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Bellamy un échec attendu mais souhaité

Lorsque François-Xavier Bellamy a été pressenti comme candidat tête de liste LR aux Européennes, j’ai tout de suite fait part de mon scepticisme, non à l’encontre du candidat, mais bien de sa candidature.

Certes, il y a le double avantage d’avoir mis en avant un nom que le milieu catholique peut (enfin) soutenir d’une part et d’offrir à nos conviction un siège au parlement européen d’autres part. Et, comme je l’ai dit dans une autre tribune, au regard du fonctionnement par lobbys, autant avoir nos propres portes d’entrée.

Pour autant, ce qui devait arriver arriva. Que pas un mammouth du parti ne se précipite pour la place en disait long sur la débâcle annoncée d’un parti de plus en plus inexistant et dont le président n’est pas, loin s’en faut, le plus grand opposant au président Macron. Il restait donc à anticiper la défaite. Bellamy était le moyen le plus judicieux. C’était l’occasion de discréditer l’aile conservatrice, celle qui restait la plus active malgré la déconfiture du parti. La seule portant un discours politique offensif et une véritable alternative à la république dite en marche.

Il ne fallut pas longtemps et dès ce matin Eric Woerth, déclarait « on ne reconstruit pas un parti sur son aile conservatrice ». Vous l’avez entendu, le bouc émissaire tout trouvé, il ne reste plus qu’à parachever son portrait d’épouvantail.

Ainsi, les responsables de la défaite du parti en lambeaux seraient donc les conservateurs qu’ils ont eux-mêmes mis là. Une bonne façon de tirer sur le pianiste et de se débarrasser des relents de Sens commun et autre fillonisme qui selon cette droite de nom plus que de convictions est responsable de leur défaite.

 

Pour ma part, je pense qu’au contraire, si la droite redevient une droite elle redeviendra une alternative crédible. Alors faut-il repartir du gouffre LR ? Ou faut-il construire à frais nouveau et sans complexe une droite qui ne cherche pas à rassembler de fausses droites, mais à être une droite conservatrice assumée et militante ?

 

Enguerrand de Montf

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Université d’été d’Acteurs d’Avenir « La beauté sauve le monde » du 26 au 30 août à Dourdan (91)

La 8ème édition des sessions Acteurs d’Avenir aura lieu du dimanche 26 au jeudi 30 août 2018 à Dourdan. Cette année encore, l’association offrira à 200 étudiants et jeunes professionnels l’occasion d’entendre les témoignages de grands décideurs chrétiens et de réfléchir avec eux autour du thème « La beauté sauve le monde ».

Le programme de ces cinq jours s’articulera autour de temps d’échanges et conférences, de temps spirituels, et de temps de détente. Plusieurs intervenants ont d’ores et déjà confirmé leur présence, dont le Général Pierre de Villiers, Bruno Seillier, Christophe et Véronique Depreter, Bruno Retailleau, l’abbé Matthieu Rougé, François-Xavier Bellamy, Jean Caron, Fouad Hassoun et Alexandre Duval-Stalla, Philippe de Chanville, Denis Moreau. Cette liste sera complétée dans les semaines à venir.

Les inscriptions sont ouvertes aux jeunes de 21 à 27 ans, sur parrainage d’un membre de l’association (ancien participant ou staff).

La beauté sauve le monde !

L’abbé Gaultier de Chaillé présente le thème choisi pour la 8ème session d’Acteurs d’Avenir :
« La beauté sauve le monde ». Cette phrase de Soloviev modifie la question ironique et bien connue, posée au prince Mychkine dans L’Idiot de Dostoïevski. Soloviev insiste sur l’actualité de la beauté, déjà à l’œuvre dans le salut de notre monde.

Quelle étonnante idée que de donner une place à la beauté dans le salut de notre monde ! La beauté est souvent perçue comme ce qui ne sert pas, l’inutile et l’optionnel. Mais que serait notre monde sans nos cathédrales, la musique ou l’art ; sans tout ce qui, au fond, fait le charme de notre existence ? C’est la beauté qui nous individualise, c’est la beauté qui donne du prix à notre quotidien ! Oser suivre le Beau, c’est découvrir le Bien et le Vrai au-delà des préoccupations immédiates et pauvres ; c’est devenir réellement un Acteur d’Avenir !

