NLQ #Rome

Le pape François envisage un voyage au Japon en 2019

Audience à l’association Tensho Kenoho Shisetsu Kenshokai

« Je profite de cette visite pour vous annoncer ma volonté de me rendre au Japon l’année prochaine. Espérons que cela puisse se faire » : le pape François a confié son projet à une délégation de l’association japonaise « Tensho Kenoho Shisetsu Kenshokai ».

Elle a été reçue par le pape ce mercredi 12 septembre 2018 au Vatican, dans la petite salle – « Auletta » – jouxtant la salle Paul VI.

Le pape a ajouté ce vœu à son discours dans lequel il a demandé à la délégation d’être des « ambassadeurs d’amitié et des promoteurs de grandes valeurs humaines et chrétiennes ». « Comme vos quatre jeunes prédécesseurs, apportez à votre merveilleux peuple et à votre grand pays l’amitié du pape de Rome et l’estime de toute l’Eglise catholique », a insisté le pape.

Il a encouragé l’association dans son engagement pour la formation des jeunes et des orphelins et les synergies impliquées dans le projet : « La religion, la culture et le monde économique peuvent travailler ensemble pacifiquement pour créer un monde plus humain et caractérisé par une écologie intégrale. Cela correspond parfaitement à ce que j’espère pour l’humanité d’aujourd’hui et de demain, comme je l’ai écrit dans l’encyclique Laudato si’. »

L’ambassade Tenshō – qui tient son nom de l’ère Tenshō au cours de laquelle elle s’est déroulée – a été suggérée par un jésuite italien Alessandro Valignano et soutenue par trois “daimyos” chrétiens au pape et aux rois d’Europe au XVIe s. La mission est confiée à Mancio Itō (1570–1612), un noble japonais, premier émissaire japonais officiel en Europe.

Mancio Itō  quitta Nagasaki le 20 février 1582 avec trois autres samouraï chrétiens : Miguel Chijiwa, Julião Nakaura et Martinho Hara. Ils étaient accompagnés de par deux serviteurs, par un interprète, Diego de Mesquita et, jusqu’à Goa (Inde), par le p. Valignano. Il arrivèrent au Portugal avant de se rendre en Italie et en Espagne.

Ils reviendront au Japon le 21 juillet 1590 où ils deviendront jésuites et prêtres : Mancio meurt en 1612 ; Marthino sera banni du Japon en 1614 et mourra à Macao, en 1629 ; Miguel quittera la Compagnie de Jésus dans des circonstances incertaines et mourra à Nagasaki en 1633 ; Julião meurt martyr le 21 novembre 1633 : il a été béatifié en 2008.

En 2017, le pape François à proclamé bienheureux un samouraï du XVIIe siècle devenu chrétien et contraint à l’exil : Justo Takayama Ukon (1552-1615). Le pape lui a rendu hommage le 8 février 2017 (cf. photo de la statue du bienheureux).

Quand il était jeune jésuite, Jorge Mario Bergoglio aurait voulu partir pour le Japon, ce que sa santé – un sérieux problème aux poumons –  ne lui a pas permis : ce sera la réalisation d’un rêve profond. Et il a, depuis son élection, multiplié les contacts avec le Japon.

Le 26 septembre 2013, il a reçu au Vatican une délégation de l’Université Sophia de Tokyo, à l’occasion de son centenaire, et, en 2017, le 18 décembre, il a participé à un échange par vidéoconférence avec les étudiants de l’université.

Il a confié son admiration pour les chrétiens du Japon lors d’une audience sur le baptême, le 15 janvier 2014 : « l’histoire de la communauté chrétienne au Japon est exemplaire ».

Avec plus de 300 000 baptisés au début du XVIIe siècle, les Japonais représentaient la plus grande communauté chrétienne d’Asie. Et, malgré les campagnes antichrétiennes (XVIe-XIXe siècles), la foi  a été transmise dans les familles : « Lorsque naissait un enfant, le papa ou la maman le baptisait, parce que tous les fidèles peuvent baptiser dans des circonstances particulières. Lorsque, après environ deux siècles et demi, 250 ans plus tard, les missionnaires retournèrent au Japon, des milliers de chrétiens sortirent de la clandestinité et l’Église put refleurir. Ils avaient survécu avec la grâce de leur baptême ! Cela est grand : le peuple de Dieu transmet la foi, baptise ses enfants et va de l’avant. Et ils avaient maintenu, même dans le secret, un profond esprit communautaire, parce que le baptême les avaient fait devenir un seul corps dans le Christ : ils étaient isolés et cachés, mais ils étaient toujours membres du peuple de Dieu, membres de l’Église. Nous pouvons apprendre beaucoup de cette histoire ! », a rappelé le pape.

Le pape a reçu les évêques japonais en visite ad limina le 23 mars 2015 : le pape a notamment encouragé les évêques à « soutenir la famille, à commencer par la préparation au mariage et en poursuivant avec des catéchèses pour toutes les étapes de la vie ». Il a rappelé que c’est par les laïcs que les sociétés « sont pénétrées de la bonne odeur de l’Évangile ».

La visite d’un pape au Japon remonte à celle de saint Jean-Paul II les 25-26 février 1981 : le pape polonais s’était rendu à Nagasaki et à Hiroshima, où il avait prononcé un réquisitoire contre la guerre : « La guerre, c’est la mort ! » Il avait terminé par une prière « au Créateur de la nature et de l’homme, de la vérité et de la beauté ». Et il avait été invité à la télévision japonaise.

Voici la traduction complète par ZENIT de l’allocution du pape pour la délégation japonaise, publiée par le Saint-Siège en italien et en anglais.

AB

Allocution du pape François

Chers amis du Japon,

Je suis très heureux de vous rencontrer et de rencontrer avec vous les Pères Renzo De Luca et Shinzo Kawamura. Votre groupe de délégués de l’Association Tensho Kenoho Shisetsu Kenshokai est bienvenue à Rome, chez le pape.

Il y a plus de 400 ans, en 1585, quatre jeunes Japonais sont arrivés à Rome, accompagné de quelques missionnaires jésuites, pour rend visite au pape, qui était alors Grégoire XIII. Ce fut un voyage extraordinaire, car c’était la première fois qu’un groupe de représentants de votre grand pays venait en Europe. Les quatre jeunes ont eu un merveilleux accueil, pas seulement de la part du Pape, mais aussi dans toutes les villes et les cours où ils se sont rendus : Lisbonne, Madrid, Florence, Rome, Venise, Milan, Gênes … Les Européens ont rencontré les Japonais et les Japonais ont rencontré l’Europe et le coeur de l’Eglise catholique. Une rencontre historique entre deux grandes cultures et traditions spirituelles, dont il est bon de préserver la mémoire, comme le fait votre association.

Le voyage de vos jeunes prédécesseurs a duré plus de huit ans. Le vôtre est plus court et moins fatiguant. Mais j’espère que vous vous sentiez accueilli par le pape comme ils l’ont été et que, comme eux, vous goûtiez de la joie de cette rencontre et que vous soyez encouragés à rentrer dans votre pays comme des ambassadeurs d’amitié et des promoteurs de grandes valeurs humaines et chrétiennes. Les quatre jeunes de l’ère Tensho l’ont été avec engagement et courage. En particulier, je veux rappeler leur chef, Mancio Ito, qui est devenu prêtre, et Julião Nakaura, qui, comme beaucoup d’autres, a subi le supplice sur la célèbre colline des martyrs de Nagasaki et a été proclamé bienheureux.
Je sais que votre association promeut de beaux projets de culture et de solidarité. J’encourage surtout vos efforts actuels pour créer un fonds d’aide à la formation des jeunes et des orphelins, grâce à la contribution d’entreprises sensibles à leurs problèmes. Vous voulez montrer que la religion, la culture et le monde économique peuvent travailler ensemble pacifiquement pour créer un monde plus humain et caractérisé par une écologie intégrale. Cela correspond parfaitement à ce que j’espère pour l’humanité d’aujourd’hui et de demain, comme je l’ai écrit dans l’encyclique Laudato si’. C’est le bon chemin pour l’avenir de notre maison commune.

Merci encore de votre visite. Comme vos quatre jeunes prédécesseurs, apportez à votre merveilleux peuple et à votre grand pays l’amitié du pape de Rome et l’estime de toute l’Eglise catholique.

Traduction de ZENIT, Anita Bourdin

Source : Zenit.org

Conférences/Formations #NLH #NLQ

Colloque du Cent cinquantenaire de la naissance de Paul Claudel les 19, 20 et 21 septembre 2018 à Paris

Sous le haut patronage de l’Académie française

Avec le soutien de la Société Paul Claudel

« Paul Claudel résolument contemporain »

Sorbonne Université, Faculté des lettres, UMR CELLF 16-21

En collaboration avec la BNF, l’INA, l’Université de Chicago à Paris, la Comédie-française, le labex OBVIL

19, 20, 21 septembre 2018

Comité scientifique : Didier Alexandre, Joël Huthwohl, Catherine Mayaux, Florence Naugrette, Thomas Pavel

Contact : société-paulclaudel@orange.fr

06 16 98 07 24

Programme

 

19 septembre 2018, BNF site François Mitterrand, Petit Auditorium

Claudel et le temps contemporain

9H00 : Accueil, présentation par Didier Alexandre

9H15 : Allocution liminaire de Madame Laurence Engel Présidente de la BNF

9H30 : Jean-Luc Marion, de l’Académie française, Professeur émérite de Sorbonne Université, Professeur à l’Université de Chicago, « Habiter poétiquement le monde – Claudel »

10H00 : Thomas Pavel, Professeur, Université de Chicago, « Ce lien entre lui et moi » (Le Soulier de satin, I, V)

10H30 : Discussion

11H00 : Pause

11H15 : Dominique Millet-Gérard, Professeur, Sorbonne Université : « Inactualité de Paul Claudel »

11H45 : Pascal Dethurens, Professeur, Université de Strasbourg, « Claudel contemporain ? Le poète, les lumières du siècle et la part de l’ombre. »
Paul Claudel, son et image

14H00 : Géraldine Poels, INA, Responsable de la valorisation scientifique : « Paul Claudel dans les collections de l’INA »
Voisinages poétiques

14H45 : Michel Jarrety, Professeur, Sorbonne Université, « Claudel et Valéry : une amitié bien incertaine »

15H15 : Huang Bei, Professeur, Université Fudan, Shanghai : « Claudel et Segalen : deux poètes français face au taoïsme »

15H45 : Didier Alexandre, Professeur, Sorbonne Université, « Jacques Réda et Paul Claudel, des poètes contemporains ? »

16H15 : Discussion et pause

17H00 : Michel Murat, Professeur, Sorbonne Université « Claudel et le lyrisme » : table ronde avec Olivier Barbarant, Michel Deguy Jean-Marie Gleize, Guy Goffette, Laurent Fourcaut, Jean-Pierre Lemaire,

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20 septembre 2018, Université de Chicago à Paris 5, Rue Thomas Mann, Paris 75013

Diplomatie, poésie, vision du monde

9H15 : Accueil par le Directeur de l’Université de Chicago

9H30 : Pierre Brunel, Professeur émérite de Sorbonne Université, membre de l’Institut, Académie des sciences morales et politiques : « Claudel et la mondialisation »

10H00 : Yvan Daniel, Professeur, Université de La Rochelle, « Paul Claudel et la Chine contemporaine »

10H30 : Discussion et pause

11H00 : Eric Touya, Professeur, Clemson University, « Claudel dans/pour l’avenir : diplomatie, économie, écocritique ».

