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L’avenir des droits de l’homme : Transhumanisme ou islamisme ? – Conférence le 20 février 2019 à Paris

A l’occasion de la sortie du livre de Gregor Puppinck, les droits de l’homme dénaturé,

CitizenGO a le plaisir de recevoir :

  • Grégor Puppinck – Directeur du Centre européen pour la justice et le droit
  • Guillaume de Thieulloy – Editeur de presse (Les 4 Vérités, le Salon beige, Nouvelles de France…)

L’avenir des droits de l’homme : Transhumanisme ou islamisme ? 

 

Cet événement exceptionnel se déroulera le mercredi 20 février 2019 à 19h15 à :

l’Institut de Formation Politique (IFP)
49, rue du Ranelagh 
75016 Paris 
Métro (9) : Ranelagh 
RER C : Avenue du Président Kennedy – Maison Radio France 

Une participation de 5 € (en espèce) vous sera demandée sur place. Un cocktail suivra la conférence. 

Grégor Puppinck est docteur en droit, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (Strasbourg), expert auprès d’organisations internationales et des services diplomatiques du Saint-Siège. Il est l’auteur de plusieurs livres, comme  La Famille, les droits de l’homme et la vie éternelle , 2015 (Prix Humanisme Chrétien 2016).

Guillaume de Thieulloy est docteur en sciences politiques, père de 4 enfants, assistant parlementaire et éditeur de presse (Les 4 Vérités, le Salon beige, Nouvelles de France…) Dernier ouvrage paru : Vérité et politique (Presses de la Délivrance)

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Un livre pour comprendre l’évolution des droits de l’Homme

Voici l’avant-propos du livre écrit par Gregor Puppinck aux éditions du Cerf : “Les droits de l’homme dénaturé” (22 €) :

70 années après la Déclaration universelle, les droits de l’homme ont envahi l’imaginaire politique et l’univers juridique. Ils ont révolutionné les institutions, tant nationales qu’internationales, en imposant une morale universelle centrée sur les droits individuels, au travers du maillage sans cesse plus resserré d’un réseau d’institutions chargées d’en garantir le respect à chaque être humain. Les droits de l’homme sont devenus au XXe siècle une philosophie universelle exprimant une conception de l’homme. Ce livre analyse la transformation de cette conception de l’homme à travers celle de ses droits. Il compare, pour cela, l’intention originelle des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, telle qu’elle apparaît dans les archives de 1948, avec l’interprétation évolutive qui en été faite depuis par les instances internationales.

La critique des droits de l’homme est une tâche difficile, tant la matière est vaste, à la fois juridique, philosophique et politique. Deux écueils menacent cette entreprise : le premier – celui des philosophes – consiste à vouloir déduire la réalité de la théorie, le second – celui des juristes – consiste, à l’inverse, à accorder une trop grande portée théorique aux observations factuelles. Pour éviter l’un et l’autre écueil, nous allons étudier la transformation des droits de l’homme pas à pas, en suivant l’évolution de la jurisprudence des instances internationales, en particulier de la Cour européenne des droits de l’homme. Nous ne tirerons aucune conclusion qui ne puisse être déduite de cette observation. Le droit a l’avantage d’être une discipline rationnelle, qui s’inscrit dans le temps à travers une succession de textes normatifs élaborés avec grande attention. Ces textes sont riches et comportent toujours de multiples dimensions, sociales, philosophiques et politiques. L’analyse de l’évolution des droits de l’homme permet d’observer avecobjectivité l’évolution de l’idée que les instances internationales se font de l’homme, ce qui n’est pas rien.
Certes, on peut faire dire beaucoup à la jurisprudence en matière de droits de l’homme, tant elle est abondante et parfois contradictoire. C’est d’ailleurs un reproche qui lui est fréquemment adressé. Mais il demeure possible d’observer très distinctement une évolution cohérente – à défaut d’être toujours consciente – des droits de l’homme. Une à une, les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme et de ses consœurs forment progressivement un puzzle laissant apparaître une nouvelle image de l’homme. C’est la vision de cette image que je souhaite exposer.

