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Aline Lizotte – Non le pape n’est pas hérétique

Une vingtaine d’universitaires et de théologiens ont récemment publié un texte portant accusation d’hérésie contre le pape François. Ils prétendent tirer matière à ces accusations des documents magistériels du Saint-Père et, en complément, de ses décisions vis-à-vis de certains ecclésiastiques dont il aurait favorisé les comportements délictueux. Une accusation d’hérésie est particulièrement grave lorsqu’elle touche l’exercice du pouvoir de juridiction suprême et plénier du Pontife romain. Les réflexions d’Aline Lizotte tentent de montrer la gravité de l’accusation et l’incompétence de ses auteurs.

 

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Le pape accusé d’hérésie dans une lettre ouverte

Fidèles à notre vocation ouverte aux débats et opinions, nous publions cette information. Compte tenu de la violence du sujet et parce qu’il n’est pas du ressort d’un média de prendre parti, nous publions juste le lien vers cette lettre

Exclusif : des universitaires et des théologiens catholiques accusent le pape François d’hérésie (traduction française intégrale)

Tribunes et entretiens

Sous couvert de miséricorde : la menace qui pèse actuellement sur l’Eglise et sur l’Eucharistie – Père Weinandy

Fidèle à sa ligne éditoriale qui donne la parole aux avis divergents, nous reproduisons ici l’extrait d’une conférence du Père Weinandy qui avait adressée une lettre ouverte au Pape François l’été dernier avant de la mettre dans le domaine public le premier novembre sur Settimo Cielo.

La charge est violente et suscitera certainement des réponses que nous publieront.

 

A 72 ans, le Père Weinandy est l’un des théologiens les plus estimés, il vit à Washington au collège de Capucins, l’ordre franciscain dont il fait partie. Il est toujours membre de la Commission théologique internationale associée à la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, depuis sa nomination en 2014 par le Pape François.

Il a enseigné aux Etats-Unis et dans plusieurs universités, pendant douze ans à Oxford et à l’Université pontificale grégorienne de Rome.

Pendant neuf ans, de 2005 à 2013, il a été directeur exécutif de la Commission doctrinale de Conférence épiscopale des Etats-Unis. Et il a continué à en faire partie comme « advisor » jusqu’au jour de la publication de sa lettre ouverte au Pape François, où il fut contraint de démissionner.

A lui la parole.

*

La menace qui pèse actuellement sur l’Eglise et sur l’Eucharistie

par Thomas G. Weinandy

On ne peut pas nier que l’Eglise postconciliaire a été traversée par de nombreuses divisions et divergences sur la doctrine, la morale et la liturgie. Ces désaccords perdurent encore.  Pourtant, jamais au cours des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, on n’a douté de ce que l’Eglise enseigne concernant sa doctrine, sa morale et sa pratique liturgique.  […]  Ce n’est plus le cas, et de bien des manières significatives, au cours de l’actuel pontificat du Pape François.

Une menace pour l’unicité de l’Eglise

[…] On dirait parfois que le Pape François se considère non pas comme le promoteur de l’unité mais bien comme l’agent de division. Sa philosophie pratique, pour autant qu’il s’agisse d’une philosophie intentionnelle, semble consister à croire qu’un plus grand bien unificateur finira par émerger du fatras actuel d’opinions divergentes et de la tourmente des divisions qui en résultent.

Je crains qu’une telle approche, même involontaire, ne touche à l’essence même du ministère pétrinien tel que Jésus l’a souhaité et tel qu’il a toujours été compris par l’Eglise. Le successeur de Saint Pierre, par la nature même de sa fonction, est censé littéralement être la personnification et le signe par excellence de la communion ecclésiale de l’Eglise.  […]  En paraissant encourager la division doctrinale et la discorde morale au sein de l’Eglise, le pontificat actuel a transgressé la propriété fondamentale de l’Eglise – son unicité.  Comment cette offense contre l’unité de l’Eglise se manifeste-t-elle ?  Par une déstabilisation des trois autres propriétés de l’Eglise.

Une menace pour l’apostolicité de l’Eglise

Premièrement, on est en train de saper la nature apostolique de l’Eglise. Comme plusieurs théologiens et évêques, mais aussi le plus souvent les laïcs (ceux qui possèdent le « sensum fidelium ») l’ont remarqué, l’enseignement du pape actuel ne brille pas par sa clarté.  […] Comme on l’a vu dans « Amoris Laetitia », cette manière de reconcevoir et d’exprimer une foi apostolique et une tradition magistérielle claires jusque-là d’une nouvelle manière et d’une façon ambigüe, comme pour semer la confusion et la perplexité dans la communauté ecclésiale, revient contredire ses propres devoirs en tant que successeur de Pierre et à enfreindre la confiance de ses frères évêques ainsi que celle des prêtres et de tous les fidèles.

Ignace [d’Antioche] serait consterné d’une telle situation.  Si, pour lui, les enseignements hérétiques embrassés par des personnes n’étant associées que de de loin à l’Eglise nuisait déjà à l’unité de l’Eglise, combien plus dévastateur encore un enseignement ambigu émanent d’un évêque ayant reçu la mission divine de préserver l’unité de l’Eglise peut-il donc être.  […]

De plus, […] ce qui ressemble à un soutien d’une interprétation de la doctrine et de la morale divergeant de l’enseignement reçu des apôtres et de la tradition magistérielle de l’Eglise – telle que définie dogmatiquement par les papes précédents et par les évêques en communion avec lui et telle qu’acceptée et crue par les fidèles – ne peut pas ensuite être proposé comme un enseignement magistériel. […] En matière de foi et de morale, jamais l’enseignement d’un pape en vie ne peut avoir une précédence apostolique et magistérielle sur les enseignements magistériels des précédents pontifes ou sur la doctrine magistérielle telle que la tradition l’a établie.  […] Cet enseignement ambigu du Pape François semble parfois s’aventurer en-dehors de l’enseignement magistériel de la communauté apostolique ecclésiale historique et causer des raisons de se préoccuper parce que, comme nous l’avons dit plus haut, il est source de divisions et de désaccords davantage que d’unité et de paix au sein de l’Eglise, une et apostolique. […]

Une menace pour la catholicité de l’Eglise

Deuxièmement, […] l’universalité de l’Eglise est publiquement manifesté dans le lien que toutes les Eglises particulières ont entre elles, à travers le collège des évêques en communion avec le pape, en professant une même foi apostolique et en prêchant le même Evangile universel à toute l’humanité. […] Cette expression de l’unicité catholique est également menacée.

