A la une #NLH #NLQ #Rome

Le président de l’Institut Jean-Paul II prend la défense d’Humanae vitae

Celui qui, envers et contre tout, a pris ouvertement la défense de l’enseignement authentique d’ « Humanae vitae » est justement celui que le pape François a placé il y a deux ans à la tête du Institut théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille qu’il a refondé, c’est-à-dire de l’institut qui est censé soutenir et renforcer la nouvelle ligne de l’Eglise en la matière.  Il s’agit du théologien milanais PierAngelo Sequeri, un expert unanimement reconnu, un géant par rapport à […]Vincenzo Paglia qui est en théorie son supérieur comme Grand Chancelier de ce même institut en plus d’être président de l’Académie pontificale pour la vie, lui aussi promu à cette double charge par le pape François et notoirement enclin à admettre la licéité de la pilule et des autres contraceptifs.

Le professeur Sequeri a saisi pour intervenir l’occasion offerte par un important colloque consacré à Paul VI qui s’est tenu les 9 et 10 mai à l’Université Catholique de Milan. Le texte de sa conférence a été publié presque dans son intégralité dans « Avvenire », le quotidien de la Conférence épiscopale italienne, le jour même où Sequeri l’a prononcé :

 

Il s’agit d’un texte d’une épaisseur théologique remarquable qui mérite d’être lu dans son entièreté, particulièrement quand il identifie le fondement ultime de l’amour génératif entre un homme et une femme non seulement au symbolisme nuptial de la relation entre Dieu et son peuple mais bien plus et plus profondément dans la vie du Dieu trinitaire, dans l’éternelle génération du Père dans le Fils qui se répand en tant qu’Esprit.

C’est à ce fondement que Sequeri ramène « l’intime union du sens de l’union et de la procréation » mise en lumière dans « Humanae vitae ».

Et c’est ainsi qu’il donne raison à ce qu’enseigne l’encyclique en faveur du recours aux rythmes naturels de fécondité et par conséquent contre les contraceptifs artificiels :

« L’intime union du sens de l’union et de la procréation institue la justice de l’acte propre de l’intimité conjugale. L’intégrité d’une telle union tient à la structure symbolique de l’acte conjugal : préserver le sens naturel de l’affection conjugale, même en-dehors de l’effet procréatif, que les rythmes naturels de ses conditions n’imposent d’ailleurs pas automatiquement par eux-mêmes. »

« Dans ce cadre, semble donc justifiable – honnête, licite, cohérent – la pratique de l’intimité conjugale qui reconnaît et prend en compte la suspension naturelle de l’effet génératif tandis que semble injustifiable la pratique qui procure et impose une stérilisation artificielle de l’acte conjugal. »

« le rythme personnel de l’union et de l’abstention, qui met en harmonie la domination de la volonté avec le rythme ‘naturel’ de la fécondité et de l’infertilité apparaît comme le paradigme d’un chemin d’éducation et de mûrissement précoce. »

« Paul VI est conscient du fait que ‘cet enseignement ne sera sans doute pas facilement accueilli par tout le monde’ (HV 18). Dans le même temps, il reconnaît avec la même franchise la charge que cette ligne de responsabilité entraîne, par rapport à la conciliation des dynamiques conjugales avec la fidélité à ses principes.  La compréhension des moments où cet effort doit s’accommoder de notre fragilité et notre vulnérabilité fait partie de cette prise en compte ».

Voilà ce qu’a déclaré le président de l’institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille. En publiant cette conférence, « Avvenire » n’a pas le moins du monde fait écho au passage dans lequel il rappelle la condamnation des contraceptifs artificiels.  Et on peut comprendre cette réticence puisqu’il s’agit du journal des évêques italiens qui s’emploient eux aussi à mettre cette condamnation au placard et à adapter « Humanae vitae » aux soi-disants « nouveaux paradigmes » inaugurés par le Pape François.

En effet, le pape actuel a affirmé qu’il était un grand admirateur de Paul VI, du « génie prophétique » avec lequel il a écrit « Humanae vitae » et de son « courage de se dresser contre la majorité, de défendre la discipline morale, d’exercer un frein culturel, de s’opposer au néo-malthusianisme présent et à venir ».

 

Source et intégralité de l’article (plus polémique que notre extrait)

Dans le Monde #Europe non francophone #NLQ

La fin de la foi dans la société provoque un “effroyable nouvel âge des ténèbres”

 Un “effroyable nouvel âge de ténèbres” provoqué par la fin de la foi dans la société est imminent pour la Grande-Bretagne, selon un évêque catholique.

Malgré « des progrès étonnants dans les connaissances et la technologie », la base de la morale chrétienne est affaiblie par un abandon de la prière et de la foi, a déclaré l’évêque du diocèse de Portsmouth à ses ouailles dans une lettre pastorale du 15 avril.

“La disparition de la foi et de la religion, la disparition même des gens qui prient, mine rapidement les fondements de l’éthique en Grande-Bretagne”, a écrit Mgr Egan. “Cette dilution de notre patrimoine chrétien menace d’inaugurer un effroyable nouvel âge de ténèbres.”

“Pas étonnant qu’un désir de mort se pose pour le suicide assisté et l’euthanasie”, a déclaré l’évêque. “En tant que catholiques, en tant que personnes de la vie, nous ne pouvons pas ignorer ces défis. Nous devons agir. Nous devons demander à Jésus de nous aider à atteindre dans l’amour de ceux qui l’entourent, pour aider les gens à développer une relation personnelle avec Dieu. “

Dans sa lettre, l’évêque de Portsmouth a abordé la sexualité, l’amour et la dignité humaine. Il a également discuté d’un demi-siècle d’avortement légalisé en Angleterre et des efforts actuels du gouvernement pour interdire aux défenseurs pro-vie d’aider les femmes à l’extérieur des installations d’avortement.

“Considérez ceci. Cela fait plus de cinquante ans que la loi de 1967 sur l’avortement, l’une des plus libérales du monde, est entrée en vigueur “, a écrit Mgr Egan. “Depuis lors, dix millions de bébés au Royaume-Uni ont été avortés, une grossesse sur cinq.”