Cette analyse repose aussi sur mon expérience personnelle auprès des instances internationales. En tant que juriste et directeur d’une organisation internationale non gouvernementale, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), j’ai travaillé depuis près de vingt ans sur de très nombreuses affaires devant la Cour européenne et les instances des Nations unies. Depuis 1999, je participe, souvent comme représentant du Saint-Siège, à des comités d’experts intergouvernementaux chargés de négocier et de rédiger de nouveaux développements des droits de l’homme. Ainsi, j’ai suivi de près, et souvent participé directement à la plupart des affaires controversées dont il est question dans ce livre. C’est à partir de cette expérience, affaire après affaire, que je propose une compréhension globale de l’évolution des droits de l’homme.

Mon analyse porte sur ce qui, dans l’évolution des droits de l’homme, permet d’y discerner l’évolution de la représentation de l’homme, c’est-à-dire sur les normes ayant de fortes implications anthropologiques. Elle laisse de côté les autres normes généralement consensuelles. Même si l’évolution des normes à implication anthropologique appelle un jugement sévère, il ne serait pas juste pour autant, ni prudent, de rejeter globalement l’ensemble des droits de l’homme, car ceux-ci demeurent, pour de nombreuses personnes, l’ultime espoir de justice. Cela étant, le prestige et les qualités des droits de l’homme ne doivent pas empêcher leur critique.

Ce n’est d’ailleurs pas tant une critique qu’une vision de l’évolution actuelle et future de l’homme des droits de l’homme que je souhaite partager. Plus précisément, ce livre décrit le passage des « droits de l’homme » de 1948 aux « droits de l’individu » des vingt dernières années, puis aux « droits transhumains » actuellement en formation. Cette évolution reflète celle du rapport de l’homme à la nature. Alors que les droits de l’homme de 1948 reflétaient des droits naturels, l’affirmation de l’individualisme a généré de nouveaux droitsantinaturels, tels que le droit à l’euthanasie ou à l’avortement, conduisant à leur tour à l’émergence de droits transnaturels qui garantissent aujourd’hui le pouvoir de redéfinir la nature, tels que le droit à l’eugénisme, à l’enfant, ou au changement de sexe. Plus profondément, cette évolution témoigne d’une transformation profonde de la conception de la dignité humaine qui tend à être réduite à la seule volonté individuelle, ou à l’esprit par opposition au corps, et qui envisage toute négation de la nature et des conditionnements comme une libération et un progrès. Finalement, ce livre montre comment les droits de l’homme actuels accompagnent le transhumanisme et œuvrent au dépassement de la démocratie représentative. Au-delà, je m’interroge sur ce qui en l’homme mérite d’être protégé, sur ce en quoi réside notre humanité.

 

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Colloque sur l’intérêt supérieur de l’Enfant – 24 novembre 2018 – Paris

Le XXIXe colloque national des juristes catholiques se tiendra le samedi 24 novembre 2018 au Palais de Justice de Paris (10, bd du Palais, 75001 Paris), sur le thème suivant : “L’intérêt supérieur de l’enfant”.

La défense de l’intérêt de l’enfant est l’affaire du droit, c’est-à-dire l’affaire de tous, aussi n’hésitez pas à participer à ce colloque même si vous n’êtes pas juriste. Chacun des citoyens que nous sommes est concerné par la loi et il en va de la responsabilité de tous de contribuer à ce que la loi soit juste, chacun à notre manière : ce colloque est l’occasion pour tous de s’informer et de se former en vue d’une plus grande efficacité en faveur de l’enfance et du bien commun.

Vous trouverez le programme ci-dessous ainsi que le bulletin d’inscription, en pièce jointe ou en ligne.

Inscription avant le 15 novembre

Programme du colloque : L’intérêt supérieur de l’enfant

Samedi 24 Novembre au Palais de Justice de Paris.

9h : accueil et enregistrement des congressistes à l’entrée de la Première Chambre de la Cour de Paris.

