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L’eugénisme ou l’apocalypse molle

Il y a plusieurs façons de concevoir l’Apocalypse.

La première n’est que trop évidente, et chacun l’a en tête. « Les étoiles, est-il écrit, tomberont du ciel », et précisément la bombe thermonucléaire fonctionne sur le même principe physique que les étoiles du ciel, la fusion.
Cette apocalypse‑là, nous l’avons, si l’on peut dire, bien en main. Les boutons pour la déclencher existent déjà, prêts à l’ouvrage, dans cinq pays du monde. Mais rien ne nous oblige à les actionner. Il nous suffira d’être sages pour n’en rien faire. Le plus fou (toujours possible) y regardera à deux fois. Il est d’ailleurs peu vraisemblable qu’un homme, même fou, se donne le mal d’arriver aux responsabilités suprêmes qui donnent accès au bouton rouge pour aussitôt les abdiquer dans le suicide.

Mais qu’est-ce que l’Apocalypse ? Un bouleversement global mettant fin à l’histoire de l’homme, n’est-ce pas l’apocalypse ? Jusqu’ici, disons jusque vers le milieu de ce siècle, un tel bouleversement ne pouvait s’imaginer que brutal, catastrophique, semblable à celui qui effaça Sodome et Gomorrhe. L’homme dans son être, dans son essence, paraissait si solidement établi et créé qu’on ne le concevait que mort ou vivant. C’était là une évidence si bien assurée que la phrase même que je viens d’écrire apparaîtra d’abord à plus d’un lecteur comme une absurdité : y aurait-il donc devant l’homme un autre choix qu’entre la vie et la mort ? Pourrait-il cesser d’être sans mourir ? Comment imaginer cela ?

Et cependant le fait est là et il ne s’agit plus d’imagination. Faisons comme le Créateur, ou comme l’enfant avec sa pâte à modeler, prenons un peu de glaise et pétrissons-la. Voici entre nos mains un homme ou son image. Nul, n’est-ce pas, ne nous empêche de le repétrir encore, d’ajouter des ailes, de faire un monstre. Mais c’est de la glaise ! Eh ! oui, c’est de la glaise. Mais l’homme aussi.

L’homme programmé

L’homme aussi, tout est là. L’homme, comme tout être vivant est fait de cellules qui sont elles-mêmes une architecture biochimique. Le plan de cette architecture est scellé dans les substances du noyau et des mitochondries et ce sont ces substances qui sont étudiées par la génétique.
Or, le fait est que, depuis quinze ans, la science qui progresse le plus vite est la biologie, et dans la biologie, la génétique. Peu à peu les mécanismes fondamentaux de la vie tombent entre les mains des savants que la force des choses pousse toujours plus avant. Ni l’émerveillement, ni l’effroi ne changent le cours des découvertes qui se succèdent à un rythme sans cesse plus rapide. « Il est dangereux de savoir ce qui ne devrait pas être su » a dit Sir Macfarlane Burnet (a). Mais ayant dit, il retourne à son laboratoire. Et si ce n’est lui, vingt autres prendront le relais. L’homme, que l’on croyait aussi inaccessible à l’expérimentation que les astres, s’ouvre peu à peu sous ses propres doigts comme une machine sous ceux du mécanicien.

Et, cependant, il n’est pas une machine, et il le sait ! Mais, rien ne peut l’empêcher d’ouvrir encore et d’étaler sur sa table de laboratoire les derniers ressorts de cette machine qui n’en est pas une, et où s’incarne le mystère de sa pensée. Écoutons Marshall W. Nirenberg, l’éminent biochimiste et généticien : « L’homme va être à même de programmer ses propres cellules par informations synthétisées, bien avant de pouvoir évaluer correctement les conséquences lointaines de telles transformations, bien avant de savoir formuler ses buts, bien avant d’avoir résolu les problèmes soulevés par son intervention. » Quand cela se passera-t-il ? « Je prévois qu’on programmera les cellules grâce à des messages synthétisés, d’ici à vingt-cinq ans. » Quatre ans déjà sont passés, et il semble que la génétique aille plus vite encore que M. W. Nirenberg ne l’avait prévu (1).