11H30 : Michel Wasserman, Professeur, Universite Ritsumeikan, Kyoto : « Le Japon : une ambassade mythique et fondatrice ».

12H00 : Claude-Pierre Pérez, professeur, Université de Provence, “Diplomatie, poésie, mondialisation, 1895-1907”

12H30 : discussion et pause

Claudel, faces à faces

14H00 : Christophe Martin, Professeur, Université Paris Sorbonne, « Claudel et le XVIII ème siècle, quelques remarques »

14H30 : François Bompaire, Professeur CPGE, Lycée Robespierre d’Arras : « Condamnation et détournements de l’ironie contemporaine chez Paul Claudel exégète »

15 H 00 : Discussion et pause

15H45 : Catherine Mayaux, Professeur, Université de Cergy-Pontoise, « Paul Claudel lecteur de la presse »

16H15 : Anne Verdure-Mary, archiviste-paléographe conservatrice au Département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, – docteur en littérature française « La réception de l’œuvre de Claudel par Gabriel Marcel : deux catholicismes face à face »

16H45 : Ayako Nishino, Maître de conférences, Université de Keio, Tokyo, « Claudel devant ses contemporains japonais »

17H30 : Discussion

19H00 : Buffet au Club des enseignants de Sorbonne Université.

20H00 : Les Livreurs de Sorbonne Université : lecture de morceaux choisis de Paul Claudel (Salle des actes en Sorbonne)


21 septembre 2018, Sorbonne Université, Salle Louis Liard, 17 rue de la Sorbonne 75005 Paris

Claudel et la technique

9 H 15 : Accueil par le Doyen

9H30 : Glenn Roe, Professeur, Sorbonne Université, « Claudel à partir du numérique ? »

10H00 : Lionel Cuillé, Professeur, Webster University, Saint-Louis, « Claudel et la technique »

10H30 : Discussion et pause

Jouer Claudel aujourd’hui,

11H00 : Table ronde animée par Florence Naugrette, Professeur, Sorbonne Université avec Eric Ruf Administrateur général de la Comédie-française, Yves Beaunesne, metteur en scène, directeur du CDN Comédie Poitou-Charentes, Daniel Mesguish, metteur en scène, Christian Schiaretti, metteur en scène, directeur du TNP.

12H30 : Pause et déjeuner

Claudel et l’écriture dramatique contemporaine

14H00 : Pascal Lécroart, Professeur, Université de Bourgogne Franche-Comté, « Des écritures dramatiques contemporaines dans l’héritage du verset claudélien ? »

14H30 : Sever Martinot-Lagarde, Professeur CPGE, Lycée Pierre de Fermat de Toulouse, « Claudel et Brecht : deux parcours dramaturgiques en miroir »

15H00 : Raphaèle Fleury, librettiste, dramaturge, titulaire de la Chaire ICiMa (innovation Cirque et Marionnette), responsable du Pôle Recherche et
Documentation de l’Institut International de la Marionnette, Ecole nationale supérieure des arts de la marionnette, entretien avec Pascal Lécroart : « La création du Soulier de satin à l’opéra Bastille. »

15H30 : Discussion et pause

Claudel et la scène contemporaine

16H00 : Delphine Vernozy, Sorbonne Université : « Claudel et la danse ».

16H30 : Adélaïde Jacquemard Truc, Université Paris Est Marne-la-Vallée : « Paul Claudel et Antoine Vitez »

17H00 : Moriaki Watanabe, Professeur émérite de l’Université de Tokyo, membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, professeur associé de l’université des Arts et du design de Tokyo, metteur en scène, traducteur, entretien avec Didier Alexandre : « La mise en scène du Soulier de satin au Japon »

17H45 : Conclusions et cocktail

(sous réserve de modifications)

http://www.paul-claudel.net/

(source)

Brèves #NLH

La stérilisation forcée et l’avortement de milliers de personnes au Japon a eu lieu pendant la seconde guerre mondiale

Selon LifeSite, le gouvernement japonais est confronté à un nombre croissant de procès intentés par des victimes de son programme de stérilisation massive inspiré en droite ligne du nazisme qui a privé des dizaines de milliers de personnes de leurs capacités de reproduction sur plusieurs décennies.

On estime qu’entre 1948 et 1996, 25 000 personnes ont été stérilisées par la loi japonaise sur la protection de l’eugénisme, dont 16 500 involontairement, selon des sources gouvernementales. Jusqu’à 60 000 avortements forcés auraient également été pratiqués, sous prétexte de purifier le pays des maladies héréditaires, en particulier des troubles mentaux perçus comme étant d’origine génétique.

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Asie #NLQ

Esclavage sexuel – L’Église coréenne appelle le Japon à demander pardon

Une coalition catholique coréenne appelle Tokyo à régler une fois pour toutes un tort datant de la deuxième guerre mondiale. En effet, le Japon n’a toujours pas demandé pardon pour avoir recruté et asservi des esclaves sexuelles appellées « femmes de réconfort » pour son armée. L’abbé coréen Blasio Park de l’abbaye de Waegwan a concélébré avec d’autres prêtres dont un jésuite japonais, le 1 mars, devant l’ambassade japonaise de Séoul.
Une coalition d’institutions catholiques sud-coréennes a appelé le gouvernement japonais à demander pardon pour avoir obligé des esclaves sexuelles, appelées « femmes de réconfort », à offrir des services sexuels à ses troupes durant la Deuxième Guerre mondiale. Contrairement à l’Allemagne, le Japon n’a jamais présenté ses excuses pour ses crimes de guerre contre ses voisins asiatiques. C’est une source constante de problèmes pour des pays comme la Corée du Sud, qui était à l’époque sous la domination coloniale japonaise.
L’Action nationale catholique pour la nullité de « l’accord Corée-Japon sur les femmes de réconfort » et pour un règlement juste et évangélique de cet épisode, a célébré une messe le 1er mars en face de l’ambassade japonaise à Séoul, dans le sud de la ville. La coalition catholique a demandé à Tokyo de réparer ses crimes d’une façon juste et équitable. Le 1er mars marquait le 99e anniversaire du Samiljeaol, qui fait référence en Corée au Jour du mouvement d’indépendance, fêté le 1er mars. Il s’agit du plus ancien mouvement de résistance contre la domination japonaise en Corée. Le nom « Samiljeaol » provient de l’explosion de la résistance le premier jour du troisième mois de l’année 1919 (« sam-il » signifiant « 3/1 » en coréen, soit 1er mars).
La messe était présidée par l’abbé Blasio Park Hyun-dong, de l’abbaye bénédictine de Waegwan, accompagné d’autres prêtres dont le père Paul Moon Kyu-hyun et le père jésuite japonais Nakai Jun. « Aujourd’hui, nous devons nous souvenir de ces problèmes venant de la domination japonaise et toujours non résolus. Nous devons vraiment nous pencher sur ce problème des ‘femmes de confort’ », déclare l’abbé Blasio Park, qui est également administrateur apostolique de l’abbaye de Tokwon en Corée du Nord (sans avoir jamais pu s’y rendre).

Tokyo continue à nier

L’abbé critique Tokyo pour continuer à nier avoir organisé, en temps de guerre, un programme de recrutement et d’asservissement de « femmes de confort », malgré les évidences et les témoignages qui le prouvent. « L’accord Corée-Japon sur les femmes de confort doit être annulé parce qu’il a été formulé au mépris des témoignages des victimes », explique-t-il, concernant un accord signé en décembre 2015, qui offrait une compensation mais aucunes excuses.
Au terme de son voyage en Corée du Sud en novembre 2014, le pape François a rencontré sept femmes de confort dans la cathédrale Myeongdong de Séoul, avant de célébrer la messe pour la réconciliation entre les deux Corées. Les femmes, dont beaucoup sont catholiques, ont organisé des évènements en face de l’ambassade japonaise durant des années, mais peu sont encore en vie aujourd’hui.
La coalition a été organisée par les comités diocésains pour la justice et la paix, par des institutions religieuses et par des ONG catholiques. Elle a promis de continuer ses demandes en offrant des messes chaque 2 mai et 14 août, jours nommés en hommage aux femmes de confort en Corée du Sud.

Source EDA

Asie #NLQ

Japon – Abdication et installation de l’empereur – Les évêques réclament la séparation du religieux et de l’Etat

Lors de leur session annuelle du 19 au 22 février à Tokyo, les évêques japonais ont demandé au gouvernement d’appliquer la distinction, prévue par la constitution, entre les cérémonies d’état et les rituels religieux de la famille impériale. L’empereur Akihito abdiquera en effet en 2019 en faveur du prince Naruhito.

Les évêques japonais ont écrit au premier ministre japonais Shinzo Abe, pour lui demander d’observer rigoureusement la séparation, prévue par la constitution japonaise, des cérémonies sponsorisées par l’état et les cérémonies religieuses privées de la famille impériale, en prévision du changement d’empereur en 2019. Le dernier jour du rassemblement annuel des évêques du Japon, du 19 au 22 février, qui s’est tenu à Tokyo, les seize évêques ont signé une pétition titrée « Requête pour la séparation de la religion et de l’état durant l’abdication et l’installation des empereurs ». 
Dans leur demande, les évêques ont déclaré : « Durant les cérémonies d’abdication et d’installation des empereurs, [nous espérons que le gouvernement] observera rigoureusement les principes de séparation de la religion et de l’état, inscrits dans la constitution japonaise, et qu’ils rendront cette distinction claire entre les affaires d’état et les rituels privés de la famille impériale. »

La séparation de la religion et de l’état inscrite dans la constitution

L’empereur Akihito abdiquera le 30 avril 2019, et le prince Naruhito accédera au trône le jour suivant, le 1er mai. Durant les cérémonies d’intronisation de l’empereur Akihito en 1990, le gouvernement avait financé les rituels d’intronisation « daijôsai » de la famille impériale. De plus, les responsables des branches législatives, exécutives et judiciaires du gouvernement japonais avaient participé à la cérémonie. Le gouvernement avait également introduit les rituels religieux traditionnels de la famille impériale dans la principale cérémonie d’état, la « cérémonie d’intronisation ».
Les évêques ont critiqué ces confusions, ajoutant que « cela ne correspond pas au principe de séparation de la religion et de l’État, assuré par la constitution du Japon ». Les évêques ont estimé « très regrettable » que le gouvernement semble vouloir reproduire cela durant les futures cérémonies. La conférence épiscopale rappelle que la séparation de la religion et de l’État a été décidée « après rétrospection sur l’histoire du Japon, qui a combattu des guerres sous l’égide de la religion nationale Shinto, centrée sur la personne de l’empereur, violant au passage les droits de l’homme et la paix de beaucoup de monde, en particulier en Asie ». « Le gouvernement japonais a la responsabilité de ne jamais oublier ce passé malheureux et d’éviter que cela se reproduise », ont déclaré les évêques.