9h30 : allocution d’ouverture et Introduction aux travaux par M. le Professeur Joël-Benoît d’ONORIO Président de la Confédération des Juristes catholiques de France.

10h : L’INTÉRÊT SPIRITUEL DE L’ENFANT par Son Eminence le Cardinal Franc RODÉ.

10h30 : présidence de M. Jean-Pierre GRIDEL, Agrégé des Facultés de Droit, Conseiller-doyen honoraire à la Cour de cassation.
L’INTÉRÊT DE L’ENFANT EN DROIT CIVIL par Mme Aline CHEYNET de BEAUPRÉ, Professeur à la Faculté de Droit de l’Université d’Orléans.
L’ENFANT AU RISQUE DE LA BIOÉTHIQUE par M. Jean-René BINET, Professeur à la Faculté de Droit de l’Université de Rennes I
Questions et discussion.

13h : apéritif et déjeuner au Restaurant du Palais de Justice.

14h30 : L’INTÉRÊT DE L’ENFANT EN DROIT DE LA SANTÉ par Mme Aude MIRKOVIC, Maître de conférences en droit privé.
L’INTÉRÊT DE L’ENFANT EN DROIT PÉNAL par Me Adeline LE GOUVELLO, Avocat au Barreau de Versailles.
Questions et discussion.

16h30 : L’ÉDUCATION RELIGIEUSE DE L’ENFANT DANS UN ÉTAT LAÏQUE par M. Julien COUARD, Maître de conférences à la Faculté de Droit de l’Université de Toulon, Directeur des études à l’Institut Portalis de la Faculté de Droit d’Aix.
L’INTÉRÊT DE L’ENFANT DANS LES INSTITUTIONS ET CONFÉRENCES INTERNATIONALES par M. Grégor PUPPINCK Docteur en droit, Directeur du Centre européen pour le Droit et la Justice (Strasbourg), Expert auprès du Conseil de l’Europe et de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (Vienne).
Questions et discussion.

18h : fin des travaux du colloque.

 

Tribunes et entretiens

Quelle place pour la liberté de conscience dans les sociétés libérales ?

La Cour suprême des États-Unis a donné raison au pâtissier ayant refusé de préparer un gâteau pour un mariage homosexuel. Grégor Puppinck decrypte cet arrêt et considère que la liberté de conscience est la « roue de secours » d’une société libérale

FIGAROVOX.- Quelles sont les conséquences de la décision rendue lundi par la Cour suprême des États-Unis ?

Grégor PUPPINCK.- Même lorsque l’on connaît l’importance du « wedding cake » dans un mariage américain, cette affaire a l’air d’une plaisanterie insolite ! Préparer un gâteau pour la fête d’un « mariage homosexuel » n’est qu’une coopération très éloignée à ce mariage. Un artisan-pâtissier a pourtant refusé de créer ce gâteau, en invoquant le respect de sa liberté d’expression et de ses convictions morales et religieuses. Le couple d’hommes l’a traîné pendant six années devant les tribunaux pour cette raison.

Lire la suite sur lefigaro.fr

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L’Europe n’a jamais été aussi favorable à la vie. surprenante nouvelle en ce temps de l’Avent

Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, publie un rapport pour dénoncer « des menaces résurgentes pour la santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes ». Gènéthique fait le point avec Grégor Puppinck[1], docteur en droit et Directeur du Centre Européen pour le Droit et la Justice (ECLJ-Strasbourg).

Gènéthique : La publication à venir d’un rapport du Conseil de l’Europe sur les questions autour de l’IVG était connue. Il est présenté aujourd’hui, quel est son contenu ?

Grégor Puppinck : Ce rapport, endossé par le Commissaire européen aux droits de l’homme, Nils Muiznieks, a été en grande partie rédigé, comme il est précisé dès l’introduction, par le principal lobby américain pour la promotion de l’avortement auprès des instances internationales, le Center for Reproductive Rights. Un lobby proche du Planning familialCe n’est donc pas un rapport d’experts mais un rapport de lobby. Aussi, comme tel et sans surprise, il reprend mot pour mot l’agenda des lobbys pro-IVG.  A savoir :

1/ Omission complète de toute mention de l’enfant,

2/ Droit à l’IVG jusqu’à la naissance,

3/ Restriction de la liberté de conscience des professionnels de santé.