On demandera peut-être à quoi bon programmer des cellules humaines.

Le recul des maladies héréditaires

Mais de même que la science ne peut être stoppée parce qu’elle est un phénomène collectif dont l’évolution échappe à toute initiative particulière, de la même façon et pour la même raison, l’intervention de l’homme sur l’homme en laboratoire appartient elle aussi au cours inévitable des choses. Êtes-vous pour que l’on soigne les maladies héréditaires ? Êtes-vous partisan de sauver les enfants qui, naissant incapables de sécréter la gamma globuline, sont par là même voués à mourir à la première infection ? Certains enfants naissent inaptes à l’assimilation de la phénylalanine. Quand on ne les traite pas, ils sombrent dans la débilité mentale profonde. Ils ne peuvent apprendre ni à se nourrir, ni à se laver, ni à contrôler leurs fonctions. Qu’il se lève, celui qui, ayant vu pareille déchéance, peut-être sur l’un des siens, repoussera les moyens d’en délivrer l’humanité ! Or, ces maux sont héréditaires, comme l’hémophilie, et beaucoup d’autres. Ils sont transmis par les gènes. Si, comme le pense M. W. Nirenberg, on parvient d’ici à vingt-cinq ans à « programmer les cellules par des informations synthétisées », si les biologistes réussissent à intervenir à leur gré dans le code génétique, toutes les maladies héréditaires disparaîtront.

En fait, la foi de tous les savants du monde est que ce « si » est en réalité un « quand » : un jour cela sera. Edward Tatum, autre grand généticien, pense que le remède ultime du cancer pourrait être celui-là. Qui donc, en vérité, repousserait cette délivrance ? Même si quelques-uns acceptaient de payer d’un tel prix le refus du progrès scientifique, il est certain que la masse des hommes ne les suivrait pas.

L’intervention dans le code génétique, inévitable d’ici à la fin du siècle, doit donc être considérée comme l’accession de l’homme à un niveau supérieur de liberté débouchant sur des choix moraux inconnus jusqu’ici. S’il est permis de penser que notre ressemblance à l’image divine n’est pas parfaite, eh bien ! ce progrès de la science mettra entre nos mains le pouvoir de nous en approcher davantage, mais aussi celui de nous en détourner. La délibération de ce choix apparaît déjà dans les propos de savants bien éloignés de toute idée théologique. Herman Joseph Muller propose que l’on recherche, pour la développer, l’hérédité du courage moral, de la sociabilité, de l’amour de la nature, de l’aptitude à s’exprimer clairement. Salvador Luria, du Massachusetts Institute of Technology estime « qu’en prévision des progrès qui peuvent se manifester bientôt, nous devrions étudier la création d’un mécanisme grâce auquel les conséquences sociales de nos travaux seraient discutées rationnellement et ouvertement afin que les décisions importantes quant à leur application puissent être prises par un public informé ». Louable vœu, mais dont ce même savant propose une application plutôt effrayante. « À mon avis, écrit-il, il ne serait pas prématuré par exemple que les Nations unies ou l’Académie nationale des sciences (des États-Unis) constituent des Comités chargés d’étudier la gestion de l’hérédité humaine par la génétique. »

Vers une nouvelle malédiction ?

Aimé MICHEL

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Tribunes et entretiens

Jacques Testart : « Préserver notre espèce d’un eugénisme de masse »

« La modernité a popularisé le droit à l’enfant et commence à consacrer le droit à l’enfant de qualité. Ce dernier serait obtenu grâce à la sélection génétique des embryons issus de la fécondation in vitro (FIV), sauf si d’hypothétiques techniques de modification maîtrisée du génome devenaient disponibles. Certes, il est légitime de protéger ses futurs enfants contre les maladies graves mais l’élimination des embryons indésirables pourrait n’être qu’une illusion de garantie bonheur ou même de garantie santé pour ceux élus par le tri tant les causes d’imperfection et de frustration sont nombreuses et parfois subjectives.