On a beaucoup vanté l’attachement du Pape François à la synodalité – le fait d’octroyer plus de liberté aux Eglises locales de s’autodéterminer. […]  Cependant, la manière dont le Pape François conçoit cette notion de synodalité et la façon dont elle est promue par d’autres que lui, bien loin d’assurer l’unicité universelle de l’Eglise catholique en tant que communion ecclésiale composée de multiples Eglises particulières, se voit aujourd’hui utilisée à mauvais escient pour donner libre cours aux divisions au sein de l’Eglise. […]

Nous sommes actuellement en train d’assister à la désintégration de la catholicité de l’Eglise puisque des Eglises locales, tant au niveau diocésain de national, interprètent souvent des normes doctrinales et des préceptes moraux de façon conflictuelle et contradictoire. […]  La propriété d’unicité de l’Eglise, une unité que le Pape est divinement mandaté pour protéger et pour engendrer, perd son intégrité parce que les propriétés de catholicité et d’apostolicité ont sombré dans un désarroi moral et doctrinal, une anarchie théologique que le Pape lui-même, sans doute sans le savoir, a provoqués en soutenant une conception erronée de la synodalité.  […]

Une menace pour la sainteté de l’Eglise

Troisièmement, nous en venons à la troisième propriété de l’Eglise – sa sainteté. Cette propriété est également menacée, tout particulièrement, mais sans grande surprise, par rapport à l’Eucharistie.  […]

Pour participer pleinement à l’Eucharistie de l’Eglise, […] chaque personne doit incarner les quatre propriétés de l’Eglise parce que ce n’est qu’ainsi que l’on se trouve en pleine communion avec l’Eglise pour recevoir la communion – le corps ressuscité et le sang de Jésus, la source et le sommet de notre union avec le Père dans l’Esprit-Saint. […]

Le première problème […] touche spécifiquement à la sainteté. Même si chacun doit professer l’unique foi apostolique de l’Eglise, la foi seule ne suffit pas pour recevoir le Christ dans l’Eucharistie.  En se référant à Vatican II, Jean-Paul II affirme que « il convient aussi de persévérer dans la grâce sanctifiante et dans la charité, en demeurant au sein de l’Église ‘de corps’ et ‘de cœur’ » (Ecclesia de Eucharistia 36).  Au début du deuxième siècle, Ignace affirmait la même chose – qu’on ne peut recevoir la communion qu’en « état de grâce » (Ad. Eph. 20).  Par conséquent, conformément au Catéchisme de l’Eglise catholique et au Concile de Trente, Jean-Paul II confirme : « Je désire donc redire que demeure et demeurera toujours valable dans l’Église la norme par laquelle le Concile de Trente a appliqué concrètement la sévère admonition de l’Apôtre Paul, en affirmant que, pour une digne réception de l’Eucharistie, ‘si quelqu’un est conscient d’être en état de péché mortel, il doit, auparavant, confesser ses péchés’ » (ibid.).  Conformément à la tradition doctrinale de l’Eglise, Jean-Paul II insiste sur le fait que l’itinéraire de pénitence, à travers le sacrement de la Réconciliation « devient le passage obligé pour accéder à la pleine participation au Sacrifice eucharistique » en cas de péché mortel (ibid. 37).  Tout en reconnaissance que le jugement sur l’état de grâce revient au seul intéressé, il affirme que « en cas de comportement extérieur gravement, manifestement et durablement contraire à la norme morale, l’Église, dans son souci pastoral du bon ordre communautaire et par respect pour le Sacrement, ne peut pas ne pas se sentir concernée » (ibid.).  Jean-Paul II intensifie son admonition en citant le droit canon.  En cas de « situation de contradiction morale manifeste », c’est-à-dire, selon le droit canon, quand une personne « persiste avec obstination dans un péché grave et manifeste », elle ne doit pas être admise à la communion eucharistique  (ibid.).

C’est ici que nous prenons conscience de la menace qui pèse actuellement sur la sainteté de l’Eglise et plus spécifiquement sur la sainteté de l’Eucharistie. La question de savoir si les couples catholiques divorcés et remariés vivant comme mari et femme peuvent recevoir la communion ou pas tourne autour de cette notion de « comportement extérieur gravement, manifestement et durablement contraire à la norme morale » et donc, de la question de savoir s’ils se trouvent en « situation de contradiction morale manifeste » pour recevoir la communion.

Le Pape François insiste à juste titre pour que de tels couples soient accompagnés et qu’on les aide à former correctement leurs consciences. Bien entendu, il y a des cas exceptionnels de mariages pour lesquels on peut légitimement discerner qu’un précédent mariage était sacramentellement invalide, même s’il n’est pas possible d’obtenir les preuves nécessaires pour une reconnaissance de nullité, ce qui peut permettre à un couple de recevoir la communion.  Toutefois, la façon ambigüe avec laquelle le Pape François propose cet accompagnement pastoral permet à cette situation pastorale d’évoluer vers une pratique habituelle consistant à rapidement faire en sorte que presque tous les couples divorcés et remariés s’estiment libres de recevoir la Sainte Communion.

Cette situation pastorale ne manquera pas de se développer parce que les impératifs moraux négatifs tels que « tu ne commettras pas l’adultère » ne sont plus considérés comme des normes morales absolues à ne pas transgresser mais plutôt comme un idéal moral – un objectif que l’on pourrait atteindre au bout d’un certain temps ou qu’on pourrait très bien ne jamais réaliser au cours de sa vie. Dans cet intervalle de temps indéfini, les gens peuvent continuer, avec la bénédiction de l’Eglise, à faire de leur mieux pour vivre « saintement » et donc à recevoir la communion.  Une telle pratique pastorale a de nombreuses conséquences néfastes sur le plan doctrinal et moral.

Premièrement, permettre à ceux qui sont en état de péché grave manifeste de communier, c’est attenter ouvertement à la sainteté de ce que Jean-Paul II appelle le « Très Saint Sacrement ». Un péché grave, par sa nature même, comme le confirment Ignace, Vatican II et Jean-Paul II, prive la personne de sainteté puisque le Saint-Esprit ne demeure plus en cette personne, ce qui la rend inapte à recevoir la Sainte Communion.  En effet, recevoir la communion dans un tel état, littéralement, de disgrâce constitue un mensonge puisqu’en recevant le sacrement, une personne atteste qu’elle se trouve en communion avec le Christ alors qu’en fait elle ne l’est pas.

De la même manière, une telle pratique constitue également une offense à la sainteté de l’Eglise. Oui, l’Eglise est bien composée de saints et de pécheurs, cependant ceux qui pèchent, c’est-à-dire tous, doivent être des pécheurs-repentants, particulièrement en cas de péché grave, s’ils souhaitent pleinement participer à la liturgie Eucharistique et donc recevoir le très saint corps et le sang de Jésus.  Une personne en état de péché grave peut donc très bien être encore un membre de l’Eglise mais, comme pécheur grave, cette personne ne participe plus à la sainteté de l’Eglise en tant que fidèle sanctifié.  Recevoir la communion dans un tel état d’indignité revient encore une fois à proférer un mensonge étant donné qu’en recevant publiquement ce sacrement, cette personne tente de témoigner publiquement qu’elle est un membre de la communauté ecclésiale vivant et touché par la grâce alors qu’elle ne l’est pas.

Deuxièmement, et peut être par-dessus tout, permettre à ceux qui persistent à manifester un péché grave de recevoir la communion, en faisant passer cela pour un acte de charité, revient à la fois à minimiser le mal d’un péché grave et à calomnier la magnitude et la puissance de l’Esprit Saint. Une telle pratique pastorale revient à accepter que le péché continue de gouverner l’humanité malgré l’œuvre de salut de Jésus et l’onction de l’Esprit Saint donné par lui à tous ceux qui croient et qui sont baptisés.  Jésus n’est donc pas vraiment Seigneur et Sauveur et c’est plutôt Satan qui continue de régner.