Source EDA

Asie #NLQ

Les évêques de Corée et du japon lancent un appel à la paix

« La situation actuelle de l’Asie du nord-est est particulièrement préoccupante. Les pays de cette zone sont à la recherche de la stabilité et de la prospérité au travers de leur pouvoir militaire, formant des alliances contre d’autres grandes puissances du système politique. Ceci crée des menaces et des angoisses dans l’ensemble des nations et génère des tensions pour la sécurité de tous les pays. Nous, Evêques de Corée du Sud et du Japon, lançons un appel en exprimant notre espérance éplorée de paix pour l’Asie du nord-est ». C’est en ces termes que s’expriment les Evêques du Japon et de Corée du Sud dans la déclaration conjointe envoyée à l’Agence Fides au terme de leur rencontre, tenue du 14 au 16 novembre à Kagoshima. Il s’agit là de la 23ème Assemblée conjointe des Evêques, qui tiennent régulièrement une réunion annuelle afin de renforcer les liens de coopération et de solidarité réciproque et de contribuer à construire la justice et la paix dans le nord de l’Asie.
Dans la note concluant leur rencontre, les Evêques expriment leur satisfaction concernant la réunion qui, « depuis 23 ans aide à réfléchir sur l’histoire poignante des deux pays et à édifier un avenir lumineux de réconciliation », racontant « avoir approfondi notre relation et le partage sur des aspects économiques et culturels ».

Les Evêques font état de « l’espérance sincère pour la paix dans le nord-est de l’Asie », répudiant toute possible idée de guerre. « Dieu nous exhorte à éradiquer chez tous la conviction erronée que la paix puisse être garantie par les armes nucléaires ou par la militarisation. Celles-ci au contraire ne font qu’augmenter le risque de guerre. Nous voudrions souligner le principe exprimé dans l’Encyclique Pacem in Terris de Saint Jean XXIII, qui souligne combien « la véritable paix ne peut se construire que sur la confiance réciproque » et non pas en comptant sur les arsenaux (cf. n. 61). En outre, les pauvres et l’environnement continuent à souffrir alors que des sommes astronomiques sont dépensées en armes. Pour l’amour de Dieu et de toute l’humanité, tous, et en particulier les responsables des nations, doivent faire tous les efforts possibles en faveur du dialogue pour la paix. Ils ont une importante responsabilité en ce qui concerne la paix mondiale ».

La déclaration parvenue à Fides s’achève de la sorte : « La violence est une manière folle de miner la dignité humaine et de causer des conséquences désastreuses à toute l’humanité. Tout type de violence ne peut être surmonté qu’en construisant la confiance, l’amour et la solidarité entre les êtres humains. Nous, Evêques coréens et japonais, nous engageons en faveur de la paix en vivant activement dans l’amour fraternel et en remettant notre confiance dans le pouvoir de Dieu et non dans celui des armes »

 

Source Agence Fides

Asie #Dans le Monde #NLQ

Entretien avec le Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples à propos de l’avenir de la mission au Japon.

 « L’avenir de la foi chrétienne au Japon est lié à l’Annonce de l’Evangile par des japonais aux japonais. Il est important que les japonais, 500 ans après la première évangélisation, ressentent que le Christianisme ne constitue pas un élément de la culture occidentale mais que l’Evangile est un don pour le Japon, que le Christ a quelque chose à dire et à donner à la nation japonaise ». C’est ce que remarque, dans un entretien accordé à l’Agence Fides, S.Em. le Cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, en évoquant l’évangélisation du pays du Soleil levant, après le voyage pastoral qu’il a effectué sur place du 17 au 26 septembre.
Le Cardinal indique par ailleurs : « Les chrétiens japonais, par leur ferveur et leur témoignage de vie, sont admirables. D’ailleurs, les racines de leur foi plongent dans la précieuse expérience des martyrs et on ne peut oublier l’histoire extraordinaire des chrétiens cachés qui ont vécu et transmis le depositum fidei pendant plus de deux siècles. Au cours de ce passage historique, il est clair qu’il y a eu un dessein de Dieu, une grâce de Dieu qui a opéré sur cette terre et dans la vie de ces communautés. Les fidèles d’alors auront prier en disant : Seigneur, achèves l’œuvre de Tes mains. L’Evangile était arrivé au Japon grâce à l’œuvre de courageux missionnaires et il n’était pas juste qu’il disparaisse. Le Seigneur l’a préservé dans la vie de ces chrétiens. Les fidèles d’aujourd’hui peuvent apprendre de cette histoire qu’il existe une espérance pour l’avenir ».
Le Cardinal Filoni s’est rendu au Japon à l’invitation de l’Episcopat japonais pour rencontrer et connaître de plus près la réalité de l’Eglise locale. « Cela a été pour moi également un pèlerinage sur les lieux du martyre de nombreux confesseurs de la foi » souligne-t-il en rappelant que le leitmotiv de sa visite avait été « l’évangélisation dans l’esprit de (l’Exhortation apostolique) Evangelii gaudium du Pape François ».
Le Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples a rendu visite à « une communauté qui est de dimensions réduites – quelques 500.000 âmes –, qui vieillit et a peu de vocations sacerdotales. Par ailleurs elle (l’Eglise) souffre parce qu’elle vit dans un environnement non chrétien, avec la tentation de penser que l’efficacité à tout prix des structures et de l’organisation pourront remplacer l’enthousiasme missionnaire ou l’apport de la grâce de Dieu » relève-t-il.
Ceci a constitué un facteur important à remarquer, note le Cardinal. « La société étant imprégnée d’une atmosphère confucéenne, shintoïste et bouddhiste, on tend à ne pas voir le Christianisme en tant que don et grâce de Dieu. L’organisation sociale compétitive, sécularisée, consumériste peut suffoquer le don de l’Esprit. C’est pourquoi – conclut le Cardinal Filoni – il fallait réaffirmer à tous les niveaux – aux Evêques, aux prêtres, aux religieux, aux séminaristes et aux laïcs – que Dieu n’est pas absent du Japon, malgré les situations dramatiques rencontrées par le passé et une culture qui ne connaît pas le Christ. La grâce du Christ, au travers des chrétiens, crée la mission sur la terre du Soleil levant et ceci donne de l’espoir pour l’avenir ». 

source : agence Fides

Asie #NLQ

Japon – Message du pape François à l’occasion d’un sommet interreligieux pour la paix

Le pape François invite les religions à « prier et travailler ensemble pour la paix », à l’occasion d’une rencontre interreligieuse organisée au Japon, en présence de l’envoyé spécial du pape, le cardinal John Tong Hon, évêque émérite de Hongkong. Un message publié en italien par L’Osservatore Romano.

Le cardinal chinois est accompagné de représentants romains de différentes cultures : le nonce au Japon, un Indien, Mgr Joseph Chennoth, Mgr Miguel Ángel Ayuso Guixot, espagnol, secrétaire – « numéro deux » – du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, et le sous-secrétaire, Mgr Indunil J. K. Kankanamalage, originaire du Sri Lanka.

Le pape a en effet adressé une lettre au vénérable Koei Morikawa, grand prêtre du bouddhisme japonais, Tendaï, à l’occasion de cette 30e rencontre pour la paix qui a commencé ce jeudi 3 août 2017, au Japon, à Kyoto, au mont Hiei, lieu sacré du bouddhisme, alors que les commémorations du bombardement atomique d’Hiroshima de 1945 auront lieu le 6 août prochain.

Le pape adresse ses « salutations cordiales » aux représentants des différentes traditions religieuses qui participent à l’événement, il exprime sa « proximité spirituelle », « dans la prière pour une floraison renouvelée de la concorde et de l’harmonie dans de nombreuses parties du monde déchirées par la guerre ».

Le pape redit le rôle des religions pour favoriser la paix : « Ce sommet religieux annuel, contribue de façon significative à la construction de cet esprit de dialogue et d’amitié qui permet aux fidèles des religions du monde de travailler ensemble pour entrouvrir de nouveaux chemins pour la paix dans notre famille humaine ».

Il insiste spécialement sur la prière, car c’est elle qui « inspire et soutient notre engagement pour la paix, puisqu’elle aide à rendre plus profond notre respect réciproque en tant que personnes, qu’elle fortifie les liens d’amour entre nous, et qu’elle pousse à accomplir des efforts décisifs pour promouvoir des relations justes et une solidarité fraternelle ».

« Dans le monde actuel, marqué par la violence, par le terrorisme et par de croissantes menaces pour la terre, notre maison commune, ce témoignage de prière et de sollicitude partagée transmet un message fondamental aux hommes et aux femmes de bonne volonté », ajoute le pape.

Il affirme sa foi dans l’efficacité de cette prière : « Nous croyons que la paix durable est vraiment possible, puisque nous savons que rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière ».

Ces rencontres japonaises pour la paix ont été lancées au lendemain de la Journée mondiale de prière des religions pour la paix, voulue par Jean-Paul II à Assise le 27 octobre 1986 : dans son sillage, le vénérable Etai Yamada a organisé dès août 1987, la première rencontre sur le mont Hiei.

Asie #NLQ

Les missions catholiques au Japon à partir des années 1870

Une fois n’est pas coutume, Eglises d’Asie nous propose une plongée dans une histoire passionnante et méconnue, celle du développement des missions catholiques au Japon à partir des années 1870.

Si la sortie récente du film Silence du réalisateur américain Martin Scorsese a été l’occasion de se pencher sur l’histoire de la première évangélisation du Japon, à partir de saint François Xavier, qui posa le pied sur la terre japonaise en 1549, jusqu’aux terribles persécutions de la fin du XVIe siècle et de la première moitié du siècle suivant, l’épisode qui suit l’ouverture du Japon sous la contrainte des « navires noirs » du Commodore Perry en 1853 est moins connu.