« En tant que peuple de la vie, nos efforts pour défendre l’enfant à naître, prendre soin des femmes enceintes et renverser ou atténuer cette loi ont eu des résultats mitigés et il semble maintenant que, injustement, notre gouvernement laïc ne nous permettra même plus de prier en dehors des hôpitaux et des cliniques », a déclaré l’évêque.

Il a ensuite expliqué qu’il était en discussions avec des groupes pro-vie et le personnel diocésain sur les nouvelles façons de témoigner, et a annoncé une Journée diocésaine de prière et de réparation pour la vie chaque année le 23 octobre anniversaire de l’acte de l’avortement. Les prêtres sont invités à offrir une messe pour le progrès des peuples, tout en portant les vêtements de pénitence pourpres.

Le conseil municipal de Portsmouth a voté l’automne dernier pour interdire les veillées pro-vie à l’extérieur d’un établissement d’avortement local. D’autres municipalités britanniques ont également adopté des zones tampons.

Mgr Egan a également mentionné le 50e anniversaire de Humanae Vitae, l’encyclique historique du bienheureux Pape Paul VI réaffirmant l’enseignement catholique sur l’amour conjugal et la contraception artificielle. Il a appelé l’encyclique “prophétique”.

“Elle réaffirme la doctrine de l’Église sur l’intégrité des rapports sexuels”, écrivait Mgr Egan, “réservée à un mari et une femme en mariage, comme un acte d’amour ouvert à la vie et que ces deux aspects, ouverture à la vie et à l’amour, ne doivent pas être divisés ou séparés artificiellement. “

“Sinon, a averti le pape, il y aurait des conséquences catastrophiques pour les personnes, les familles et la société”, a-t-il ajouté. « Depuis des années, nous pouvons voir exactement ce qu’il voulait dire dans les relations familiales brisées, la réduction du sexe à une activité occasionnelle, le trafic de personnes pour la prostitution et la pornographie, la sexualisation des jeunes et l’explosion de comportements addictifs conduisant au désespoir, à la honte et à la culpabilité. “

L’évêque a lancé une invitation à la réflexion sur les grâces de la planification familiale naturelle. Et il a recommandé de relire l’encyclique écologique Laudato Si du pape François aux côtés de la prophétique Humanae Vitae, recommandant également d’adopter un mode de vie naturel pour les catholiques.

Mgr Egan a ouvert sa lettre aux catholiques avec un regard sur ce que signifie être un enfant humain de Dieu.

“Il y a maintenant dans la société une grande confusion et un conflit sur ce que signifie être humain, sur les relations, la sexualité et l’amour”, a-t-il dit, “mais surtout sur la valeur et la dignité de la vie humaine. Et de la mort.”

Il a continué en déclarant que le Christ est le modèle pour nous, et l’Évangile notre guide.

« En tant que catholiques, l’Évangile est toujours un guide sûr », a déclaré Mgr Egan. “Jésus-Christ est Dieu, Deum de Deo, mais comme le Credo l’affirme aussi, le Nouvel Adam, de la terre, l’Homme Parfait”.

“Il est notre modèle”, a ajouté l’évêque. “Il est passionnant que nous, humains, corps et âme, vivions à l’intersection des deux domaines de la création, le matériel et le spirituel ! Cela devrait faire de nous un peuple de la vie, un peuple de joie et de bonne volonté, des gens qui promeuvent le caractère sacré de la vie dans toute sa belle diversité. “

Mgr Egan a également publié mercredi une déclaration critiquant les “zones de non-prière” proposées autour des installations d’avortement.

Dans ce document, il a déclaré que de telles zones tampon étaient “irrespectueuses envers les femmes vulnérables” et “inutiles, injustes et inutiles”.

“L’avortement n’est pas un sujet moralement neutre, ni un tabou”, a affirmé Mgr Egan. “Cela peut causer à une mère des dommages psychologiques graves.”

« Alors, comment ceux qui parlent du« droit de choisir » d’une femme ne reconnaissent-ils pas aussi le « droit de la femme à changer d’avis » ? “Ou son droit d’entendre d’autres options parmi lesquelles choisir ?”

“En faisant taire les voix alternatives dans l’environnement des cliniques d’avortements, on limite la liberté de choix”, a déclaré l’évêque. “En effet, la recherche montre que beaucoup de femmes ont été reconnaissantes pour le soutien de dernière minute qu’elles ont ainsi reçu.”

Source Lifesitenews.com traduit par Belgicatho

A la une #Tribunes et entretiens

Aline Lizotte – « Réécrire Humanae Vitae, un processus en cours »

En quoi consiste le projet de réécriture d’Humanæ Vitæ mis en œuvre, dont il est de plus en plus question cinquante ans après sa parution ? Simple adaptation du style du texte aux fidèles d’aujourd’hui ou mise en conformité de l’encyclique avec une moralité fondée sur la primauté de la conscience ? La récente conférence du P. Chiodi à la Grégorienne nous donne des éléments de réponse.

Le 14 décembre 2017, dans l’auditorium de l’Université pontificale de la Grégorienne, Don Maurizio Chiodi, un théologien moraliste de l’Université de Milan et nouveau membre de l’Académie pontificale pour la Vie, prononçait une conférence dans le cadre d’une suite d’interventions sur Humanæ Vitæ (28 juillet 1968), dont on souligne le 50e anniversaire de la parution. La conférence du Père Chiodi avait comme titre : « Réécrire Humanæ Vitæ à partir d’Amoris lætitia ». L’opinion développée par Don Chiodi est qu’en certaines circonstances, la contraception est nécessaire et doit même être obligatoirement pratiquée. Il conteste l’enseignement de Paul VI qui, dans Humanæ Vitæ, écrit : « En vérité, s’il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d’éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand, il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien, c’est-à-dire de prendre comme objet d’un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et, par conséquent, une chose indigne de la personne humaine, même avec l’intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux. C’est donc une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde1 ».