De plus, conforter les personnes en état de péché grave ne constitue nullement un acte d’amour ou de charité parce cela revient à les conforter dans un état où elles pourraient être éternellement condamnées et à mettre leur salut en péril. De la même manière, en retour, on insulte également de tels pécheurs graves parce que cela revient à leur dire qu’ils sont si gravement pécheurs que même le Saint Esprit n’est pas assez puissant pour les aider à changer leur conduite peccamineuse et pour les rendre saints.  On les rend donc intrinsèquement in-sauvables.  En fait, ce qui se passe réellement, c’est que l’on affirme ainsi que l’Eglise de Jésus-Christ n’est pas vraiment sainte et qu’elle est donc incapable de sanctifier ses propres membres.

Enfin, ce qui est la conséquence pastorale publique du fait de laisser ceux qui refusent de se repentir d’un péché grave et manifeste recevoir la Sainte Communion, c’est le scandale. Pas tellement parce que les membres fidèles de la communauté Eucharistiques seraient consternés et probablement mécontents mais surtout parce qu’ils seront tentés de penser qu’eux-mêmes peuvent pécher gravement tout en restant en règle avec l’Eglise.  Pourquoi alors se fatiguer à essayer de mener une vie sainte, voire une vie héroïquement vertueuse, si l’Eglise elle-même ne semble pas exiger ni même encourager une telle vie ?  Alors l’Eglise se transforme en une caricature d’elle-même et une telle confusion ne suscite rien d’autre que du mépris et du dédain dans le monde, de la dérision et du cynisme chez les fidèles et, au mieux, un espoir envers et contre tout chez les plus petits.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

Merci à Belgicatho

 

 

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Non Ratzinger n’est pas hérétique

L’attaque frontale de la part d’Enrico Maria Radaelli et d’Antonio Livi contre la théologie de Joseph Ratzinger  / Benoît XVI dont l’information a été donnée au début de cette année par Settimo Cielo a lancé un débat particulièrement vif.

Radaelli et Livi accusent Ratzinger d’avoir réinterprété la foi chrétienne « avec les schémas conceptuels propres au subjectivisme moderne, du transcendantal de Kant à l’idéalisme dialectique de Hegel » avec comme résultat de saper précisément « la notion de base du christianisme, celle de la foi dans la révélation des mystères surnaturels de la part de Dieu ».  Selon eux, en effet, dans la théologie de Ratzinger « cette notion est irrémédiablement déformée par l’adoption du schéma kantien de l’impossibilité d’une connaissance métaphysique de Dieu, ce qui comprend la négation des prémisses rationnelles de la foi ».

Face à cette accusation d’hérésie substantielle, Settimo Cielo avait déjà publié une première réponse rédigée par Antonio Caragliu.

En voici une seconde, rédigée par un magistrat administratif de Rome qui est également un auteur d’essais appréciés de philosophie et de théologie.

*

Ni Kant ni Hegel, plutôt Paul à Athènes 

de Francesco Arzillo 

Je pense que la partie finale de l’inoubliable discours de Benoît XVI au Collège des Bernardins de Paris le 12 septembre 2008 peut nous donner une clé décisive pour comprendre en synthèse – mais également rétrospectivement – le cœur de la véritable pensée du « pape théologien ».

Voici ce qu’il déclarait textuellement :

« Le schéma fondamental de l’annonce chrétienne ad extra – aux hommes qui, par leurs questionnements, sont en recherche – se dessine dans le discours de saint Paul à l’Aréopage. N’oublions pas qu’à cette époque, l’Aréopage n’était pas une sorte d’académie où les esprits les plus savants se rencontraient pour discuter sur les sujets les plus élevés, mais un tribunal qui était compétent en matière de religion et qui devait s’opposer à l’intrusion de religions étrangères. C’est précisément ce dont on accuse Paul : « On dirait un prêcheur de divinités étrangères » (Ac 17, 18). Ce à quoi Paul réplique : « J’ai trouvé chez vous un autel portant cette inscription : « Au dieu inconnu ». Or, ce que vous vénérez sans le connaître, je viens vous l’annoncer » (cf. 17, 23). Paul n’annonce pas des dieux inconnus. Il annonce Celui que les hommes ignorent et pourtant connaissent : l’Inconnu-Connu. C’est Celui qu’ils cherchent, et dont, au fond, ils ont connaissance et qui est cependant l’Inconnu et l’Inconnaissable. Au plus profond, la pensée et le sentiment humains savent de quelque manière que Dieu doit exister et qu’à l’origine de toutes choses, il doit y avoir non pas l’irrationalité, mais la Raison créatrice, non pas le hasard aveugle, mais la liberté. »

« Toutefois, bien que tous les hommes le sachent d’une certaine façon – comme Paul le souligne dans la Lettre aux Romains (1, 21) – cette connaissance demeure ambigüe : un Dieu seulement pensé et élaboré par l’esprit humain n’est pas le vrai Dieu. Si Lui ne se montre pas, quoi que nous fassions, nous ne parvenons pas pleinement jusqu’à Lui. La nouveauté de l’annonce chrétienne c’est la possibilité de dire maintenant à tous les peuples : Il s’est montré, Lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à Lui est ouvert. La nouveauté de l’annonce chrétienne ne réside pas dans une pensée, mais dans un fait : Dieu s’est révélé. Ce n’est pas un fait nu mais un fait qui, lui-même, est « Logos » – présence de la Raison éternelle dans notre chair. « Verbum caro factum est » (Jn 1, 14) : il en est vraiment ainsi en réalité, à présent, le « Logos » est là, le « Logos » est présent au milieu de nous. C’est un fait rationnel. Cependant, l’humilité de la raison sera toujours nécessaire pour pouvoir l’accueillir. Il faut l’humilité de l’homme pour répondre à l’humilité de Dieu. »

« Sous de nombreux aspects, la situation actuelle est différente de celle que Paul a rencontrée à Athènes, mais, tout en étant différente, elle est aussi, en de nombreux points, très analogue. Nos villes ne sont plus remplies d’autels et d’images représentant de multiples divinités. Pour beaucoup, Dieu est vraiment devenu le grand Inconnu. Malgré tout, comme jadis où derrière les nombreuses représentations des dieux était cachée et présente la question du Dieu inconnu, de même, aujourd’hui, l’actuelle absence de Dieu est aussi tacitement hantée par la question qui Le concerne. « Quaerere Deum » – chercher Dieu et se laisser trouver par Lui : cela n’est pas moins nécessaire aujourd’hui que par le passé. Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ».

Les férus de philosophie et de théologie retrouveront dans ces passages denses du discours de Benoît XVI les mille et un fils complexes de la question de la Révélation tels qu’elle se pose aujourd’hui dans la tête de ceux qui veulent rester fidèles à la richesse du contenu révélé et de la compréhension élaborée par le magistère de l’Eglise, surtout au cours des deux conciles du Vatican.  Comme l’enseignait Leo Scheffczyk, ces conciles doivent être lus dans une optique de stricte continuité – je dirais même de réciprocité – dont on peut déduire que :

D’une part, on retrouve déjà le concept de l’autorévélation de Dieu dans le concile Vatican I (DH 3004), il ne s’agit donc pas d’une nouveauté de Vatican II et que – en lui-même – ce concept est plus ancien que la reprise qu’en a fait ensuite l’idéalisme philosophique dans un autre contexte de pensée puisque Saint Bonaventure y faisait déjà référence.