En fait, le militantisme du Commissaire Muiznieks était déjà bien connu. Déjà, en 2014, il avait refusé de condamner l’infanticide néonatal, alors qu’il avait été saisi par plus de 200 000 citoyens, prétendant à l’époque que cette question ne faisait pas partie de son mandat…

G : Quelle importance faut-il accorder à ce rapport ?

GP : Il n’y a pas lieu d’accorder beaucoup d’importance à ce document car cette fonction de commissaire est purement politique. Il n’a aucun pouvoir, très peu d’autorité et encore moins de notoriété. C’est d’ailleurs pour cela qu’il peut se permettre de prendre des positions aussi peu responsables. En fait, c’est regrettable pour le Conseil de l’Europe car cela ne fait pas très sérieux.

D’ailleurs, la Cour européenne des droits de l’homme ne prévoit aucun “droit’ à l’avortement. Tout au plus, la Cour européenne tolère l’avortement : mais dire comme le fait le Commissaire, qu’il existerait un droit à l’avortement sur demande au titre des droits de l’homme est tout simplement faux. Il existe en revanche un droit à al vie, et la Cour européenne a admis que les Etats peuvent garantir ce droit depuis la conception de l’embryon.

G : Le rapport suggère un certain nombre de recommandations aux Etats membres. Ne sont-elles pas le signe que les « acquis » en matière d’IVG sont bousculés et que la tendance face à cette question est en train de s’inverser ?

GP : Ce rapport témoigne d’un durcissement des positions des promoteurs de l’avortement qui n’hésitent plus aujourd’hui à recommander de bafouer les libertés de conscience, d’opinion et d’expression des personnes critiques à l’égard de l’avortement. Ils sont aussi prêts à recommander l’avortement jusqu’à la naissance.

Il me semble que ce durcissement est l’expression d’une crainte face à la (re)prise de conscience croissante dans la société des problèmes que posent l’avortement. Le rapport s’inquiète d’ailleurs de ce phénomène. Les mouvements provie ont une très forte capacité de mobilisation populaire qui fait totalement défaut aux promoteurs de l’avortement. Il semble que les tenants de l’avortement veuillent graver un droit à l’avortement dans le faux-marbre des droits de l’homme, tant qu’ils en ont encore le pouvoir. Ils se pressent car cela pourrait changer rapidement. Les Etats-Unis ont élu un président et une administration provie, et en Europe, plusieurs pays prennent la même direction. Ceux-ci estiment qu’un plus grand respect de la vie est un progrès pour les droits de l’homme. Jamais l’Europe n’a été aussi favorable à la vie.

[1] Grégor Puppinck a dirigé la rédaction de “Droit et prévention de l’avortement en Europe“, LEH Editions, 2016.

 

Source Généthique.org

Doctrine / Formation #NLQ

Prévenir l’avortement en Europe : retrouvez les interventions du séminaire de l’ECLJ

Prévenir l’avortement en Europe :

Cadre légal et politiques sociales

L’ECLJ a organisé un séminaire européen de haut niveau, le 22 juin dernier à la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE), à Bruxelles. Vous trouverez ci-dessous les liens vers les interventions écrites et vidéos de tous les participants du séminaire.

Voici la synthèse (Anglais) qui fut présentée : Preventing Abortion in Europe

10h Ouverture du séminaire

 

10h30 Première session : Cadre légal

Président : David Fieldsend, Président du CA de “Sallux”

 

14h Seconde session : Politiques sociales et bonnes pratiques

Président : Dr Grégor Puppinck, Directeur de l’ECLJ

  • Questions &Réponses

17h Conclusion du séminaire 

Dr Grégor Puppinck, Directeur de l’ECLJ

Source

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Entretien avec Gregor Puppinck, trois clefs pour comprendre l’objection de conscience

Grégor Puppinck, docteur en droit et Directeur du Centre Européen pour le Droit et la Justice (ECLJ-Strasbourg), direct revient sur l’objection de conscience et donne des clés pour aborder de façon équilibrée cette question qui fait débat[1].