***

Dimanche 26 au jeudi 30 août 2018
200 places, un événement destiné aux étudiants et jeunes pros
www.acteursdavenir.net

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La modernité au service de l’homme – Conférence de François-Xavier Bellamy le 17 mai 2018 à Rouen (76)

François-Xavier Bellamy, homme politique et professeur agrégé de philosophie donnera une conférence sur le thème de la modernité au service de l’homme.

Dans le cadre de la révision des lois bioéthiques, ce philosophe engagé nous dévoilera sa pensée avec l’aisance oratoire et la limpidité de son raisonnement qui ont fait sa réputation.

à 20h – Espace du Moineau (41 rue de Neufchâtel à Rouen)

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Philia, des soirées de la philo à Reims (51) – prochaine soirée le 5 février 2018

Organisé par l’association “Philia”, “les soirées de la philo” est un parcours qui propose une conférence bi-mensuelle autour d’une question précise.

Le but est d’offrir à chacun, quels que soient ses études, sa profession, son âge, sa situation, la possibilité de rencontrer les grandes questions de la philosophie, dans leur actualité, d’y trouver l’occasion d’une curiosité partagée et de développer à leur contact une pensée plus personnelle et plus singulière. Embarqués dans le rythme quotidien de nos vies, absorbés par les préoccupations qui se succèdent, inondés par les messages d’une société médiatique qui communique sans cesse sans jamais rien dire vraiment, nous ressentons tous l’inquiétude de la sécheresse intérieure. Nous avons peur de voir notre vie passer sans jamais que nous soit donné le temps de poser clairement les questions qui permettraient de la construire par des choix vraiment personnels.

Un cycle a démarré au début du mois de novembre dans notre diocèse.

La prochaine soirée aura lieu le :

lundi 5 février 2018 de 20 h 30 à 22 h 30

à la Maison diocésaine Saint Sixte – 6, rue du Lieutenant Herduin à Reims

 Sur le thème :

“Pourquoi travaillons-nous ?”

 

Chaque soirée s’organise autour de la projection d’une conférence donnée par François-Xavier Bellamy, homme politique et professeur agrégé de philosophie. Au nombre de 15, ces soirées sont ouvertes à tous, sur abonnement annuel, et sont conçues pour explorer les grands domaines de la philosophie. François-Xavier Bellamy nous fera l’honneur d’animer une de nos soirées.

Plus d’informations et inscriptions en ligne, à l’adresse suivante : https://www.philia-asso.fr/reims/.

Il n’est pas trop tard pour s’inscrire !

Évènement Facebook : https://www.facebook.com/events/…

 

Thèmes des prochaines soirées :

  • 19 février : Faut-il tout changer ?
  • 12 mars : Qui est normal ?
  • 26 mars : Peut-on rire de tout ?
  • 9 avril : La souffrance a-t-elle un sens ?
  • 14 mai : L’injustice est-elle inévitable ?
  • 28 mai : Faut-il avoir peur d’avoir peur ?
  • 11 juin : Peut-on retrouver le temps ?
  • 25 juin : Qu’attendons-nous pour être heureux ?

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Conférence François-Xavier Bellamy « Les déshérités, ou l’urgence de transmettre » le 25 janvier 2018 à Rennes (35)

Par l’ACER (Aumônerie Catholique des Etudiants de Rennes) et l’Espace Ouest France

Conférence de François-Xavier Bellamy, auteur de « Les déshérités – l’urgence de transmettre » (2014, Ed. Plon).

Rennes, Espace Ouest France, 38 rue du Pré-Botté, 18h

Résumé :

Cinquante ans après Les Héritiers : les étudiants et la culture de Pierre Bourdieu, paru en 1964, François-Xavier Bellamy dresse le constat suivant : nous voulons toujours éduquer mais nous ne voulons plus transmettre. Cette crise de la culture n’est pas le résultat d’un problème de moyens, de financement ou de gestion. Il s’est produit, dans nos sociétés occidentales, un phénomène unique, une rupture inédite : une génération s’est refusée à transmettre à la suivante ce qu’elle avait à lui donner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine qui constituait son héritage. Dans cet ouvrage, l’auteur pose la question : comment reconstruire le dialogue des générations ? Et trace des pistes pour ne pas laisser dans le dénuement une génération qui crie qu’elle ne veut pas mourir.