Pour appuyer sa thèse, le Père Chiodi a développé deux idées dans sa conférence. La première, tirée d’Amoris lætitia, dit ceci : l’objet moral n’est pas une norme rationnelle, il doit exprimer le sens que le sujet, dans les circonstances historiques du développement moral, doit donner au bien et au mal moral2. La deuxième, c’est la tâche de la théologie morale de proposer une théorie de la conscience morale qui soit celle du sujet moral fidèle à l’histoire du Salut et au développement de la grâce. Ce sujet moral doit pouvoir affronter des situations difficiles et assumer ses choix à la lumière de sa seule conscience, dans des circonstances que ne peut prévoir la norme morale3. Ainsi, lorsque la vie de la mère ou d’autres circonstances graves empêchent d’appliquer la norme morale, le sujet qui agit doit assumer le fait d’agir selon sa conscience, déterminant pour lui-même et par lui-même ce qu’il doit faire, même si cela est contre la norme. Selon cette théorie morale, l’avortement thérapeutique serait justifiable et, en ce qui concerne la contraception, des circonstances graves comme l’incapacité d’une nouvelle grossesse ou le danger d’une séparation conjugale des époux, pourrait justifier et même rendre obligatoire l’usage de contraceptifs. Car les techniques modernes font partie du développement historique de l’homme. En elles-mêmes neutres, elle sont des moyens qui peuvent être utiles à l’agir moral, dont le sens premier est le développement de la personne selon l’histoire du Salut. Ce qui entraîne à rejeter totalement qu’il y ait, selon l’enseignement de Veritatis splendor, dans le domaine de l’agir, des actes intrinsèquement mauvais qu’aucune circonstance ne justifie4.

OBJET MORAL ET NORME MORALE

Il faut remercier le Père Chiodi d’avoir bien mis en évidence – contra voluntatem suam – où se situe le corps du débat d’Amoris lætitia. Il se situe dans un combat d’arrière-garde, pourrait-on dire, sur l’objet moral et, plus exactement, sur l’objet moral intrinsèquement mauvais. Pour être plus exact, on devrait dire sur l’objet moral lui-même, sur sa définition et son obligation. Car une fois admis que l’objet moral d’un agir ne dépend que de la conscience singulière seule capable de donner un sens à son acte propre, c’est-à-dire au jugement où à la décision éthique, la notion d’intrinsecum malum tombe d’elle-même.

Pour différencier l’agir humain selon le bien et le mal, saint Thomas ne parle pas de norme morale mais d’objet moral

Même si les textes classiques de l’enseignement de l’Église comportent la notion de normes morales, ces mots ne réfèrent qu’approximativement ou analogiquement à ce que saint Thomas enseigne lorsqu’il écrit que ce que spécifie l’agir humain et le différencie selon le bien et le mal, c’est l’objet moral5. Saint Thomas ne parle pas de normes morales, mais d’objet moral. Le mot « norme », en effet, relève d’abord du « faire » et non de l’agir. La norme est ce qui guide l’artisan dans la fabrication de son œuvre. C’est un principe de mesure fondé, d’une façon plus ou moins proximale, sur la quantité. La norme détermine la proportion, l’harmonie, le savoir-faire de l’œuvre, que ce soit, un meuble, un bâtiment, une route, une robe, etc. Ce sont des règles générales que l’artisan connaît, dont il est habilité à faire usage, et à partir desquelles il sait comment « faire » ce qu’il veut « faire ».

Souvent, on emploie le mot « normes » pour désigner les principes de la loi naturelle. Là où nous parlons de « normes », saint Thomas parle de « lumière », c’est-à-dire qu’il désigne la puissance de la raison pratique de découvrir et de posséder, comme le fait l’intelligence dans une recherche spéculative du savoir, les premières connaissances – les premiers principes – qui la guideront dans la possession de la vérité pratique. Les premiers principes de la délibération morale sont les principes de la loi naturelle, lesquels ne sont pas des « normes » qui souffriraient d’exception selon des circonstances difficiles ou obscures. Ce sont les premières vérités très communes, auxiliaires de la raison, qui cherchent comment diriger un agir humain. En faire des « normes », c’est leur conférer un statut de règles extérieures (a priori) à la délibération de l’intelligence, alors que ces vérités sont les points de départ, immuables et certains, de toute enquête sur le « comment agir ». Les ignorer ou leur trouver des exceptions revient à leur enlever toute lumière ; c’est comme si l’on disait qu’il est possible de récuser le principe de contradiction (une énonciation pourrait à la fois, affirmer et nier quelque chose en même temps et au même point de vue). Si le principe de contradiction ne s’applique pas toujours, l’intelligence n’a plus aucune lumière pour penser quoi que ce soit ! Ainsi, si elle perd la valeur des premiers principes de l’agir (par exemple, si être homicide pouvait quelquefois être un bien), alors l’intelligence ne peut plus être une lumière pour guider l’agir humain comme bien ou comme mal.

La raison doit d’abord posséder la connaissance des éléments de l’agir juste, chaste et véridique qui, s’ils sont absents, rendront l’acte irrémédiablement mauvais

Dans une vision thomiste, l’objet moral ne tient donc pas le rôle d’une norme morale rationnelle. L’objet moral est la connaissance que le jugement pratique – la conscience – atteint quand, au cours de sa délibération, ce jugement cherche comment l’acte doit être ordonné vis-à-vis des grandes finalités humaines : le bonheur, qui ne peut être atteint sans les vertus. L’objet moral est donc formé par la raison, qui cherche à savoir, par exemple, comment agir concrètement pour être juste ou pour être chaste dans la vie conjugale, ou pour respecter la vérité, etc. Dans cette délibération, la raison doit d’abord posséder la connaissance des éléments de l’agir juste, chaste, véridique, etc., qui, s’ils sont absents ou à peine présents, rendront l’acte irrémédiablement mauvais. Ces éléments sont objectifs, dans le sens où ils appartiennent, de leur nature, à la vertu qui rend l’acte bon. Mais ils ne sont pas suffisants pour guider l’acte singulier, car la raison ne déduit pas l’acte de règles générales.