La Nef : Vous avez publié un essai sur l’objection de conscience et les droits de l’homme[2], quelle a été votre démarche ?

Grégor Puppinck : je travaille avec l’ECLJ sur ce sujet depuis plusieurs années auprès des instances européennes et des Nations unies, où nous avons contribué à renforcer la garantie de la liberté de conscience face à des pratiques moralement controversées, par exemple en participant à la rédaction et à l’adoption au Conseil de l’Europe d’une résolution consacrant « le droit à l’objection de conscience dans le cadre des soins médicaux légaux » en 2010.

Au fil de ces combats, il m’est apparu qu’il serait autant absurde que contreproductif de remporter la victoire par le seul rapport de forces politiques, et qu’une reconnaissance solide du droit à l’objection de conscience imposait de bien comprendre la légitimité d’un tel droit. Or, je dois reconnaître que j’ai moi-même longtemps douté du bien-fondé de cette entreprise, estimant que l’objection de conscience était trop emprunte de subjectivisme et de relativisme pour être un concept juste et fiable. Pourtant, dans la situation politique actuelle, marquée par un effacement du sens métaphysique et moral, il est nécessaire de protéger les personnes contre l’obligation de participer à des pratiques immorales, à défaut de pouvoir en obtenir l’interdiction. La défense du droit à l’objection de conscience me paraissait donc fragile sur le fond, mais opportune politiquement.

Plus encore, le principal argument des adversaires de l’objection de conscience n’est pas infondé : aucune société ne peut  fonctionner si chaque individu entend échapper à l’application de la loi au nom de ses croyances. Face à des croyances diverses qui fragmentent la société, les opposants du droit à l’objection de conscience invoquent le bienfait d’une loi commune et entendent ainsi renvoyer les objecteurs à l’avortement à l’asile des fondamentalistes religieux.

Sous l’effet du pluralisme croissant de la société, les juges sont saisis de nombreux cas de personnes qui, au nom de leur conscience, refusent d’accomplir des actes très variés. Il est à redouter que submergés de demandes diverses, les juges n’en viennent à les refuser toutes au nom de l’égalité devant la loi positive. De fait, l’étude de la jurisprudence montre que les juges comprennent mal les ressorts de l’objection et que, s’ils reconnaissent le besoin de critères, ils semblent structurellement incapables de les identifier en raison tant de l’interdiction qui leur est faite de porter un jugement sur les religions que de la confusion qui existe entre religion et morale. Une clarification de la notion d’objection de conscience m’a paru donc nécessaire, non pour étendre son champ d’application au risque de la rendre indéfendable, mais au contraire pour mieux la définir afin qu’elle puisse être protégée dans une juste mesure. C’est là l’ambition de cet essai.

La Nef : Quelles étaient les principales difficultés ?

GP : L’origine des difficultés réside dans une compréhension erronée de la conscience. Selon la pensée commune, cette dernière serait une forme de sur-moi abstrait, une sphère d’autonomie siège de l’intériorité individuelle. Cette boîte noire sécrèterait un magma de désirs, de convictions, d’opinions, et de croyances. Or, toutes ces notions sont employées dans le champ du droit sans que nous n’en comprenions plus le sens précis. Il s’agit donc d’en retrouver les définitions ainsi que les rapports mutuels en philosophie morale car cette discipline est le soubassement du droit : lorsque celui-ci devient confus, il faut en rechercher les fondations, puis, à partir d’elles, reconstruire le droit positif. C’est la démarche de cette étude qui part de la philosophie pour aboutir à des solutions rationnelles applicables en pratique. Elle s’y emploie en mettant en évidence la rationalité de l’objection de conscience, ce qui suppose de se départir d’un excès tant de subjectivisme que de positivisme qui accordent trop, ou trop peu de légitimité à la conscience individuelle. Entre positivisme et subjectivisme, il s’agit de rechercher l’objectivité de la justice. Cet effort peut paraître hors-de-portée dans une société qui a renoncé, au moins partiellement, à la conviction publique qu’il existe un bien objectif. Mais se refuser à l’accomplir reviendrait à renoncer à la rationalité de la justice et à se résigner à l’arbitraire.