D’autre part, le concile Vatican II doit être compris dans le sens que « les paroles et les actions effectuées par Dieu transmettent elles aussi la vérité et ne peuvent être en ce sens raisonnablement acceptées qu’en tant que vérité. » (cf. L. Scheffczyk, « Fondamenti del dogma. Introduzione alla dogmatica », Roma, Lateran University Press, 2010, pp. 82-83).

Dans le discours parisien de Benoît XVI, assez subtil mais aussi très concret, tout s’y retrouve en substance.  On y trouve une compréhension réaliste des « praembula fidei ».  On y trouve la question du salut.  On y trouve la raison humaine sous ses différentes formes ainsi que le Logos / Avènement.  On y trouve l’histoire humaine imbriquée dans celle du salut.

On n’y trouve en revanche aucune barrière préalable de type kantien ou en tout cas d’origine irrationnelle, pragmatiste ou antimétaphysique.

A cet égard, il convient de remarquer dans son discours « La foi et la théologie de notre temps » qu’il a tenu à Guadalajara au Mexique en mai 1996, Joseph Ratzinger qui était alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, n’hésitait pas à critiquer certaines formes du rationalisme néoscolastique en considérant la position de J. Pieper (qui était pourtant un penseur du courant thomiste) comme étant « la plus fondée historiquement et objectivement », ni surtout à critiquer les théories relativistes  de Hick, Knitter et d’autres théologiens, en mettant en évidence justement le fait que celles-ci se basaient en fin de compte « sur un rationalisme qui, à la manière de Kant, considère que la raison ne peut pas connaître ce qui est métaphysique » alors qu’en revanche « l’homme possède une dimension plus large de ce que Kant et les différentes philosophies postkantiennes lui ont attribué ».

En outre, en continuité avec ces prémisses, dans son discours au congrès international sur la loi naturelle organisé par l’Université pontificale du Latran le 12 février 2007, le Pape Benoît a attiré l’attention sur « un autre danger moins visible mais non moins inquiétant : la méthode qui nous permet de connaître toujours plus en profondeur les structures rationnelles de la matière nous rend toujours moins capables de voir la source de cette rationalité, la Raison créatrice.  La capacité de voir les lois de l’être matériel nous rend incapable de voir le message éthique contenu dans l’être, message que la tradition appelle ‘lex naturalis’, loi morale naturelle.  Ce mot est devenu aujourd’hui presque incompréhensible pour beaucoup en raison d’un concept de nature non plus métaphysique mais seulement empirique. »

Enfin, il ne semble pas inutile de noter que la pensée de Ratzinger a plutôt – et je dirais même surtout – fait l’objet de critiques de la part de l’aile « progressiste ».  Klaus Müller, dans une lecture posée et dense de l’œuvre du pape théologien, alors qu’il reparcourt la question du « platonisme » et de « l’hellénisation du christianisme », souligne que « Ratzinger n’a jamais développé une relation positive et créatrice avec la pensée moderne » et en premier lieu avec l’âge d’or de l’idéalisme allemand (K. Müller, « Il teologo papa », in  Supplemento a « Il Regno – Documenti » n. 3, 1 febbraio 2013).

Il me semble que ces quelques éléments peuvent contribuer à remettre la « question Ratzinger » sur la bonne voie.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

 

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Ratzinger, hérétique moderniste ou théologien moderne ?

La semaine dernière, nous publiions un article accusant la théologie du cardinal Ratzinger d’être hérétique. Toujours ouvert au débat,  voici une réponse à Antonio Livi par Antonio Caragliu, avocat du barreau de Trieste et membre de l’Union des Juristes Catholiques Italiens

Antonio Livi, dans sa recension du dernier volume d’Enrico Maria Radaelli signalé dans le précédent article de Settimo Cielo, a le mérite d’être clair et de nous inviter à aborder certains problèmes de fond autour du thème toujours très actuel et pertinent du rapport entre foi et raison.

Il reproche à Joseph Ratzinger d’adopter « le présupposé épistémologique de l’impossibilité de la connaissance rationnelle de Dieu et de la loi naturelle », désavouant de la sorte la doctrine classique des « preambula fidei » et se faisant ainsi complice du « modernisme », sceptique et subjectiviste.

La thèse de Livi ne me convainc pas. Elle nous incite cependant à nous poser une question intéressante : quel est le caractère spécifiquement moderne de la théologie de Joseph Ratzinger ?

En effet, le pape émérite revendiquait lui-même explicitement la modernité de sa propre réflexion théologique : « J’ai cherché à faire avancer l’Eglise sur base d’une interprétation moderne de la foi », déclare-t-il dans ses « Dernières conversations » avec Peter Seewald.

Comme l’indique Livi, la modernité de la théologie ratzingerienne touche à la vision de la doctrine classique des « preambula fidei », autrement dit ces vérités d’ordre rationnel et naturel qui préparent à la foi. Mais cette vision différente, contrairement à ce qu’affirme Livi, ne contredit en rien le principe selon lequel il est possible de connaître Dieu rationnellement, auquel Ratzinger arrive par une autre voie.

Cette autre voie se confronte à l’athéisme méthodologique propre aux sciences expérimentales qui, en faisant abstraction de la question de l’existence de Dieu sur le plan logique, marquent le passage de la culture classique à la culture moderne.

Pour affronter cet athéisme méthodologique, Livi et Ratzinger prennent deux routes différentes.

Livi prend la route d’une métaphysique du « sens commun » qu’il définit lui-même comme étant « l’ensemble organique des certitudes concernant l’existence des entités de l’expérience immédiate qui sont toujours et nécessairement à la base de toute autre certitude, c’est-à-dire à la possibilité de vérité dans les jugements, aussi bien d’existence qu’attributifs » (A. Livi, « Filosofia del senso comune. Logica della scienza e della fede », Rome 2010, p. 7). La route clairement métaphysique de Livi se concentre sur la détermination des « évidences primaires » qui restent substantiellement étrangères par rapport à l’enquête sur le réel propre aux sciences modernes.

Ratzinger opte en revanche pour une voie que je définirais comme un « approfondissement ontologique » des présupposés épistémologiques eux-mêmes de la science moderne. Un approfondissement ontologique qui tire l’origine de la raison humaine de la « Raison créatrice » de l’être.

A ce propos, il convient d’insister sur le fait que la connaissance qui émerge de la science moderne ne consiste pas tant en une description d’états de fait et de choses (c’est l’erreur dans lequel persiste le néopositivisme et la philosophie analytique) mais dans la connaissance de lois, c’est-à-dire des rapports entre les choses, de fonctions.

Une telle approche méthodologique fait abstraction de la détermination de la causalité de l’existence des choses.

Cependant, l’approfondissement ontologique de Ratzinger ne porte pas sur ces « entités » et la cause de leur existence – comme le fait la métaphysique classique ou celle de Livi – mais sur la légitimité et la rationalité que constitue l’inévitable présupposé transcendantal de la recherche scientifique.

C’est une voie qui est à la fois moderne et extraordinairement conforme à la foi biblique.