Déjà on va jusqu’à choisir le sexe aux Etats-Unis ou à exclure celui qui louche en Angleterre et à refuser partout bien des caractéristiques humaines pourtant compatibles avec une vie digne d’être vécue. C’est à ce moment critique de l’histoire humaine que se profile une révolution conceptuelle permettant de générer des ovules et spermatozoïdes et donc des embryons, à partir de cellules banales comme celles de la peau. Ce qui multiplierait par 10 ou 100 le nombre des embryons accessibles au tri tout en évitant aux femmes les épreuves médicales de la FIV, c’est-à-dire que cela ferait miroiter pour tous les couples le mythe du bébé parfait choisi sans douleurs et sur des critères multiples.
Les règles de bioéthique diront-elles ce que sont les choix licites en les opposant aux choix de confort ? Les demandes seront sans fin et presque toujours soutenues par une angoisse authentique que la possibilité technique stimulera. Préserver notre espèce d’un eugénisme de masse exigerait alors que chacun comprenne l’énorme part d’illusions qu’apporte aussi l’innovation et que des interdits collectifs soient acceptés au niveau international.

Si la bioéthique sert à quelque chose, ce serait à empêcher que la puissance technique justifie le refus de toute limite. Il en va de même dans certaines situations où des homosexuels achètent une prérogative féminine (la gestation) en recourant à la servitude d’une mère porteuse ou quand la prévision de la ménopause (qui n’atteint pas les hommes) amène des femmes à préserver par le froid leurs ovules. Pour parachever cette confusion des genres, on vient d’apprendre qu’un transsexuel new-yorkais a subi un traitement hormonal afin de pouvoir allaiter l’enfant de sa compagne, tout en conservant testicules et pénis… Vers des cyborgs asexués ?

Mais la nécessité des limites survient encore au moment de résister à la séduction des objets et des biens, dont la consommation exponentielle ruine la planète au nom d’une croissance économique imbécile et abusivement réputée infinie. Il faudrait résister aussi à tous les gadgets, prothèses, stimulants que nous propose l’industrie transhumaniste, jusqu’à tuer la mort, au péril de l’humain*. Parce que les changements s’accélèrent en vitesse et puissance comme jamais dans l’histoire de l’humanité, parce que nous allons à court terme vers la dévastation anthropologique et environnementale, il devient suicidaire de vouloir tout ce qu’il est possible d’avoir. ».

 

Source Le Parisien

NLQ #Points non négociables PNN

Celui qui ne réussit pas les tests sur sa “dotation génétique” doit perdre son droit à la vie

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comprendre des enjeux de la recherche sur l’embryon, de l’eugénisme, du transhumanisme et de la société à venir. Jacques Testart

Pour tout comprendre des enjeux de la recherche sur l’embryon, de l’eugénisme, du transhumanisme et de la société à venir, superbe conférence de Jacques Testart à la Cour de cassation

Brèves #NLH

Je suis un OGM – Choisissez votre bébé en kit sur catalogue

A la une #NLH #Tribunes et entretiens

En France l’eugénisme n’est plus un risque, mais une réalité – J-M Le Méné

Que mon aimable lectorat ne soit pas surpris : je vais défendre le Dr Laurent Alexandre. Il n’a pas besoin de moi pour cela, mais la défense des causes difficiles est une excellente hygiène et je ne suis pas suspect de connivence. L’intéressé a publié une tribune dans laquelle il préconise d’aider les femmes « douées » (c’est son terme) à augmenter leur nombre d’enfants par rapport aux femmes moins douées qui sont généralement plus fécondes. Il s’agit, selon lui, d’enrayer la chute des capacités cognitives de l’Occident face aux performances intellectuelles des pays asiatiques. Conscient qu’il aborde un sujet tabou, celui de la corrélation entre le QI, la génétique et l’éventualité d’une politique nataliste, Laurent Alexandre s’est payé un « retour de manivelle » inutilement brutal.

