Asie #Dans le Monde #NLQ

Inde : l’Eglise mobilisée pour la défense des Intouchables

Ce vendredi 10 août était organisé le traditionnel “Black Day”, journée dédiée à la défense des droits des Intouchables.

 

C’est une minorité doublement discriminée : en Inde, les 2,3 % de chrétiens sont discriminés pour leur religion et pour leur statut : ils font partis des Dalits, aussi appelés intouchables.

Et bien que les Dalits bénéficient d’une protection en vertu de la loi indienne, cela ne s’applique ni aux chrétiens ni aux musulmans. Dans la société indienne, ils sont considérés comme hors castes et affectés aux fonctions les plus médiocres de la société.

C’est le 10 août 1950 que le premier président indien a signé le décret stipulant que toute personne appartenant à une religion différente de la religion hindoue était considéré comme Dalit. Une date reprise par les évêques catholiques du pays pour célébrer le Black Day, une journée vouée à la défense des droits des dalits. À cette occasion, Marie Duhamel a interrogé Mgr Felix Machado, archevêque de Vasai dans l’ouest de l’Inde, ancien sous-secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux :

Un Entretien réalisé par Marie Duhamel pour Vatican News 

Asie #NLQ

Inde – L’Eglise catholique s’engage à mettre fin à toute discrimination envers les dalits

 « C’est une démarche révolutionnaire. Nous reconnaissons que [les discriminations fondées sur l’appartenance de caste] sont un péché social grave, une question et un problème. D’un point de vue chrétien, c’est un péché. Notre démarche est un pas visant à mettre fin à toute discrimination au sein de l’Eglise. C’est donc à la fois un message et un appel à l’introspection. » (Cal Cleemis)

C’est donc officiel. L’Eglise catholique en Inde s’engage à mettre fin à toutes les formes d’intouchabilité, de discrimination et d’exclusion touchant les dalits catholiques en son sein. Le 13 décembre dernier, en présentant à la presse le document de l’épiscopat indien intitulé Policy of Dalit Empowerment in the Catholic Church in India, le cardinal Baselios Cleemis, chef de l’Eglise syro-malankare (l’une des trois composantes de l’Eglise catholique en Inde) et président de la Conférence des évêques catholiques d’Inde (CBCI), a qualifié la démarche des évêques de « pas historique visant à mettre fin aux discriminations auxquelles sont confrontés les dalits »« Pratiquer l’intouchabilité dans l’Eglise et la société est un péché », a-t-il déclaré devant la presse.

Un document « historique »

Long de 44 pages, le document publié par les évêques est sans détour : sur une communauté catholique estimée à 19 millions de fidèles, 12 millions sont d’origine dalit ; or, dès lors qu’il est question de « leur participation dans les instances de direction des administrations diocésaines ainsi que dans celles des congrégations religieuses, leur présence est minimale ; aux plus hauts échelons, elle est même presque nulle ». Ce constat posé, le document revêt une forme programmatique : tous les diocèses de l’Eglise en Inde sont appelés à préparer « des plans à court et long termes » pour permettre « la pleine inclusion » et la promotion des dalits au sein même de l’Eglise.

Toutes les paroisses dans chacun des quelque 171 diocèses que compte l’Eglise catholique en Inde devront mettre en place des programmes pour favoriser l’accès à l’éducation des dalits, promouvoir leur accès à la prêtrise et à la vie consacrée, y compris pour les intégrer dans les instances décisionnaires de l’Eglise. Les besoins spécifiques des dalits en terme de liturgie devront également être « adressés », précise encore le document épiscopal. Les femmes dalits et les enfants dalits devront ainsi avoir un accès privilégié aux lieux de culte, et des programmes devront être organisés pour promouvoir l’accès à l’emploi, à la création d’entreprise des dalits ainsi qu’à l’engagement politique

L’effort de promotion des dalits devra être général. Dans les séminaires diocésains comme religieux, il est constaté « une représentation inadéquate en terme de nomination aux postes clés ou pour ce qui concerne le partage des ressources ». « Des efforts doivent être entrepris pour remédier à cette situation étant donné l’importance de pouvoir compter sur de bons prêtres pour la mission de l’Eglise », peut-on lire dans le document. Dans l’accès à l’éducation et aux études supérieures, « si un candidat possède le niveau requis, le seul fait qu’il soit dalit le place en situation d’infériorité. Cet état d’esprit est contraire à l’essence même du message chrétien, qui affirme que toute personne humaine est créée à l’image de Dieu. Si l’usage du mot caste peut être justifiée dans l’hindouisme, la simple association des mots caste et chrétien est contradictoire », est-il affirmé dans le document.