Voici ce que Ratzinger écrit dans son « Essai introductif à la nouvelle édition de 2000 » de l’édition italienne de son introduction au christianisme [en français « La foi chrétienne hier et aujourd’hui », NdT]] qui fait l’objet des critiques de Radaelli et de Livi :

« Le prologue de Jean place l’idée du Lógos au centre de la foi chrétienne en Dieu. Le mot Lógos signifie raison, sens, mais également parole ; donc, un sens qui est parole, qui est relation, qui est créatif.  Dieu, qui est Lógos, donne à l’homme le sens du monde, la sens de l’existence, la correspondance de Dieu à la raison et la correspondance de la raison à Dieu, même si sa raison dépasse continuellement la nôtre et peut parfois nous sembler obscure.  Le monde naît de la raison et cette raison est une personne, elle est amour : tel est le message de la foi biblique en Dieu.  La raison peut parler de Dieu, ou mieux elle doit parler de Dieu sous peine de s’amputer elle-même.  À la raison est liée l’idée de création.  Le monde n’est pas seulement ‘maya’, une apparence, que l’homme devrait, au bout du compte, laisser derrière lui.  Le monde ne se réduit pas à une roue infinie de souffrances à laquelle l’homme doit essayer de se soustraire.  Le monde est positif. » (« Introduzione al cristianesimo », Brescia 2005, p. 21).

Il n’y a pas nécessairement de rapport logique entre les vérités ontologiques de la Raison créatrice et les présupposés transcendantaux de la science. Comme nous l’avons dit ci-dessus, les lois scientifiques font abstraction de la question de l’existence de Dieu et de l’origine de la réalité.  C’est pour cette raison logique que Ratzinger soutient que l’hypothèse de Dieu demeure « la meilleure des hypothèses, bien qu’elle soit une hypothèse », (J. Ratzinger, « L’Europa di Benedetto nella crisi delle culture », Sienne 2005, p. 123).

Et c’est dans l’approche de cette raison logique que se trouve, à mon sens, le caractère spécifiquement moderne de la théologie de Ratzinger.

Une théologique certes moderne mais qui n’est pas pour autant sceptique, subjectiviste ou moderniste.

 

 

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La loi de 1905 hérétique ? Réponse de l’Abbé Viot

Liberté des consciences et paix civile

En ce début d’année 2018, qui ne souhaiterait pas, quelle que soit sa religion ou son absence de religion, que soient respectées la liberté des consciences et la paix civile ? Elles vont de pair, et c’est donc en particulier sur la question de leurs liens étroits que j’attends avec beaucoup d’intérêt l’intervention du président de la République sur la « Laïcité ».

A quelques nuances près, mes attentes vis-à-vis de cette intervention recoupent pleinement celles de Jean Baubérot, telles que rapportées par La Croix du 4/1/2018[1] : « qu’il énonce clairement les objectifs de la laïcité. Qu’il rappelle que l’impératif de neutralité vaut pour la puissance publique et que c’est là un moyen pour garantir liberté de conscience et respect mutuel des opinions dans l’espace public. Pour dire les choses autrement, que la laïcité n’impose pas la neutralité de l’espace public et qu’elle n’est en rien synonyme de sécularisation. »

Pour faire encore plus simple, j’ajouterais, désacraliser la « Laïcité à la française », ôter sa lettre majuscule (placée ou non, inconsciente ou non) qui en fait une religion dans une république, qui, pourtant, refuse de reconnaître le fait religieux. Et qui le combat, même et surtout lorsqu’il s’agit du catholicisme. Pour cela, il faudrait donc reconnaitre le fait religieux comme tel, y compris celui qui, sous le nom de « Laïcité », refuse de se nommer comme tel. Et donc, sans remonter au déluge, il faut connaître l’histoire et apprendre d’elle. Je pense que l’historien cultivé et honnête qu’est Jean Baubérot serait de mon avis et approuverait sans doute cette formule de cet autre très grand historien, le professeur Jean Tulard de l’Institut : « l’historien est le prophète de l’avenir ».

1789 : une cassure toujours vive

Il faut tout d’abord admettre que notre histoire a singulièrement changé depuis 1789. La Révolution française a constitué une rupture si brutale avec le passé que l’on peut toujours se demander si le pays s’en est remis. Dès son début, les révolutionnaires, à la suite de leurs maîtres philosophes, ont ainsi voulu se débarrasser de la vieille religion de leurs pères. Plus exactement, ils ont d’abord cherché à contrôler l’Église selon leurs propres buts révolutionnaires, à la commander pour en faire en une sorte de religion utilitaire, de manière à mieux diriger le peuple en allant jusqu’à diriger sa conscience[2]. C’était l’objectif de la constitution civile du clergé.

On passait ainsi de la coexistence séculaire entre le politique et le religieux, d’égal à égal, forgée dans le pragmatisme et le compromis historique, à une soumission forcée et agressive de l’Église à l’Etat, impliquant des règles inacceptables pour la première, comme l’élection des évêques sans avis du Pape, et pire sans même son investiture canonique. Cela mena au schisme, qui affligea encore plus l’Église en France, et c’était voulu ainsi ! Sans même mentionner la guerre civile !

Schisme et guerre civile démontrèrent alors aux idéologues que la foi catholique se prêtait bien mal au jeu de la religion utilitaire. Il fallait cependant une morale publique, à même de nourrir la « vertu » à laquelle on prétendait, à même de consolider le nouvel ordre social. Le mot de « laïcité » n’existait pas encore mais il perçait dans la constitution civile du clergé. Il perçait plus encore dans le culte révolutionnaire de la déesse Raison, célébré à Notre Dame de Paris, la majorité des meneurs de la Révolution étant plutôt athée. Ce n’était pas le cas de Robespierre et de quelques-uns de ses amis. En fidèle disciple de Rousseau, il voulait maintenir un Dieu lié à une puissance transcendante, pour servir de base à la morale, seul moyen d’accomplir une révolution complète, l’avènement d’un « homme nouveau » et le changement radical de la société ! Ainsi la République reconnût-elle l’existence de l’Etre Suprême et de l’immortalité de l’âme. Cela dura à peu près deux mois, jusqu’à la chute de Robespierre. L’anticatholicisme reprit alors force et vigueur au travers des cultes voués à la Révolution et à la République, comme le culte décadaire, ou de la théophilanthropie et autres cultes plus ou moins athées.

1801 : le concordat rétablit la paix civile

Le consulat de Bonaparte mit une sorte de coup d’arrêt à l’antichristianisme d’Etat. Le jeune général, athée, n’en négocia pas moins avec le Pape, et par pragmatisme, imposa le concordat de 1801. Il s’agissait de rétablir les bases de la paix civile, et pour cela de cesser la politique de la table rase du passé et de tenter de réconcilier la France avec celui-ci et sa matrice chrétienne. C’est très exactement de ce moment que date l’alliance du sabre et du goupillon, autrement dit un « mariage » entre l’Église et l’Etat. Sous l’Ancien régime, il s’agissait plutôt d’une « union libre » pour filer la métaphore matrimoniale selon les termes du code civil. Le mariage en question fut cependant très forcé : la négociation avec le Pape se fit sous la contrainte – n’oublions pas que, quelques années auparavant, le même Bonaparte, alors général du Directoire, ravageait les Etats Pontificaux au nom de la Révolution ! Et une fois la négociation aboutie, le premier Consul, voulant reprendre à son compte le gallicanisme pour des raisons politiques tout à fait valables à l’époque, ajouta en 1802 les « articles organiques », sans négociation avec le Saint Siège. Celui-ci, à juste titre, ne les accepta jamais. Mais le Pape eut la sagesse et l’intelligence de ne pas sévir contre l’Église de France ni de récuser le concordat, jusqu’à la rupture de 1905.

