomes, de la congrégation de Sainte-Croix, responsable de la commission Justice et Paix de l’archidiocèse de Dhaka, confirme que ces conditions déplorables sont une réalité au Bangladesh. « Beaucoup, dans le pays, ne peuvent pas subvenir à leurs besoins les plus fondamentaux. Des gens sont forcés d’accepter des emplois épuisants pour de faibles salaires, parce qu’ils doivent trouver de l’argent pour se nourrir. Et il y a un sérieux manque de contrôle de la part du gouvernement. Le drame est que souvent, les propriétaires sont influents sur les plans financiers et politiques, et cela force le gouvernement à les favoriser et à rester silencieux », explique le père Gomes.
Shibnath Roy, directeur général du département du Travail du gouvernement, s’est montré réticent face au rapport. « Nous avons des institutions publiques comme la commission des salaires (Wage Board) et des équipes de contrôle afin d’assurer des conditions de travail décentes. Nous pouvons reconnaître nos limites, et nous admettons que beaucoup d’ouvriers n’ont pas un salaire équitable, mais apparenter ces conditions à de l’esclavage est incorrect. Nous travaillons dur et nous espérons régler les problèmes un jour », a déclaré Shibnath Roy. Le rapport indique que 40 millions de personnes vivent dans des conditions d’esclavage dans le monde, dont 8 millions d’Indiens. À eux cinq, l’Inde, la Chine, le Pakistan, la Corée du Nord et le Nigeria représentent 60 % des victimes de l’esclavage moderne dans le monde, selon le rapport.

Source : Eglises d’Asie

NLQ #Rome

Le plaidoyer du Pape François contre l’esclavage moderne

 

A l’occasion du forum qui se tient à Buenos Aires du 5 au 8 mai sur l’esclavage moderne, « Vieux problèmes du nouveau monde », le Pape François a tenu à réaliser un message vidéo pour faire part de son soutien et de sa préoccupation pour les victimes de l’esclavage moderne.

« Personne ne peut se laver les mains devant cette réalité tragique, s’il ne veut pas être complice de ce crime contre l’humanité », les mots choisis par le Saint-Père sont forts, pour lutter contre l’esclavage moderne, à l’occasion du forum « Vieux problèmes du nouveau monde » qui se déroule en Argentine du 5 au 8 mai.

Dans son message vidéo, le Pape François salue les participants à ce II Forum, et affirme que l’esclavage « n’est pas quelque chose d’autre temps » ; mais « une pratique qui a des racines profondes » et se manifeste encore aujourd’hui et sous de nombreuses formes différentes telles que la traite des êtres humains, l’exploitation du travail par la dette, l’exploitation des enfants et l’exploitation sexuelle, sans oublier le travail domestique forcé , dont les victimes s’élèveraient dans le monde à 40 millions de personnes.

Selon le Global Slavery Index, 58 % des victimes sont répartis dans 5 pays : Inde, Chine, Pakistan, Bangladesh et Ouzbékistan.

Femmes et filles représentent 71 % des esclaves, soit près de 29 millions de personnes. Une victime de l’esclavage moderne sur quatre est un enfant, soit environ 10 millions d’individus.

En intégralité, le script du message vidéo du Pape François :

Chers frères et sœurs,

J’ai accepté avec plaisir l’invitation à adresser mes salutations à vous qui participez à ce forum sur les formes modernes d’esclavage : « Vieux problèmes du nouveau monde », organisé par le diocèse orthodoxe de Buenos Aires, dirigé par le Métropolite Tarasios,  par l’Institut orthodoxe « Patriarche Athénagoras » de Berkeley en Californie, et sous le patronage du Patriarcat œcuménique. Tout d’abord, je tiens à exprimer ma profonde gratitude au Patriarche œcuménique, Sa Sainteté Bartholomée Ier, ainsi qu’à l’archevêque de Canterbury, Sa Grâce, Justin Welby, qui ont inauguré ce forum l’année dernière.

Cela me réconforte de savoir que nous partageons la même préoccupation pour les victimes de l’esclavage moderne.