François-Xavier Bellamy, est un jeune philosophe, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de la Rue d’Ulm, et professeur en classes préparatoires. Il a été adjoint au maire de Verssailles (divers Droite), proche de l’UMP, des mouvements Manif pour tous et Sens commun. Il a créé les Soirées Philo qui se déroulent dans le cadre de l’association Philia, à travers la France dont à Rennes.

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Parcours “Responsabilité politique de la foi” à Paris du 15 novembre 2017 au 16 mai 2018

Responsabilité politique de la Foi

Découvrir et approfondir les clés du discernement et le sens de l’engagement chrétien dans la vie de la Cité
Je comprends – Je discerne – Je m’engage
animation, Philippe de Saint-Germain et coordination, Père Xavier Lefebvre

Un parcours de 8 conférences/débat une fois par mois 19h-21h (auditorium sauf en octobre)

– Comprendre : La crise de la postmodernité et les failles de la démocratie libérale
– Transmettre : Foi et politique dans l’Histoire : Dieu et l’Etat, espérance et utopie
– Témoigner : La loi morale universelle et la liberté de conscience, bases d’une société libre
-Servir : La responsabilité du chrétien et le bien commun : servir dans le monde sans être du monde
– Agir : Choisir, discerner, décider : jugement moral et jugement politique
– Inventer : Les défis de l’engagement politique chrétien aujourd’hui en France : une minorité créatrice

dates

    • 1 – Morale ou politique ? la responsabilité sociale du chrétienmardi 3 octobre (salle Péguy)
      Thibaud Collin, professeur agrégé de philosophie, auteur de “La République, les religions, l’espérance” – Cerf
      2 – Le fait idéologique, clé d’interprétation du monde modernemercredi 15 novembre
      Roland Hureaux, ancien élève de l’ENS et de l’ENA, agrégé d’histoire, magistrat honoraire à la Cour des comptes,
      auteur de “L’Antipolitique” – Privat
      3 – Politique économique et bien commun à la lumière de la doctrine sociale de l’Eglisemercredi 13 décembre
      Pierre de Lauzun, ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’ENA, délégué général de l’Association française des marchés financiers, auteur de “Guide de survie dans un monde instable, hétérogène, non régulé” – Terra Mare
      4 – Au nom de quoi faut-il s’engager ?mercredi 17 janvier
      François-Xavier Bellamy, maire-adjoint de Versailles, professeur de philosophie, auteur de “Les Déshérités” – Plon
      5 – Intervenants à confirmer – Mercredi 7 février
      6 – Doctrine et Stratégies : le choix politique chrétien, de la Révolution à nos jours mercredi 14 mars
      François Huguenin-Maillot, historien des idées, auteur de “L’Histoire intellectuelle des droites” – Perrin
      7 – La politique, un défi culturel : une minorité créatriceMercredi 11 avril
      Frère E. Perrier op, professeur à l’Institut de Théologie des arts et au Studium de la province des dominicains de Toulouse,
      auteur de “Les catholiques en politique, idéalistes minoritaires ou réalistes moraux ?
      8 – Renforcer rationnellement la politique : une mission chrétienne mercredi 16 mai
    • Père Yann Le Lay, prêtre du dioc§se de Versailles, auteur de “Renouveler les fondements théologiques et éthiques du politique,
      la théologie du politique de Joseph Ratzinge
      r”

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Infos pratiques :
une fois par de 19h à 21h
auditorium
Tarif : 150 € l’année ou 20€ par conférence
Tarif étudiant : 70 € l’année ou 10€ par conférence
Inscription préalable : secretariatbernanos@gmail.com – 01 45 26 65 22

Espace Bernanos,
4, rue du Havre – 75009 Paris
M° Havre Caumartin ou St-Lazare

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Face au vide des valeurs, la recherche de l’absolu

« La société contemporaine ne se reconnaît pas comme une société nihiliste. Nous ne cessons de rapporter nos comportements politiques, sociaux, et même économiques, à des postulats éthiques : comme individus, comme citoyens, comme consommateurs, nous voudrions agir en fonction de nos valeurs, au point que le vocabulaire des valeurs a littéralement envahi le débat public. Rien ne semble plus indiscutable que l’importance des valeurs ; certaines sont contingentes – les instituts de sondage distingueront les « valeurs de droite » des « valeurs de gauche » ; de quelques autres, au contraire, on voudrait qu’elles soient unanimement partagées : ainsi des « valeurs de la République », par exemple. Le discours de la défense des valeurs, qu’il soit partisan ou universaliste, donne aux discussions politiques, médiatiques et intellectuelles, une tonalité dogmatique bien paradoxale pour notre société.

