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Mgr David Macaire : « Les Antilles doivent contrer l’européanisation »

En visite ad limina du 15 au 21 avril, les évêques des Antilles ont pu échanger deux heures et demie durant avec le Pape François lors d’une audience privée. En Martinique, dont Mgr David Macaire a la charge épiscopale, l’éclatement des familles, le vieillissement ou le chômage élevé sont autant de défis pour l’Église locale.

Encore blessée par l’esclavage ou perturbée par ce que Mgr Macaire qualifie « d’hédonisme européen », la famille antillaise se porte mal. Les rôles entre femmes et hommes sont dissymétriques. Outre cette problématique familiale qui appelle un véritable changement culturel, le souci de l’emploi prédomine. C’est pourquoi Mgr Macaire annonce la création en Martinique d’une université catholique : l’Institut catholique européen des Amériques (l’ICEA).
« Une amélioration des conditions de vie inversement proportionnelle au taux de bonheur »
Principal objectif selon l’archevêque : contrer « le colonialisme idéologique » importé d’Europe, c’est-à-dire la société de consommation, la solitude, l’hédonisme et retrouver « l’esprit antillais ». Un mode de vie insulaire axé sur la solidarité, une foi expressive et des libertés idéologiques en ce qui concerne la liturgie. Ce dernier point fait la fierté de Mgr Macaire qui cite l’image utilisée par le Pape François lors de leur rencontre : « l’Église est comme un fleuve. L’on peut y nager à droite ou à gauche, l’essentiel est d’être dans le fleuve ».

Entretien réalisé par Delphine Allaire – Cité du Vatican

Source :  Vatican News

Tribunes et entretiens

Sylviane Agacinski – La GPA est une marchandisation de l’humain

A l’heure des Etats-Généraux de la bioéthique, une philosophie solidaire du don d’organes, celle de Sylviane Agacinski, qui publie “Le tiers-corps” aux éditions du Seuil, dans la collection La librairie du XXIe siècle. Un essai où elle interroge cette pratique médicale dans la perspective d’une réciprocité indirecte entre le donneur et le receveur.

Le don est un élan, un geste par essence non commercial et qui peut ne pas être payé en retour. La réciprocité n’est pas un automatisme. Dans le cas du don d’organes, elle est indirecte, car le donneur rend ce qu’il a reçu par ailleurs de la société. Sylviane Agacinski
Après “Corps en miettes” (éditions Flammarion, 2009), une réflexion sur la marchandisation du corps, la philosophe poursuit sa réflexion sur le vivant, la transmission et les nouvelles formes de solidarité.

Nous sommes dans une situation où les organes d’un défunt, qui ne se serait pas exprimé sur la question, sont prélevés d’office. Il nous faut construire une société solidaire, y compris par-delà la mort, qui demande une réponse claire, de son vivant, à chacun. Sylviane Agacinski

 

Ecouter l’entretien sur France Culture

 

Brèves #NLH

La Photo du jour – GPA hédonisme pour les uns, esclavage pour les autres

NLQ #Rome

UNODC – Le Saint-Siège demande un « cadre légal » pour les migrants

Face au phénomène croissant du trafic et de l’esclavage d’êtres humains auquel les migrants sont exposés partout dans le monde, le Saint-Siège souligne « l’importance d’assurer des cadres légaux adéquats et des voies fiables pour empêcher les migrants de devenir des victimes de la traite d’êtres humains ».

Le père Michael Czerny, sous-secrétaire de la section Migrant et Réfugié du Saint-Siège, est intervenu au Bureau des Nations Unies sur les drogues et le crime, à la cinquième session thématique sur le Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière. Intitulée « Contrebande de migrants, traite des personnes et formes contemporaines d’esclavage, y compris identification, protection et assistance appropriées pour les migrants et les victimes de la traite », la session s’est tenue à Vienne les 4 et 5 septembre 2017.

« Les facteurs qui contribuent à la vulnérabilité, comme la pauvreté, l’apatridie, le chômage, le manque d’éducation, la discrimination des femmes et des filles, ne conduisent pas nécessairement en soi au trafic », précise le p. Czerny. « Mais c’est l’interaction de facteurs qui se renforcent mutuellement qui accroit la vulnérabilité ».

« En même temps, poursuit-il, chaque société a besoin de reconnaître les forces de la demande – par exemple pour la prostitution ou pour le travail en-deçà des standards minimum nationaux – qui fonctionnent dans le pays, rendant la traite d’êtres humains très rentable. »

« Les investigations doivent être coordonnées aux niveaux national, régional et international, insiste le représentant du Saint-Siège. Le partage des données et des informations clé doit être assuré ainsi que la protection légale pour les victimes, tandis que les auteurs de crime doivent être poursuivis et traduits en justice ».