Certes la rencontre du P. Petitjean, des Missions Etrangères de Paris, et des chrétiens d’Urakami le 17 mars 1865 est célèbre et bien documentée. Le missionnaire lui-même l’a conté en ces termes : il est à peu près midi ce jour-là, dans l’église de Ôura bâtie sur les pentes dominant le port de Nagasaki, quand les portes du lieu de culte s’ouvrent et qu’un groupe de Japonais entre ; le missionnaire les engage à faire une visite : « J’avais à peine le temps de réciter un Pater noster que trois femmes s’agenouillent tout près du lieu où je priais et me disent la main sur la poitrine et à voix basse, comme si elles eussent craint que les murs entendissent leurs paroles : ‘Notre cœur à nous tous qui sommes ici ne diffère point du vôtre’. ‘Vraiment, leur dis-je, mais d’où êtes-vous donc ?’ ‘Nous sommes d’Urakami. Dans notre village presque tout le monde nous ressemble.’ »

La liberté de religion n’a pas encore cours – elle sera reconnue dans la première Constitution du Japon, celle de 1889 – et la persécution peut se déclencher à tout moment. L’édit d’interdiction du christianisme, qui remonte à 1614, ne sera levé qu’en 1873. En 1867, les autorités japonaises sévissent massivement contre les chrétiens d’Urakami ; 3 400 d’entre eux sont déportés en divers points de l’archipel, 670 autres meurent, la plupart sous la torture.

Le 26 février 2017, les catholiques d’Imamura, une localité de la préfecture de Fukuoka située à une centaine de kilomètres à l’est de Nagasaki, ont fait mémoire de cette persécution mais aussi des liens qui les unissent à la chrétienté d’Urakami. Il y a cent cinquante ans en effet, le P. Petitjean apprit que des chrétiens cachés pouvaient se trouver à Imamura. Il envoya quatre de ses confrères en reconnaissance. Après trois jours de marche, les quatre missionnaires arrivèrent le 26 février 1867 dans le village d’Imamura. Une habitante les invita sous son toit, les quatre étrangers n’ayant nulle part où aller. Quand elle commença à leur préparer à manger, en s’apprêtant à cuisiner des œufs et du poulet, les missionnaires déclinèrent l’offre, expliquant qu’à cette période de l’année – le Carême cette année-là –, ils s’abstenaient de viande et d’œufs. Leur hôte leur répondit : « Vous aussi ? », et le lendemain, deux autres villageois partirent pour Nagasaki informer le P. Petitjean que ses confrères étaient sains et saufs et que des catholiques existaient bien à Imamura. Depuis cette date, les communautés catholiques de Nagasaki et d’Imamura ont toujours gardé des liens étroits.

Pour marquer ce cent-cinquantième anniversaire, un DVD retraçant l’histoire de la communauté d’Imamura a été réalisé et, du 16 au 18 février 2017, neuf catholiques ont parcouru à pied les 100 km qui séparent Nagasaki d’Imamura. Le 26 février, le nonce apostolique en poste à Tokyo, Mgr Joseph Chennoth, est venu célébrer la messe à Imamura à l’occasion de cet anniversaire.

Le texte que nous vous proposons ci-dessous ne relate pas tant cette histoire que celle du travail missionnaire accompli par les prêtres des Missions Etrangères de Paris des années 1870 à 1930. Une plongée dans l’histoire de la mission où l’on verra que les défis que durent relever ces missionnaires « ambulants » furent immenses et que la destinée d’un de ces missionnaires a partie liée avec le tremblement de terre du 11 mars 2011 et la centrale accidentée de Fukushima.

Paru dans la Revue MEP du mois de mars 2017, ce texte a été écrit par le P. Antoine de Monjour, MEP. Originaire du diocèse de Nanterre, ordonné prêtre en 1992 et envoyé la même année au Japon, le P. de Monjour a commencé par trois années d’apprentissage de la langue japonais, avant, en 1995, d’être envoyé dans le diocèse de Saitama situé au nord de Tôkyô. Il est actuellement « en poste » dans le secteur des paroisses de Tokorozawa et Miyadera – cette dernière église construite en 1912 reste la plus ancienne du nord de Tôkyô.

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La chapelle de Miyadera construite en 1912 par une communauté fondée par les missionnaires « ambulants ». (photo A. de Monjour)

La Mission itinérante du Nord Japon

par le P. Antoine de Monjour, MEP

Repères historiques : L’Eglise au Japon a été fondée par saint François Xavier qui posa le pied au pays du Soleil Levant le 15 août 1549. Après un rapide développement, surtout dans le sud du Japon, une longue période de persécutions d’environ 250 ans (1613-1868) a arrêté net l’extension de l’Eglise pendant la période dite d’« Edo », ancien nom de la capitale actuelle Tokyo, où se trouvait le pouvoir réel du pays détenu par les shoguns (sorte de maire du palais qui dirigeait le pays au nom de l’empereur) de la famille Tokugawa.

Les étrangers furent expulsés et le pays se ferma aux influences étrangères sauf par un port situé à Nagasaki. Les chrétiens semblaient avoir disparu. L’ouverture forcée du pays aux relations commerciales et diplomatiques à partir du milieu du XIXe siècle a entraîné une reprise en main du pouvoir par l’Empereur Meiji au détriment des Shoguns. Cela a permis un retour des missionnaires, d’abord limité à quelques ports ouverts aux étrangers et pour leur service dans les années 1860.

L’un des événements majeurs de cette époque fut ce qu’on appelle « la découverte des chrétiens cachés » par le P. Petijean, MEP, le 17 mars 1865 dans la petite église de Ôura bâtie sur les pentes dominant le port de Nagasaki. Il serait plus juste de dire que ce sont les chrétiens qui attendaient le retour des « Pères » et sont sortis de la clandestinité dans laquelle ils gardaient et transmettaient leur foi de génération en génération. La réaction des autorités japonaises fut d’abord très dure envers eux et beaucoup furent emprisonnés ou exilés à travers le pays. Les changements de pouvoir s’accompagnèrent d’un assouplissement progressif envers les chrétiens, la présence et l’activité des missionnaires qui a pu s’étendre progressivement à l’intérieur du pays dans les années 1870 jusqu’à la liberté religieuse reconnue dans la première Constitution du Japon de 1889. La particularité de cette période fut ce qu’on appelle les « ambulances missionnaires » dont certaines ont duré jusque dans les années 1930.

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Saitama-Ken (souvent traversé par les « ambulants ») dans la ville de Chichibu. Le temple de Kinshô-Ji avec sa célèbre Maria-Kannon, statue de la Vierge Marie à l’Enfant sous les traits d’une statue bouddhique de la déesse Kannon, statue du temps des « chrétiens cachés ». (photo A. de Monjour)

Les « ambulants » ou missionnaires apostoliques

Les missionnaires arrivés au moment de l’ouverture du Japon furent, comme tous les étrangers, d’abord confinés dans les limites des ports ouverts.

Dès le début des années 1870 ils purent obtenir, par l’entremise de la Légation française, un « passe-port » pour circuler à l’intérieur du pays. Les conditions étaient alors strictes : il fallait justifier une raison de santé, un voyage d’études ou une visite à une ou des personnes déterminées, indiquer l’itinéraire envisagé avec les étapes prévues et ne pas rester plus de trois jours, quatre au plus, dans le même endroit en faisant viser son passeport par l’autorité locale, police ou maire du lieu, à l’arrivée et au départ. Cela peut paraître très contraignant mais pour des hommes jeunes et avides d’action c’était une porte ouverte pour sortir enfin de ces concessions où ils se sentaient « casernés ».

Les missionnaires surent profiter de ce commencement de liberté, d’autant plus que ces passeports n’étaient pas limités ni dans l’espace ni dans le temps et chaque itinéraire pouvait ainsi s’étaler sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et des centaines de kilomètres parcourus à pieds, parfois en voiture à porteurs ou à cheval. A partir de la fin des années 1870 et ce jusqu’à la liberté religieuse en 1889 les conditions de circulation s’assouplirent et les voyages devinrent plus faciles. L’évangélisation des provinces, en particulier dans le nord du Japon encore peu visité, vers Niigata, Akita sur la côte ouest ou encore vers Sendai, Morioka sur la côte est et jusqu’à Hirosaki et Aomori tout au nord, fut régularisé avec des missionnaires attitrés en charge chacun d’une vaste région déterminée. Comme ces missionnaires ‘Apostoliques ’ passaient leur temps à circuler, surtout à pieds, ils furent appelés les « ambulants » et leurs voyages-missions des « ambulances ». D’une ou deux ambulances par an certains missionnaires parvinrent à en faire jusqu’à quatre dans l’année, profitant de l’amélioration des moyens de transport, en particulier du développement des voies de chemin de fer.

Ces ambulances n’étaient pas sans difficultés, d’anciens préjugés contre les étrangers rendaient parfois l’accueil et surtout le logement aléatoire, les chemins étaient encore sommaires et les chaussures pas toujours bien adaptées à ces longues pérégrinations par tous les temps avec les dangers dus à la neige en hiver, à la saison des pluies, au début, et aux typhons, à la fin de l’été. Ce pays d’îles et de montagnes connaît aussi les tremblements de terre, parfois les tsunamis les accompagnant sur les côtes ou les glissements de terrain dans les reliefs, ou encore les éruptions volcaniques… Les ambulants s’adaptaient, plus ou moins, à la chaleur humide des mois de juillet-août avec leur soutane noire au tissu épais, aux hivers vigoureux dans le nord dans des maisons dont le chauffage se résumait à un braséro, à la nourriture locale qui paraissait bien spartiate pour les estomacs européens. Un missionnaire décrit ainsi son menu de voyageur : « un bol de riz simplement cuit à l’eau, quelques légumes bouillis, du poisson, pas toujours, trois tranches de grosse rave confite dans le sel, et c’était tout, avec une petite tasse de thé sans sucre car mettre du sucre dans le thé est un luxe que les japonais ne connaissent pas ou plutôt qu’ils dédaignent ». Un autre mentionne la bière, alors boisson de luxe, nouvelle au Japon, que de généreux chrétiens lui avait offerte : embarrassé par un tel présent il n’en prend qu’une gorgée. Et voilà que plusieurs mois plus tard, revisitant la même famille, celle-ci lui ressort sa bière entamée et gardée précieusement sur une étagère…

Certaines coutumes locales en « étonnaient » plus d’un parmi ces prêtres formés à la fin du XIXe siècle, comme les bains publiques, parfois mixtes, pris dans les sources thermales répandues dans tout le Japon, la vie à raz du sol des maisons, sans chaise ni table ni lit, sur les « tatamis » (natte), à ces cloisons légères qui laissaient passer tous les sons ou à ces panneaux coulissants couverts de papier que n’importe qui n’importe quand pouvait ouvrir et qui laissaient passer tous les vents, à dormir à la dure directement sur les tatamis dans des « futons » (un fin matelas par dessous et une ‘couette’ par dessus) trop courts pour la plupart de ces missionnaires français, etc.