Paradoxale, parce que notre époque est en même temps celle du pouvoir absolu de l’ironie. La postmodernité se conçoit comme l’heure du crépuscule de toutes les idoles ; rien ne doit tenir en place de ce qui pourrait nous surplomber. Rien de certain, de sérieux ou de sacré ne saurait être épargné par la corrosion libératrice de l’universelle parodie. La responsabilité politique est dévaluée, la fonction enseignante déclassée, le modèle familial traditionnel dépassé ; tout ce qui pouvait faire fonction d’autorité se trouve progressivement disqualifié. La figure même de l’intellectuel a perdu sa légitimité ; la fonction critique est désormais assumée par l’univers du divertissement, le seul qui puisse encore produire des idoles. La dérision générale s’exerce en particulier sur la religion comme un signe de contradiction posé face à l’affirmation de nos libertés – et en particulier sur la religion catholique, considérée comme la plus dangereuse de toutes puisqu’elle a si longtemps marqué de son emprise une culture que nous voudrions voir enfin laïcisée. Tous les colosses de l’ancien temps sont donc peu à peu abattus ; de performances en pièces de théâtre, de plateaux de télévision en vidéos de grande diffusion, les acteurs médiatiques dissolvent tout ce qui semble encore tenir trop fermement. Rien ne doit rester intouchable, rien ne doit échapper aux coups de marteau que prodigue avec persévérance cette ironie qui ne rit pas.

Dans cette perspective, l’incantation des valeurs apparaît pour ce qu’elle est : un symptôme. Elle est simplement l’expression de notre peur du vide. La destruction jubilatoire des figures de l’autorité s’opère en effet au nom de notre liberté – une liberté qui ne se déploie plus dans un monde balisé, repéré, mais dans l’espace indéfini, sans bornes, où l’individu  contemporain, débarrassé des normes dont il héritait, évolue à présent. Cette expérience originaire, que nous avons recherchée avec tant d’ardeur, nous fascine et nous terrifie. L’ironie supprime toutes les limites qui s’imposaient à notre désir, mais par là elle nous rend incapables de rien désirer vraiment. C’est exactement cette situation que Hans Jonas décrit dans Le Principe responsabilité : « Nous frissonnons dans le dénuement d’un nihilisme dans lequel le plus grand des pouvoirs s’accouple avec le plus grand vide, la plus grande capacité avec le plus petit savoir du à quoi bon. »

Nous voilà libres, de cette liberté d’indifférence qui semble constituer, d’une certaine façon, le projet même de la modernité. Liberté d’indétermination, qui suppose d’affirmer l’indifférence du bien et du mal, et donc un relativisme impensable et impraticable, mais nécessaire à notre indépendance. Comme l’écrivait Descartes, dans une lettre célèbre au Père Mesland, « il nous est toujours possible de nous retenir de poursuivre un bien clairement connu ou d’admettre une vérité évidente, pourvu que nous pensions que c’est un bien d’affirmer par là notre libre arbitre. » Au nom de la liberté de l’individu, ne plus laisser une norme objective s’imposer à l’action ou à la raison : voilà, si tôt et déjà parfaitement exprimé, le principe du relativisme contemporain – ce qui le fonde, et ce qui l’explique. Car ainsi compris, le relativisme que nous partageons n’est pas sceptique : il est nihiliste.

Il correspond en effet au culte du vouloir pour lui-même, du vouloir vide, indéterminé. Une volonté que rien ne précède, « volonté de puissance » ou, plus simplement encore, « volonté de volonté ». Pour la jeunesse européenne, ces expressions de Nietzsche et Heidegger trouvent leur effectuation concrète dans la « mondialisation de l’indifférence » dont le Pape François parlait à Lampedusa ; nos vies sont désormais inscrites dans l’universel marché où chacun peut faire ses choix, en fonction de ses ressources. Le culte individualiste de l’autodétermination a conduit à un mouvement d’ « économisation » du monde, structuré autour de la figure du consommateur : le marché est en effet le lieu du libre choix, qu’aucun jugement a priori ne précède et ne détermine. Tout y est commensurable, mesurable, relatif. Le marché n’admet pas de norme absolue – c’est d’ailleurs là le seul absolu qu’il défende : l’éviction de toute transcendance qui viendrait perturber l’espace du libre échange. Dans cette « économisation » du monde, tout devient affaire de transactions : les relations sociales, l’amour, les corps… Les récents débats de société révèlent bien ce mouvement progressif de dérégulation, la suppression des barrières héritées d’une culture de la transcendance au nom d’un espace accru de liberté, qui s’accompagne bientôt de sa traduction économique.