La Nef : Quelles sont ces clefs de compréhension qui éclairent le plus la problématique de l’objection de conscience ?

GP : Trois clefs m’ont permis de comprendre l’objection.

La première, soulignée par saint Thomas d’Aquin, réside dans la différence qui existe – et que l’on retrouve dans les Dix Commandements – entre les préceptes affirmatif (ou positifs) et les préceptes négatifs, c’est-à-dire entre l’obligation positive de faire le bien, qui oblige semper sed non ad semper, et l’obligation négative de ne pas faire le mal, qui oblige semper et ad semper. Cette différence fait ressortir la dissymétrie entre le bien et le mal, puisque faire le bien est une question de proportion, tandis qu’éviter le mal est une question de principe. Il en résulte qu’il est plus grave de contraindre une personne à commettre un mal que de l’empêcher d’accomplir un bien, car obliger une personne à faire le mal n’affecte pas la réalisation de sa conviction, mais sa conviction elle-même. Un bien peut être réalisé partiellement, mais un mal est toujours total, même s’il peut être réduit.

Cette distinction permet de circonscrire l’objection de conscience à la seule situation où une personne est contrainte d’accomplir un acte qu’elle juge mauvais ou est sanctionnée en raison de son refus de l’accomplir. À l’inverse, le cas où les autorités interdisent à une personne de réaliser tout ou partie d’un bien (la cas d’Antigone) relève du régime ordinaire de la limitation de la manifestation des convictions.

La seconde clef de compréhension réside dans la distinction entre la foi et la raison, Fides et Ratio, entre religion et morale, et par suite entre les objections, selon qu’elles sont fondées sur une conviction religieuse ou morale. Si une objection, qu’elle soit morale ou religieuse, constitue toujours une objection de conscience, car nous n’avons qu’une conscience, la différence entre objection morale et religieuse consiste en ce que la première peut prétendre être objectivement juste : sa revendication porte sur la justice. À l’inverse, une objection religieuse ne peut prétendre être juste en soi, et sa revendication porte alors sur la liberté de la personne de se conformer à ses convictions religieuses. Certes, les autorités publiques doivent, autant que possible, tolérer cette liberté religieuse. Toutefois, si le refus opposé à une objection religieuse peut être une violence, il n’en est pas pour autant nécessairement une injustice. Différemment, face à une véritable objection morale, les autorités ne peuvent la méconnaitre sans commettre une injustice et une violence. La difficulté consiste bien sûr à reconnaître une véritable objection morale : l’étude dégage des critères à cette fin.

La troisième clef de compréhension porte sur l’existence d’un double niveau de moralité dans les sociétés libérales, lesquelles se caractérisent par l’affirmation de la tolérance, c’est-à-dire par l’illégitimité de tout jugement moral ad extra selon laquelle la moralité d’un acte individuel ne pourrait être jugée que par l’intéressé lui-même, et non par la société, ni par les autres individus. Il en résulte une différenciation entre une moralité publique et privée conduisant la société à dépénaliser des pratiques « immorales » privées, et les individus à tolérer socialement des pratiques qu’ils réprouvent à « titre privé ».

Or, si cette tolérance est indolore pour la majorité des citoyens, elle ne l’est pas pour la minorité concernée directement par la réalisation de la pratique en cause ; car, pour prendre un exemple concret, c’est une chose de tolérer l’euthanasie, c’en est une autre de devoir la pratiquer soi-même. S’il est possible de faire coexister deux moralités au sein de la société, c’est impossible au sein d’une même personne. Ainsi, la « liberté » que la société libérale accorde aux individus à l’égard de pratiques moralement débattues ne peut être équitable que si elle garantit à ceux qui les réprouvent le droit de ne pas être contraint d’y concourir. Il est particulièrement injuste d’exiger d’une personne, au nom de la tolérance, qu’elle consente à la légalisation d’une pratique, puis de son montrer intolérant à son encontre, une fois la pratique légalisée, en la contraignant d’y participer. C’est néanmoins la tendance spontanée de toute société, qui demeure mue par la recherche d’unité, même si elle dit avoir renoncé à celle de vérité. Mais l’unité sans la vérité est une violence.