Un autre problème était aussi à résoudre. Ces voyages continuels des missionnaires, malgré leur frugalité et les privations qu’ils s’imposaient, n’étaient pas sans coût… Et devenaient même de plus en plus coûteux, à mesure que les chrétiens se multipliaient et que les « stations » (étapes fixes) se constituaient. Il s’agissait de faire accepter aux chrétiens mêmes la charge de ces voyages, afin de pouvoir continuer à les visiter. Les missionnaires hésitèrent longtemps avant de commencer à faire appel à leur générosité.

Les missionnaires auraient voulu être partout en même temps, ne prenaient guère de repos mais étaient limités par leur nombre, par leurs moyens et parfois par leurs forces. Il fallait une solide constitution et de très fortes motivations pour tenir durant ces longues ‘ambulances’ plusieurs fois dans l’année.

Quand je regarde la liste des missionnaires ambulants du nord du Japon, je ne suis guère étonné de découvrir, mais me garde bien de juger, le nombre de ceux qui sont morts jeunes, ou qui ont abandonné les ‘ambulances’ soit pour rester dans une station dans une grande ville ou un port, soit pour se trouver un autre type d’apostolat au gré des demandes de traducteur-interprète, enseignant pour le français, soit pour repartir en France…

Cette époque des ‘ambulances’, ou de la mission itinérante, ou encore de l’itinérance, fut décrite comme « l’âge d’or de la Mission au Japon ». Ces fameux passeports furent une chance pour l’évangélisation de tout le pays du fait qu’ils obligeaient les missionnaires à des déplacements continuels qui rappellent l’envoi des disciples par Jésus : « (…) Le Seigneur désigna encore 72 autres disciples et les envoya deux par deux, devant lui dans toutes les villes et localité où il devait aller lui-même. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. (…) Dans quelques maison que vous entriez, dites d’abord : paix à cette maison.(…) Demeurez dans cette maison mangeant et buvant ce qu’on vous donnera, car le travailleur mérite son salaire.(…) Dans quelque ville que vous entriez et où l’on vous accueillera, mangez ce que l’on vous offrira.(…) Dites : Le règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous. » (Voir Luc 10,1-11)

Certes, rares furent les ambulants envoyés deux par deux au Japon. Voici comment est décrit une ‘ambulance’ menée par le P. Vigroux (1842-1909), l’un des tout premiers missionnaires du Japon à sortir de Tokyo, parcourant jusqu’à 400 km vers le nord et tout autant vers le sud. En 1880, cette immense étendue fut partagée entre plusieurs ambulants, et le P. Vigroux ne garda « plus qu’un rayon » de 120 à 240 km au nord et à l’est de la capitale. Après cinq ans d’ambulance seul, il lui fut joint un compagnon pour partager son activité missionnaire, le P. Cadilhac, originaire comme lui de Rodez. Quoique d’âge et de caractère différents ils donnèrent à ceux qui les connurent pendant 8 ans un bel exemple de binôme animé par un même esprit :

« En passant on s’arrêtait dans chaque ville ou village, on y prenait une tasse de thé et un peu de repos ; on y faisait quelque connaissance ; un étranger alors était une curiosité ; d’autre part, les japonais de ce temps-là n’étaient pas pressé comme ceux d’aujourd’hui ; ils venaient volontiers voir quel était cet homme habillé de noir. En l’entendant parler japonais, leur empressement redoublait, pour savoir ce qu’il pouvait bien dire. Comme il disait généralement des choses sensées, ils lui faisaient l’honneur de trouver qu’il résonnait comme un japonais. Chaque soir, en arrivant à l’hôtel, il fallait faire viser son passeport. Souvent un employé de la police venait en personne voir l’étranger ; quelques fois le maire ou l’instituteur y venaient aussi ; d’autres personnes se joignaient à eux par derrière ; chacun interrogeait le nouveau venu dans le pays, à sa manière (…).

Cependant cette vie d’ambulant était très fatigante. Après avoir marché la journée entière, souvent mouillé, quelquefois glacé, quand on était arrivé à l’hôtel ou dans quelque maison particulière, commençait la séance de nuit. Elle consistait à attendre d’abord plus ou moins longtemps assis sur la natte, dans le creux de ses pieds, à recevoir des salutations, à les rendre, non pas une mais des centaines, à entendre des questions, des objections de toute nature et à y répondre, dans une langue à moitié énigmatique, et cela pendant trois heures de suite ou même d’avantage, car les japonais ne se lassent pas de parler ni d’entendre parler ; et, sans gêne ni fatigue apparente, ils prolongent volontiers leurs veilles jusqu’au milieu de la nuit (…).

Il était naturel d’amener l’entretien sur la religion ; il y venait de lui-même. A cette époque, tout ce qui était européen intéressait les japonais, les choses religieuses comme tout le reste. Parmi les auditeurs, quelques-uns surpris d’abord, demeuraient frappés de ce qu’ils avaient entendu. La fois suivante, quand le missionnaire repassait, ils conduisaient avec eux quelques amis pour le voir. Peu à peu le nombre augmentait, la conversation devenait une vraie conférence. Plus tard des réunions publiques étaient annoncées, des affiches mises dans les rues de la ville ; la police était avertie de tout ; le rez-de-chaussée d’un hôtel, ou quelque autre maison, était indiqué comme lieu de réunion : les japonais, toujours avides de s’instruire, venaient en plus ou moins grand nombre, écoutaient tant qu’on voulait parler, exposaient ensuite leurs doutes, posaient leurs questions, et ce que chacun avait entendu et vu, il le répétait le lendemain par la ville. Quelques-uns venaient aussi, amené par un esprit de contradiction, et, sans le vouloir, rendaient service aux autres. En combattant de toute leur force ce que disait le missionnaire, ils provoquaient des explications plus lumineuses ; d’autres, les entendant, désiraient se rendre compte plus à fond et demandaient à voir nos livres, de telle sorte que l’opposition elle-même devenait semence de salut. Ainsi l’Evangile était promulgué, le flambeau allumé, et les hommes de bonne volonté étaient mis en chemin de trouver le salut.

Ces tournées apostoliques étaient plus ou moins longues, d’ordinaire de 30 à 40 jours, parfois d’avantage. De retour à Tôkyô, il s’agissait de voir l’évêque pour lui donner l’état de la mission, de mettre en règle ses comptes et sa correspondance et de se préparer à repartir. » (Notice biographique sur le P. Paulin Vigroux, par A. Maury, Tokyo, 1910, pp. 7-10)

Avec la liberté religieuse inscrite dans la Constitution de 1889 la vie missionnaire se réorganisa avec le début des « stations », étapes où les ambulants pouvaient souffler un peu plus longuement, prendre plus de temps avec les gens, rassembler les petites communautés naissantes. Ce furent les embryons des futures paroisses dont certaines gardent encore aujourd’hui précieusement le souvenir de ces « missionnaires – marcheurs » (en japonais cela se dit « aruku-senkyôshi ») dont la photo orne encore souvent une salle paroissiale, ou une sacristie, voire l’église elle-même.


Quelques figures de missionnaires ambulants du nord du Japon :

Je me limiterai à trois de ces figures : deux missionnaires, morts jeunes, l’un ambulant vers le Nord-Est, le P. Henri Rispal (1867-1896), l’autre ambulant vers le Nord-Ouest, le P. Jean-Marie Cussonneau (1860-1890), et le troisième, le P. Hippolyte Cadilhac (1859 – 1930), cité plus haut, considéré comme l’un des modèles les plus représentatifs de la Mission itinérante, qui sillonna le Nord-Kanto (i.e. Nord et Nord-Est de Tokyo avec les départements de Saïtama, Gunma, Tochigi, Ibaraki et Chiba) de 1883 à 1930 dont les huit premières années avec le P. Vigroux.

La dramatique ambulance du P. Rispal

Né en 1867 à Saint-Etienne, ordonné prêtre au séminaire des Missions Etrangères le 27 septembre 1891, le P. Henri-Justin-Régis Rispal arriva à sa mission au Japon à Hakodate en janvier 1892. A cette époque Hakodate était le siège d’une zone apostolique s’étendant du nord de Tokyo jusqu’à l’île du Hokkaido comprise.

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Le P. Henri-Justin-Régis Rispal, MEP (Archives MEP)

D’abord envoyé étudier le japonais sur la côte ouest à Niigata, il fut ensuite chargé en 1894 des communautés chrétiennes de Morioka dans le département d’Iwate, situé au nord-est du Japon dans l’île principale du Honshu. Dès 1895 il fut déchargé de Morioka pour pouvoir se consacrer tout entier aux « ambulances » qui avaient sa préférence et à l’évangélisation des postes de campagne de tout l’Iwate : « Comme genre de ministère, écrivait-il, l’ambulance est sans contredit beaucoup plus conforme à mes inclinations naturelles qu’une résidence à poste fixe. D’ailleurs, des visites plus fréquentes aux chrétiens de la campagne sont devenues de toute nécessité ».

Marcheur infatigable il sillonnait son immense district accompagné le plus souvent par un catéchiste. C’est ainsi qu’après la Semaine Sainte de 1896, passée à Hakodate, il retourna à Morioka et de là entreprit une nouvelle ambulance fin avril partant vers la côte du Pacifique pour la ville de Miyako. Là, il apprit qu’un chrétien de Ofunato, à environ 100 km plus au sud sur la côte, était gravement malade. Il décida de se rendre immédiatement auprès du mourant et quitta Miyako le 15 juin à 2 heures du matin, empruntant le seul sentier qui existait alors et suivait les sinuosités de la côte très abrupte. Il arriva en fin d’après midi en vue de Kama-Ishi, petit port côtier, après avoir parcouru à pieds plus de 50 km en grande partie sous la pluie ! Il trouva avec son catéchiste une chambre dans un hôtel où un chrétien du lieu vint les rejoindre.