« Tolérance zéro » envers les discriminations visant les dalits

Selon le P. Z. Devasagayaraj, secrétaire du Bureau de la Conférence épiscopale en charge des dalits (CBCI Office for Scheduled Castes and Backward Classes), ce n’est pas la première fois que l’Eglise en tant qu’institution s’engage pour la cause des dalits et la lutte contre les discriminations à leur encontre, mais le document dévoilé ce 13 décembre « est le plus complet à ce jour en ce qu’il cherche à mettre en place des actions concrètes sur le terrain ». Son bureau sera d’ailleurs chargé de veiller à ce que chaque diocèse se dote d’un plan d’action spécifique avec des équipes pour « veiller à leur mise en œuvre et à leur évaluation ».

Secrétaire général de la CBCI, Mgr Theodore Mascarenhas a précisé que l’Eglise appliquerait désormais « une politique de tolérance zéro » en matière de discrimination vis-à-vis des dalits. Il a aussi ajouté qu’une étude détaillée sera très prochainement menée pour comprendre les pratiques qui ont cours dans l’Eglise et préconiser des moyens de lutte contre les discriminations aux plans paroissial, diocésain, régional et national.

C’est bien la première fois que cette lutte contre les discriminations visant les dalits est étendue de manière aussi officielle au sein de l’Eglise catholique. En mai dernier, le même cardinal Cleeemis avait déjà reconnu que « l’Eglise n’en avait pas fait assez pour les dalits dans les sphères économique, sociale et religieuse ». Connu à titre personnel pour son engagement en faveur de la promotion de ceux qu’on désignait autrefois d’« intouchables », le cardinal avait reconnu que l’Eglise « avait encore du chemin à parcourir » pour que les pratiques discriminatoires à l’encontre des dalits soient éradiquées au sein même de l’Eglise.

Douze évêques dalits sur un total de 240 évêques

De fait, si les chrétiens représentent une minorité d’environ 27 millions de personnes en Inde (2,3 % de la population du pays), ils se distinguent du reste de la population par le fait que 70 % d’entre eux appartiennent soit à la communauté dalit soit aux populations aborigènes (tribals). Or, à l’échelle de la nation, les dalits représentent 18,46 % des 1,3 milliard d’Indiens, et les aborigènes environ 11 % de la population. Cette surreprésentation des dalits parmi le peuple chrétien ne se retrouve pas au sein du clergé ni de l’épiscopat. Sur les 240 évêques que compte la CBCI, seulement douze d’entre eux sont d’origine dalit, soit 5 % du collège épiscopal catholique.

Le document publié par l’épiscopat indien intervient dans un contexte où l’Eglise se trouve exposée à des pressions de plus en plus fortes sur la question dalit. En juin dernier, un groupe de dalits chrétiens a déposé, sous la bannière du Dalit Christian Liberation Movement, une plainte au centre d’information des Nations Unies à Delhi ; la plainte vise le Vatican, la CBCI étant accusée de masquer l’ampleur du problème dalit dans ses échanges avec le Saint-Siège. Les auteurs de la plainte reprochent notamment à la hiérarchie catholique de se livrer à des discriminations fondées sur les origines de castes « au sein des institutions administratives, éducatives et spirituelles » de l’Eglise ; ils reprochent notamment au Vatican d’entériner les candidats à l’épiscopat proposés par la CBCI, sans se rendre compte du rôle majeur joué par l’appartenance de caste dans les recommandations formulées par les évêques indiens.

Selon certains analystes indiens, la pression ne vient pas que de l’intérieur de l’Eglise et des mouvements de dalits chrétiens. L’activisme politique de la droite nationaliste hindoue, au pouvoir à New Delhi, au plan fédéral, explique aussi la mise en mouvement des évêques. Membre du Dalit Resource Center, basé à Madurai, au Tamil Nadu, le chercheur Ambuselvam, dalit lui-même, souligne que « si les chrétiens dalits se montrent plus disposés à revendiquer leurs droits, la droite hindoue n’est pas inactive et se place en embuscade : si le christianisme ne se montre pas capable de réaliser la promesse de non-discrimination inscrite dans le message évangélique, la droite hindoue dispose d’un boulevard pour tenter d’exploiter la frustration des chrétiens dalits ».