L’eugénisme, loin d’être un risque dont il faudrait redouter le retour, est une réalité en France

Les cris d’orfraie sont exagérés. Des femmes auraient été blessées d’avoir été qualifiées de moins douées ? Certes, l’adjectif est particulièrement mal choisi mais on comprend qu’il désigne, en langage scientifique et non pas littéraire, les femmes qui ont fait le choix d’arrêter leurs études plus tôt ou qui ont privilégié leur famille à leur carrière. Personne ne songe à le leur reprocher pas plus que leur taux de fécondité plus élevé, nul n’imaginant qu’au 21ème siècle tous les enfants n’ont pas été désirés.

Le reproche principal concerne l’opportunité d’organiser une discrimination sur le critère de l’intelligence. Laurent Alexandre veut rassurer le lecteur en écrivant « qu’il n’y a heureusement plus d’élimination des individus qui ont de moins bonnes capacités cognitives ». Mais sa formulation justificative produit l’effet inverse, elle inquiète, ce qui est logique. Pourtant il sait, il l’a affirmé par ailleurs, que l’eugénisme, loin d’être un risque dont il faudrait redouter le retour, est une réalité en France. Il existe bien une élimination en masse des individus qui ont de moins bonnes capacités cognitives. C’est l’avortement, dans la proportion de 96 %, des enfants que la génétique désigne comme trisomiques avant la naissance. Paradoxalement, le rappel de cet « ordre établi », performant, médical et démocratique, aurait été de nature à calmer l’inquiétude de nos contemporains : pas de panique, l’eugénisme se pratique déjà et aucune autorité politique ni morale n’y trouve à redire.

Eugénisme “positif”

Justement, à ce propos, le Dr Alexandre propose un « progrès » majeur qui consiste à passer d’un eugénisme négatif qui élimine les moins aptes à un eugénisme positif qui favorise la naissance des plus aptes. En appelant la Sécurité sociale à rembourser à 100 % la congélation d’ovules chez les femmes les plus douées, comme le font déjà les GAFA, il préconise un système qui inclut évidemment le contrôle génétique des gamètes mis en banque afin d’éviter de mauvaises surprises lors de la procréation médicalement assistée ultérieure. Dorénavant, l’entrée des jeunes femmes de 18 ans dans la vie active commencera par le bac, le permis de conduire et le prélèvement d’ovules afin d’envisager une grossesse planifiée, sélectionnée et intelligente.

Et c’est ainsi que le transhumanisme est grand.

Article publié initialement dans le magasine Valeurs actuelles sous le titre : Chronique du transhumanisme : défense du Dr Laurent Alexandre.

Source Généthique.org

Europe non francophone #NLQ

Le taux des avortements de trisomie 21 au Royaume-Uni et en Europe s’apparente à l’eugénisme nazi, selon le Synode général de l’Église d’Angleterre.

Le taux des avortements de trisomie 21 au Royaume-Uni et en Europe s’apparente à l’eugénisme nazi, selon le Synode général de l’Église d’Angleterre.

Les commentaires ont été formulés lors d’un débat sur les tests prénataux non invasifs, l’Église ayant fait part de ses inquiétudes sur le fait qu’un nombre croissant d’avortements conduirait à une disparition totale de la condition.

Les membres du synode ont adopté à l’unanimité une motion demandant au gouvernement de veiller à ce que des informations impartiales soient données aux futurs parents à qui l’on dit que leur enfant a le syndrome de Down après le test sanguin, qui est en cours au Royaume-Uni. un risque de fausse couche.