Dans cette perspective, la rhétorique des valeurs n’est qu’un masque, qui voudrait dissimuler à nos propres yeux l’horizontalité totale de cette axiologie dont la fragilité, dans le relativisme universel, nous angoisse. Comme toutes les autres, les « valeurs de l’humanisme », ou les « valeurs de la République », n’ont aucun fondement dans l’absolu. La valeur est toujours le résultat d’une évaluation ; à l’intérieur du marché, tout prend une valeur – mais une valeur relative, dépendant des besoins du moment, des habitudes du passé et des calculs sur l’avenir. La valeur s’estime et s’ajuste, elle croît et décroît. Que le contexte évolue : le bien qui avait une valeur considérable peut, en un seul instant, ne plus rien valoir du tout. Et puisque, à l’intérieur du marché, rien n’a de valeur absolue, on peut dire en fait que rien ne vaut rien.

La critique de ce nihilisme contemporain serait donc très maladroite si elle s’appuyait à son tour sur le lexique des valeurs. Qu’elle vienne de la philosophie, de la politique ou de la religion, la « défense des valeurs » signe d’une certaine façon la victoire ultime de ce relativisme contre lequel elle prétend s’armer. A titre personnel, je refuse l’idée de m’engager pour promouvoir « mes valeurs » : notre société ne sera sauvée du nihilisme inassumé qui la caractérise que par une parole qui assume le caractère non relatif des buts auxquels elle tend.Je voudrais parler et écrire pour servir en vérité le bien et la justice dans le monde contemporain ; ce ne sont pas « mes » valeurs, mais ce à quoi aspirent nos consciences, et qu’il nous appartient de rechercher ensemble. C’est cette recherche de l’absolu qui peut seule, aujourd’hui, redonner à nos vies le sens qui les sauvera du désespoir, et à nos sociétés la possibilité du dialogue, d’où vient toute authentique relation.

François-Xavier Bellamy »

Source, blog de l’auteur

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François-Xavier Bellamy explique la vertu de prudence

 

Nous parlons souvent de la prudence comme vertu que nous opposons parfois à enthousiasme, impuétuosité, témérité voire à la magnanimité dont nous donnons un aperçu par saint Thomas d’Aquin, ici.

François-Xavier Bellamy dans un entretien avec Jean Sévilla, revient avec la clarté qu’on lui connait sur cette vertu.

Comment définissez-vous la vertu de prudence ?

La prudence n’apparaît pas tout de suite comme une vertu. Dans la philosophie de Platon, elle n’existe pour ainsi dire pas du tout : seule compte la connaissance, et celui qui contemple la vérité agit toujours de façon droite. C’est pour cela qu’il faut que le plus savant, le philosophe, soit le chef de la cité : l’action politique sera ainsi bien inspirée, et donc bien conduite. Mais Aristote, disciple de Platon, contredit justement cela : car la réalité de l’expérience concrète est bien éloignée de la transparence des idées et des théories. Le monde dans lequel nous vivons est fait d’imperfection, d’aléas, d’incertitudes. Il ne correspond jamais totalement à nos belles déductions abstraites. Dès lors qu’il s’agit d’agir dans cet environnement chaotique, être savant ne garantit rien ; il faut encore être prudent. Cela peut paraître étonnant, mais nous en faisons tous l’expérience : il ne suffit pas de savoir ce qu’est le bien pour savoir comment le trouver. La prudence, appelée phronesis dans la langue d’Aristote, c’est la qualité de celui qui n’a pas seulement en tête l’idée du bien et du juste, mais qui sait aussi les discerner dans le clair-obscur du réel au milieu duquel il lui faut se frayer un chemin vers eux

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Mais la prudence suppose-t-elle toujours de chercher le bien ?