La raison cherche à voir le plus clairement possible si, dans les circonstances qui entourent l’acte, certaines d’entre elles ne se présentent pas comme des incitations à un agir qui serait formellement mauvais ou formellement bon, obligatoire ou nécessaire. C’est ici que la délibération devient délicate, car certaines circonstances semblent se présenter comme des impératifs d’agir dans un sens ou dans un autre, bon ou mauvais, sans créer pour autant l’obligation d’agir dans un sens plutôt que dans l’autre. Mais ces circonstances impressionnent fortement l’émotivité, ou même sollicitent la volonté, et elles contribuent souvent à brouiller le jugement de la conscience. Ainsi, pour sauver sa propre vie ou se protéger de la torture, signer un faux papier qui entraînerait la condamnation injuste d’un ennemi du gouvernement demeure un mensonge. Dans un état de peur ou de forte émotivité, l’imputation du mal peut-être fortement diminuée, mais pour autant un mensonge ne devient pas un acte qui dit le vrai. Objectivement, il demeure un acte mauvais (il ne faut jamais confondre l’imputabilité d’un acte, c’est-à-dire le degré de responsabilité morale d’un acte et l’objectivité de l’acte !).

LA CONTRACEPTION : UN MAL NÉCESSAIRE ?

Lorsque les époux veulent directement la séparation entre la fonction procréatrice et la fonction unitive de l’amour sponsal, ils posent objectivement un acte non chaste qui est un acte grave

Humanæ Vitæ enseigne que toute forme de contraception artificielle, parce qu’elle sépare la double signification de l’acte conjugal (sa fonction procréatrice et sa fonction unitive de l’amour sponsal) est objectivement et intrinsèquement un mal moral. Lorsque les époux veulent directement cette séparation, ils posent objectivement un acte non chaste qui est un acte grave, qui va contre la volonté de Dieu (cf. Gn 1, 28 ; 2,24). Lorsque cette séparation de la double fonction de l’acte conjugal est indirectement voulue parce qu’elle est la conséquence d’un acte légitime, par exemple, d’un médicament nécessaire à la santé de la femme, elle n’est pas objectivement mauvaise, car elle se rapporte indirectement à l’acte principal (le soin de la santé). La raison l’accepte comme une conséquence inévitable d’un acte auquel la volonté peut consentir : prendre un médicament nécessaire à la santé.

Au contraire, lorsque la personne se trouve devant dans des situations difficiles, par exemple devant un ou plusieurs problèmes qui peuvent assaillir le couple (santé de l’un des conjoints, famille trop nombreuse, menaces de rupture du couple, danger d’une grossesse), la conscience ne peut, objectivement, juger qu’un acte contraceptif, serait une solution acceptable pour consentir à des actes conjugaux rendus ainsi artificiellement inféconds. Objectivement, ces actes n’ont de leur nature aucun lien avec la solution des problèmes, les circonstances que l’on considère ne sont pas les circonstances qui sont liées à l’acte d’union sexuelle, elles appartiennent à d’autres actes. La santé de la mère, par exemple, ne dépend pas d’un acte sexuel, elle dépend d’une maladie qui l’affecte. Il peut être certain qu’une nouvelle grossesse mettrait la santé de la mère en danger, mais ce mal physique dépend du corps de la femme et non de l’acte sexuel fécond en lui-même. Si quelqu’un ne peut manger tel aliment sans risque d’intoxication, cela ne signifie pas que l’aliment en lui-même est mauvais, mais que l’organisme de cette personne ne peut le supporter. On ne doit pas essayer de changer l’aliment ; on doit guérir l’organisme si l’on peut. Si l’on ne peut pas, la personne doit consentir à ne pas manger cet aliment. Ainsi, les époux peuvent légitiment consentir à des actes d’union conjugale accomplis en période inféconde du cycle de la femme ; ils ne peuvent pas, de leur propre volonté, changer un acte fécond en un acte infécond. Les circonstances douloureuses qu’ils évoquent existent, mais elles n’ont pas un lien direct avec l’intégrité de l’acte conjugal, ni quant à sa fonction procréatrice, ni quant à leur amour.

 

La réalité a apporté un démenti aux théologiens voulant démontrer que les contraceptifs chimiques apporteraient un amour de don plus grand

Ce dernier point a fait l’objet de longues discussions dans les années 1960, au moment de la sortie de la pilule Pincus. Les nouvelles techniques chimiques permettaient, pensait-on, d’utiliser un moyen quasi infaillible de provoquer l’infécondité de l’union conjugale sans empêcher, et même en exhaussant la signification de l’amour conjugal jusqu’à favoriser le don de soi qu’il comporte. Malgré toutes les prouesses d’un grand nombre de théologiens pour essayer de démontrer que la « fin première du mariage » ne pouvait être, selon la formule classique, la procréation et l’éducation de l’enfant, mais l’amour de don entre les époux, et que, loin de le diminuer, les contraceptifs chimiques permettaient un plus grand épanouissement, un dialogue plus intense, un amour de don plus grand, la réalité est venue peu à peu contredire leurs théories. Elle a apporté un démenti à ces prouesses : la libéralisation sexuelle comme la voulait Margaret Sanger6, qui la liait aux recherches de Gregory Pincus, a-t-elle apporté plus de mariages heureux et stables ? Les divorces se sont multipliés et atteignent un taux alarmant, les avortements ont augmenté jusqu’à créer un péril démographique, les harcèlements sexuels sont devenus le quotidien, sans compter les maux plus cachés que l’on ne veut pas voir : les viols, les meurtres, la pédophilie, etc.