Source

NLQ #Points non négociables PNN

Transhumanisme, eugénisme, le monde ne veut plus que des hauts QI- La nouvelle version de mort aux c…

Dans son dernier édito le Dr Alexandre propose tout simplement la création de Lebensborn transhumanistes pour « améliorer le QI de l’humanité »

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“Bébés sur mesure” sur Arte : du mythe de l’enfant parfait à l’eugénisme

Arte proposait mardi soir un documentaire : « Bébés sur mesure », qui balayait l’ensemble des techniques issues de l’assistance à la procréation, une « véritable révolution » où la science entend se substituer à la nature.

Aujourd’hui, dans le monde, 350000 enfants naissent chaque année par Fécondation in Vitro, soit 3 % des naissances dans les pays occidentaux, mais 3‰ dans le reste du monde. En 2020, la fabrication de bébés représentera un marché d’environ 20 milliards de dollars.

PMA, GPA, don de gamètes, vente de gamètes, sélection embryonnaire, CRISPR, FIV à trois parents, rajeunissement des ovocytes… questions éthiques, casse-tête juridique, manipulations médicales, l’argent, tout est passé en revue. Avec plus ou moins de bonheur.

Le reportage a l’avantage de mettre des images sur un business. Des images chocs comme celles de ces embryons, surveillés sur écran d’ordinateurs, qui grandissent en laboratoire avant d’être implantés, les larmes d’une mère porteuse indienne qui accouche par césarienne d’un bébé dont elle ne verra jamais le visage, des paroles chocs : « Si vous voulez un bébé, allez chez un professionnel, vous aurez un bébé en pleine santé ! ». Sur toile de fond d’eugénisme, le monde de Gattaca est déjà à portée de main.

Astrid Marais est professeur de droit, spécialiste de la procréation assistée, elle pousse le bouchon : « La génétique fait peur. (…) Est-il possible d’arrêter le progrès scientifique ? Sans doute pas. (…) Ce qui est sans doute possible de faire, c’est par le droit de mettre des garde-fous ». Elle poursuit : « Peut-être que demain avec le sperme artificiel je pourrais faire un enfant toute seule, voire avec le clonage, je pourrais avoir un enfant qui est moi, voire, si on m’implante ce clone, je pourrais accoucher de moi-même. Et je pourrais dire à cet enfant : je suis ton père, je suis ta mère, je suis moi-même ».

Il y a ceux qui se frottent les mains, qui font jouer le tiroir-caisse, et ceux qui tirent le signal d’alarme. Sans grand espoir d’être entendu. Parmi eux, Jacques Testart, mais aussi Laurent Alexandre qui affirme : « On n’a pas vu arriver le bébé à la carte. Nous sommes désormais lancés dans le toboggan eugéniste ». La technique ne s’opposera pas à ces évolutions, seul un sursaut philosophique et une volonté politique remettront en cause ces pratiques, selon le médecin.

A travers cette heure et demie d’émission, les bouleversements dramatiques de la maternité et de la paternité sont passés en revue.

La FIV à 3 parents, « une technique directement issue du clonage », est traitée sous l’angle de l’histoire d’un couple qui a eu trois enfants, tous atteints d’une maladie mitochondriale « qui aurait pu être évitée » grâce à cette nouvelle technique. Présentée comme solution miracle. Pourtant, « modifier la lignée germinale humaine c’est le grand tabou de la génétique ». Ce qui n’a pas empêché le Parlement anglais d’autoriser « le protocole du bébé à 3 parents » (cf. Les essais de FIV à 3 parents autorisés au Royaume Uni et Deux ans après l’autorisation de la FIV à 3 parents en Angleterre, les bémols d’une décision hâtive). Même si le père de cette famille éprouvée reconnait qu’en abordant ces questions, on glisse toujours vers le bébé à la carte. Quelle humanité fabriquons-nous ?