Ce concordat eut des effets contrastés : autant il engagea nombre de clercs à valider le libéralisme économique général né des Lumières, de la Révolution et de l’Empire, jusqu’à s’accommoder de ses espérances idéologiques de salut de la « Nation » par la prospérité, autant il permit à l’Église de se remettre de la politique terroriste de déchristianisation de la Révolution. Lorsque Combes arriva au pouvoir en 1902, alors sans projet particulier de rupture de ce traité, il ne put que constater la floraison de tant de congrégations, malgré pourtant des lois restrictives – ce qui montre combien la tutelle de l’Etat ne gênait nullement l’Église.

La deuxième rupture de 1905 : le « divorce » pour « incompatibilité grave de principes »

Qu’est-ce qui a donc changé en 1902 ? L’arrivée de Combes au pouvoir ? Certes ! Mais il n’y est pas venu tout seul. Une majorité d’électeurs a envoyé très démocratiquement à la chambre des députés de gauche, socialistes surtout, qui voulaient avancer en matière sociale en faveur d’une classe ouvrière aux conditions de vie très difficiles, une classe oubliée par les élites dirigeantes – élites tout autant radicales-socialistes que catholiques sourdes aux indications de Rerum novarum, la grande encyclique de Léon XIII de 1891 sur la doctrine sociale de l’Église. Cet égoïsme de classe a éloigné de l’Église catholique beaucoup de gens du peuple, et joué un grand rôle dans la déchristianisation du pays. Et ce bien plus que l’enrôlement au sein de la franc-maçonnerie du Grand Orient qui s’adressait surtout à la bourgeoisie aisée ! Cela dit, Combes se serait accommodé d’une Église catholique obéissante, soumise aux articles organiques du concordat, et se laissant lentement mais sûrement chasser de l’espace public par la suppression de ses congrégations enseignantes et affaiblir par la disparition des contemplatives.

L’élection inattendue du cardinal Sarto comme Pape, le futur Saint Pie X, changea la donne. Ce nouveau Pape, pasteur avant tout, comprit très vite les objectifs de Combes et comment ce dernier entendait se servir du concordat. On en vint rapidement au conflit, chaque partie accusant l’autre de l’alimenter.

Citons à ce sujet deux extraits du magistral discours de Combes à Auxerre le 4 septembre 1904, parce que résumant admirablement l’état d’esprit de la rupture de 1905, ainsi que sa signification, état d’esprit toujours à l’œuvre au sein de la majorité de nos politiques, tous partis confondus – il n’y a que des français catholiques pour ne pas le voir ! : «  En séparant la convention diplomatique des articles organiques qui avaient déterminé les Chambres françaises à l’accepter, le Pape de l’époque [Pie VII qui avait refusé effectivement les articles organiques de 1802, accolés au Concordat de 1801], et après lui ses successeurs lui ont ôté son efficacité [mensonge manifeste car tout avait finalement bien fonctionné de 1801 à 1902], par cela même qu’il a annulé les règlements de police destinés à l’appliquer ». Combes avait ainsi beau jeu d’accuser Rome de violer un concordat qu’elle n’avait jamais accepté, taisant à dessein que, jusqu’à lui (non inclus), on avait toujours su faire preuve de pragmatisme de chaque côté. Combes voulait en finir : « Il est évident que la seule voie restée libre aux deux pouvoirs en conflit, c’est la voie ouverte aux époux mal assortis, le divorce, et de préférence, le divorce par consentement mutuel. Je n’ajoute pas remarquez le bien par incompatibilité d’humeur. Car il ne saurait être question dans l’espèce d’accès d’irritation et de mauvaise humeur. Il s’agit d’une chose bien autrement sérieuse et grave. Il s’agit d’une incompatibilité grave de principes ».

Une nouvelle religion civile

Cette déclaration d’Emile Combes est, j’insiste, capitale : elle est l’âme de la loi de 1905. Combes fut certes renversé au moment du vote, et Aristide Briand, nommé rapporteur, put alors atténuer avec talent et avec l’aide de Jaurès certaines obscurités de la loi pouvant être utilisées contre l’Église. Mais ces mots de Combes résonnaient et résonnent toujours : « divorce » et « incompatibilité de principes ». Il s’agissait en fait de rien de moins que de la poursuite du travail des révolutionnaires : ne pouvant, décidément, asservir complètement l’Église à leurs vues, même dans le régime de tutelle du concordat, il fut ainsi décidé de la reléguer au seul espace de ses sacristies, ses églises et ses aumôneries, et de lui interdire toute parole publique, toute contribution à la marche de la société, pour que puisse s’épanouir la nouvelle religion de l’État et des élites : celle-là, qui, en se refusant le nom même de religion les dominerait toutes, celle du progressisme libéral issu des Lumières, dans tous ses avatars, la religion de la « Laïcité ».

J’ajoute que cette loi a aussitôt été condamnée par le Pape Pie X dans l’encyclique Vehementer Nos de 1906, et qu’aucun Pape n’est revenu depuis sur le fond doctrinal de cette condamnation, sinon Pie XI en 1924 pour la confirmer. La loi de 1905 est donc hérétique par la doctrine de l’Etat qu’elle suppose, un Etat qui se veut à la fois Dieu et César. Nous en voyons plus clairement sa malfaisance depuis que s’exerce plus fortement qu’auparavant l’influence de personnes encore plus haineuses du catholicisme que Monsieur Combes, mais n’ayant fort heureusement, ni sa culture, ni son intelligence !

De l’impossibilité de traiter du « fait religieux » au moyen de la loi de 1905

Ce long rappel historique était indispensable pour avancer sur notre sujet. Car il est permis de se demander ce qu’on peut attendre d’hommes politiques qui pendant plus d’un siècle n’ont pas su évoluer et penser le fait religieux autrement que selon les canons de 1905 ! Incapables de relations saines avec la pourtant très conciliante Église, en quoi pourraient-ils comprendre quoi que ce soit aux défis posés par l’islam ? Soyons juste cependant : le pouvoir politique français n’est pas seul responsable. Les catholiques de ce pays le sont aussi. Après la très ambiguë « union sacrée » de 1914, ils auraient pu et surtout dû réclamer ! En 1945, les temps étaient murs également pour une révision de 1905, mais l’épiscopat a été paralysé par le soupçon collaborationniste. On comprend son silence d’alors, mais l’intimidation terroriste de l’épuration n’a plus cours ! Quels catholiques oseraient aujourd’hui critiquer la loi de 1905 ? Quelles objections catholiques a-t-on pu formuler, par exemple, à l’occasion de son centenaire en 2005 ? Il est indispensable que nous nous engagions sur ce terrain, pour, au nom du Bien Commun, aider le politique à assumer ses responsabilités.