Seul un amour chaste peut permettre un véritable amour de don entre les conjoints. La chasteté, en effet, n’est pas une abstinence forcée, ni une privation de plaisir, ni quelques pratiques maladroites et pudibondes. Comme vertu, elle est une disposition à modérer les désirs du plaisir charnel. Modérer ne veut pas dire attiédir, mais gérer, ordonner, rendre disponible à un amour plus plénier, qui atteint toute la personne et non seulement sa satisfaction libidinale. Pour que cette plénitude soit atteinte, il faut que les finalités humaines de l’acte conjugal ne soient pas mutilées. Le plaisir ne peut être une finalité, déclare Aristote7, il accompagne l’acte et lui procure sa beauté et devient un signe non négligeable de sa perfection. Mais il n’est qu’un signe. Ce qui atteint sa perfection est l’accomplissement réel de ce dont il est porteur. Et selon sa nature, il est porteur du don de la vie et du don de l’intensité de l’amour des époux qui font d’eux une seule chair. S’unir conjugalement dans l’intention et l’acceptation consentie d’une mutilation qui touche directement l’acte d’union le rend difficilement accessible à sa perfection. Car il manque profondément du respect intégral de l’autre.

Si l’on ne prend que les contraceptifs chimiques qui ne s’adressent qu’aux femmes, on peut dire que la pilule Pincus fait de la femme une personne chimiquement soumise à l’homme. Elle lui enlève sa propre sexualité8 en faisant disparaître la variété de l’accueil de son corps féminin, et par conséquent la variété des sensations. Elle est directement responsable de la baisse du désir chez la femme. Elle détruit son équilibre hormonal. Si l’on pense à l’homme, l’acceptation de la contraception et sa pratique par le préservatif a une plus grande conséquence morale ; elle signifie pour lui l’aveu de son incapacité à accepter une discipline de ses passions, et pour l’Église, un constat d’impuissance à rendre l’homme masculin vertueusement chaste. Rien que cela désigne une telle séparation morale de la sexualité des actes de l’agir, pour en faire une simple fonction libidinale, qu’elle traduit déjà une résignation à être moins humain !

Il s’agirait de penser la moralité des actes humains non plus selon la primauté de l’objet moral, mais selon la primauté absolue de la conscience qui perd ainsi les guides de son jugement objectif

Si le projet, qui devient de plus en plus connu, de réécrire Humanæ Vitæ, est un essai d’écriture pour rendre son style plus accessible aux fidèles, pourquoi pas ? Si le projet consiste à faire disparaître subtilement la réalité de l’objet moral pour rendre l’encyclique plus conforme à une moralité fondée sur la primauté de la conscience comme seul sujet moral de l’acte sexuel, nous courons encore une fois, ou une fois de plus, vers une grande perplexité des fidèles. Subtilement, on nous dira, comme le fait le Père Chiodi, que cela ne concerne que quelques cas singuliers. Il ne s’agit pas de rendre la contraception moralement justifiable, comme il ne semblait pas que tous les divorcés remariés puissent communier. Soit ! Mais les raisons pour lesquelles on accepte ces cas singuliers relèvent, elles, de l’universel ! Il s’agit de penser la moralité des actes humains d’une autre manière, non plus selon la primauté de l’objet moral, mais selon la primauté absolue de la conscience qui perd ainsi les guides de son jugement objectif au profit d’une évaluation de l’ensemble des circonstances qui affectent le sujet personnel.

Le problème de l’accès à la communion des divorcés remariés touche une minorité de fidèles. Celui de la contraception touche la plus grande partie des fidèles. Il touche tous ceux qui, dans la fidélité au Magistère ont accepté de plein cœur cet enseignement, qui ont conformé leur vie conjugale à ces exigences – même héroïquement vécues –, qui y ont trouvé un véritable équilibre de vie, une vraie sainteté dans le mariage, qui souvent se sont engagés à l’enseigner à d’autres couples. Pour tous ces fidèles, cette réécriture risque d’apparaître comme un revirement de l’Église, comme une forme de trahison. Ils ne sont pas du tout prêts à faire de la méthode des rythmes naturels une simple soumission à l’écologie pour sauver la planète. Ils ont voulu autre chose. Ils ont cru à l’accession de la sexualité comme force de sainteté. Ils ont suivi l’enseignement de Paul VI, de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI. Pourquoi le « sens de l’histoire du Salut » tournerait-il selon un autre vent ?

Aline Lizott

 

Source et notes

A la une #NLH #Tribunes et entretiens

Humanae vitae en danger ? Attaque et contre attaque dans les coulisses de la Curie

Le siège contre l’encyclique « Humanae vitae » de Paul VI datant de 1968 vient de connaître ces derniers jours deux nouveaux assauts. Mais également une vigoureuse contre-attaque.

Le premier assaut vient du cardinal Walter Kasper qui vient, dans un livret, de faire l’éloge du « changement de paradigme » inauguré par le Pape François avec l’exhortation « Amoris laetitia ». Un changement de paradigme – écrit Kasper – qui ne se limite pas à autoriser la communion aux divorcés remariés mais qui selon lui pourrait également légitimer la contraception.

Le second vient du journal des évêques italiens “Avvenire” qui vient de publier un commentaire alambiqué d’un très beau livre qui vient de sortir sur la genèse de “Humanae vitae” contenant de nombreux documents inédits de la correspondance de Jean-Paul II. Malgré la qualité de l’ouvrage, Avvenire tente de faire passer Jean-Paul II pour un fondamentaliste rigide qui aurait fait pression sur un Paul VI ouvert.

Face à ces deux interprétations malhonnêtes, Luigi Melina, Melina, l’ancien président de l’Institut pontifical Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille, remet les pendules à l’heure.

 

 

On entend aujourd’hui parler d’un « changement de paradigme » historique qu’il faudrait appliquer à la morale sexuelle catholique. Dans le but de l’imposer, on est en train de se livrer à une tentative discutable de relecture historique qui oppose les personnages de Paul VI et de Jean-Paul II, voyant dans le second un traditionnaliste rigide et intransigeant qui aurait compromis l’attitude ouverte et flexible du premier.