Il était alors l’heure du dîner quand une forte secousse de tremblement de terre se fit sentir. La maison où ils se trouvaient ayant bien tenu ils s’apprêtaient à remettre de l’ordre dans leurs affaires renversées quand, vers 20h, « on entendit un grand bruit, comparable, disent les témoins, à la décharge simultanée de plusieurs dizaines de canons. Cette détonation fut aussitôt suivie d’un bruit étrange semblable à la crépitation d’un immense brasier ». Le cri de « tsunami !, tsunami ! » résonna à travers la ville et tous de sortir des maisons dans la nuit tombante pour se réfugier vers la montagne. Le P. Rispal et ses deux compagnons suivirent le mouvement mais au moment de se diriger vers la falaise le P. se montra hésitant et malgré les appels désespérés du catéchiste s’en retourna vers l’hôtel. Etait-ce pour y reprendre des affaires ? Le P. Rispal, qui en était encore à ses débuts au Japon, pouvait ne pas avoir compris le sens du mot ‘tsunami’, inconnu alors du vocabulaire français. Nous ne le saurons jamais car si ses compagnons ont sauvé leur vie de justesse, le P. Rispal fut emporté par la vague du tsunami qui rasa l’hôtel, emportant l’étage sur plus de 200 mètres vers l’intérieur et, lors du retour de la vague, arrachant le rez-de-chaussée qui fut englouti par les flots. Son corps ne fut jamais retrouvé.

Ce séisme suivi d’un tsunami qui fit alors plus de 50 000 morts ou disparus en 1896 s’est passé sur la même côte que celui tout récent du 11 mars 2011 où la centrale accidentée de Fukushima fait encore parler d’elle…

Malgré une activité missionnaire d’à peine deux ans, le P. Rispal, mort à l’âge de 29 ans, a laissé par son zèle missionnaire et son intrépidité d’ « ambulant » une marque profonde chez les chrétiens de cette côte nord-est qui continuent encore aujourd’hui d’entretenir sa mémoire.

Les ambulances du P. Cussonneau : entre les neiges d’hiver et les fièvres de l’été

Né au Pin-en-Mauge dans le diocèse d’Anger en 1860, ordonné rue du Bac le 7 mars 1886, le P. Jean-Marie Cussonneau arrive à Yokohama le 17 juin de la même année et se met aussitôt à l’apprentissage de la langue. Destiné à la mission de Hakodate il est envoyé en décembre 1886 à Sendai sur la côte est avant de rejoindre Akita sur la côte ouest au printemps 1887.

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Le P. Jean-Marie Cussonneau, MEP (Archives MEP)

Il se met aussitôt à la tâche et entreprend ses premières ‘ambulances’ non sans quelques difficultés qu’il prend avec humour et dont il parle dans ses lettres :

« Un seul ennui : je me frappe la tête continuellement dans les portes japonaises qui sont trop basses pour moi. Ces bons japonais construisent leurs maisons à leur taille qui est petite, sans se douter qu’ils auraient un jour un grand missionnaire à venir les évangéliser. »

« Je suis seul perdu au milieu des montagnes car mon confrère, malade, est parti en retraite à Tokyo. Me voilà donc abandonné, ayant sur les bras un district de 320 km de long sur 120 à 160 km de large. C’est la vie du missionnaire de courir sans cesse. »

« La chaleur m’a fait tremper plus d’une chemise, même à ne rien faire. Et dans quelques semaines, il va falloir monter un poêle dans ma chambre, pour ne pas geler. Car dans mon pays, il fait très chaud l’été, et grand froid l’hiver. Vers le premier de l’an, nous commencerons à avoir une petite couche de neige de 1 mètre à 1m50 d’épaisseur… C’est cela qui sera intéressant ! »

« Quand on veut sortir, il faut prendre des souliers de paille. Pas cher : deux paires pour un sou, mais pas solide ! On en use deux paires par jour, une le matin et l’autre le soir. J’ai déjà fait l’expérience de ces beaux souliers en passant la montagne vers Morioka, au mois d’avril. C’est commode, mais pas chaud pour les pieds qui en souffrent… »

Il est confronté aussi aux nombreux incendies qui ravagent les villes toutes en bois : « Hier de nuit, il y a eu un petit incendie qui m’a fait sortir du lit pour voir s’il y avait du danger, mais non. L’année dernière (1887) il y a eu dans la ville d’Akita plus de 5 000 maisons brûlées en une seule nuit, dont la résidence des missionnaires. Il a fallu en reconstruire une autre, mais malheureusement (faute d’argent), le bon Dieu n’est plus aussi bien logé. »

« Dans mon pays, il fait actuellement (décembre1888) un vent à emporter les maisons et un froid de Sibérie. Et ce n’est que le commencement. Encore quatre mois de ce temps épouvantable. La neige commence à tomber, et elle ne cessera que vers la fin du mois de mars. Comment faire pour voyager pendant ce temps là ? Et pourtant, il le faudra bien, soit pour me confesser, soit pour la conversion des âmes. L’autre jour en revenant de voyage, j’ai été pris par un temps affreux. J’ai cru geler. (…) Un autre jour je suis allé enterrer un bon vieux à 20 km d’ici. Temps splendide la veille au soir et vent et neige le lendemain qui n’a pas cessée de tomber jusqu’au soir. J’ai tout fait à pieds. » Il parle ailleurs d’aller se confesser chez son plus proche confrère à 150 km de chez lui, trois jours pour aller, trois jours pour revenir : 1,50 m de neige, vent en tempête, sandales de paille aux pieds et sac sur le dos !

« Que dire d’intéressant, moi pauvre missionnaire, perdu seul au milieu des montagnes de l’Akita. Que je regarde devant, derrière, à droite, à gauche, toujours des montagnes. (…) Mais vive la joie quand même, car, lorsqu’on fait son devoir, et qu’on est là où le Bon Dieu le veut, on est toujours heureux. C’est le principe que j’ai adopté depuis longtemps, dans l’appréciation de ma misère et de mon bonheur, et je m’en trouve fort bien. » Il se moque un jour, dans une lettre écrite en 1889, d’un mal de pieds après avoir « fait une petite course de 150 km dans la neige »

Beaucoup de peine pour un résultat minime dont il connaît l’une des raisons :

« Je suis venu ici après seulement neuf mois d’étude de la langue japonaise de sorte que je ne comprends guère, encore. (…) Je suis comme un ermite. (…) Il n’est pas rare d’écouter parler quelqu’un pendant une heure, sans avoir pu deviner ce qu’il a voulu dire, mais il n’y a qu’à se résigner à son sort, et, lorsque le visiteur est parti, rire un bon coup, pour se détendre. »

« Vous me demandez si je convertis les japonais comme je veux ; non bien sûr. La langue n’est point si facile que cela. Les japonais ont la tête dure et le cœur léger. Mais cependant, on réussit de temps en temps, à en prendre quelques-uns dans les filets du Seigneur. »

Ces ambulances et ce rude climat auront raisons de sa santé : en plein été 1890 il est pris par de violents maux de tête, des coliques, des douleurs aux jambes. Il était accablé par la chaleur. « Cela ne finira qu’à mon dernier soupir », confie-t-il à un jeune confrère enfin arrivé en renfort un an plus tôt. Obligé de garder le lit début septembre il meurt de la fièvre typhoïde le 15 du même mois à l’âge de 30 ans et 3 mois. Sa joie missionnaire et sa placidité en toute circonstance ont laissé une profonde impression chez tous ceux qui, japonais ou confrères, l’ont côtoyé pendant ces presque quatre années d’activité « d’ambulant ».

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Paysage d’hiver à Yonezawa, dans le nord-ouest du Japon. (photo A. de Monjour)

L’infatigable P. Hippolyte Cadilhac, « ambulant » pendant près de 47 ans !

Né à La Cavalerie en 1859 dans le diocèse de Rodez, ordonné prêtre aux Mep le 22 septembre1882, le P. Hyppolyte Cadilhac s’embarque peu après à Marseille pour arriver le 26 décembre à Yokohama au Japon. Après quelques mois passés à Tokyo pour s’initier à la langue il rejoint le P. Vigroux avec qui il collaborera huit ans entre 1883 et 1891 dans les « ambulances » du Nord Kanto, comprenant cinq départements au nord et à l’est de la capitale. Il poursuivra cette itinérance jusqu’à son dernier souffle en 1930.

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Le P. Hippolyte Cadilhac, MEP (Archives MEP)

Peu de jeunes missionnaires envoyés auprès de lui résistèrent à cette déambulation perpétuelle, même avec les débuts des « stations » qui permettaient de se poser quelque part, car le confrère se retrouvait seul : l’un d’eux qui devait s’initier à la langue s’en plaint auprès du P. Cadilhac à qui il reproche de l’avoir laissé 32 jours d’affilé… seul et sans possibilité de communiquer avec quiconque !

Comment résumer cette longue vie missionnaire ambulante sinon en citant une phrase du P. Cadilhac lui-même qui a laissé un très précieux et abondant courrier :

« Les araignées n’ont pas le temps de tisser leurs toiles entre mes jambes ! »

Je propose quelques extraits de ses lettres, dans l’ordre chronologique, en se rappelant toutefois que le P. Cadilhac est de son temps : une formation marquée par l’urgence du Salut à apporter aux âmes pour les sauver de l’Enfer ; l’ignorance, voire le mépris, des « religions païennes », l’absence de réflexion sur l’accueil de l’Evangile dans une autre culture, tout simplement parce que, à l’époque, on ne se posait pas la question.

Le vrai chemin du ciel :

En 1886 une épidémie de choléra touche la région de Tokyo. Le P. Cadilhac de retour d’une ambulance de près de trois mois avec son confrère Vigroux écrit à sa soeur : « A mon retour à Tokyo où le choléra fait de très grand ravage nous avons vu les Pères entrer dans les hôpitaux et baptiser plus de trois cents personnes dont le grand nombre est mort. Nous ne pouvons guère parler mal du choléra, il devient quelquefois le vrai chemin du ciel. » Il est frappant, en parcourant les premières pages des registres des baptêmes dans le nord Kanto (et sans doute ailleurs) de constater le nombre des baptêmes conférés ‘in periculo mortis’, à toute extrémité.