Retrouvez sur Zenit l’intégralité de la déclaration en anglais du p. Czerny

 

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Homélie des cendres du pape “Le carême, la route de l’esclavage à la liberté” “Le temps de dire non à l’asphyxie”

« Revenez à moi de tout votre cœur, […] revenez au Seigneur votre Dieu » (Jl 2, 12.13) : c’est le cri par lequel le prophète Joël s’adresse au peuple au nom du Seigneur ; personne ne pouvait se sentir exclu : « Rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ; […] le jeune époux […] et la jeune mariée » (v. 16). Tout le peuple fidèle est convoqué pour se mettre en chemin et adorer son Dieu, « car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (v. 13).

Nous voulons nous aussi nous faire l’écho de cet appel, nous voulons revenir au cœur miséricordieux du Père. En ce temps de grâce que nous commençons aujourd’hui, fixons une fois encore notre regard sur sa miséricorde. Le Carême est un chemin : il nous conduit à la victoire de la miséricorde sur tout ce qui cherche à nous écraser ou à nous réduire à quelque chose qui ne convient pas à la dignité des fils de Dieu. Le Carême est la route de l’esclavage à la liberté, de la souffrance à la joie, de la mort à la vie. Le geste des cendres par lequel nous nous mettons en chemin nous rappelle notre condition d’origine : nous avons été tirés de la terre, nous sommes faits de poussière. Oui, mais poussière dans les mains amoureuses de Dieu qui souffle son Esprit de vie sur chacun de nous et veut continuer à le faire ; il veut continuer à nous donner ce souffle de vie qui nous sauve des autres types de souffle : l’asphyxie étouffante provoquée par nos égoïsmes, asphyxie étouffante générée par des ambitions mesquines et des indifférences silencieuses ; asphyxie qui étouffe l’esprit, réduit l’horizon et anesthésie les battements du cœur. Le souffle de la vie de Dieu nous sauve de cette asphyxie qui éteint notre foi, refroidit notre charité et détruit notre espérance. Vivre le Carême c’est désirer ardemment ce souffle de vie que notre Père ne cesse de nous offrir dans la fange de notre histoire.

Le souffle de la vie de Dieu nous libère de cette asphyxie dont, souvent nous ne sommes pas conscients, et que nous sommes même habitués à « normaliser », même si ses effets se font sentir ; cela nous semble « normal » car nous sommes habitués à respirer un air où l’espérance est raréfiée, un air de tristesse et de résignation, un air étouffant de panique et d’hostilité.

Le Carême est le temps pour dire non. Non à l’asphyxie de l’esprit par la pollution causée par l’indifférence, par la négligence à penser que la vie de l’autre ne me regarde pas, par toute tentative de banaliser la vie, spécialement celle de ceux qui portent dans leur chair le poids de tant de superficialité. Le Carême veut dire non à la pollution intoxicante des paroles vides et qui n’ont pas de sens, de la critique grossière et rapide, des analyses simplistes qui ne réussissent pas à embrasser la complexité des problèmes humains, spécialement les problèmes de tous ceux qui souffrent le plus. Le Carême est le temps pour dire non ; non à l’asphyxie d’une prière qui nous tranquillise la conscience, d’une aumône qui nous rend satisfaits, d’un jeûne qui nous fait nous sentir bien. Le Carême est le temps pour dire non à l’asphyxie qui naît des intimismes qui excluent, qui veulent arriver à Dieu en esquivant les plaies du Christ présentes dans les plaies des frères : ces spiritualités qui réduisent la foi à une culture de ghetto et d’exclusion.

Le Carême est le temps de la mémoire, c’est le temps pour penser et nous demander : qu’en serait-il de nous si Dieu nous avait fermé la porte ? Qu’en serait-il de nous sans sa miséricorde qui ne s’est pas lassée de pardonner et qui nous a toujours donné l’occasion de recommencer à nouveau ? Le Carême est le temps pour nous demander : où serions-nous sans l’aide de tant de visages silencieux qui, de mille manières, nous ont tendu la main et qui, par des gestes très concrets, nous ont redonné l’espérance et nous ont aidé à recommencer ?

Le Carême est le temps pour recommencer à respirer, c’est le temps pour ouvrir le cœur au souffle de l’Unique capable de transformer notre poussière en humanité. Il n’est pas le temps pour déchirer nos vêtements face au mal qui nous entoure, mais plutôt pour faire de la place dans notre vie à tout le bien que nous pouvons faire, nous dépouillant de tout ce qui nous isole, nous ferme et nous paralyse. Le Carême est le temps de la compassion pour dire avec le psalmiste : « Rends-moi la joie d’être sauvé, que l’esprit généreux me soutienne », pour que par notre vie nous proclamions ta louange (cf. Ps 51, 14), et pour que notre poussière – par la force de ton souffle de vie – se transforme en « poussière aimée ».