En réalité, cette falsification grossière et arbitraire ne vise qu’à faciliter une manipulation idéologique du magistère du Pape Paul VI. La mise entre parenthèses de l’enseignement de Saint Jean-Paul II sur la théologie du corps et sur les fondements de la morale, de ses catéchèses et de « Veritatis splendor » au nom du nouveau paradigme pastoral du discernement au « cas par cas » ne nous fait faire aucun pas en avant, au contraire, il nous fait reculer vers le casuistique, avec le désavantage que celle-ci était au moins soutenue par un solide contexte ecclésial et culturel de vie chrétienne tandis qu’aujourd’hui elle ne pourrait qu’aboutir en une totale subjectivisation de la morale.

Le Pape François a récemment approuvé la publication de la part de la Congrégation pour la doctrine de la foi de la lettre « Placuit Deo », qui met entre autre en garde contre une résurgence du néo-gnosticisme. Ne serait-ce pas cela le venin qui se cache derrière ces soi-disant relectures et actualisations de « Humanae vitae » qui, en prétendant dépasser la lettre voudraient pour en atteindre l’esprit ou qui, en niant avec suffisance sa pertinence normative (« le problème de ‘Humanae vitae’ ce n’est pas oui ou non à la pilule ») en exalte une vague dimension prophétique anthropologique creuse, une affirmation de valeurs ensuite laissées à l’interprétation subjective, en fonction des circonstances ?

A l’opposé de ces tendances le livre de Pawel Galuszka est un puissant remède qui nous permet de respirer la bonne théologie morale de Karol Wojtyla, qui a été le fils fidèle et dévoué de Paul VI avant de lui succéder sur la chaire de Saint Pierre.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

Luigi Melina

 

 

Source Diakonos.be

A la une #NLH #NLQ #Points non négociables PNN

Un texte peu connu et inédit en Français de saint Jean-Paul II sur la contraception et Humanae vitae

Le discours de Jean-Paul II date du 5 juin 1987 ; il s’adressait aux participants à une rencontre d’études sur la procréation responsable. Et il dit l’exact contraire de ce que prétendent les nouveaux moralistes.

Inédit en anglais, il ne semble pas non plus avoir été traduit en français – et mérite en tout cas d’être connu. Nous vous en proposons ici la traduction par Jeanne Smits

Un discours de Jean-Paul II sur la contraception et “Humanae vitae”

Chers frères et sœurs,

1. Je vous salue chaleureusement et vous remercie de votre présence, et je suis heureux que le Centre d’études et de recherches sur la régulation naturelle de la fertilité de la faculté de médecine de l’université catholique du Sacré-Cœur ait organisé cette année une étude sur les questions relatives à la procréation responsable.

2. Votre engagement s’inscrit dans la mission de l’Eglise et y participe, en raison d’un souci pastoral qui est des plus urgent et important. Il s’agit d’assurer que les époux vivent leur mariage de manière sainte. Vous proposez de les aider dans leur voyage vers la sainteté, en vue de la pleine réalisation de leur vocation conjugale.

Il est bien connu que souvent – ainsi que l’a également relevé le concile Vatican II (cf. Gaudium et spes, 51,1) – l’une des principales inquiétudes auxquelles sont exposés les époux est constituée par la difficulté à réaliser dans leur vie conjugale la valeur éthique de la procréation responsable. Ce même concile fonde une juste solution à ce problème sur cette vérité : il ne peut y avoir de contradiction entre la loi divine concernant la transmission de la vie humaine et le véritable amour conjugal (cf. Gaudium et spes, 2). Parler d’un « conflit de valeurs ou de biens » et de la nécessité qui en découlerait de les « équilibrer », en choisissant l’un et en rejetant l’autre, n’est pas moralement correct et ne fait qu’engendrer la confusion dans la conscience des époux. La grâce du Christ donne aux époux la vraie capacité à accomplir la « vérité » entière de leur amour conjugal. Vous désirez témoigner concrètement de cette possibilité et ce faisant donner aux couples mariés une aide précieuse : celle de vivre dans la plénitude de leur communion conjugale. Nonobstant les difficultés que vous pouvez rencontrer, il est nécessaire de continuer avec un dévouement généreux.

Un enseignement vigoureusement affirmé par “Humanae vitae”

2. Les difficultés que vous rencontrez sont de diverses natures. La première, et en un certain sens, la plus grave, est que même dans la communauté chrétienne, on a entendu des voix – et on continue de les entendre – qui remettent en question la véracité de l’enseignement de l’Eglise. Cet enseignement a été vigoureusement affirmé par Vatican II, par l’encyclique Humanae vitae, par l’exhortation apostolique Familiaris consortio, et par la récente instruction Donum vitae. A cet égard, une grave responsabilité se fait jour : ceux qui se placent en contradiction ouverte par rapport à la loi de Dieu, authentiquement enseignée par l’Eglise, entraînent les époux sur un mauvais chemin. Rien de ce qu’enseigne l’Eglise sur la contraception n’appartient à une matière susceptible de libre discussion de la part des théologiens. Enseigner le contraire revient à induire en erreur la conscience morale des époux.

La deuxième difficulté est constituée par le fait que de nombreuses personnes pensent que l’enseignement chrétien, quoique vrai, serait cependant impossible à mettre en œuvre, au moins dans certaines circonstances. Comme la tradition de l’Eglise l’a constamment enseigné, Dieu ne commande pas l’impossible, mais tout commandement comporte aussi un don de grâce qui aide la liberté humaine à l’accomplir. Mais sont cependant nécessaires la prière constante, le recours fréquent aux sacrements et l’exercice de la chasteté conjugale. Vos efforts ne doivent donc pas se limiter au seul enseignement d’une méthode pour le contrôle de la fertilité humaine. Cette information devra s’insérer dans le contexte d’une proposition éducative complète, qui s’adresse aux personnes des époux, prises dans leur intégralité. Sans ce contexte anthropologique, votre proposition risquerait d’être mal comprise. De cela, vous êtes bien convaincus, puisque vous avez toujours placé à la base de vos formations une réflexion anthropologique et éthique correcte.