Les chrétiens cachés :

Toujours en 1886, au cours de leurs pérégrinations, le P. Cadilhac rapporte la découverte de ‘chrétiens cachés’ qui avaient traversés le temps des persécutions : « Dans mon dernier voyage, j’ai trouvé dans un village encore tout païen, une belle image de Jésus-Christ priant au Jardin des oliviers. Cette image date très certainement du temps des anciens chrétiens et martyrs. Le chef de cette famille, mort il y a trois ou quatre ans l’adorait, et n’adorait point d’autre divinité. La famille actuelle m’a promis de s’instruire et de recevoir le baptême et cela devient le principe d’une petite Eglise. »

L’évangélisation pour sauver de l’infanticide :

Au Japon, en particulier dans le nord où la disette était fréquente, les familles pratiquaient l’infanticide et des personnes âgées se retiraient dans les montagnes pour se laisser mourir afin de ne plus être une charge en période de famine. Le P. Cussonneau, cité plus haut, en parle dans ses lettres. Le gouvernement japonais mis progressivement fin à ces pratiques grâce notamment à l’amélioration des voies de communication. Le P. Cadilhac, en 1887, se trouve aussi confronté à cette situation : « J’ai eu le bonheur de régénérer dix personnes dans les eaux du Baptême, dans un pays, que je n’ose pas trop qualifier, à cause des nombreux infanticides qui s’y commettent. Oh ! Qu’ils ont besoin de notre Sainte religion pour réapprendre même les sentiments qu’enseigne la nature. J’ai trouvé une personne qui a appris, avec surprise, que tuer ses propres enfants, était, je ne dis pas un grand crime, mais péché ! Voyez donc qu’un vernis de civilisation ne suffit pas, il faut la religion avant tout et pardessus tout. »

Bagages et territoires d’ambulances :

Le P. Cadilhac s’adresse de nouveau à sa sœur : « Je pars demain (nous sommes début septembre 1888) pour voyager et ne rentrerai à Tokyo que vers la fin octobre. Je suis donc en train de faire mon petit bagage, pas lourd : une ou deux chemises, trois paires de chaussettes, ma chapelle ambulante, deux ornements doubles, rouge et blanc, violet et noir, petite pierre d’autel, petit calice de voyage. Le tout entre dans une petite valise. Ma croix, mon bréviaire, mon chapelet et mon parapluie ! Pas de pipe, on peut être bon missionnaire sans cet appendice. » (Notez qu’il ne parle pas de soutane de rechange…)

« La mission (va) tous les jours en se développant en cinq préfectures, du nom de Chiba, Ibaraki, Tochigi, Gunma, Saitama : prends ta carte et tu verras que ce territoire est joliment long et large, mettons 80 lieues carrées (environ 320 km2). Le nombre des habitants est effrayant, plus de 4 100 000 distribués dans 9 000 villes ou villages. Et nous voilà curés de 9 000 villes et villages… Quand on y pense c’est effrayant. Nous avons plus de paroisses que les curés d’arrondissement (dans le diocèse de Rodez) n’ont de paroissiens. Il faut parcourir cet immense territoire au moins quatre fois l’an ; et quand je te disais que dans mes voyages, j’usais plus de bottes que tu n’usais probablement de souliers, ce n’était pas une plaisanterie. Toute l’année en voyage, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il gèle on a réglé ses jours, on l’a fait savoir à nos chrétiens, qui viennent aux rendez-vous, et il faut s’y trouver. »

La ‘caste des êtas’ (ou Yetas) et les missionnaires :

Pendant la longue période Edo, la société japonaise fut divisée en classes : les nobles et les samouraïs, les paysans, les commerçants et les ‘êtas’, sorte de parias à qui étaient réservés les métiers impurs, tels que ceux d’équarrisseur, tanneur, corroyeur, etc. Ils vivaient à part dans des hameaux réservés, appelés buraku, d’où le nom qu’on leur donne de ‘Burakumin’ ou le peuple des villages d’êtas. Les missionnaires furent très bien accueillis dans ces villages où la population était touchée, en plus du message libérateur de l’Evangile, par ces hommes venus de si loin sans la moindre discrimination à leur égard. Le P. Cadilhac en parle dans l’une de ses lettres (octobre 1888) : « On les appelait ‘Yetas’, on les appelait ‘Kabo’, on les appelait ‘Banta’. Tout nom injurieux leur était appliqué (…). Sous l’ancien régime (i.e. Edo), c’est-à-dire 21 ans auparavant, cette caste n’avait pas de communication honnête avec les autres japonais. (…) Jamais un Yeta ne pouvait pénétrer dans la demeure d’un japonais. C’est à deux pas de la porte que l’affaire se traitait. (…) Dans l’ancien temps pour être condamné à mort comme homicide de Yeta il fallait en avoir tué sept ! A sept ils avaient valeur d’un homme. Et que valait un homme ? On condamnait à mort tout fripon voleur de 20 francs, donc un Yeta valait 3 francs pièce et avec perte… Voilà ce qu’étaient nos pauvres chrétiens de Nihongi. Ils ont nom de chrétien et ils en sont justement fiers. Ils connaissent aujourd’hui leur vraie valeur, ils valent autant que Dieu puisque Dieu a donné son Propre Fils pour leur Rédemption. C’est chez ces chers Yetas que je loge. On m’y offre une hospitalité que les anges d’Abraham m’envieraient. »

Les fatigues des ambulances (1888) :

« Tu me demandes comment je fais mes voyages : autant que possible soutenu par l’amour du Bon Dieu et du prochain et sur mes deux jambes. Je t’assure que ce n’est pas pour l’amour des voyages. Voilà quatre ans que je ne fais que cela, et tous les jours c’est la même histoire. Tous les jours je fais et défais mes bagages. Si bien que si je devenais aveugle je saurais retrouver les objets dans mes paquets. En résumé, ces voyages sont très fatigants et au moral et au physique, mais aussi, en revanche, très consolants parce qu’on voit avancer rapidement l’œuvre de Dieu. »

Difficultés spirituelles de la Mission au Japon (1890) :

« Si je ne souffre pas dans mon corps, je souffre énormément dans mon âme. Venir dans un pays pour le sauver, en l’aimant, et le pays ne croit pas à notre amour pour lui. Il ne veut pas se laisser sauver, se laisser faire du bien. Plus nous allons, plus le bien est difficile à faire. L’éducation athée, officiellement exigée sur le modèle de nos écoles laïques en France, nous forme une génération de matérialistes, de jouisseurs qui amèneront des désastres sur ce pauvre pays. Depuis quelques années, la ruse et le vol sont de mise et est bien sot qui n’use pas d’expédients pour hâter sa fortune. Les rapports avec les japonais deviennent de plus en plus difficiles. On craint toujours d’être dupé, et on l’est de temps en temps malgré la plus scrupuleuse attention. »

Alors pourquoi partir comme missionnaire dans un tel pays ? (1893) :

« J’ai besoin de me dire souvent : mais mon garçon, cela valait-il la peine de quitter son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, son pays, ses amis ? Tout ce qui fait le charme de la vie pour franchir dix milles lieues de distance, venir dans un pays inconnu, vivre avec un peuple qui a la réputation d’être gentil, poli, aimable, c’est vrai, mais qui, crois le bien, est composé d’hommes soumis aux sept péchés capitaux, et qui vous aurait promptement dégouté si une force supérieure ne vous attachait au devoir en vous remplissant de patience et de charité. Et si après une vie de privation, de souffrances, de sacrifices, si après être allé si loin, on allait au diable finalement. Quelle folie ! Si par sa faute, on rendait toute sa vie inutile, et si on manquait la porte du paradis. Non, il ne faut pas la manquer cette porte du paradis, devrait-on souffrir tous les tourments, endurer toutes les misères. »

Roulé par son catéchiste fidèle depuis 18 ans, à Maebashi (Dpt du Gunma, 1901) :

« Mon cher Xavier (son plus jeune frère), je ne veux pas te laisser ignorer que le Bon Dieu m’a donné une lourde Croix. Oh ! Ce n’est pas pour m’en plaindre. La Croix a sauvé le monde, et me sauvera. La Providence a permis qu’elle me fut imposée par un homme que j’avais tiré de la misère, que j’ai aimé comme l’un de vous pendant dix-sept ou dix-huit ans. J’avais une confiance illimitée en lui… Ne pouvant posséder au Japon, j’avais acheté en son nom des terrains pour l’église de Maebashi de façon à faire vivre et le missionnaire et le catéchiste. Il m’a tout hypothéqué et a tout joué à la bourse, et a tout perdu. Si je n’avais Dieu en vue, le résultat de mes travaux et de mes sacrifices serait bien mince. (…) Priez aussi pour le malheureux que je voudrais sauver malgré tout. Il me semble que je l’aime encore plus que par le passé, presque à scandaliser quelques chrétiens… »

Planter la Croix dans le département du Tochigi et la ville du même nom (1912) :

D’après une recherche effectuée par le P. Jean Waret, le P. Cadilhac écrit à la procure de Paris vers 1910 lui demandant d’envoyer un lot de Croix du missionnaire (« le plus possible » !), du modèle de celle que l’on remettait aux partants lors de la cérémonie du départ rue du Bac. Dans une lettre datée de 1912 il annonce qu’il « va (dans la ville de Tochigi) essayer de planter la Croix afin que Notre Seigneur attire tout à lui. Elle a plus de 25 000 âmes et pas un seul chrétien ». Je ne sais s’il a réussi rapidement en cette ville cette mission qui lui tient tant à cœur (une « station » y a été ouverte en 1947 et la première église érigée en 1952 !), mais j’ai eu la chance d’avoir le témoignage d’une famille, la famille Yamanaka, qui vivait non loin de là dans le bourg de Heiya. L’arrière-grand-père de 94 ans que je visitais régulièrement dans une maison de retraite entre 2000 et 2004 (il est mort en 2005) se souvenait très bien, petit garçon de 6 ans, des visites du P. Cadilhac qui l’impressionnait beaucoup par sa taille, sa barbe (très longue et abondante), sa gentillesse et les effluves qu’il laissait derrière lui après son départ (On se souvient que le missionnaire n’emportait qu’une soutane pour ses deux-trois mois de pérégrination). Toute la famille a été baptisée en même temps et a reçu une Croix que j’ai pu voir dans la maison familiale à Heiya où elle est conservée précieusement, accrochée au mur de la pièce de séjour, et cela malgré sa reconstruction déjà par deux fois. Il se souvenait aussi qu’après le baptême et « la plantation de la Croix », le P. Cadilhac avait, aidé de ses frères aînés remplis de zèle, vidé la Maison « de ses idoles », à savoir la « Kamidana » (lit. ‘L’étagère aux divinités’) qu’ils avaient dans leur magasin (ils étaient commerçant en riz), et l’autel des ancêtres qui était dans la pièce principale de leur maison. Le tout avait été traîné jusqu’au milieu de la rue et brûlé aux yeux de tout le village : « nous dansions autour avec mes frères » racontait-il. Sa belle fille, qui est peut-être la plus pratiquante de la famille, m’a confirmé avoir entendu souvent cette histoire et que ce beau-P., sévère, avait conditionné son mariage à la réception du baptême… J’ai eu la joie de baptiser deux de ses arrières petits enfants.