Car, le politique, s’il veut être crédible aujourd’hui dans son désir de mieux harmoniser les relations entre les différentes religions pratiquées en France, en incluant ici tous ceux qui n’en ont pas, doit commencer par regarder où il en est lui-même sur ce sujet et procéder avec méthode. Il ne s’agit certes pas de rétablir un concordat ou d’établir une religion d’Etat, mais d’affirmer avec force la nécessaire neutralité du pouvoir politique.

On commencera par considérer les religions comme des religions, et non des organisations de statut « associatif cultuel  ». Pour faire clair et dépasser l’interprétation stricte des textes de 1905, l’Église catholique en France n’a pas pour seule vocation d’organiser des cérémonies. Elle peut et doit aussi se faire entendre sur toutes les grandes questions concernant la vie en société. Elle possède ce droit naturel parce qu’elle a apporté une contribution essentielle à la construction de la France et à son rayonnement pendant des siècles. Parce qu’elle est une autorité morale légitime. Parce que l’Etat ne remboursera jamais la dette de sang, celle des abominables massacres et persécutions de la Révolution, ni la dette financière des spoliations de 1789 et 1905, qu’il a contractées à son égard – et parce que l’Église, bonne mère, ne le lui demandera pas. Parce que les deux tiers des Français sont baptisés. Parce que, lorsque le peuple cherche le sacré, c’est à l’Église qu’il le demande, comme lors des obsèques de Johnny Hallyday, et non à la République.

Certains catholiques m’accuseront de trop m’enflammer, au point d’aller au-delà de leurs désirs. A ceux-là je réponds qu’il faut se méfier de l’eau qui dort ! De plus le silence, relatif, de nombreux catholiques manifeste beaucoup plus l’écœurement que l’acceptation d’une situation qui ne cesse de se dégrader. Il y a des déceptions qui alimentent des rancunes d’autant plus tenaces qu’elles doivent être cachées. Mais viendra le « trop plein », et le réveil risquera d’être brutal : on ne peut traiter à la légère les questions religieuses. Le pouvoir politique doit agir avec méthode.

Et j’en viens tout de suite à la question de l’islam, car c’est à son propos que le manque de méthode risque d’être catastrophique. Ainsi, si l’Etat se préoccupait d’organiser la chimère d’un islam de France sans avoir assaini la situation avec les religions dont il s’est séparé en 1905, il commettrait une faute aux dimensions psychologiques irréparables et se placerait lui-même dans une situation très difficile. L’islam en France n’est pas aujourd’hui en position de se définir clairement, tant vis à vis de l’opinion que des pouvoirs publics. Pourrait-il alors être la seule religion reconnue par un Etat entretenant un flou savant avec les autres ? Comment ne pas voir que si l’Etat, au nom de la Laïcité, prétendait traiter tout le monde de la même façon, il accentuerait et radicaliserait les réflexes identitaires contre lesquels il veut agir, et en viendrait ainsi à menacer lui-même l’ordre public ?

Notre président de la République a jusqu’à présent montré son habileté politique et ne nourrit, à ma connaissance aucune rancune vis à vis du catholicisme, contrairement à son triste prédécesseur ! Je le crois aussi honnête vis-à-vis des autres religions. C’est pourquoi je forme le vœu qu’il prononce un discours équilibré et précis, manifestant sa volonté de défaire l’État des liens qui l’empêchent de discuter, agir et collaborer avec les religions depuis le divorce de 1905. Au nom de l’ordre public que lui seul peut assurer, au besoin en utilisant des moyens de coercition, il manifestera qu’il est capable de garantir la liberté des consciences, renforçant par là même le respect qui lui est dû.

Abbé Viot

Source blog de l’abbé Viot


[1] https://www.la-croix.com/Religion/Laicite/J-Bauberot-Il-faut-quEmmanuel-Macron-enonce-clairement-objectifs-laicite-2018-01-04-1200903478

[2] « Il est fort bon de faire accroire aux gens qu’ils ont une âme immortelle et qu’il y a un Dieu vengeur qui punira mes paysans s’ils veulent me voler mon blé et mon vin. », écrivait-ainsi Voltaire, plus ou moins sur le ton de la plaisanterie (Voltaire, Lettre au comte d’Argental, 20 avril 1769, Pléiade Correspondance tome IX, 1985, pp. 872-873), que nous citons abondamment avec mon co-auteur Odon Lafontaine dans notre livre La Laïcité, mère porteuse de l’islam ?, aux Editions Les Unpertinents ; j’en recommande  la lecture à tous ceux qui souhaiteront approfondir le sujet de  ce blog.

 

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L’hérésie au pouvoir – Benoît XVI, à son tour, visé par une forme de “correction”

L’attaque portée ces derniers jours contre le théologien Ratzinger se trouve dans un livre qui vient de sortir de presse sous la plume d’Enrico Maria Radaelli, connu comme étant le plus fidèle disciple de Romano Amerio (1905-1997), le philosophe suisse qui, en 1985, avait publié « Iota Unum », l’accusation la plus systématique et la mieux argumentée contre l’Eglise catholique de la seconde moitié du vingtième siècle à laquelle il reproche d’avoir subverti les fondements de la doctrine au nom du subjectivisme moderne. (VoirICI et LA)

Le livre de Radaelli s’intitule « Au cœur de Ratzinger, au cœur du monde » et une première mouture vient d’être éditée par Aurea Domus, l’éditeur dont ce même auteur est propriétaire auprès duquel il peut être acheté par courrier électronique ainsi que dans quelques librairies de Rome et de Milan.

Ce qui a décidé Radaelli à incriminer également la théologie de Ratzinger d’avoir été subversive c’est la lecture et l’analyse de son œuvre théologique la plus connue et la plus lue, « Einführung in das Christentum », Introduction au christianisme [paru en français sous le titre « La foi chrétienne hier et aujourd’hui », NdT]. Publié pour la première fois en 1968 avant d’être réédité des dizaines de fois et d’être traduit dans plusieurs langues jusqu’à aujourd’hui.

Le plus frappant c’est que Radaelli n’est pas le seul à démolir la théologie de Ratzinger puisqu’il a rapidement reçu le soutien de l’un des théologiens et philosophes les plus renommés, Mgr Antonio Livi, le doyen émérite de la faculté de philosophie de l’Université pontificale du Latran, académicien pontifical et président de l’International Science and Commonsense Association.

En effet, selon Mgr Livi, Ratzinger et sa théologie ont contribué de façon notable à la montée en puissance de ce qu’il appelle « la théologie moderniste et sa dérive hérétique évidente » qui est devenue de plus en plus hégémonique dans les séminaires, les athénées pontificaux, les commissions doctrinales, les dicastères de la Curie ainsi qu’aux plus hauts échelons de la hiérarchie, jusqu’à la papauté.

Nous ne pouvons pas résumer ici les arguments avancés par Radaelli dans son réquisitoire contre le théologien puis pape Ratzinger.  Il suffit d’en lire la présentation très claire qu’en fait Mgr Livi dans cette autre page de Settimo Cielo, au titre sans équivoque :

> L’eresia al potere (l’hérésie au pouvoir) 

Il en ressort qu’aujourd’hui, François n’est pas le seul pape à être la cible d’une « correction » pour hérésie puisque même son prédécesseur émérite n’est plus à l’abri.