L’esclavage n’est pas quelque chose d’un autre temps. C’est une pratique qui a des racines profondes et se manifeste encore aujourd’hui sous de nombreuses formes : la traite humaine, l’exploitation du travail par la dette, l’exploitation des enfants, l’exploitation sexuelle et le travail domestique forcé. Chacune de ces formes est plus sérieuse et inhumaine que les autres. Malgré le manque d’information dans certaines régions du monde, les chiffres sont spectaculairement élevés et, très probablement, sous-estimés. Selon certaines statistiques récentes, il y aurait plus de 40 millions de personnes, hommes, mais surtout femmes et enfants, qui souffrent d’esclavage. Pour avoir une idée, si elles vivaient dans une seule et même ville, il s’agirait de la plus mégapole de notre planète, et aurait plus ou moins une population quatre fois supérieure au Grand Buenos Aires.

Personne ne peut se laver les mains devant cette réalité tragique, s’il ne veut pas être complice de ce crime contre l’humanité. Le premier devoir qui s’impose est de mettre en place une stratégie qui permettra une meilleure connaissance du sujet, de déchirer le voile de l’indifférence qui semble couvrir le sort de cette partie de l’humanité qui souffre, qui est en train de souffrir. Il semblerait que beaucoup ne souhaitent pas comprendre l’ampleur du problème.

Certains, qui sont directement impliqués dans des organisations criminelles, ne veulent pas en être informés, simplement parce qu’ils en tirent de grands bénéfices grâce aux nouvelles formes d’esclavage. Il y a aussi ceux qui, malgré leur connaissance du problème, ne veulent pas parler parce que c’est là que se termine la « chaîne de consommation », en tant que consommateur de « services » qui offrent des hommes, des femmes et des enfants devenus esclaves. Nous ne pouvons pas être distraits : nous sommes tous appelés à sortir de toutes les formes d’hypocrisie, affrontant cette réalité que nous faisons partie du problème. Le problème n’est pas une chose extérieure devant nous : il m’implique. Nous ne sommes pas autorisés à détourner le regard, à déclarer notre ignorance ou notre innocence.

La deuxième grande tâche consiste à agir en faveur de ceux qui sont devenus des esclaves : défendre leurs droits, empêcher les corrompus et les criminels d’échapper à la justice et d’avoir le dernier mot sur les personnes exploitées. Il ne suffit pas que certains États et organisations internationales adoptent une politique particulièrement dure en voulant punir l’exploitation des êtres humains, si les causes ne sont pas abordées… Les racines les plus profondes du problème. Lorsque les pays souffrent de pauvreté extrême, ils subissent la violence et la corruption, ni l’économie, ni le cadre législatif, ni les infrastructures de base ne sont efficaces ; ils ne peuvent garantir la sécurité, ni les biens, ni les droits essentiels. De cette façon, il est plus facile pour les auteurs de ces crimes de continuer à agir en toute impunité. De plus, il y a un fait sociologique : le crime organisé et le trafic illégal d’êtres humains choisissent leurs victimes parmi les personnes qui ont aujourd’hui peu de moyens de subsistance et encore moins d’espoir pour l’avenir. Pour être plus clair : parmi les plus pauvres, parmi les plus marginalisés, les plus mis au rebut. La réponse fondamentale réside dans la création d’opportunités pour le développement humain intégral, en commençant par une éducation de qualité : c’est le point clé, une éducation de qualité dès la petite enfance, pour continuer à générer de nouvelles opportunités de croissance par le travail. Éducation et travail.

Cet immense travail, qui demande du courage, de la patience et de la persévérance, nécessite un effort commun et global de la part des différents acteurs qui composent la société. Les Églises doivent également s’engager dans cette tâche. Bien que les individus et les groupes spéculent sans vergogne sur l’esclavage, nous les chrétiens, tous ensemble, nous sommes appelés à développer une collaboration de plus en plus grande pour que nous dépassons tous les types d’inégalité, la discrimination de toute nature, ce qui est exactement ce qui permet qu’un homme peut être l’esclave d’un autre homme. Un engagement commun pour faire face à ce défi sera une aide valable pour la construction d’une société renouvelée orientée vers la liberté, la justice et la paix.

Source : Vatican News