Il est vrai que la modernité a profondément transformé le sens du concept de prudence. Dès le XVIe siècle, sous l’effet de la révolution scientifique notamment, elle apporte une grande rupture : pour les modernes, il n’y a pas de bien en soi qu’il faudrait rechercher dans la nature. Par conséquent, l’action humaine doit trouver en elle-même sa propre fin : selon Machiavel, la prudence du Prince ne consiste pas à agir pour faire le bien, mais à agir pour garder et étendre par tous les moyens son propre pouvoir, son propre agir. La prudence n’est plus liée alors à la dimension du bien moral, qui semble ne plus habiter dans un monde désenchanté ; aujourd’hui, il nous arrive de parler de prudence à propos de toute action avisée, même la plus coupable. Mais, si la prudence est au service du mal, peut-on alors encore l’appeler vertu ? Peut-on dire d’un meurtrier qui a planifié méticuleusement son crime qu’il est un homme vertueux ? Pour Aristote, un tel criminel est peut-être habile, mais il ne possède en aucune manière la prudence, puisqu’il ne cherche pas le bien. Tout le monde peut être rusé ; il est bien plus exigeant de s’obliger à une éthique de la prudence.

Le concept de prudence tel que le voyait l’Antiquité a-t-il été infléchi par le christianisme ?

Le christianisme, en reprenant à l’Antiquité la liste des vertus cardinales, s’est longuement interrogé sur la place qu’il fallait donner à la prudence. Le mot latin prudens vient, selon Cicéron, de pro-videns : l’homme prudent, c’est l’homme « pré-voyant », celui qui se projette vers un avenir toujours incertain, qui se préoccupe des conséquences. La prudence aurait pu apparaître comme inutile, et même comme étrangère au vrai chrétien, s’il lui suffit de s’abandonner à la toute-puissance de Dieu sur le monde… Est-il encore besoin de prudence quand on croit à la Providence ? Comme l’écrivait Bernanos, « la suprême des imprudences est la prudence, quand elle nous prépare tout doucement à nous passer de Dieu. » Pourtant, la théologie chrétienne a fini par trancher en donnant une place insigne à la prudence, à l’exacte mesure de l’importance qu’elle a toujours donnée à la liberté humaine. Pour les chrétiens, la foi la plus assurée en la rédemption ne dispense pas d’agir pour permettre qu’elle s’accomplisse, en soi-même et dans le monde ; et cette action nécessaire doit se laisser façonner par la prudence, à laquelle le christianisme finira même par consacrer la première place parmi les vertus cardinales. Saint Thomas d’Aquin, qui lui consacre de longs développements dans la Somme théologique, indique que la prudence est « l’organisatrice de toutes les autres vertus », parce que c’est celle qui, en dirigeant notre action vers le bien, nous permet de devenir nous-mêmes meilleurs.

S’il fallait retenir un héros symbolisant la prudence, lequel choisiriez-vous ?

Le grand héros de l’Antiquité qui incarne la prudence, c’est sans doute Ulysse : Homère nous le décrit tout au long de l’Odyssée comme un être rusé, « homme aux mille tours », toujours habile pour se sortir du danger. Mais s’il est prudent, c’est parce qu’il est plus que tout cela : il sait mesurer ses forces, et se défier de sa faiblesse. La vertu de prudence est liée à l’avertissement delphique : « Connais-toi toi-même ! » Parce qu’il est lucide sur les limites qui marquent tout homme, Ulysse est du coup capable d’écouter, d’observer, d’apprendre, de recevoir des conseils. Tous ceux qui voudraient le perdre le flattent : c’est pour lui faire perdre sa vraie force, qui n’est pas tant dans sa vaillance que dans cette humilité qui fonde sa prudence. Nous connaissons tous cette scène magnifique de l’Odyssée : averti par Circé, Ulysse connaît le danger des Sirènes, ces êtres qui attirent en mer les navigateurs par la beauté de leurs chants jusqu’à ce que, incapables de s’en arracher, ils finissent par se laisser mourir plutôt que de repartir. Lorsque son navire s’approche du danger, il se sait vulnérable : il ordonne à ses compagnons de se boucher les oreilles avec de la cire, et il se fait solidement attacher par eux au mât de son propre bateau. Quand, séduit fatalement par le chant surnaturel, il criera à ses amis de le délivrer, ceux-ci ne pourront même pas l’entendre… Toute la prudence d’Ulysse est là, dans cette prévoyance qui s’interdit la démesure orgueilleuse qui nous piège si souvent. Il est si facile de penser qu’on sera plus fort que les autres, plus intelligent, ou plus courageux… C’est ainsi qu’une personne, ou une société tout entière, peuvent devenir imprudents et tomber dans les pires pièges. La prudence est une belle vertu en ce sens qu’elle n’est pas réservée aux héros – ou plutôt, elle nous aide à reconnaître que le véritable héroïsme est au cœur de nos limites, lorsque nous savons nous réconcilier avec elles pour agir sans nous détruire. Si Ulysse est le plus fort, c’est simplement parce qu’il se sait fragile.