Contraception, régulation des naissances : « L’homme recommence à ressentir le besoin de vérité et de raison droite » (Jean-Paul II)

Lire la suite ici

A la une #NLH #NLQ #Points non négociables PNN

Peut-on remettre en cause Humane vitae ?

Cinquante ans après sa publication, l’encyclique de Paul VI « Humanae vitae » contre la contraception artificielle est désormais en plein chantier de refonte, comme l’a expliqué Settimo Cielo dans un article précédent.

De toute évidence, l’intention du Pape François est de faire volte-face – c’est-à-dire en pratique de légitimer les contraceptifs – de la manière la plus tranquillisante qui soit, comme s’il s’agissait d’une évolution naturelle et nécessaire, sans rupture, en parfaite continuité avec le magistère précédent de l’Eglise et avec la même « véritable » dynamique profonde de l’encyclique.

Mais dès qu’on regarde un peu en arrière, cet artifice ne semble nullement facile à réaliser. Certaines déclarations des prédécesseurs de François s’érigent en montagne contre un changement de la doctrine de « Humanae vitae ».

Ces déclarations, les promoteurs du changement se gardent bien de les citer. Mais elles sont pourtant là, immuables.

Il y a en particulier ce discours de Jean-Paul II du 12 novembre 1988 qui suffirait à lui seul à barrer cette route.

A l’occasion des vingt ans de la publication de « Humanae vitae », le Pape Karol Wojtyla avait saisi l’occasion pour la défendre comme jamais en gravant les paroles suivants dans le roc :

« Il ne s’agit pas d’une doctrine inventée par l’homme : elle a été inscrite par la main créatrice de Dieu dans la nature même de la personne humaine et a été confirmée par lui dans la révélation. La remettre en question revient donc à refuser à Dieu lui-même l’obéissance de notre intelligence.  Cela revient à préférer les lumières de notre raison à l’éclat de la sagesse divine et à tomber dans l’obscurité de l’erreur pour finir par porter atteinte à d’autres piliers fondamentaux de la doctrine chrétienne ».

Devant lui se trouvaient des évêques et des théologiens du monde entier, rassemblés à Rome pour un grand congrès qui portait justement sur « Humanae vitae ».

Et Jean-Paul II avait précisément voulu pointer du doigt et réfuter les raisons qui avaient mené tant de théologiens et de pasteurs à refuser ce qui avait été enseigné par Paul VI dans cette encyclique.

Lire la suite

 

Sandro Magister

A la une #Tribunes et entretiens

Humanae vitae vivrait-elle ses dernières heures ?

Depuis un peu plus d’un an les changements vont bons train, à Rome autour des questions bioéthiques et familiales. Nous avons annoncé, le remaniement de feu l’Institut Jean-Paul II, les nouvelles personnalités, parfois favorables aux “progrès” qui ont fait leur entrée dans le nouvel institut. Et voici les conclusions désormais publiques qui, si elles sont confirmées par le pape, risquent bien d’enterrer en catimini Humanae vitae.

Adieu « Humanae vitae ». A plus d’un demi-siècle de distance, l’encyclique contre les méthodes artificielles de régulation des naissances qui a constitué le moment le plus dramatique du pontificat de Paul VI, rejetée par des épiscopats entiers, contestée par d’innombrables théologiens, ignorée par des myriades de fidèles, cède désormais le pas à une réinterprétation radicale, à un « changement de paradigme » sans aucun doute souhaité et encouragé par le Pape François en personne.

Paradoxalement, Paul VI est le pape que Jorge Mario Bergoglio admire et loue le plus. Et précisément à cause – et ce sont ses propres mots – de la « génialité prophétique » avec laquelle il a écrit cette encyclique et aussi pour son « courage de se dresser contre la majorité, de défendre la discipline morale, de faire jouer un frein culturel, de s’opposer au néo-malthusianisme présent et futur. »

Mais précisément, « tout dépend de la manière dont on interprète ‘Humanae vitae’ », ne manque pas de préciser systématiquement le Pape François, parce que « la question n’est pas celle d’un changement de doctrine mais d’un travail en profondeur qui fasse en sorte que la pastorale tienne compte des situations et de ce que les gens sont en mesure de faire. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Et celui qui vint de donner explicitement le feu vert à l’utilisation de contraceptifs artificiels, c’est l’un des théologiens qui a le plus de crédit auprès du pape actuel, Maurizio Chiodi, professeur de théologie morale à la Faculté théologique d’Italie septentrionale et membre tout juste nommé à l’Académie pontificale pour la vie et auteur en 2006 d’un livre intitulé « Ethique de la vie » qui soutient la licéité de la procréation artificielle.

L’autorité de sa prise de position est renforcée par l’enchaînement de deux facteurs.

Le premier c’est le contexte dans lequel Chiodi a donné cette nouvelle interprétation d’ « Humanae vitae » : une conférence à l’Université pontificale grégorienne qui s’est déroulée le 14 décembre dans le cadre d’un cycle de rencontres entièrement consacré à cette encyclique à l’occasion du cinquantenaire de sa publication, sous le patronage de la Faculté de théologie morale de l’université dirigée par le jésuite argentin Humberto Miguel Yáñez, pupille de Bergoglio.

La journaliste américaine Diane Montagna a fourni le 8 janvier sur LifeSiteNews un compte-rendu de cette conférence qui n’a d’ailleurs pas manqué de susciter de vives réactions de la part des défenseurs de l’encyclique controversée.