Le reportage fait un détour par l’Allemagne pour interroger Emmanuelle Charpentier qui est, avec Jennifer Douma, à l’origine de la découverte du ciseau CRISPR-Cas 9 : « Je me sens particulièrement concernée par l’utilisation future qui sera faite de cette technologie ». Elle ajoute : « Personnellement, je pense que le but de cette technologie n’est pas de toucher à la lignée germinale. Et je suis assez réservée sur l’utilisation de cette technologie sur les embryons humains. Quand vous commencez à travailler sur ce type de cellules, la ligne rouge est vite franchie. Et je pense aussi que la technique n’est pas assez aboutie aujourd’hui pour être utilisée à ces fins-là. En aucun cas ». Une ligne rouge fragile que les expériences chinoises ont déjà franchie (cf. Chine : l’incontrôlable déploiement de la sélection embryonnaireChine : premiers essais cliniques utilisant des cellules souches embryonnaires humainesModification génétique de l’être humain : la Chine en première ligne, et  Etats-Unis : premiers embryons humains modifiés génétiquement).

Le fantasme du bébé à la carte est déjà bien présent et pourrait être une menace. Gregory Kart, Directeur de la recherche et de l’innovation chez ELSAN, explique que : « L’évolution nous apprend que la mutation est un facteur de stabilité dans l’évolution. La mutation est le moteur de l’évolution. Vouloir se débarrasser des mutations, c’est quelque part prendre un risque ou un pari sur l’évolution, pari qui ferait que l’humain pourrait subitement se trouver inadapté par rapport à son environnement ». Faut-il couper avec un ciseau ADN le fil du destin génétique ?

Le reportage se termine avec « la Boite de Pandore », une œuvre de l’artiste handicapée anglaise, Esther Fox, « qui n’aurait jamais dû passer l’étape du tri des embryons ». L’œuvre est exposée au musée des Sciences de Londres. Elle interroge sur les sujets éthiques et la valeur de la vie humaine. Quelles seront les conséquences sur la société si nous poursuivons sur cette voie ? « Ce qui me gêne,explique l’artiste, « c’est que la vie d’une personne pourrait avoir moins de valeur que celle d’une autre ». A propos d’une de ses œuvres, elle interroge : « La vie est basée sur le hasard. Le hasard est-il une si mauvaise chose ? J’ai une vie très riche, je suis très occupée, je suis très heureuse, je suis mariée, j’ai une vie de famille bien remplie et je n’ai pas du tout l’impression d’avoir une qualité de vie limitée. Mais sur le plan médical, mon état est considéré comme un état que personne ne souhaiterait à son enfant. Et c’est ça que j’essaie de rééquilibrer (…) Si on me disait, on peut changer ta vie, tu peux être guérir, ne plus être dans cet état, mais tu pourrais ne pas être la même personne qu’aujourd’hui. Je ne prendrais pas ce risque. (…) Le plus douloureux, c’est l’environnement, les attitudes auxquelles il faut faire face. Si on commençait par regarder tout ça, on aurait une société plus équilibrée, plus tolérante et plus vivante. Je pense qu’il est temps de penser l’humanité en ces termes ».

 

Source Généthique.org

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« Toutes les étapes pour la sélection humaine sont désormais réalisées ou en voie de réalisation »

Alors que les technologies complexes, popularisées par les médias, s’invitent dans les sciences du vivants, de Crispr-Cas 9 au forçage génétique, des voient s’élèvent pour dénoncer « la perspective eugénique » de leurs applications. Mais, comme le souligne  Jacques Testart, biologiste, dans un article publié par Le Monde, ces techniques sont loin d’être maîtrisées, les techniques d’éditions agissant comme « comme un bulldozer qui essaierait de venir faire de la dentelle dans votre cuisine : le stress induit laisse des traces incontrôlées, sous forme de mutations et d’épimutations ».