[1]Article initialement publié dansLa Nef, n°286 de novembre 2016 :Comprendre l’objection de conscience.

[2] « Objection de conscience et droits de l’homme, Essai d’analyse systématique », Société, Droit et Religion, CNRS Ed°, Juillet 2016. Grégor Puppinck est Docteur en droit, directeur duCentre européen pour le droit et la justice, membre du Panel d’experts de l’OSCE sur la liberté de religion ou de conviction. Une copie numérique de l’étude peut être demandée à secretariat@eclj.org.

Source

Tribunes et entretiens

Entretien – Grégor Puppinck – La transformation de la société et des droits de l’Homme

Gregor Puppinck, juriste, docteur en droit, expert auprès de la Cour Européenne des Droits de l’homme, dirige le Centre Européen pour le Droit et la Justice à Strasbourg. Il vient de se voir décerner le prix Humanisme chrétien 2016, pour son livre  « La Famille, les droits de l’homme et la vie éternelle » parue aux Éditions de l’Homme Nouveau.

Il répond au micro de RCF sur la question de la transformation de la société  et des droits de l’Homme.

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Gregor Puppinck – Il faut être lucide tant sur les causes réelles de l’attachement de notre société à l’avortement que sur ses conséquences

Samedi 27 mai, la Fédération ONE OF US/UN DE NOUS organise, à Budapest, le deuxième Forum européen pour la vie en collaboration notamment avec le Centre européen pour le droit et la justice dirigé par Grégor Puppinck. Celui-ci a dirigé la rédaction de Droit et prévention de l’avortement en Europe, (LHR édition, 2016). Il est aussi l’auteur de La famille, les droits de l’homme et la vie éternelle, aux éditions de l’Homme Nouveau (2015), Prix humanisme chrétien 2016. Il a bien voulu nous expliquer les enjeux de cette rencontre.

Il répond pour l’Homme Nouveau

Quel va être le but de ce grand forum pour la vie ?

Le premier but est de rassembler les personnalités et les mouvements engagés à travers l’Europe pour la défense politique de toutes vies humaines. Il s’agit aussi de parler des enjeux culturels actuels. Il nous faut aujourd’hui intégrer le combat pro-vie au sein des évolutions culturelles de notre monde. Il faut que la militance pro-vie intègre son action dans un contexte plus global.

Pensez-vous qu’aujourd’hui, nous puissions encore avec ces forums montrer que la vie est précieuse ?

Oui bien sûr, nous pouvons aller dans ce sens même si les instances européennes ne veulent pas considérer cette question. C’est évidemment un aveuglement volontaire. Elles savent ce que nous faisons mais ignorent ce sujet autant que possible car il leur parait trop sensible. Cela ne signifie pas que ce forum est vain, mais il sera difficile d’ouvrir les yeux des responsables politiques ; d’autant plus qu’il s’agit aussi d’ouvrir les cœurs. Mais sur le plan culturel, ce type de forum est fondamental. Il est essentiel déjà pour les milieux pro-vie car il permet de renforcer le mouvement. Le milieu des convaincus ne se réduit pas ; au contraire, il se renforce ; ce forum en est un signe et y contribue.

Il est aussi essentiel de montrer les conséquences sociales de l’avortement, en particulier le vieillissement de la population, la fragilisation du lien affectif et des familles, la désacralisation de la vie humaine, la chute démographique et sa compensation par l’immigration extra-européenne.

La chute de la natalité et la fragilisation des familles sont des causes majeures de la crise actuelle de l’Europe. Elles sont aussi les symptômes d’une société dépressive.