> New Academy for Life member uses « Amoris » to say some circumstances « require » contraception

Mais il y a plus. Dimanche 28 janvier, la conférence de Chiodi a été republiée bien en évidence dans le quotidien de la Conférence épiscopale italienne « Avvenire » dans le supplément mensuel « Noi, Famiglia & Vita » sous le titre : « Du pape Montini à François, développement dans la fidélité », dans lequel on peut lire :

« Cette position [de Chiodi] s’insère avec autorité dans le débat en cours et il ne faudrait pas la comprendre comme un dépassement ou une critique de ‘Humanae vitae’, il s’agit d’un texte qui est et qui demeure le fruit d’un choix prophétique et courageux pour l’époque et au vu de la situation historique dans laquelle le Pape Montini l’a élaborée, non sans tourments et non sans avoir clarifié qu’il s’agissait d’un magistère qui n’était ni infaillible ni irréformable. Dans cette perspective, il faut comprendre la réflexion de ce théologien comme une proposition qui entend représenter le développement d’une tradition.  Et une tradition, pour être vivante et continuer à parler aux femmes et aux hommes de notre temps, de doit pas être sclérosée mais dynamisée, c’est-à-dire rendue cohérente avec une société qui est en pleine mutation.  Don Chiodi a le courage de définir le problème qui se pose depuis des décennies aux théologiens et aux experts en pastorale.  Les méthodes naturelles sont-elles vraiment la seule voie possible de planification des naissances ? ».

Comme on peut le voir, l’article se termine par un point d’interrogation. Il est cependant uniquement rhétorique.  Les thèses mises en avant par Chiodi dans sa conférence ne sont en fait nullement hypothétiques mais assertives.  Certaines circonstances – selon lui –non seulement autorisent mais « exigent » d’autres méthodes, non naturelles, pour la régulation des naissances.

On trouvera le texte intégral de la conférence de Chiodi relayé sur « Avvenire » – avec quelques coupures sans importance par rapport à celle prononcée à la Grégorienne – sur cette autre page de Settimo Cielo :

> Rileggere « Humanae vitae » alla luce di « Amoris laetitia »

Après avoir rediscuté de « la responsabilité subjective de la conscience et du rapport constitutif entre norme et discernement » dans le sillage de l’exhortation post-synodale du Pape François, Chiodi pose « la question de savoir si les méthodes naturelles peuvent / doivent être l’unique forme de procréation responsable ».

Et voici les conclusions auxquelles il aboutit :

« Ce dont la pratique des ‘méthodes naturelles de fécondité’ atteste, c’est du caractère responsorial de la procréation : elles aussi nous disent que procréer n’est pas créer. La méthode atteste cependant de plus que ce qu’elle ne peut garantir par elle-même.  Elle révèle un sens qui la transcende.  Si la responsabilité de procréer est bien ce à quoi renvoient ces ‘méthodes’, alors on peut comprendre comment dans les situations où celles-ci sont impossibles ou impraticables, il faut trouver d’autres formes de responsabilité : ces ‘circonstances’, pour être responsable, exigent d’autres méthodes de régulation des naissances.  Dans ces cas-là, l’intervention ‘technique’ ne nie pas la responsabilité du rapport générateur, tout comme, du reste, un rapport conjugal qui observe les méthodes naturelles n’est pas automatiquement responsable.

L’insistance du magistère sur les méthodes naturelles ne peut dont être interprété comme une norme en soi ni comme une simple conformité aux lois biologiques puisque la norme renvoie au bien de la responsabilité conjugale et que les lois physiques (physis) de l’infécondité s’inscrivent dans un corps de chair et dans des relations humaines qu’on ne peut réduire à des lois biologiques.

La technique, dans des circonstances déterminées, peut permettre de préserver la qualité responsable de l’acte sexuel. Elle ne peut donc pas être rejetée à priori lorsque la naissance d’un enfant est en jeu parce qu’il s’agit également d’une forme d’agir et qu’en tant que telle, elle exige un discernement sur base de critères moraux qu’on ne peut réduire à une application sillogistico-déductive de la norme ».

Pour ses lecteurs, « Avvenire » résume ainsi, au centre de la page, la réinterprétation d’ « Humanae vitae » faite par Chiodi :

« S’il y a des situations dans lesquelles les méthodes naturelles sont impossibles ou impraticables, il faut trouver d’autres moyens, parce qu’une paternité responsable ne peut ignorer les possibilités offertes par la techniques ».

Il convient d’ajouter que le 27 janvier, la veille de la republication de cette conférence de Chiodi, Mgr Vincenzo Paglia lui-même, le Président de l’Académie pontificale pour la vie et Grand Chancelier de l’Institut Jean-Paul II, a déclaré dans une interview accordée au journal de la Conférence épiscopale italienne, en faisant allusion à « Humanae vitae » qu’il convenait de faire « des approfondissement ultérieurs en ce qui concerne la paternité responsable » parce que « les normes sont faites pour faire vivre les êtres humains et pas pour faire fonctionner les robots » et que donc « elles demandent un processus d’évaluation qui doit prendre en compte l’ensemble concret des circonstances et des relations dans lesquelles la personne se trouve ».

Et déjà avant que Chiodi ne tienne sa conférence à la Grégorienne, même Mgr Luigi Bettazzi, 94 ans, l’un des rares évêques encore en vie ayant participé au Concile Vatican II, a déclaré à « Avvenire » le 29 octobre 2017 que cinquante ans après « Humanae vitae », le moment était désormais venu de « réexaminer cette question » parce que « ce ne sont pas les doctrines qui changement mais nous, au fil du passage des ans, qui parvenons à en comprendre toujours mieux le sens, à la lumière des signes des temps ».

En outre, la commission d’étude mise sur pied par le Vatican pour reconstruire la genèse de « Humanae vitae » du point de vue documentaire et historique est déjà au travail depuis le printemps dernier.

En font partie Mgr Gilfredo Marengo et Pierangelo Sequeri de l’Institut Jean-Paul II, Mgr Angelo Maffeis de l’Institut Paul VI de Brescia et l’historien Philippe Chenaux de l’Université pontificale du Latran.

Marengo et Paglia ont démenti que les travaux de cette commission concernaient le contenu de « Humanae vitae » et encore moins leur réinterprétation.

Mais il est désormais évident que le nouvel examen du parcours de préparation tourmenté de cette encyclique – dans laquelle déjà à l’époque les courants favorables à la contraception artificielle étaient beaucoup plus forts et plus pressants que le courant contraire, épousé par Paul VI – ne pourra que profiter au changement de paradigme qui est déjà en cours.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

 

Source