Quant à la question de savoir pourquoi il aura fallu attendre si longtemps avant que l’Eglise de l’Inde ne se saisisse au plus haut niveau de la question dalit, le professeur Stalin Rajangam, dalit, enseignant à l’American College de Madurai, indique que les partis laïques en Inde ont toujours été réticents à critiquer les minorités de peur que celles-ci s’en trouvent affaiblies et que de telles critiques ne fassent le jeu des formations politiques nationalistes, qui s’appuient sur la majorité hindoue de la population indienne.

Pour le P. Vincent Manoharan, responsable du National Dalit Christian Watch, quels que soient les manquements de l’Eglise jusqu’à aujourd’hui en matière de lutte contre les discriminations, « l’important est que ce document existe et que, désormais, chacun puisse s’y référer pour dénoncer l’éventuelle absence de progrès en matière de promotion des dalits dans l’Eglise ». Une note optimiste à laquelle fait écho la remarque de J. Amirthalenin, militant dalit au sein du Loyola College de Chennai (Madras) : « Il y a un peu plus de dix ans, le Conseil des évêques du Tamil Nadu avait publié un document assez similaire, qui contenait notamment des mesures relatives à la mise en place de quotas pour les dalits dans l’Eglise. Mais rien n’a changé. »

Source : Eglises d’Asie

Asie

Inde – La Conférence épiscopale lance une nouvelle politique d’intégration des Dalits

« L’Eglise catholique travaille en faveur du développement des dalits depuis de nombreuses années au travers de programmes de développement social et d’instruction. Maintenant, au travers de la nouvelle politique en faveur des dalits, l’Eglise en Inde veut se dédier à eux au travers d’une approche plus systématique » a expliqué le père Zackarias Devasagayaraj, secrétaire du Bureau de la CBCI (conférence épiscopale indienne) s’occupant de la pastorale des dalits. « Notre espoir est que cette nouvelle approche changera la vie de nombreuses communautés dalits au sein de l’Eglise catholique. Nous espérons montrer à la société civile une nouvelle mentalité et une nouvelle manière de considérer les pauvres et les marginalisés tels que les dalits »

Construire des communautés réellement inclusives constitue un impératif éthique. C’est donc dans ce but que la Conférence épiscopale indienne (CBCI) a lancé une nouvelle politique d’inclusion, d’accompagnement et de développement au profit des dalits (connus aussi sous le nom de hors castes), les strates les plus pauvres et marginalisées de la société indienne.
Un document présenté par S.Em. le cardinal Baselios Cleemis, président de la Conférence épiscopale, et entre autres, par l’archevêque de Faridabad des syriaques malabares, S.Exc. Mgr Kuriakose Bharanikulangara, et par le secrétaire de la CBCI, S.Exc. Mgr Theodore Mascarenhas, explique qu’une telle politique se veut un progrès visant à « déraciner les pratiques d’intouchabilité et de discrimination de caste à tous les niveaux, en améliorant les conditions de vie des dalits et surtout en accompagnant les dalits chrétiens qui demandent la protection constitutionnelle et la justice de la part de l’Etat ».

La nouvelle politique a immédiatement trouvé des partisans. Le père Ajaya Kumar Singh, activiste social et Directeur du Forum pour l’action sociale d’Orissa, remarque : « Il s’agit d’une initiative historique de l’Eglise en Inde aujourd’hui, une pierre miliaire visant à résoudre la question des dalits en Inde. Près de 65 % de la communauté catholique indienne est composée de dalits. Il est essentiel de disposer d’une politique permettant de faciliter leur inclusion dans tous les milieux de la société et de leur garantir une vie digne ». « Je suis sûr que de cette manière, les dalits pourront récupérer leurs propres espaces. Nous nourrissons de tout notre cœur l’espoir qu’il puisse être mis fin aux pratiques liées aux castes au sein de l’Eglise et dans la société. J’espère que ce document représentera une lumière pour la communauté » affirme-t-il.
Les dalits en Inde, souvent victimes de l’oppression, appartiennent à l’ancienne catégorie des intouchables, se situant en dehors même du système des castes hindou. On estime que plus de la moitié des 25 millions de chrétiens en Inde sont des dalits. 

Source : Agence Fides