Et un personnage historique symbolisant la prudence ?

Winston Churchill. Même si cela ne saute pas aux yeux, l’immense qualité politique de Churchill est incontestablement la prudence : au moment où le nazisme prend le pouvoir en Allemagne, toute l’Angleterre, et la France avec elle, sont trop sûres de leur force et plongées dans l’ivresse d’un pacifisme étourdi. Pendant six ans, Hitler multiplie les transgressions et devient de plus en plus menaçant ; mais, à mesure qu’il augmente sa puissance, les politiques presque unanimes, à Paris et à Londres, multiplient les tentatives d’accommodement, jusqu’au désastre des accords de Munich. Avec le recul, naturellement, cette envie de tranquillité paraît d’une imprudence folle. Ces renoncements n’étaient pourtant pas une fatalité : presque seul, Churchill avait su voir dès avant 1933 la nécessité d’agir vite pour empêcher Hitler de nuire. Une politique vraiment prudente aurait reconnu le danger, et obéi à cette nécessité. De cette lucidité hélas bien rare, Churchill donnera un autre exemple juste après la guerre : dès 1946, alors que l’ivresse de la victoire endort de nouveau les consciences, plutôt que de goûter lui aussi un triomphe qu’il avait tant espéré, il lance à la surprise générale un cri d’alerte sur les dangers du communisme et dénonce le « rideau de fer ». Quelle constance dans cette vigilance prudente… Le grand mérite de ce caractère magnifique est de montrer que, pour être une exigence de la mesure et donc de la modestie, la prudence n’est pas pour autant une vertu molle, tiède, incolore, silencieuse. La prudence ne consiste pas seulement à retenir ses mots ou ses choix : parfois elle nous impose d’avancer, de décider, et d’agir avec force si les circonstances l’exigent.
Entre Homère et Churchill, on retrouve encore l’intuition d’Aristote : la prudence est par excellence une vertu du juste milieu, qui consiste à allier le courage à l’humilité, pour ne tomber ni dans l’activisme téméraire et présomptueux ni dans l’inaction déprimée ou paresseuse.

La prudence est-elle une vertu politique ?

C’est même la vertu politique par excellence : le citoyen, le gouvernant, doivent assumer l’irréductible contingence, qui rend nécessaire nos choix. C’est aussi le cas d’ailleurs en matière de droit : le juge porte à sa manière la charge de la décision, dans l’incertitude essentielle du monde des hommes. Cette adaptation progressive à la contingence, qu’on appelle précisément la jurisprudence, participe de ce type de raisonnement qui tente de discerner au milieu de la complexité. La prudence n’est pas nécessaire dans une déduction de mathématiques, puisque tout s’y enchaîne de façon purement logique et nécessaire. A l’inverse, la réflexion politique doit mettre en balance des réalités contingentes, et d’ailleurs fragiles. Cette contingence impose de faire des choix, et du même coup cette fragilité impose d’être prudents. La plus petite vérité mathématique est intouchable, mais la plus grande nation est mortelle, et la plus terrible injustice est toujours possible – même en partant des meilleures intentions… Seul l’idéologue pense pouvoir réduire l’essentielle complexité du monde à la simplicité d’une théorie. Pierre Aubenque écrivait que la prudence est nécessaire parce que le monde est définitivement tragique, puisqu’il est traversé par une histoire ouverte à la promesse et au danger que constitue toujours la liberté des hommes.

Dans quels domaines estimez-vous que notre société manque à la prudence ?