Le P. Cadilhac parle de nouveau, dans une lettre de 1929, de ces Croix plantées pour demander qu’on lui en envoie un autre lot : « Je les ai toutes distribuées. La plus belle est dans une bonne famille (le lieu n’est pas cité) qui m’a donné en retour toutes ses tablettes des ancêtres. (…) Les autres divinités ont été brûlées par le fils cadet, au beau milieu de la cour, et les enfants se chauffaient avec plaisir. »

1915 : temps de guerre en Europe, il faut continuer les ambulances de nouveau seul :

« La moitié des confrères ont été rappelés en France. Notre mission est à demi-abandonnée. Il faut nous remuer et nous ne suffisons pas à la besogne. Je suis obligé de faire quelques fois dix heures de chemin de fer et six heures de chemin à pieds pour donner l’extrême-onction à un mourant. »

« Je suis en train de courir pour donner les derniers sacrements et pour marier les gens. Jugez un peu : plus de douze heures de chemin de fer pour donner l’extrême-onction à un pauvre vieux et six heures pour marier une jeune fille qu’on est venu épouser de la Corée (alors annexée au Japon depuis 1910). Le mari a plus de mérite que moi, il est venu certes de plus loin ! »

Le missionnaire est un ambulant et un mendiant (1917) :

« Je ne désespère pas de faire, je ne dis pas ma cinquantaine mais ma soixantaine. C’est promis avec le Bon Dieu, soixante ans de missionnaire ambulant ou mendiant, comme vous voudrez. C’est plutôt le dernier terme qui convient, puisque je mange toujours le riz des autres et loge sous leur toit. Croyez-le malgré tout, il y a du plaisir à être mendiant. Et si Notre Seigneur me demandait comme il fit à ses disciples : ‘quelque chose t’a-t-il manqué durant tes voyages ?’, je répondrais hardiment : rien Seigneur. De plus en plus, je touche du doigt les tendresses de la Providence à mon égard. Soyez lui en reconnaissants avec moi, par une plus grande ardeur à le servir. »

Joie d’annoncer l’ordination d’un prêtre japonais issu de « son district » (1929) :

« Le 16 mars 1929, en France, a été ordonné Prêtre un japonais dont j’ai baptisé l’arrière Grand-P., le Grand-P., le P., la Mère, les frères, les sœurs, les neveux et nièces. C’est la seconde famille qui a reçu le baptême dans l’Ibaraki. La première aura aussi son Prêtre, l’année prochaine. Il est actuellement à Paris au séminaire de St Sulpice. Ce sera le troisième Prêtre issu du district que je parcours. Je vous l’affirme, on a plus de plaisir à voir faire un Prêtre que mille chrétiens. Quand je serai mort, ils continueront l’œuvre. »

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Paysage du Tochigi-Ken traversé par le P. Cadilhac et d’autres missionnaires « ambulants » venant de Tokyo et allant vers le Nord. (photo A. de Monjour)

Le P. Cadilhac s’est éteint le 19 novembre 1930, rassuré et consolé par cette relève japonaise pour laquelle il avait œuvré toute sa vie de missionnaire d’ambulant, fidèle à la vocation MEP de travailler pour la formation d’un clergé local.

P. Antoine de Monjour, MEP

Livres

Justo Ukon : « le samouraï du Christ »

La Croix et l’épée du Japonais Otohiko Kaga, proche de Shûsaki Endô, a pour héros Justo Ukon Takayama (1552-1615), seigneur féodal japonais, qui a été béatifié le 7 février dernier. Entretien avec Roger Mennesson, traducteur de ce roman d’Otohiko Kaga.

Qui est Justo Ukon Takayama, le héros du roman d’Otohiko Kaga, La Croix et l’épée que vous avez traduit ?

Roger Menesson : Justo Ukon Takayama est un daimyô, un seigneur féodal japonais, né en 1552, à Haibara.

Le père de Justo Ukon, Dario Hida no Kami Takayama, bouddhiste à l’origine, avait rencontré des missionnaires jésuites portugais et espagnols venus à la suite de François-Xavier évangéliser le Japon. Il invita le frère japonais non-voyant Lorenzo à venir l’entretenir lui et les siens de la foi chrétienne. C’est ce dernier qui le baptisa avec sa famille, et, comme c’était le cas à l’époque, un certain nombre de feudataires. Son fils Ukon reçut comme nom de baptême Justo, le juste.

Il convient de rappeler que l’histoire de cette famille se déroule à la fin de la période dite des Royaumes combattants (1477-1568), où le pouvoir central devenu inexistant, les princes féodaux se faisaient la guerre pour agrandir leur fief. Le prince Nobunaga Oda (1534-1582) entreprit la réunification du pays dès 1560.

Pour se consacrer entièrement à la mission, Dario, le père de Ukon confia le fief de Takatsuki en 1573 à son fils Justo âgé seulement de 21 ans. Marié très jeune à Justa, une chrétienne, il lui resta fidèle. Il vécut la vie d’un seigneur féodal et prenait soin des gens de son fief en vivant les œuvres concrètes de miséricorde jusqu’à enterrer aussi les morts avec son père. À son contact nombre de samouraïs et d’intellectuels se convertirent. Justo Ukon suivit Nobunaga en participant comme samouraï à toutes les batailles de cette époque.

Il fut confronté à trois grandes épreuves durant sa vie qui lui ont fait approfondir sa foi. Durant la première en 1578, Justo Ukon se trouva devoir choisir entre Murashige Araki son suzerain qui avait pris en otage son fils aîné et sa sœur et lui demandait de résister à Nobunaga en défendant le château de Takatsuki que ce dernier lui demandait de lui rendre.

Laisser entrer Nobunaga c’était trahir Murashige et donc risquer la vie des deux otages, mais garder le château c’était la mort assurée de nombreux chrétiens, que Nobunaga avait promis de massacrer. À l’époque, un chef réduit à toute extrémité, n’avait que deux moyens de sauver son honneur : faire seppuku en s’ouvrant le ventre, ou bien quitter le monde et devenir bonze. Justo Ukon, sur les conseils du Père Organtino, choisit de se livrer à Nobunaga.

En 1587, la seconde épreuve eut lieu lorsque Hideyoshi Toyotomi (1537-1598) publia un édit bannissant les missionnaires car l’emprise que le christianisme commençait à avoir dans le pays l’inquiétait fortement. Il envoya un émissaire à Justo Ukon en lui demandant d’abjurer la foi. Il ne renia pas sa foi, mais abandonna honneur, château et terres pour partir sur les routes avec ce qu’il portait sur le dos. Sa femme et ses enfants le suivirent dans ce qui est devenu une vie errante, parsemée d’épreuves. Il fut accueilli par Toshiie Maeda (1539-1599) le daimyô suzerain du pays de Kaga (Kanazawa). Durant quelque vingt années, il vécut sous la protection du clan Maeda. Mais quand en 1614, Iesayu Tokugawa interdit le christianisme, Justo Ukon vécut la troisième épreuve en étant banni aux Philippines le 8 novembre 1614 en compagnie de 300 missionnaires et chrétiens japonais. Parvenu à Manille pour Noël il mourut le 5 février 1615.

Justo Ukon était par ailleurs un homme de culture, maître de thé, pratiquant la calligraphie, très attaché à la culture de son pays en cherchant à la valoriser. Parlant les langues étrangères (portugais et latin), il avait également travaillé à la construction de châteaux grâce à ses connaissances en architecture.

Le parcours de Justo dans l’évolution de sa foi l’a conduit à renoncer à tout pour l’amour de Dieu et c’est cela que les évêques japonais ont retenu comme exemplaire pour les croyants du Japon en demandant sa béatification comme martyr.

Justement, Justo Ukon a été béatifié comme martyr alors qu’il est mort de maladie et en exil. Comment expliquer ce fait ?

En partant en exil, Justo Ukon a choisi délibérément de tout laisser. Il s’est dépouillé de son honneur, de ses titres, de ses terres, de tous ses biens pour le Christ. En fait, c’est l’Église japonaise qui a demandé qu’il soit déclaré martyr. Selon Mgr Kikuchi, évêque de Niigata, « Ukon n’a pas été mis à mort comme ont pu l’être les autres martyrs du Japon. Nombreux sont les catholiques japonais aujourd’hui à penser que le martyre n’a rien à voir avec leur vie dans le Japon contemporain car ils ne risquent pas d’être mis à mort au nom de leur foi en Christ. Mais ce que nous dit la vie d’Ukon, c’est que la mort par haine de la foi “in odium fidei” n’est pas la seule voie vers le martyre : une vie de martyr, c’est aussi une vie par laquelle on donne tout à Dieu, on renonce à tout pour l’amour de Dieu. »

Ce roman historique qu’est La Croix et l’épée, constitue-t-il une exception dans l’œuvre d’Otohiko Kaga, romancier catholique japonais ?

Plus qu’une exception dans son œuvre, les ouvrages littéraires de Otohiko Kaga de ces dernières années sont plutôt dans le prolongement de sa conversion au christianisme. Il dit lui-même que c’est grâce à son ami Shûsaku Endô (cf. p. 15), autre romancier catholique, qu’il s’est fait baptiser avec son épouse en 1987, à l’âge de 58 ans. Kaga avait déjà écrit la plus grande partie d’une œuvre littéraire très engagée, notamment avec La condamnation, également traduite en français. Comme médecin psychiatre, il a étudié auprès des condamnés à mort l’influence qu’avait sur eux cette condamnation. En devenant catholique (moins de 1 % des 127 millions de Japonais) il a choisi la situation de la minorité.

Quelles sont selon vous les ressemblances et les dissemblances entre Kaga et Endô ?

Shûsaku Endô a écrit une œuvre où il s’interroge pour savoir si le Japon peut faire une place au christianisme. Ainsi dans Silence, il cherche jusqu’où la foi exige que s’engage le croyant, en se demandant si le christianisme ne s’ajuste pas au Japon comme une veste mal taillée et si les « lapsi », les chrétiens qui ont foulé une image pieuse et ainsi renié leur foi, peuvent être sauvés, etc.

Otohiko Kaga souhaite offrir, à travers la vie de Justo Ukon, un exemple pour les gens d’aujourd’hui en retraçant la vie de ce personnage à son époque et dans son milieu. Il n’a pas vis-à-vis de la foi chrétienne la même approche qu’Endô. Kaga considère la foi chrétienne telle qu’elle est, telle que l’a vécue Justo Ukon, telle que les catholiques japonais essayent de la vivre aujourd’hui et telle que le Japon ferait bien, selon lui, de la découvrir. Malgré ces différences, la filiation existe réellement entre les deux écrivains.

Source : L’Homme nouveau