Radaelli comme Livi figurent parmi les premiers signataires de la « correctio » adressée au Pape François l’été dernier.  Et aujourd’hui également de celle contre Benoît XVI.

 

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Corrections fraternelle au pape – Pourquoi Arnaud Dumouch ne signera pas

Arnaud Dumouch fondateur du site Docteur Angélique et bien connu de nos lecteurs répond à la correction fraternelle adressée au pape François et explique :

Pourquoi je ne signe pas la lettre de correction fraternelle adressée au pape François.

Cette lettre porte sept questions, sept reproches présentés comme de possibles hérésies du pape François. Que vous pouvez retrouver ici

RAPPEL : Le pape soutiendrait ces 7 propositions :

  1. Certains commandements du Seigneur sont inaccessibles à certains hommes, même avec la grâce de Dieu.
  2. La vie sexuelle des chrétiens divorcés remariés n’est pas obligatoirement un état de péché mortel et peut parfois coexister avec la grâce.
  3. Un chrétien pourrait volontairement choisir de violer une loi divine connue de lui sans commettre un péché mortel.
  4. Il pourrait arriver qu’une personne pèche en obéissant à la loi divine.
  5. Un chrétien divorcé pourrait juger en conscience qu’il est des cas où une vie conjugale dans un nouveau mariage civil serait bonne.
  6. Il n’y aurait pas d’interdits négatifs et d’actes qui par soi, seraient toujours gravement illicites.
  7. Il serait possible de changer la pastorale des divorcés remariés en les autorisant à recevoir les sacrements.

Je ne pense pas qu’il s’agit là d’”hérésies” du pape François car je pense qu’il ne soutient aucune de ces sept propositions (sauf peut-être la septième). Pour les personnes qui désirent approfondir, je propose cette vidéo dont les 9 premières minutes me semblent suffire à expliquer que le pape n’a aucune intention de soutenir une nouvelle doctrine universelle.

Mais voici, pour résumer :

L’intention du pape est simplement PASTORALE. Il se situe au niveau d’histoires concrètes qu’il a rencontré comme pasteur de terrain, et dont il demande aux pasteurs de tenir compte.

Voici un exemple très simple qui permet de comprendre la différence entre “Doctrine universelle” et “cas particulier'”.

VOICI UNE DOCTRINE UNIVERSELLE : “Tuer de manière préméditée un innocent est-il TOUJOURS un acte gravissime ?” REPONSE : Oui, toujours.

ET VOICI UN CAS PARTICULIER QUI SEMBLE LA CONTREDIRE : “Franck fait de l’alpinisme en cordée. Sa cordée dévisse et reste suspendue avec ses trois compagnons par un unique piton qui ne peut supporter que trois personnes et qui va se détacher incessamment. Il coupe la corde en dessous de lui et le quatrième homme tombe et se tue. A-t-il commis un péché mortel commettant volontairement cet acte ? REPONSE : Bien sûr que non. A-t-il commis un acte gravissime qui le maquera toute sa vie : Bien sûr que oui.

Que prouve cet exemple ? Que la doctrine universelle est essentielle comme la lumière du soleil mais qu’elle ne peut suffire à résoudre le réel concret de nos vies.

Je trouve pourtant matière à critiquer le silence du pape face à ces doutes qui lui sont envoyés.

La confiance qu’il accorde aux pasteurs de terrain face à ces cas particuliers est un risque terrible et le pape semble ignorer la gravité de la crise théologique que connaît l’Occident. Les fumées de Satan dénoncées par Paul VI se manifestent de nouveau partout car elles n’attendaient que cette liberté pour surgir. Ainsi en est-il de la décision catastrophique prise en Belgique par l’association des frères de la Charité qui aboutit à introduire l’euthanasie des handicapés. Pour se justifier, les tenants de cette décision se font même « Magistère universel » et écrivent au pape : « Absolutiser une proposition universelle, à savoir la défense de la vie de sa conception à sa mort naturelle, est une forme d’idolâtrie car seul Dieu est absolu ». Ainsi, le pape est déclaré idolâtre par des gens qui ne voient même plus qu’ils mettent gravement en danger la vie des pauvres.

Nous sommes face à un vrai risque de relativisme et certains sont prêts, au nom de cette souplesse de la pastorale du terrain, à tout autoriser, y compris les plus grandes folies individuelles.

Tel n’est pas l’évangile du Christ qui se reconnaît toujours de la façon suivante : « En lui, vérité et amour s’unissent, justice et paix s’embrassent ».

 

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Conférences/Formations

Nice – Des Lumières aux ralliements : l’Eglise face aux hérésies modernes

Conférence sur l’Eglise face aux hérésies modernes

L’association Culture populaire recevra Marion Sigaut et Philippe Prévost ce dimanche 12 février à 16h30 à Nice pour une conférence sur les attaques contre l’Église depuis les Lumières.

Philippe Prévost, historien, essayiste, docteur ès lettres et licencié en droit, a écrit de nombreux ouvrages, dont Autopsie d’une crise politico-religieuse, la condamnation de l’Action française et La France et l’origine de la tragédie palestinienne.

Dans L’Église et le Ralliement, on apprend que le lent et continu déclin de l’Église n’est pas la conséquence d’attaques extérieures contre lesquelles elle pourrait se défendre, comme elle l’a toujours fait. Ce sont trois phases parfaitement identifiées – et les liens qui les unissent – qui sont analysées par Philippe Prévost afin de nous faire comprendre quel mal décime l’Église. Car ce n’est pas en épousant toujours plus le siècle, comme certains le préconisent, qu’elle se relèvera : elle doit au contraire s’élever au-dessus de lui, au risque de mourir.

Marion Sigaut est une historienne et écrivain française, née en 1950 à Paris. Elle se spécialise dans le XVIIIe siècle et publie notamment deux livres : l’un sur les sombres secrets de l’Hôpital général, l’autre sur l’énigme Damiens. Elle enchaîne articles et conférences dans toute la France, et au-delà.

Ses différents travaux l’ont conduite à remettre en cause l’idée du progrès apporté par les Lumières. Elle montre au contraire que celles-ci permirent l’émergence du monde bourgeois et libéral opposé à une monarchie et un ordre chrétien qui, loin d’opprimer le peuple comme on veut aujourd’hui nous le faire accroire, étaient le rempart des faibles contre les puissants et la consolation des plus pauvres.

L’Histoire, telle qu’elle est enseignée dans nos écoles et relayée par nos médias, empêche de comprendre le monde actuel et de le saisir dans une critique globale. Une réécriture orientée dans le but de nous forcer à penser dans une seule direction : celle du progrès contre la tradition, de la raison contre l’esprit et de la liberté contre une supposée tyrannie. Combat contre la tyrannie qui nous amène, de façon bien plus certaine, à la « servitude volontaire ». Remettre l’Histoire à l’endroit, c’est aider, par la connaissance, à déjouer ce piège.

Cette conférence / échange avec les auteurs se fera sous un format particulier. Nous allons privilégier l’échange entre le public et ces érudits et donner plus de place au débat et à la discussion.

Un entracte est prévu, ainsi qu’un espace collation / rafraîchissements.

Nous aurons également à votre disposition un espace culturel avec des promotions exceptionnelles sur les livres. Attention stock limité !

 

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