La prudence concerne d’abord l’action, et cependant il me semble que nous devrions aujourd’hui apprendre à en faire usage aussi dans notre rapport au savoir. La révolution scientifique a libéré la connaissance, et à sa suite la philosophie des Lumières s’est enthousiasmée pour le progrès des savoirs. Kant donnait pour devise aux Lumières cette maxime empruntée à Horace : « Sapere aude », « Ose savoir ! » Mais, dans le feu de cette audace, nous avons sans aucun doute manqué de prudence car notre savoir produit aussi un immense pouvoir – et, comme nous l’avons vu, il faut apprendre à nous défier de notre propre pouvoir. Avec l’apparition de la technologie, savoir et action technique sont immédiatement liés, et nous sommes arrivés à un tel niveau de savoir que notre action a changé de nature. Le philosophe Hans Jonas a écrit un appel inédit à la prudence, avec un livre décisif intitulé Le Principe responsabilité (1979), qui a largement inspiré la formulation du « principe de précaution » : il met en garde contre le danger que représente une trop grande confiance dans le savoir. Bien sûr, il est bon de poursuivre les progrès de la science pour permettre une vie moins souffrante, plus heureuse ; mais cela ne doit s’accomplir ni au détriment de l’humanité future, des générations qui viennent, ni surtout en menaçant l’humanité en nous-mêmes. Les manipulations génétiques déjà possibles, comme les promesses plus lointaines du transhumanisme, devraient susciter une prudence infiniment plus grande ! A cela, un principe de précaution formaliste et tatillon ne peut suffire : il faut répondre à l’augmentation des technologies par un accroissement moral, par un appel à plus de prudence, au sens le plus fort de la vertu qu’elle représente, comme une exigence renouvelée pour chacune de nos consciences.

La prudence est-elle innée ou s’acquiert-elle ? Quelle voie conseillez-vous pour apprendre la prudence ?

Comme toute vertu, la prudence s’acquiert, ou plutôt, elle se conquiert, par un long effort sur soi-même. On l’aura compris, cela suppose d’apprendre le sens de la lucidité pour ne pas se laisser endormir par la facilité ni séduire par la démesure. Au Sapere aude de Kant, la prudence répond en ajoutant cette mystérieuse devise de Spinoza : « Caute », « Méfie-toi ! » Non pas d’abord des autres, du monde, de l’avenir – non, défie-toi de toi-même, de ton orgueil, de ta paresse. Cet effort pour acquérir la prudence, aucune philosophie ne l’aura pratiquée avec autant de rigueur que le stoïcisme, qui voulait précisément nous apprendre à discerner toujours le bon et le juste. Si nous peinons à agir de façon juste, et à trouver dans ce monde notre bien et celui des autres, il ne faut pas en faire le reproche aux autres, ni au monde : à la fin, c’est toujours notre propre aveuglement, et lui seul, qui peut nous perdre. Celui qui veut être heureux, écrit Epictète dans le Manuel, il lui faut être prudent, c’est-à-dire apprendre à rester « en garde contre lui-même comme contre son plus dangereux ennemi. » Alors le monde devient le lieu pour faire le bien, et le goûter, en étant fort de toutes les faiblesses que l’on aura su se connaître.

Le Figaro Magazine, 8 juillet 2016

Source ICHTUS

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Présidentielles – Point de vue d’un expert pour discerner : François-Xavier Bellamy

Dans les débats actuels en vue des élections prochaines, François-Xavier Bellamy nous apporte sa vision et son éclairage :

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Entretien – François-Xavier Bellamy, le problème de l’école aujourd’hui c’est une question de sens

François-Xavier Bellamy, professeur agrégé de philosophie, adjoint au maire de Versailles et auteur du livre Les Déshérités ou l’Urgence de transmettre nous donne son avis sur l’école. 

Selon lui, ce qui en jeu dans la crise actuelle de l’école, ce n’est pas un problème de moyens, de structures ou de méthodes mais c’est d’abord un problème de but et de sens. L’école doit retrouver sa mission : la transmission du savoir. Pour cela, il souhaite qu’on laisse les enseignants enseigner. Il dénonce aussi les réformes qui tombent toutes faites d’un ministère qui ne connait plus les réalités du terrain. Il souhaite réinstaller un vrai dialogue entre les acteurs pédagogiques (parents, professeurs, ministère).

 

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