Cependant, en 2016, une étude[1] révèle la possibilité de fabriquer des gamètes, des cellules « reproductrices » à partir de cellules iPS. L’étude, limitée à une expérience sur des souris, ouvre la possibilité de « fabriquer des embryons en quantité illimitée ». Pour le biologiste, la passerelle « induite entre le soma (lignée de toutes les cellules pour le fonctionnement du corps) et le germen (lignée des gamètes pour la procréation) constitue un acquis considérable pour la connaissance fondamentale et la recherche, mais elle porte aussi des promesses d’intervention sur l’animal ou l’homme ». A terme, elle ouvre à « la procréation des personnes stériles ou des homosexuels, ou encore à l’autoprocréation ».

Cette alternative à la manipulation du génome qui occupe pour l’heure les devants de la scène médiatique, pose une  question éthique oubliée des débats : « Quelles conséquences eugéniques si on parvient à fabriquer des gamètes humains en abondance ? ». Elle est cependant cruciale parce qu’ « une ‘simple’ sélection, rigoureuse et étendue, serait susceptible de conduire au modelage de l’espèce, sans s’accompagner des risques inhérents aux manipulations pour modifier le génome, risques qui viennent d’être montrés pour Crispr », comme l’explique Jacques Testart. « L’outil génétique disponible aujourd’hui, ainsi que la profusion prévisible des cibles embryonnaires, permettrait la modification de l’espèce humaine en quelques générations ».

« Il faut imaginer », explique Jacques Testart, « le bouleversement à venir si la réalisation de la FIV n’imposait plus d’actes médicaux pénibles sur les femmes (sauf un prélèvement de tissu cutané) et si elle permettait simultanément l’élimination de nombreux traits génétiques réputés indésirables, voire la sélection de traits désirés »[2].

Dans ce processus, le diagnostic préimplantatoire (DPI) qui permet lors d’une FIV de « retenir un (ou plusieurs) [embryons] qui ne porte pas un caractère génétique redouté et de le transplanter dans l’utérus de la future mère »,  joue un rôle déterminant. Pour Jacques Testart, « on peut penser que, dès qu’une méthodologie efficace, indolore et sécurisée sera proposée pour choisir un enfant parmi tous ceux qui auraient été possibles, l’afflux des couples saturera les services biocliniques ». Et « les critères choisis devraient largement converger vers une norme médicale ou sociétale » pour conduire à une « réduction drastique de la diversité ».

Si ces évolutions devraient être profitables à l’économie de la santé compte tenu « de la réduction attendue de la fréquence de graves maladies par la présélection des naissances », elle « pourrait conduire à des désillusions, surtout individuelles ». Dans ce contexte, « les différences ou déviances par rapport à la norme, y compris la norme comportementale et les maladies mentales, devraient s’avérer intolérables » et « les dérives autoritaires au nom du bien collectif » ne sont pas à exclure.

Ce futur ne semble pas si lointain : aujourd’hui « toutes les étapes pour la sélection humaine sont désormais réalisées ou en voie de réalisation ».

Et si le concept d’eugénisme « souffre aujourd’hui de deux caricatures opposées »« son potentiel de modification de l’espèce » est négligé. « C’est bien ce potentiel que pourrait nourrir le tri embryonnaire ». Une perspective qui inquiète Jacques Testart car « c’est dans l’indifférence que se prépare la sélection des humains dans les éprouvettes des biogénéticiens ».

[1] Cf. « Reproduire des souris sans recourir à des ovocytes » ?

[2] Ces développements se heurtent aujourd’hui à deux obstacles, celui du rendement cellulaire actuellement insuffisant, et l’autre, « le plus important », impose de « vérifier que les reconversions imposées aux cellules et les manipulations nécessaires n’ont pas d’effets susceptibles de retentir sur la normalité et la santé de l’enfant à naître ».

Source Généthique.org