Le forum va, entre autres choses, encourager la protection de la vie humaine vulnérable, nous pensons, nous, tout de suite aux enfants et aux personnes âgées. Toutefois, votre ONG défend également les chrétiens dans le monde, qui sont persécutés. Pourriez-vous en parler ?

Forcément il y a un rapprochement avec les minorités religieuses persécutées, en particulier les chrétiens. Malgré les grands discours sur les droits de l’homme, la société tolère paisiblement les sacrifices de vies humaines dès lors que notre propre existence n’est pas menacée.  C’est le cas de l’avortement qui ne menace plus directement notre vie individuelle ; c’est aussi le cas de certaines minorités qui sont aussi trop faibles et pauvres pour mériter notre sympathie. Leur sacrifice est même souvent utile à notre confort. Nous ne sommes pas sortis de la loi du plus fort.

Ce forum est donc là pour sensibiliser à la valeur de la vie humaine, mais du coup pour alerter également. Qu’elles vont être ces alertes ?

Il s’agit d’alerter, de toucher la conscience des personnes, mais aussi et avant tout de comprendre la transformation profonde à l’œuvre dans la société occidentale. Sauf dans quelques pays, nous ne disposons pas du pouvoir politique en Europe, cela réduit notre capacité d’action. Mais ce que nous pouvons toujours faire et qui est précieux, c’est comprendre et expliquer, pour poser clairement les termes, implications et conséquences des choix anthropologiques auxquels la société doit répondre. C’est là la façon dont je conçois mon travail.

À propos du forum il est dit d’« Encourager les pays qui cherche à protéger la vie et la famille comme la Hongrie, la Pologne et la République Tchèque » : que pouvez vous dire au sujet de la France ?

La plupart des gouvernements européens ne veulent clairement pas payer le prix d’une politique respectueuse de la vie humaine. Une telle politique a un coût à court terme : accepter une moindre maitrise artificielle de la procréation et être plus généreux à l’égard des femmes enceintes et des familles. Mais le bénéfice à moyen et long terme de cette politique est considérable, en particulier pour les pays d’émigration, comme la Pologne ou la Hongrie, qui voient partir l’élite de leur jeunesse et qui ne reçoivent pas de population de remplacement.

Votre vision est particulièrement noire ?

Je crois qu’il faut être lucide tant sur les causes réelles de l’attachement de notre société à l’avortement que sur ses conséquences. La population de plusieurs pays s’est convertie au respect de la toute vie humaine ; c’est le cas notamment des Etats unis. Quant à la Pologne, n’oublions pas que l’avortement y fut endémique sous la botte communiste. Il est possible de transformer les cultures pour le bien. Pour cela, le rôle de l’Eglise est primordial. L’Italie et les Etats-Unis donnent un bel exemple d’engagement du clergé en ce sens. Chaque paroisse agit sur le terrain, avec les prêtres et les évêques en tête, et les grands journaux catholiques ne refusent pas de parler de l’avortement ; ce n’est suffisamment pas le cas en France.

Il faut se donner les instruments pour œuvrer à la transformation sociale ; et ce forum en est un. Nous sommes encore en Europe dans une phase préalable, nous nous dotons des instruments pour servir.

 

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Déclaration universelle des droits de l’homme – Droits des parents contre l’emprise de l’État

DROITS DES PARENTS FACE A L’ETAT

Discours de Grégor Puppinck à la Cour européenne des droits de l’homme.

Ce vendredi 28 avril, Grégor Puppinck, Directeur de l’ECLJ, a donné une conférence à la Cour européenne des droits de l’homme sur les droits des familles en matière d’éducation et de religion, cette conférence, organisée par la Représentation Permanente de Saint Marin a réuni de nombreuses personnalités du Conseil de l’Europe, notamment le président de la Cour européenne, M. Guido Raimondi.

Dans son exposé, M. Puppinck a rappelé que la Déclaration universelle des droits de l’homme exprime une conception subsidiaire de la société, qui affirme les droits naturels des parents à élever et à éduquer leurs enfants et garantit ce droit contre l’emprise de l’État.